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samedi 13 avril 2024

Comment qu’tu causes ! – Chronique du 14 avril

Bonjour-bonjour

 

La valeur républicaine la mieux établie est sans doute l’égalité – et en particulier l’égalité des chances : que, dès leur plus jeune âge, tous les enfants soient sur la même ligne de départ, quel que soit leur milieu social et le degré d’éducation de leurs parents.

C’est ainsi que l’acquisition du langage est particulièrement scrutée : parmi les acquis légués à leurs enfants par les parents il y a l’apprentissage du langage, d'où proviennent justement des différences importantes de potentiel entre les enfants de milieux différents. Dans la mesure où l’école est supposée combler le déficit de niveau culturel et social pour rétablir l’égalité, il est donc important de bien connaitre la nature de ce décalage.

On lira cet article en ligne qui détaille ces principaux critères d’évaluation, dont je ne reprendrai que quelques aspects frappants.

 

Concernant le langage, l’étude des inégalités dans la petite enfance suppose non seulement d’évaluer la « qualité » linguistique des discours selon des critères comme la richesse du vocabulaire ou le degré de correction grammaticale et syntaxique mais aussi d’envisager le rapport au langage, c’est-à-dire la manière d’utiliser le langage. 

Deux rapports au langage s’opposent. 

* Le premier consiste à traiter le langage en lui-même, comme un objet autonome qui peut être manipulé indépendamment du contexte d’énonciation. On l’a deviné : c’est ce type de rapport au langage que les enfants des milieux favorisés dominent aisément.

* Le deuxième rapport au langage, qualifié de pragmatique, revient à utiliser le langage de manière pratique, pour faire des choses dans des contextes spécifiques. On aura reconnu ce qui caractérise le type de langage usité dans les classes populaires. (D’après l’article cité)

 

Or c’est le premier rapport au langage, qualifié de réflexif, qui est fortement valorisé dans l’ensemble des institutions de la société et tout particulièrement dans le cadre scolaire : on retrouve ici l’injustice commise par les élites qui consiste à retenir comme critère de sélection ce que leurs familles transmettent à leurs enfants et auquel les enfants des autres classes n’ont pas accès (1). 

J’ajouterai que demander à l’école de combler ce retard est vu par les familles des milieux populaires contre-productifs et donc inutile. Ce que ces classes demandent à l’école c’est précisément ce que les enfants des classes aisées n’ont pas besoin d’apprendre parce que tout dans leur vie quotidienne les a habitués à le dominer. 

Et après, comment les petits bourgeois apprennent-ils à performer ? 

- En développant leur imagination ! C’est particulièrement évident lorsque les parents sélectionnent les livres proposés à leurs enfants : aux petits des classes populaires, les livres pédagogiques ; aux autres les livres qui font rêver.

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(1) On retrouve ici des faits détaillés par Bourdieu et Passeron dans leur livre consacré aux Héritiers (1964)

vendredi 22 septembre 2023

0,8 + 1 = 0,9 – Chronique du 23 septembre

Bonjour-bonjour

 

Vous allez bien ? Et le moral, ça va ? Oui ? alors ne lisez surtout pas ce qui suit. Et ne suivez pas ce lien 

 

Le Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) a noté que seul un élève entrant en sixième sur deux parvient à répondre correctement à cette question : « Combien y a-t-il de quarts d’heures dans ¾ d’heure ? » 

Pour ceux qui n’auraient pas compris la gravité de la chose, le CSEN enfonce le clou : « À l’entrée en sixième, les nombres décimaux et les fractions « n’ont aucun sens », pour beaucoup d’entre eux. « Ils confondent 1/2 avec 1,2 » ou « beaucoup d’élèves pensent que 0,8 + 1 fait 0,9 ».

Là, vous pigez ? Ces petits ne pourront jamais mener une vie ordinaire, incapables qu’ils sont de ne rien comprendre dans un monde où les chiffres sont partout. Et rien ne pourra les secourir, même pas les smartphones.

- Les incorrigibles optimistes diront : « Pas le lézard, les amis. On parle là des petits qui entrent en 6ème. Un an plus tard, tout ça aura été rattrapé » 

Hélas ! Le CSEN en remet une couche : « Ce déficit de compréhension suit les élèves tout au long de leur scolarité, avec encore 45 % d’échec en seconde avec les fractions simples ».


