mercredi 16 décembre 2020

Rien n’est trop beau – Chronique du 17 décembre

Bonjour-bonjour

 

C’est Ettore Bugatti, créateur de la célèbre voiture, qui le disait : « Rien n’est trop beau ». Il est vrai qu’il ajoutait aussitôt : « Rien n’est trop cher ».

1 – L’articulation des deux formules laisse entendre que la beauté est affaire d’argent, et que ce qui est beau est aussi nécessairement cher – ou du moins que pour posséder ce qui est beau (comme un Supercar Bugatti), on doit nécessairement payer cher – très cher.

Bien sûr on contestera l’idée en disant que la beauté peut être une création imaginée par un artiste méconnu qui travaille seul suivant son inspiration : nul n’a jamais dit que les Muses fassent payer leurs inspirations ! 

Mais plus encore on s’interrogera sur la réciproque : suffit-il qu’on paye une œuvre d’art très cher pour qu’elle soit belle ? On reconnait là une polémique qui met en jeu les galeries d’art, qui parlent du marché de l’art comme d’un instrument d’évaluation de la qualité esthétique d’une œuvre. Les ventes pharamineuses des œuvres de Bansky restent dans les mémoires, non seulement parce qu’à ces prix on s’attendrait à pourvoir acquérir la Joconde, mais encore parce qu’il s’agit d’un créateur de street art dont les œuvres s’offrent gratuitement aux passants : preuve du caractère irrationnel du marché. 

2 – Mais on peut s’arrêter à la première partie de la formule d’Ettore Bugatti : « Rien n’est trop beau »

On s’offusquera : selon quel critère déclarer que quelque chose pourrait être « trop beau » ?

Comment admettre qu’on puisse déclarer que la beauté devrait être limitée – j’allais dire « rationnée » – et qu’il serait mauvais pour nous de contempler des œuvres qui outrepasseraient cette limite ? 

On aurait tort pourtant : en témoigne le « syndrome de Stendhal » qui caractérise le malaise consécutif à la contemplation de la beauté extrême de certaines œuvres (voir ceci).

Certes sans doute personne de nos jours n’a vraiment ressenti cet évanouissement effet de la beauté. Mais sous une forme atténuée, à bas bruit, n’y aurait-il pas une sensation particulière à cette rencontre ? Quelque chose comme un choc, qui nous arrêterait et nous bloquerait à distance respectueuse ? Le mystère de la beauté ne résulte-t-il pas de cette étrange sensation ?

Si cela était attesté, nous aurions ainsi un critère d’évaluation de la beauté qui permettrait de la distinguer de toute autre émotion – à commencer par l’attirance sensuelle prise comme caractéristique de la beauté humaine (cf. ici)

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