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lundi 1 septembre 2025

Bac : pourquoi l’épreuve anticipée de maths en 1ère est si importante – Chronique du 2 septembre

Bonjour-bonjour

 

On le signalait ici même hier : la « réforme-de-la réforme » du bac est arrivée et avec elle le souci des élèves et de leurs parents. Et ce n’est pas pour rien : il s’agit de l’instauration d’une épreuve anticipée de mathématiques, passée en fin de première conjointement avec l’épreuve de français. Les officines de soutien scolaire se frottent les mains : les inscriptions pour les maths explosent. (lire ici)

C’est que l’épreuve anticipée de mathématiques sera prise en compte dans Parcoursup de façon décisive. Et voici pourquoi : 

- d’abord le sérieux de la notation lors de l’épreuve anticipée qui met en jeu des profs étrangers à la classe de l'élève et une épreuve soumise à un barème national : les profs de la   classe, quant à eux et « sous la pression des parents ou de leur hiérarchie » (article cité), ont en effet tendance à se montrer plus généreux que d'autres dans leur notation.

- Dans les devoirs faits durant le cours de l’année y a les soupçons de triche, de plus en plus important depuis l'arrivée de l'IA dans le quotidien des élèves. Au final, le contrôle continu sera douteux et seules les épreuves d’examen seront prises au sérieux.

- Et puis les mathématiques sont jugées plus objectives que celles de français (l’autre épreuve anticipée) : « Contrairement à une dissertation de français, un exercice de mathématiques est juste ou faux. Il n'y a pas de place à l'à-peu-près ou au subjectif. Ça en fait un élément de comparaison extrêmement précieux. » (Article cité)

 

C’est ce critère qui fait sursauter l’ancien prof de philo que je suis. Les disciplines enseignées au lycée ne le sont pas en fonction de la sélection qu’elles permettent d’exercer, mais de la formation de l’esprit qu'elles favorisent. 

C’est par ailleurs extrêmement réducteur : c'est une banalité de considérer les mathématiques non pas pour les opérations qu’elles permettent mais pour la facilité de sélectionner grâce à elles des candidats à des examens.

C’est aussi une banalité de s’en désoler.

mercredi 19 juin 2024

La philo au bac ? Une loterie ! – Chronique du 20 juin

Bonjour-bonjour

 

Étant moi-même un ancien correcteur de l’épreuve de philo au bac, je constate que les commentaires des candidats à la sortie de l’examen restent les mêmes : ils sont contents ! Les uns d’être restés quand même deux heures sur les quatre allouées, les autre d’avoir réussi à caser une citation d’un auteur connu (Descartes) ; d’autres enfin d’avoir « parlé » d’un évènement qui fait l’actualité du moment. Certains enfin hochent la tête : « De toute façon la philo c’est une loterie. Tu bosses tu te ramasse 4/20 ; tu f*** rien et tu as 14/20 ».

 

Les correcteurs quant à eux sont toujours à la recherche de critères d’évaluation « objectifs » ou du moins identiques pour l’ensemble des examinateurs.

On lira ici leurs constats, mais ce qui importe c’est qu’on ne parvienne pas à progresser dans le domaine de l’évaluation du bac, qui s’opère sur une dissertation ou sur un commentaire de texte.

- Il fut pourtant un temps où une telle incertitude n’existait pas : l’épreuve de philosophie reposait sur des questions assez techniques pour donner lieu à des exposés précis transmis par les professeurs dans leurs cours et dont la maitrise pouvait être appréciée grâce à des sujets-questions de cours au baccalauréat.

- Et puis on eut l’époque où l’enseignement de la philosophie fut considéré comme la transmission non d’un savoir mais d’un savoir-faire. La dissertation fut alors une exigence de réflexion personnelle soutenue par la maitrise des connaissances et la capacité à construire des problématiques grâce à l’examen des concepts. Comme on s’en doute, telle est aujourd’hui encore la définition des attendus de l’épreuve de philo - avec le résultat qu'on sait.


- Que faire ? Renoncer à ces beaux projets ? Revenir à un examen sur l’histoire de la philosophie (éventuellement par QCM ?). 

