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samedi 10 juillet 2021

Ouvrez le robinet ! – Chronique du 11 juillet

Bonjour-bonjour

 

Marion, une lycéenne tourquennoise déscolarisée depuis octobre 2020 pour raisons médicales, vient d’obtenir son baccalauréat, sans avoir pu participer à une seule évaluation depuis neuf mois. N’ayant pu se rendre au lycée depuis l’automne 2020, elle n’a subi aucune des évaluations nécessaires pour le contrôle continu. Alors ? 

Selon la Voix du nord (lire ici), le cas de Marion est un cumul d'exceptions. C’est ce qu’explique le proviseur du lycée :« le cumul de points au contrôle continu nécessaire à l’obtention du baccalauréat était déjà positif au moment de sa déscolarisation ». En clair, dès octobre dernier, et sans le savoir, Marion avait déjà validé son bac.

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Quand j’écrivais il y a peu qu’en polémiquant sur les modalités du bac on perdait son temps parce qu’il était déjà devenu un diplôme obtenu en contrôle continu, j’étais en dessous de la vérité : en réalité on passe le bac sans le savoir, on est reçu sans y penser. Même en excluant ces cas exceptionnels que constituent sans doute les élèves « brillantissimes » comme Marion, on peut admettre que les exceptions se cumulant personne ne devrait, sauf à en manifester le désir, être collé. 

Tout ça me rappelle l’octroi des diplômes en 1968 – non pas ceux du bac mais ceux qui furent décernés par la faculté. A l’époque j’étais étudiant de philosophie à la Sorbonne. Les professeurs du département d’histoire de la philo avaient décidé de réunir tous les étudiants d’histoire de la philosophie gréco-latine (une cinquantaine de personnes dont je faisais partie) dans une salle et de faire l’appel pour décider si les conditions pour l’octroi de l’examen (notes, participation et présence au cours, etc.) étaient réunies. Inutile de préciser que seuls les absents ont été recalés ; quand bien même certains plus scrupuleux que d’autres protestaient en s’entendant déclarés reçus : « Mais j’ai manqué des cours ! » – rien n’y faisait : reçus quand même.

- Mai 68 ; et puis le confinement pour la covid : situations exceptionnelles ? Sans doute, mais le phénomène d’octroi automatique des diplômes ne l’est pas tant que ça. Par exemple : dans le parcours des études supérieures de philosophie, il arrive que les effectifs de première année soient si maigre, qu’on ne puisse éliminer les étudiants incompétents, car cela reviendrait à fermer le cursus dès l’année suivante pour effectifs insuffisants. A l’opposé, quand on a affaire à des effectifs pléthoriques (comme en terminale de lycée) bloquer trop de candidats appelés du coup à redoubler aurait complètement asphyxié le système.

Tous ces examens, et le bac en premier, ressemblent à ça :

 



Ce qui compte dans tout cela c’est le flux des élèves : tant d’élèves entrent en seconde, tant d’élèves doivent sortir à l’autre bout – en terminale. Ce qui se passe entre les deux est ma foi … secondaire !

mardi 6 juillet 2021

Le bac en contrôle continu – Chronique du 7 juillet

Bonjour-bonjour

 

Les résultats du bac viennent de tomber : en 2021, plus de 90% des candidats ont été reçus au premier tour, ce qui veut dire qu’après l’oral de repêchage tout le monde le sera à condition de s’être présenté (Voir ici). Et personne ne s’en étonne ! Alors qu’on se rappelle encore aujourd’hui du bac 68 réputé avoir été donné à tous même aux cancres qui stagnaient devant l’obstacle depuis des années. De fait le taux d’admission fut de 81,3% loin du score de 2021, mais très loin aussi de celui 1967 (59,6%) et même des suivants (66% en 1969). On comprend que le différentiel d’une année sur l’autre retient plus l’attention que l’exceptionnelle réussite d’une classe d’âge, raison pour laquelle on ne s’émeut pas aujourd’hui du chiffre des admis qui est d'ailleurs léger retrait par rapport à celui l’an dernier.

 

Mais de toute façon la comparaison avec 1968 ne s’arrête pas là : dans les années 60, le bac connaissait un pourcentage d’échec assez élevé, de l’ordre de 40% : réussir son bac était un indice d’excellence, comme si cet examen avait été un concours dont le niveau élevé était attesté par le taux de l’échec.  Ce qu'on voulait à l'époque, c'est des lauréats bien savants. Aujourd’hui il en va tout autrement : on veut répartir harmonieusement dans les établissements d'enseignement supérieur des jeunes qui de toute façon n'ont pas leur place sur le marché de l'emploi.

Du coup, l’obstacle à surmonter est celui de parcoursup dont le verdict, avant même celui de l’examen proprement dit, induit le plus d’angoisse. Le bac aujourd’hui est devenu une plateforme d’orientation à l’articulation entre les études secondaires et supérieures : il est affaire de gestion de flux et non de détermination de niveau. Et cet écoulement harmonieux d'un palier à l’autre doit se prévoir longtemps à l’avance bien en amont du mois de juin. Bref, le bac doit impérativement devenir une épreuve en contrôle continu. Il l’a été durant ces années-covid, et il doit le rester.

