samedi 3 novembre 2018

MOI AUSSI, J'APPRENDS, ÇA NE FAIT QUE QUINZE JOURS QUE JE SUIS LÀ.

Cette phrase a été prononcée par Thierry Henry, entraineur de l’équipe de foot de Monaco lors de la conférence de presse après-match à Reims (Monaco  battu (0-1) samedi à Reims). Lu ici.

Ce qui éveille l’attention, c’est cette nécessité de déployer dans le temps une phase d’apprentissage, parce que ce n’est pas vraiment dans l’air du temps, et qu’à notre époque la machine sait tout de suite faire ce qui nécessiterait pour nous autres, êtres humains, un long parcours d’essais. C’est même comme cela que depuis longtemps déjà les machines sont apparues comme destructrices d’artisanat, capables de faire mieux et immédiatement ce que l’apprentis menuisier ne parviendrait à réaliser parfaitement qu’au terme d’une longue existence.
Le seul problème, c’est que la machine ne s’adapte pas. Ce qu’elle sait faire, elle le fait parfaitement, à condition que rien ne change dans l’environnement hors mis les cotes des pièces à produire.
Nous ne polémiquerons pas sur l’utilité de remplacer un entraîneur qui connaît le métier (Jardim) par un nouveau venu qui ne le connaît pas (Th. Henry). Par contre il est utile de réfléchir à ce qu’est l’apprentissage d’entraineur de l’équipe, qui ne doit pas seulement trouver la solution la mieux adaptée dans le stock des options possibles, mais qui surtout doit inventer celles qui n’ont jamais servies parce qu’elles doivent s’adapter à la situation nouvelle de l’équipe à ce jour. Et c’est là que la machine (imaginons un Super-Gros-Ordinateur) se révèle incapable d’égaler l’homme.

… Sauf qu’aujourd’hui les machines fabriquées par l’homme sont caractérisées par cette faculté d’apprentissage (ce qu’on appelle le « deep-learning » ou « apprentissage profond »). C’est là que vous comprenez que votre innocent Smartphone, là, au fond de votre poche n’est pas un objet inerte dans l’attente de vos nouveaux ordres, mais que déjà, sans que vous ne lui demandiez rien, il compare, algorithmes aidants, vos pérégrinations internet et construit de nouvelles fonctionnalités justes adaptées à vous – et peu importe pourquoi : ce qui compte c’est que ce soit possible.

L'ITINÉRANCE MÉMORIELLE ET POLITIQUE DU PRÉSIDENT FRANÇAIS LORS DES COMMÉMORATIONS DE L’ARMISTICE DE 1918

"L'itinérance mémorielle et politique" du président français marquera les commémorations du centenaire de l'armistice de 1918, du 4 au 11 novembre 2018. Un parcours inédit du Président sur les lieux de bataille, pour la mémoire collective mais aussi pour tenter de renouer avec les territoires au moment où l'exécutif est en difficulté. (Lu ici)

On se rappelle peut-être les savants et diserts débats autour de l’idée de « commémoration » lors du bi-centenaire de la Révolution en 1989. Supposons un instant que tout cela soit désormais bien intégré et admettons que le Président, en déambulant à travers les régions dévastées par la Grande Guerre cherche à rejoindre à sa façon les malheureux poilus et à se recueillir auprès de leurs ombres, dans le silence désormais revenu des tranchées.
Mais alors, avons-nous là comme le suggèrent certains commentateurs la preuve d’un effort pour regagner l’opinion en montrant une proximité nouvelle avec elle ? Serait-ce un exemple de ce qu’il faut faire en politique pour se rapproche d’autres partis, d’autres pays ?
Imaginons par exemple :
            - Pour persuader les anglais de la nocivité du Brexit, faire un tour d’Angleterre à pied (après tout nous parlons bien de l’homme qui a lancé « la République en Marche » !) pour venir partager un instant de vie d’un ouvrier sidérurgiste (s’il en reste) ou d’un éleveur du Kent.
            - Pour calmer les populistes de tout poil, les inviter à partager le travail de bénévoles dans un centre de regroupement de migrants. Dégager le masque grimaçant de l’envahisseur pour leur faire découvrir l’humanité souffrante.
Bref, l’idée serait qu’on ne peut éprouver d’empathie sans une proximité particulière caractérisée par un « faire ensemble ».
 … Quoique : les poilus aussi ont fait ensemble – c’est à dire avec les « boches » –  la guerre d’éventration à la baïonnette.