- Aïe ! Encore un espoir quand même ? « Ça ne touche sûrement que les enfants des banlieues, ceux qui rêvent de chouffer pour un dealer » Éh bien non ! « Le CSEN le souligne, ce déficit est présent « dans tous les milieux ». Le taux d’erreurs avec les fractions atteint 85 % en REP (réseaux d’éducation prioritaire) mais reste très élevé dans les écoles privées, de l’ordre de 75 %. »

--> Et puis, tant qu’on y est ajoutons que la discrimination des filles est renforcée : « les filles font bien plus d’erreurs que les garçons. Ainsi, parmi les 20 % d’élèves les meilleurs au test de la ligne numérique, deux tiers sont des garçons. »

o-o-o

Ça y est ? Je vous ai bien pourri la journée ? Ne me remerciez pas, c’est normal quand on veut informer objectivement.


... Quoique… Je peux quand même vous donner une nouvelle qui je l’espère va vous réjouir. Il s’agit de la lumière bleue qui est émise par nos écrans : des études scientifiques très poussées viennent de montrer qu’elle n’a aucun effet sur la fatigue et que, du coup, les lunettes pour éviter de la recevoir sont totalement inutiles. Finies les pubs sur les avantages bidons des filtres anti-lumière bleue. Et no limit avec les écrans !


En voilà de la nouvelle, et de la bonne en plus !

jeudi 4 mai 2023

Les stagiaires – Chronique du 5 mai

Bonjour-bonjour

 

La visite du Président Macron dans un lycée professionnel a mis au cœur de l’actualité le rôle de l’apprentissage dans le cursus secondaire – quand on connait le chiffre des emplois qualifiés qui ne trouvent pas preneurs faute de formation adéquate, on ne s’en étonne pas.

 

- Remarquons que si la France a toujours privilégié la formation en établissement scolaire, l’Allemagne a quant à elle préféré confier aux entreprises la responsabilité de former les jeunes qui pourront ensuite venir remplacer la génération précédente dans les ateliers où ils ont appris le métier. Dans les années 60 (= du temps de ma jeunesse), on disait qu’on ne devait sous aucun prétexte confier aux patronat le rôle d’éducateur, sous peine de voir de jeunes hommes et femmes devenir des êtres « unidimensionnels » pour parler comme Marcuse. Alors il faut dire qu’aujourd’hui, ou bien cette image est devenue obsolète (= idéologique), ou bien nos ambitions ont changé. En tout cas, sous le nom de stage, les jeunes lycéens sont très largement invités à venir découvrir l’entreprise. Bien entendu, les lycées professionnels d’où parlait hier le Président délèguent une part de plus en plus significative de l’apprentissage aux professionnels. 

- Appelés à trouver rapidement de l’embauche dans les entreprise où ils sont admis, les stagiaires depuis longtemps demandent à être rémunérés, ce qui était absolument exclu du fait que leur stage avait (officiellement) pour seule et unique fonction de leur apprendre le métier, et non de produire quoique ce soit. On sait également que la réputation de ces situations d’apprentissage ne correspondaient pas du tout à cette définition, les apprentis servant le plus souvent à faire les basses besognes dont les employés ne voulaient pas, ou à constituer un renfort de production lors des accélérations passagères (1).

- Reste que faute d’être attractives, les filières professionnelles n’attiraient pas beaucoup et surtout pas de jeunes capables d’avoir un peu d’ambition. C’est à cette situation que répond la proposition du Président de rémunérer les stages dès septembre. Je ne discuterai pas ici du niveau très faible proposé, mais plutôt du fait que cette rémunération constitue un effacement supplémentaire de la frontière qui dépare la mission d’éducation de cette de le formation professionnelle. Les élèves qui sont dans ces lycées doivent en même temps connaitre et adopter les codes de la filière professionnelle dans le quelle ils sont engagés. Finie la liberté de se développer selon ses aspirations. Savoir se maquiller proprement pour les filles, et obéir au contremaitre pour les garçons : voilà ce que notre jeunesse doit apprendre 2023…

Il faut rééditer Marcuse.

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(1) Mon expérience en bac pro de vendeurs m’a montré que ces stages situas en novembre-décembre, lors su « coup de feu » de fin d’année n’étaient pas rémunérées alors que le travail était à peu près le même que celui qui était fourni par des vendeurs plus chevronnés.