« Le bac en contrôle continu » :  comme vous le savez dès que vous écrivez cette phrase, vous tombent dessus - et les vieux réacs qui veulent que l’épreuve des examens endurcisse la jeunesse ; - et la gauche de terrain qui crie à l’injustice parce que le bac obtenu au lycée Louise-Michel de Nanterre ne vaudrait pas celui décerné par La Bruyère de Versailles.

Oui. Et alors ? N’est-ce pas déjà comme cela ? Les dossiers instruits pas parcoursup ne sont-ils pas déjà affecté d’un coefficient d’efficience selon leur origine ? Croire cela, c’est peut-être succomber à des infox – soit. Mais d’une façon ou d’une autre le système qu’on prétend préserver au nom de l’égalité des chances ne va pas dans ce sens – pas du tout. 

lundi 9 juillet 2018

POLYNÉSIE : LA MAJOR DU BAC A ÉTÉ REFUSÉE DANS TOUS LES ÉTABLISSEMENTS PARISIENS OÙ ELLE A POSTULÉ

/ N.B. Ce qui suit a été rédigé avant la mise au point du Ministère de l’Education nationale faisant savoir que cette jeune bachelière avait reçu des propositions fort alléchantes mais les avait refusées – en particulier à Janson-de-Sailly (voir ici). Nous nous en réjouissons, mais nous ne croyons pas que cela suffise à falsifier notre article car cette information a permis de soulever une situation beaucoup plus générale, à savoir que la Polynésie – et d’autres territoires – passait après la Métropole dans le choix post-bac/
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Avec 20 sur 20 en philo, 20 en histoire, 20 en maths, 20 en physique-chimie, 20 en anglais, 20 en mandarin, 20 en espagnol, et 20 en natation, Ranitea, élève de terminale S au lycée La Mennais de Papeete a, presque fait un sans-faute. Ses seuls petits écarts : un 15 en TPE, un 18 en sport (notez qu’elle est championne de Polynésie du 800 m nage libre). En français, elle a obtenu 18 à l'écrit et 19 à l'oral.
Et pourtant, elle reste à la recherche d'un établissement pour l'accueillir à la rentrée : elle a été refusée dans tous les établissements parisiens dans lesquels elle a postulé et reste en liste d'attente dans le lycée toulousain Pierre-de-Fermat pour une classe prépa d'ingénieurs.
Pour Valérie Faua, directrice du lycée privé La Mennais, « on est forcé de constater qu'être en Polynésie française, ça peut défavoriser les élèves qui demandent des formations bien particulières (..) » (Lire ici)

Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.
Je suppose que notre Président qui soutien les « Premiers-de-cordée » va faire quelque chose pour cette brillante jeune fille qu’un Jury inepte a laissé de côté ?
Et si c’était une preuve de plus que la machine ferait le travail mieux que les humains ? Si en programmant correctement les algorithmes des ordinateurs du Ministère on obligeait la sélection à ne pas tenir compte de la localisation des établissements, ni de leur nature (publique ou privée) ? Bref, si on faisait confiance à la machine qu’on peut paramétrer de bout en bout plutôt qu’aux options d’un jury qui peut obéir à des préjugés ?
On a cru que l’examen des dossiers par des personnalités choisies en fonction de leur expérience était une garantie de bons résultats. Mais on a oublié que parfois ces expériences étaient des œillères qui allaient systématiquement éliminer ceux qui auraient eu dans d’autres circonstances des chances de réussites.
J’ai connu le cas d’un Inspecteur qui, lors de commission de sélection pour des affectations post-bac avait ostensiblement retourné la pile des dossiers qui était devant lui, afin de contrer une éventuelle volonté de discriminer ?
Et si dans ces cas-là aussi, comme dans les Ecritures, il pouvait se faire que « les derniers deviennent les premiers » ?  (1)
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(1) Il s’agit de la célèbre parabole de l’ouvrier de la onzième heure Matthieu 20 :

8 Quand le soir fut venu, le maître de la vigne dit à son intendant: Appelle les ouvriers, et paie-leur le salaire, en allant des derniers aux premiers. 9 Ceux de la onzième heure vinrent, et reçurent chacun un denier. 10 Les premiers vinrent ensuite, croyant recevoir davantage; mais ils reçurent aussi chacun un denier. 11 En le recevant, ils murmurèrent contre le maître de la maison, 12 et dirent: Ces derniers n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites à l'égal de nous, qui avons supporté la fatigue du jour et la chaleur. 13 Il répondit à l'un d'eux: Mon ami, je ne te fais pas tort; n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier? 14 Prends ce qui te revient, et va-t'en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. 15 Ne m'est-il pas permis de faire de mon bien ce que je veux? Ou vois-tu de mauvais oeil que je sois bon? – 16 Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers.