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samedi 2 mars 2024

Entre le secret et l’indicible – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

En furetant dans les news-Google, je tombe sur ça par hasard : « J’ai attendu 44 ans pour avoir mon premier orgasme vaginal » texte où une femme raconte comment ce n’est qu’à 44 ans qu’elle a rencontré un homme capable de lui faire éprouver l’orgasme vaginal, déclic qui lui a permis ensuite d’atteindre les mêmes sensations avec son sextoy habituel. Je vous laisse découvrir les péripéties de cette aventure ici, et je me tourne vers cette étrange habitude qu’ont les gens de faire des confessions intimes sur Internet livrant sans pudeur les méandres les plus profonds de leur Intimité à des inconnus.

Notre époque pourtant si soucieuse de préserver les libertés individuelles est totalement tolérante avec la publication des secrets de la vie privée. 

Le secret justement que vaut-il de nos jours ?  Qui donc se soucie de le préserver ?

- Les confesseurs qui mettent en avant le secret de la confession. Mais plus personne ne vient les voir – et quand ça arrive, personne ne leur demande de trahir ce qu’ils viennent d’entendre. Pourtant le secret de la confession est une vertu puisqu’il résulte de la communication directe du pécheur avec Dieu en la personne de son missionnaire. 

- Les médecins qui, comme les confesseurs, font du secret médical la condition de l’authenticité de leurs échanges professionnels avec leurs patients. Le secret n’est plus ici une vertu morale mais une condition technique de l’exercice de leur profession.

- Les banquiers dont on dirait que, plus encore que les médecins, le secret gardé sur les informations qu’ils détiennent est la condition sine qua non de leur existence professionnelle. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’importance prise par les banques suisses est venue de ce secret qu’elles ont su préserver plus que toute autre. Aujourd’hui, les paradis fiscaux fonctionnent sur la même base : il a fallu des enquêtes menées avec des moyens formidables pour arriver à arracher de l’anonymat certains des clients de ces paradis, aux iles Caïman ou à Panama.

 

Et le philosophe, qu’a-t-il donc à ajouter ? 

- Que le secret de l’intimité repose sur une connaissance de soi sans laquelle il serait sans objet. 

- Et ensuite qu’un langage approprié et compréhensible par autrui est requis, ce qui, selon Wittgenstein n’est pas du tout évident.

Car il peut se faire que ce secret au tréfonds de mon âme me soit inaccessible, ce que Freud a tenté de démontrer. Et ensuite, que dire ce secret en confession échoue faute de langage approprié. – Mais pour s’en persuader, il suffit de retourner à la découverte de l’orgasme vaginal par notre jeune exploratrice du 7ème ciel : parvient-elle à nous en donner une description complète ? Comment moi, qui suis un homme, pourrais-je deviner ce qu’elle a ressenti à la lecture de ses paroles ? Si une telle chose était possible, ça se saurait.

Et dans ce cas, peut-on parler de secret là où règne l’indicible ?

mardi 27 septembre 2022

Mystère dans la Baltique – Chronique du 28 septembre

Bonjour-bonjour

 

Les amateurs des romans d’espionnage sont tout excités : des commandos de plongeurs ont saboté hier les gazoducs Nord-Stream 1 et 2, provoquant des fuites considérables. En effet, bien que ces gazoducs soient à l’arrêt actuellement ils contenaient toujours du gaz et sont l’objet de mesures de sécurité particulières. (Lu ici)

 

- Qu’est-ce qui nous passionne dans cette affaire ? Le mystère qui l’entoure, puisqu’on ne sait même pas qui l’a perpétrée ? Les Russes seraient ils les saboteurs, afin de montrer que les coupures d’approvisionnement décidées par Gazprom sont irréversibles ? Ou bien s’agit-il d’une opération montée par les Ukrainiens pour assécher définitivement les ressources tirées par la Russie de la vente de gaz à l’occident ?

Les amateurs de romans type James Bond s’engouffreront dans cette affaire pour y fantasmer à leur aise. Les autres se passionneront plutôt pour l’opération en elle-même, imaginant ces plongeurs-commandos d’attaque sous-marin.

 


Nageur de combat russe (représentation ici)

On le voit dans cette image, ce sont bien les russes qui ont depuis longtemps stimulé l’imagination. Certes, nous on était admirateurs de ces espions qui sortaient de la mer en tenue d’homme grenouille qu’ils retiraient pour apparaitre en smoking, l’œillet rouge à la boutonnière ; mais enfin il faut être réalistes…

- De toute façon, savoir de quel pays viennent ces plongeurs intrépides, ça ne nous intéresse pas plus que ça. D’ailleurs les mystères dans ces affaires restent souvent non élucidés : le massacre de Katyn (1943) a bien dû attendre jusqu’en 1990 pour être formellement élucidé.

lundi 18 octobre 2021

La loi du Seigneur – Chronique du 19 octobre

Bonjour-bonjour

 

Hier, Jean Castex déclarait au Vatican, en présence du Pape : « La séparation de l’Église et de l’État ne signifie pas la séparation de l’Église et de la Loi ». Cette déclaration est à mettre en balance avec celle de Monseigneur Moulins-Beaufort, Président des évêques de France  qui avait déclaré que le secret de la confession était « plus fort que les lois de la République ».