vendredi 2 novembre 2018

ON A VU LA SAISON 3 DE « DIX POUR CENT ».

TÊTU (1) a vu en avant-première la saison 3 de « Dix Pour Cent », diffusée sur France 2 à partir du 14 novembre
Pendant la deuxième saison, la scène de sexe entre Andréa, agent de star lesbienne, et son patron Hicham avait déçu beaucoup de fans : encore un personnage lesbien qui couche avec un homme (La suite ici)

Quand on veut comprendre les autres, le mieux c’est de se mettre à leur place, par exemple pratiquer ce que les cinéastes appellent le contre-champ.

- Ainsi de cette scène de sexe entre deux personnages de la série 2 de « 10 pour cent » dont l’une est lesbienne et l’autre son patron. Que se dit le spectateur lambda (= hétéro) ? « Chic ! Une scène ce cul – c’est pas trop tôt » Mais que se dit le spectateur.trice lecteur de TÊTU ? « Encore un personnage lesbien qui couche avec un homme »
Déception : quand bien même le.la spectateur.trice en question ne serait pas frustré au point de se désoler de ne pas avoir les images qu’il.elle attend, il y a ce militantisme qui fait du choix de sexualité un engagement fondamental dont on ne peut se dédire sans se dénaturer.

- Bizarre ? Alors là encore, pratiquons le contre-champ. Moi qui vous parle, je ne me suis jamais demandé si ma sexualité faisait ou non partie de ma nature, parce que tout simplement je ne pouvais jamais m’en dissocier au point de la concevoir comme un objet sur le quel s’interroger. Mais je comprends que cette myopie ne soit pas possible pour un.e LGBT : la société a vite fait de le lui mettre sous le nez, cet objet répugnant que constitue sa sexualité : C’est à toi, « Ça » ? Et donc trouver en TÊTU un espace où dire ce qu’il en est, est bien  –  mais c’est aussi le symptôme d’un mal. Car si un hétéro ne s’interroge pas sur l’objet de sa libido, et qu’en même temps l’homo le fait, c’est aussi que pour le premier la sexualité n’est pas déterminante dans sa vie quotidienne (mange-t-il son œuf  mollet comme « un mec qui en a entre les cuisses ? »), en revanche pour l’autre versant de l’humanité c’est le cas.
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(1) Têtu est un magazine mensuel gay français créé en 1995 par Didier Lestrade et Pascal Loubet avec le soutien financier de Pierre Bergé. Après vingt ans d'existence et 212 numéros, Têtu cesse de paraître en juillet 2015. Le magazine est repris par la start-up française iDyls fin 2015, puis liquidé une deuxième fois en février 2018. Il a été relancé depuis.

jeudi 1 novembre 2018

INTERROGÉE SUR LE MOUVEMENT #BALANCETONPORC MARINE LORPHELIN (Miss France 2013) SOUTIENT QU’ « IL FAUT POUVOIR PARLER DE ÇA LIBREMENT ET SE DÉFENDRE »

 " (Harcèlement) - J'y étais confrontée en tant que Miss France parce que Miss France est quelqu’un qui appartient aux Français. Et vraiment, il y a certaines personnes qui le ressentent comme ça. Et oui, j'ai eu des mains aux fesses par des maires de certains villages. J'ai eu des gens qui m'ont sauté un peu dessus pour me faire un bisou ".
"Je me suis sentie agressée dans mon intimité et je me suis sentie comme un objet et pas comme une femme respectée," raconte-t-elle, expliquant combien il était alors difficile pour elle de se défendre. A lire ici.