Oui, pourquoi pas, peut-être en resterait-il quand même quelque chose quelques années plus tard ? Mais si on répugne à une telle réduction, alors je ne vois qu’une solution : faire de la philo une matière en contrôle continu, c’est-à-dire un élève + un prof = une évaluation

Certes, chaque élève pourrait sortir de terminale avec une idée différente de la philo, acquise au contact d’un professeur qui aurait des engagements théoriques différents de ses collègues.

Et alors ? S’il a déjà une idée de ce qu’est un raisonnement philosophique, même si c’est avec des orientations théoriques différentes, ce ne serait déjà pas si mal. En tout cas, si ça permet de distinguer entre ceux qui ont fait l’effort d’entrer dans cette démarche et ceux qui ne l’ont pas fait – j’applaudis des deux mains.

mercredi 30 août 2023

Passe ton bac après – Chronique du 31 aout

Bonjour-bonjour

 

Le Ministre vient de repousser les épreuves de spécialité de mars à juin : résultat elles ne seront pas disponibles pour les opérations de Parcoursup (1) (Lire ici)

Sachant que le calendrier des opérations Parcoursup ne sera pas modifié (art. référencé), on doit en conclure :

            1° que ces décisions prises par Parcoursup seront faites uniquement sur le contrôle continu ;

            2° que les élèves auront leur affectation en poche avant le déroulement des épreuves

            3° que ça ne fera qu’aggraver la situation des profs qui devront préparer leurs élèves à des épreuves devenues inutiles puisque leur année sera validée par le contrôle continu – donc avant même de les passer.

 

Mais surtout et quoiqu’on fasse tout cela signe le fait que le bac ne sert plus à rien, étant remplacé par le contrôle continu qui effectue le tri entre les élèves en vue de leurs études post-bac. Dès lors ces efforts pour faire croire qu’il existe encore un examen et qu’il est décisif ne servent plus qu’à sauver les apparences… si toutefois c’est encore possible.

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(1) « Dès lors qu’on décale les épreuves de mars à juin, les écrits de spécialité ne rentreront plus dans la procédure Parcoursup, a admis lundi Gabriel Attal. Nous devons rassurer les élèves et leurs familles sur l’égalité de traitement qui leur est réservé dans le nouveau calendrier. Il nous faut poser des règles d’évaluation communes, transparentes et respectées pour créer de la confiance. » (Art. référencé)

mercredi 6 juillet 2022

Le bac : une épreuve qui compte – Chronique du 7 juillet (1)

Bonjour-bonjour

 

Alors vous aussi vous avez un fils, un petit fils, un neveu qui passe le bac ? Et en attendant ses résultats vous voilà tout chagriné par cette information : « 78,8 %. C'est le pourcentage de réussite enregistrés pour le cru 2022 du baccalauréat, un mauvais cru puisqu'il est en baisse de 10 points par rapport à 2021 »


- Alors, notez bien qu’il s’agit là non des résultats définitifs de l’examen mais de ceux du premier groupe, avant l’oral de rattrapage. Et aussi que c’est la première fois que l’examen se déroule suivant la procédure normale, certaines épreuves de l’an dernier qui avaient été perturbées par le COVID ayant pris en compte les notes trimestrielles.

 

Néanmoins, c’est tout de même la première fois que « le bac Blanquer », destiné à renforcer cette épreuve qui s’était selon les dires du ministre « affaissée », était mis en œuvre totalement. D’ailleurs, monsieur Ndiaye, constatant cette baisse des résultats s’est même réjoui que le bac se soit ainsi renforcé : « C’est une épreuve qui compte » a-t-il affirmé.

Depuis que le bac existe – ou du moins depuis que j’ai eu à le faire passer – c’est le taux d’échec qui a déterminé le niveau et donc le sérieux de l’examen : on veut que le bac révèle les élites – et il ne peut le faire qu’en éliminant ceux qui n’en font pas partie. Et plus il y a de perdants, et plus les gagnants sont valeureux. (1)

 

--> Voilà donc la vérité qui se dévoile : une élite ne se définit pas exclusivement par ses performances, mais aussi par la difficulté de la compétition à laquelle elle doit son statut.