Sans revenir sur cette impossibilité de concilier le dogme du secret de la confession avec le code pénal qui impose la dénonciation des crimes, c’est l’existence même de ce dilemme qui interroge. Car depuis 1905 (date de la séparation de l’Église et de l’État), combien de fois le juge d’instruction a-t-il dû se heurter à ce secret de la confession ? On en a même fait des pièces de théâtre et des films (1). Mais à chaque fois le dilemme était moral (le confesseur devant affronter le tragique de la non-dénonciation) alors qu’aujourd’hui il est de nature juridique : y a-t-il donc en France des lois supérieures aux lois de la République ? Posé comme cela, dans le contexte de la contestation musulmane des lois républicaines, cette question est explosive et on comprend que Monseigneur Moulins-Beaufort ait regretté de l’avoir fait. Car si le juge tolère, au nom d’une jurisprudence obscure, que ce refus de répondre soit opposé aux enquêteurs, c’est parce qu’on a « accepté »

 de faire comme si le secret de la confession était une variante du secret professionnel qui concerne déjà les médecins, les pharmaciens, les avocats, les policiers, etc. La liste est longue et on pourra la consulter ici

Mais, à supposer que ce soit vrai, il faut quand même noter que ce secret ne s’auto-attribue pas et qu’invoquer cette exception pour le secret de la confession est totalement illégitime. On voit bien aussi que, puisque ce secret est décrété par la loi, celle-ci peut également le lever dans des cas bien spécifiques. On n’a plus affaire à un dogme mais à la volonté du Législateur. C’est là-dessus que porte le différend qui a sans doute conduit Jean Castex au Vatican.  

Et ce serait donc cela qui n’aurait pas été réglé depuis 1905 ?

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(1) Dont justement « L’auberge rouge » tourné en 1951 et « la loi du silence » d’Alfred Hitchcock en 1953. On peut citer aussi « Une vie », roman de Maupassant. Voir ici

lundi 14 octobre 2019

COMPARÉ AU PARLEMENT BRITANNIQUE, UN SPHINX ÉGYPTIEN EST UN LIVRE OUVERT

« Comparé au parlement britannique, un sphinx égyptien est un livre ouvert », a commenté le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Je ne sais pas si c’est un reflexe de vieux lettré qui a fait ses humanités il y a plus d’un demi-siècle, mais je réagis toujours avec intérêt quand je trouve une référence un peu recherchée à l’histoire ancienne que ce soit celle des mythes ou celle des empires.
Bien sûr Jean-Claude Juncker se trompe en évoquant le Sphinx égyptien car si on veut comprendre cette allusion il faut oublier le Sphinx d’Egypte et se tourner vers le non moins célèbre Sphinx d’Œdipe. Mais qui lui en voudrait ? Après tout il met notre cervelle en mouvement, et ça, c’est quand même l’essentiel.




Reste tout de même à savoir si cette image est pertinente pour caractériser la situation qui prévaut aujourd’hui au parlement Britannique. Et là on a des doutes.
Car que fait le Sphinx ? Il pose une énigme « insoluble » à Œdipe et il attend sa réponse. Comme Œdipe trouve la réponse, le monstre chimérique va se suicider de dépit et les habitants de Thèbes récompensent Œdipe en lui donnant en épousailles la reine.
Si le parlement britannique était un Sphinx, il ne resterait qu’à trouver l’Œdipe  qui pourrait le vaincre par sa perspicacité. Mais ça, ça ne marche pas parce que rien n’est écrit de tout cela. Du coup, la seule pertinence de la comparaison avec la Chambre des communes est que le secret des décisions à venir est aussi bien gardé que le mystère de l’énigme. Reste que dans le cas du Sphinx celle-ci existe et se trouve simplement inaccessible au simples mortels, alors que dans le cas britannique, rien n’existe pour le moment de cette solution miracle que serait une décision simple, forte et claire des élus du peuple..
Sinon, imaginez un peu Boris Johnson en Œdipe qui va vaincre le Sphinx-Parlement et puis qui épouse la reine et lui fait des enfants, puis découvrant sa faute, se crève les yeux et part errant sur les routes britanniques.
Very shoking, isn’t it ?