Concernant l’attitude de certains hommes à l’égard des femmes, tout ou presque est dit ici.
A savoir :
1) Que pour ces hommes, les femmes leurs appartiennent, qu’elles ont à le reconnaitre et à s’y conformer.
2) Que cette attitude transforme la personne qui en est victime en objet, qui n’a certes pas à donner son consentement, puisque comme n’importe quel objet elle n’est plus qu’une chose qu’on peut manipuler comme bon semblera.
3) Que du coup les femmes victimes de ces attitudes sont niées dans leur intimité. Pour qu’il y ait intimité, il faut un sujet qui en détermine le contour et qui écrit sur la porte : Ne pas entrer.
Mais pour la femme-objet, nulle intimité car nulle liberté.

Le fait que ce soit Miss France qui exprime tout cela n’ajoute aucun supplément de vraisemblance ; simplement Marine Lorphelin est en situation de percevoir ce ne qui paraitrait que confusément à d’autres.
Par exemple :
- Que comme Miss France elle ne s’appartient plus mais seulement aux français. Autrement dit, quand elle sort avec ses amis et va danser en boite, elle reste toujours Miss France.
- Que du coup chacun (ou presque) a le droit de lui mettre la main aux fesses, puisque celles-ci appartiennent à la France donc aux français.

Reste à se dire que parfois ( ?) dans la vie quotidienne certaines femmes ressentent cela – et que c’est cela qui les fâche.

INDÉPENDANCE OU PAS ? COMPRENDRE L'HISTOIRE MOUVEMENTÉE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE

Le travail de l’historien est d’abord une mise en ordre des causalités. Pour en donner un exemple qui va nous occuper dans un proche avenir, songeons à la Nouvelle-Calédonie et au référendum d’indépendance qui doit avoir lieu au printemps.
Mais, comme nous sommes (provisoirement) historiens, rappelons-nous un passé encore proche puisque remontant à 1988. Pour nous aider nous pourrons recourir à cette vidéo destinée à éclairer des ignorants comme nous.
Du massacre de la grotte d’Ouvéa (1) aux accords de Matignon, de l’assassinat de J-M Tjibaou (leader indépendantiste) aux nouveaux accords de Nouméa (1998) – puis au référendum prochain, il semble que le fil conducteur soit très clair : il s’agit d’autonomie politique et la question qui sera posée (le 4 novembre) aux électeurs le dit :
« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »
Voilà toutefois que notre historien refuse de refermer le chapitre. Car en bon scientifique, il va éplucher les résultats des sondages qui au fil des mois confirment une tendance bien nette : une majorité de la jeunesse de Nouvelle-Calédonie – y compris les canaques – est favorable au maintien du pays dans la République française. Curieux n’est-ce pas ? Et contre-intuitif, car on penserait que la jeunesse dynamique et entreprenante souhaiterait un maximum de liberté pour faire des affaires en toute indépendance – par exemple avec l’Océanie, puisque ce territoire est quand même plus proche de l’Australie que de Paris.
Seulement un scientifique aime bien faire des recoupements pour vérifier ses hypothèses. Et voilà qu’il constate que le progrès des intentions de vote favorable au statu quo suit d’assez près le cours du nickel dont l’archipel tire l’essentiel de ses ressources. Faute d’un cours suffisant la Nouvelle-Calédonie reste dépendante des subsides venus de France.
Alors, voilà : on s’est étripé pour des principes, on a juré qu’il valait mieux être mort que vivre sans liberté ; on a dit que la culture et la civilisation canaque étaient le support de la vie des habitants qui ne sauraient s’en passer.
Et puis tout cela s’achève dans un bruit de tiroir caisse.
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(1) Qui se solde par la mort de 18 canaques et de deux gendarmes (ce qui permit à J-M Le Pen de déplorer la mort de deux hommes, laissant entendre qu’un canaque qu’il soit vivant ou mort ne mérite pas une telle appellation )