En attendant on n’a pas dit en quoi cette épreuve est une performance utile : on a bien des fois critiqué les matières d’examen qui ne sont là que pour la sélection, comme le latin autrefois ou les maths aujourd’hui. D’ailleurs, cette question ne date pas d’aujourd’hui : on raconte qu’Alexandre, entrant dans une ville d’Asie mineure qu’il venait de conquérir, les habitants l’invitent à voir une performance extraordinaire accomplie par un des leurs : cet homme est capable de cracher une lentille juste dans le goulot d’un pot déposé à une grande distance. Voyant cela, Alexandre ordonne qu’on lui offre un boisseau de lentilles, manière de montrer qu’à une performance inutile répond ce cadeau dérisoire.

Bref : si votre neveu a réussi le bac, félicitez-le, mais ne lui demandez pas combien de ses camarades vont redoubler.

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(1) Pour mémoire le bac passé en 1968 avait eu la réputation d'avoir été "donné" et les bacheliers e cette année-là étaient la risée de tout le monde : leur diplôme ne valait rien du tout.

samedi 10 juillet 2021

Ouvrez le robinet ! – Chronique du 11 juillet

Bonjour-bonjour

 

Marion, une lycéenne tourquennoise déscolarisée depuis octobre 2020 pour raisons médicales, vient d’obtenir son baccalauréat, sans avoir pu participer à une seule évaluation depuis neuf mois. N’ayant pu se rendre au lycée depuis l’automne 2020, elle n’a subi aucune des évaluations nécessaires pour le contrôle continu. Alors ? 

Selon la Voix du nord (lire ici), le cas de Marion est un cumul d'exceptions. C’est ce qu’explique le proviseur du lycée :« le cumul de points au contrôle continu nécessaire à l’obtention du baccalauréat était déjà positif au moment de sa déscolarisation ». En clair, dès octobre dernier, et sans le savoir, Marion avait déjà validé son bac.

o-o-o

Quand j’écrivais il y a peu qu’en polémiquant sur les modalités du bac on perdait son temps parce qu’il était déjà devenu un diplôme obtenu en contrôle continu, j’étais en dessous de la vérité : en réalité on passe le bac sans le savoir, on est reçu sans y penser. Même en excluant ces cas exceptionnels que constituent sans doute les élèves « brillantissimes » comme Marion, on peut admettre que les exceptions se cumulant personne ne devrait, sauf à en manifester le désir, être collé. 

Tout ça me rappelle l’octroi des diplômes en 1968 – non pas ceux du bac mais ceux qui furent décernés par la faculté. A l’époque j’étais étudiant de philosophie à la Sorbonne. Les professeurs du département d’histoire de la philo avaient décidé de réunir tous les étudiants d’histoire de la philosophie gréco-latine (une cinquantaine de personnes dont je faisais partie) dans une salle et de faire l’appel pour décider si les conditions pour l’octroi de l’examen (notes, participation et présence au cours, etc.) étaient réunies. Inutile de préciser que seuls les absents ont été recalés ; quand bien même certains plus scrupuleux que d’autres protestaient en s’entendant déclarés reçus : « Mais j’ai manqué des cours ! » – rien n’y faisait : reçus quand même.

- Mai 68 ; et puis le confinement pour la covid : situations exceptionnelles ? Sans doute, mais le phénomène d’octroi automatique des diplômes ne l’est pas tant que ça. Par exemple : dans le parcours des études supérieures de philosophie, il arrive que les effectifs de première année soient si maigre, qu’on ne puisse éliminer les étudiants incompétents, car cela reviendrait à fermer le cursus dès l’année suivante pour effectifs insuffisants. A l’opposé, quand on a affaire à des effectifs pléthoriques (comme en terminale de lycée) bloquer trop de candidats appelés du coup à redoubler aurait complètement asphyxié le système.

