mardi 7 juillet 2020

Bachelier covid’ – Chronique du 8 juillet


 

 

91,5% avant rattrapage : le bac covid’ fait-il mieux que celui de 68 ?  Je ne sais pas mais à voir le souvenir que son lointain ancêtre a laissé dans les mémoires, on peut supposer que celui-ci ne sera pas mal non plus.

C’était devenu en effet une habitude de ricaner lorsqu’on disait, dans les années 70 que tel jeune avait eu son bac, en demandant l’air innocent : « Pas en 68 quand même ? » ; et de fait il y a eu cette année-là des cancres qui se faisaient recaler chaque année et qui l’avaient obtenu … sur les barricades, comme on disait alors. 

Alors dites-moi, et vous ? Aviez-vous l’impression que le bac existait encore ? Que même des malheureux jeunes gens et jeunes filles sont en ce moment même entrain de potasser leur oral de rattrapage ? Tout le monde croyait que le covid’ avait déjà purement et simplement supprimé le bac 2020 – et ce qui est très intéressant, c’est que personne ne s’en était ému. Pourtant, j’ai encore en mémoire les cris effarouchés que des parents et des jeunes poussaient dès que le ministre parlait d’introduire un peu plus de contrôle continu. On criait alors à la rupture d’égalité, au « bac au rabais », à la recherche d’économie comptable – bref on reprochait au gouvernement de faire parler le tiroir-caisse avant d’écouter la longue et héroïque Histoire de la France dans laquelle le baccalauréat occupe une place essentielle entre Jeanne d’Arc et Victor Hugo.

Et voilà, il a suffi que le « chamboule-tout » de l’épidémie passe par là, pour que finalement on s’aperçoive que – non, le bac n’existe déjà plus, qu’il n’est qu’un point de passage obligé entre le lycée et les études suivantes et que jusque-là on faisait semblant d’y croire. D’ailleurs il y en a qui le savaient déjà : ce sont (par exemple) les profs de fac qui sont obligés de refaire ce que les profs de lycée n’ont pas réussi, comme d’apprendre à faire une dissertation quand on débute des études de philo.

 

Quant à moi, qui ne suis plus dans le coup mais qui l’a été longtemps, je me rappelle que du temps où j’étais prof je louais le bac uniquement parce qu’il me débarrassait du souci de décerner le diplôme à mes propres élèves. Certes il arrivait que certains soient mal jugés lors de l’examen, mais ce n’était rien comparé à la lourdeur de rapports avec des élèves à l’affût de la bonne note – sans parler de la concurrence entre profs supposés plus cléments ou plus sévères. Et ça on y a échappé cette année parce que le contrôle continu a été introduit après coup, sans que le sache au début. Mais on ne peut pas souhaiter une catastrophe semblable chaque année.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire