jeudi 4 mai 2023

Les stagiaires – Chronique du 5 mai

Bonjour-bonjour

 

La visite du Président Macron dans un lycée professionnel a mis au cœur de l’actualité le rôle de l’apprentissage dans le cursus secondaire – quand on connait le chiffre des emplois qualifiés qui ne trouvent pas preneurs faute de formation adéquate, on ne s’en étonne pas.

 

- Remarquons que si la France a toujours privilégié la formation en établissement scolaire, l’Allemagne a quant à elle préféré confier aux entreprises la responsabilité de former les jeunes qui pourront ensuite venir remplacer la génération précédente dans les ateliers où ils ont appris le métier. Dans les années 60 (= du temps de ma jeunesse), on disait qu’on ne devait sous aucun prétexte confier aux patronat le rôle d’éducateur, sous peine de voir de jeunes hommes et femmes devenir des êtres « unidimensionnels » pour parler comme Marcuse. Alors il faut dire qu’aujourd’hui, ou bien cette image est devenue obsolète (= idéologique), ou bien nos ambitions ont changé. En tout cas, sous le nom de stage, les jeunes lycéens sont très largement invités à venir découvrir l’entreprise. Bien entendu, les lycées professionnels d’où parlait hier le Président délèguent une part de plus en plus significative de l’apprentissage aux professionnels. 

- Appelés à trouver rapidement de l’embauche dans les entreprise où ils sont admis, les stagiaires depuis longtemps demandent à être rémunérés, ce qui était absolument exclu du fait que leur stage avait (officiellement) pour seule et unique fonction de leur apprendre le métier, et non de produire quoique ce soit. On sait également que la réputation de ces situations d’apprentissage ne correspondaient pas du tout à cette définition, les apprentis servant le plus souvent à faire les basses besognes dont les employés ne voulaient pas, ou à constituer un renfort de production lors des accélérations passagères (1).

- Reste que faute d’être attractives, les filières professionnelles n’attiraient pas beaucoup et surtout pas de jeunes capables d’avoir un peu d’ambition. C’est à cette situation que répond la proposition du Président de rémunérer les stages dès septembre. Je ne discuterai pas ici du niveau très faible proposé, mais plutôt du fait que cette rémunération constitue un effacement supplémentaire de la frontière qui dépare la mission d’éducation de cette de le formation professionnelle. Les élèves qui sont dans ces lycées doivent en même temps connaitre et adopter les codes de la filière professionnelle dans le quelle ils sont engagés. Finie la liberté de se développer selon ses aspirations. Savoir se maquiller proprement pour les filles, et obéir au contremaitre pour les garçons : voilà ce que notre jeunesse doit apprendre 2023…

Il faut rééditer Marcuse.

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(1) Mon expérience en bac pro de vendeurs m’a montré que ces stages situas en novembre-décembre, lors su « coup de feu » de fin d’année n’étaient pas rémunérées alors que le travail était à peu près le même que celui qui était fourni par des vendeurs plus chevronnés.

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