Tous ces examens, et le bac en premier, ressemblent à ça :

 



Ce qui compte dans tout cela c’est le flux des élèves : tant d’élèves entrent en seconde, tant d’élèves doivent sortir à l’autre bout – en terminale. Ce qui se passe entre les deux est ma foi … secondaire !

mardi 7 juillet 2020

Bachelier covid’ – Chronique du 8 juillet


 

 

91,5% avant rattrapage : le bac covid’ fait-il mieux que celui de 68 ?  Je ne sais pas mais à voir le souvenir que son lointain ancêtre a laissé dans les mémoires, on peut supposer que celui-ci ne sera pas mal non plus.

C’était devenu en effet une habitude de ricaner lorsqu’on disait, dans les années 70 que tel jeune avait eu son bac, en demandant l’air innocent : « Pas en 68 quand même ? » ; et de fait il y a eu cette année-là des cancres qui se faisaient recaler chaque année et qui l’avaient obtenu … sur les barricades, comme on disait alors. 

Alors dites-moi, et vous ? Aviez-vous l’impression que le bac existait encore ? Que même des malheureux jeunes gens et jeunes filles sont en ce moment même entrain de potasser leur oral de rattrapage ? Tout le monde croyait que le covid’ avait déjà purement et simplement supprimé le bac 2020 – et ce qui est très intéressant, c’est que personne ne s’en était ému. Pourtant, j’ai encore en mémoire les cris effarouchés que des parents et des jeunes poussaient dès que le ministre parlait d’introduire un peu plus de contrôle continu. On criait alors à la rupture d’égalité, au « bac au rabais », à la recherche d’économie comptable – bref on reprochait au gouvernement de faire parler le tiroir-caisse avant d’écouter la longue et héroïque Histoire de la France dans laquelle le baccalauréat occupe une place essentielle entre Jeanne d’Arc et Victor Hugo.

Et voilà, il a suffi que le « chamboule-tout » de l’épidémie passe par là, pour que finalement on s’aperçoive que – non, le bac n’existe déjà plus, qu’il n’est qu’un point de passage obligé entre le lycée et les études suivantes et que jusque-là on faisait semblant d’y croire. D’ailleurs il y en a qui le savaient déjà : ce sont (par exemple) les profs de fac qui sont obligés de refaire ce que les profs de lycée n’ont pas réussi, comme d’apprendre à faire une dissertation quand on débute des études de philo.

 

Quant à moi, qui ne suis plus dans le coup mais qui l’a été longtemps, je me rappelle que du temps où j’étais prof je louais le bac uniquement parce qu’il me débarrassait du souci de décerner le diplôme à mes propres élèves. Certes il arrivait que certains soient mal jugés lors de l’examen, mais ce n’était rien comparé à la lourdeur de rapports avec des élèves à l’affût de la bonne note – sans parler de la concurrence entre profs supposés plus cléments ou plus sévères. Et ça on y a échappé cette année parce que le contrôle continu a été introduit après coup, sans que le sache au début. Mais on ne peut pas souhaiter une catastrophe semblable chaque année.

dimanche 5 avril 2020

Le baccalauréat 2020, exception ou exemple ?

La suppression des traditionnelles épreuves de fin d’année met en lumière la déconnexion entre le bac et les procédures d’admission dans l’enseignement supérieur et devrait alimenter la réflexion sur la fonction sociale de cet examen.
« C’est la moins mauvaise solution », reconnaît le SNES-FSU, pour qui le contrôle continu constituait jusqu’à présent le comble de la régression, un symbole de « démagogie » et l’ultime « piège du bac Blanquer ».
« Ni l’occupation nazie ni Mai 68 n’avaient entraîné l’interruption totale des épreuves. », ajoute cet article. (Voir ici)

Au-delà de la réponse à la question de l’attribution du bac en fin d’années, la question essentielle est donc posée. Car pour cette fois au moins et sur tout le territoire le bac sera un examen attribué par chaque établissement. La réussite finale des élèves sera fonction de leur travail en classe et donc le bac sera attribué par leurs professeurs, dans le cadre de leur établissement. Va-t-on craindre que le bac soit bradé par des lycées jugés habituellement sur leur taux de réussite à l’examen et donc soucieux de montrer combien leurs élèves sont nombreux à franchir l’obstacle ? Oui, peut-être, mais pas seulement. A l’époque où le bac n’est plus qu’un passage obligé pour intégrer une formation post-bac, on sait que cet examen ne suffit généralement pas (sauf en faculté) pour intégrer celle-ci. Si en plus le bac est attribué sur la foi des notes obtenues pendant l’année dans l’établissement de l’élève, ne risque-t-on pas de juger sa valeur en fonction de celle attribuée à l’établissement ?
On dira que c’est déjà depuis longtemps que les dossiers d’admission dans les établissements post-bac, à l’exception des facultés, fonctionnaient sur celle base-là, puisque les dossiers de candidature n’étaient pas anonymes, et ne tenaient compte que des bulletins trimestriels. Mais voilà : on voulait croire que l’obtention du bac, sésame indispensable, lavait tous ces soupçons, comme si les critères de préférence dans le choix des candidats aux filières post-bac étaient blanchis par cet examen miracle

mardi 2 juillet 2019

DES ENSEIGNANTS MENACENT DE RETENIR COPIES ET NOTES DU BAC

Ces enseignants, qui ont corrigé leurs copies, souhaitent entrer les notes le jeudi 4 juillet au lieu du mardi 2, rapporte RMC, alors que les résultats sont attendus pour le vendredi 5. L'annonce des résultats du baccalauréat 2019 pourrait alors être retardée, ce qui impacterait directement les lycéens. Contrairement aux grèves de surveillance du bac où le ministère avait réussi à mettre en place un système de remplacement, la retenue des notes est sans commune mesure. Ce sont les correcteurs qui détiennent les copies et choisissent de ne pas rendre leurs notes pour faire pression sur le gouvernement. (Lu ici)

Les enseignants qui vont retarder la mise en place des résultats du bac ont-ils le droit pour eux ? Sinon ont-ils reçu des usagers (= élèves et parents) une caution morale pour leur mouvement ?
Pour le premier point, rappelons que la question a été réglée il y a fort longtemps par cette décision du Conseil Constitutionnel : « la reconnaissance du droit de grève ne saurait avoir pour effet de faire obstacle au pouvoir du législateur d'apporter à ce droit les limitations nécessaires en vue d'assurer la continuité du service public qui, tout comme le droit de grève, a le caractère d'un principe de valeur constitutionnelle ; que ces limitations peuvent aller jusqu'à l'interdiction du droit de grève aux agents dont la présence est indispensable pour assurer le fonctionnement des éléments du service dont l'interruption porterait atteinte aux besoins essentiels du pays » (Conseil constitutionnel du 25 juillet 1979)
--> Donc égalité entre le droit de grève et la mission de service public. Remarquons que la démarche des grévistes de l’Education Nationale n’a pas de façon incontestable le droit pour elle. Mais a-t-elle le soutien de l’opinion publique ? Celle-ci a bien encouragé les Gilets jaunes alors même qu’ils bloquaient la circulation pendant la semaine (et cassaient tout le samedi) – alors pourquoi pas le blocage du bac ?
C’est que ce qui compte pour l’opinion publique, ce n’est pas seulement l’intensité de l’émotion qui en est l’origine, mais aussi  sa nature – je dirais même : sa qualité. Les enseignants ont pour eux l’apitoiement provoqué par leur pauvreté : certes ils ne sont pas à la rue, mais quand même, on croit savoir qu’un prof débutant touche un salaire net de 1700 euros et qu’avec ça il n’a pas le droit au ciné hebdomadaire – pas plus qu’au resto mensuel (1). Mais les élèves sont nos enfants (même si on n’en a pas ou qu’on n’en a plus) et si de surcroit ils passent le bac, épreuve dont la plupart des parents conserve un souvenir traumatisant, alors on est dans l’absolu. Aucune tendresse ne saurait être plus puissante, et tout ce qui peut ajouter au stress de ces enfants ne peut qu’être condamné et considéré comme un lâche attentat. Les grévistes ont-ils donc une conscience morale ? Ne seraient-ils pas radicalisés ? La qualification de terrorisme vient alors sur les lèvres.
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(1) Source : superprof magazine