samedi 27 octobre 2018

«I KILLED THEM ALL»: L'HÉRITIER ROBERT DURST VA ÊTRE JUGÉ POUR MEURTRE

L'héritier d'une célèbre famille new-yorkaise avait semblé faire des aveux par mégarde dans le documentaire de HBO «The Jinx», en 2015...
Dans la dernière scène de The Jinx, Durst semblait pourtant faire un aveu involontaire, se murmurant à lui-même alors qu’il était aux toilettes et que son micro sans fil n’était pas désactivé : « What the hell did I do ? Killed them all, of course » (« Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je les ai tous tués, bien sûr »). Lu ici

J’aborde ici un sujet qui mériterait d’être abondamment commenté par des universitaires : celui des aveux faits par mégarde. Ce monsieur qui raconte sa vie pour un doc télé, va faire pipi au cours de la pose, et ne se soucie pas que son micro soit resté branché : et d’un coup pendant une miction particulièrement prenante, le voici qui murmure pour lui-même : « Mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je les ai tous tués, bien sûr »
Alors, certes depuis l’abolition de la torture les aveux ne sont pas des preuves suffisantes. Mais avant d’en venir là il faudrait savoir si pour avouer il faut s’adresser à un interlocuteur bien précis et avoir des propos parfaitement cadrés dans un dialogue.
Savoir pourquoi cet homme se met à prononcer des bouts de phrases comme ça, sans raison apparente. Des gens qui parlent « tout seuls » on en connaît tous : en général on ne les prends pas trop au sérieux.
Je sais bien qu’aux US on utilise des machines à détecter le mensonge, que le penthotal a été nommé « sérum de vérité » sans trop se demander si ces aveux inconscients pouvaient avoir valeur juridique.

En tout cas on est loin de Raskolnikov et de ses aveux salvateurs

vendredi 26 octobre 2018

GÉNOCIDE RWANDAIS : UNE VIDÉO ACCABLANTE POUR L'ARMÉE FRANÇAISE

Pour les parties civiles et leurs avocats, cette "abstention volontaire d'intervenir" relève de la complicité de génocide.



Sur cette video (à visionner en totalité ici), on voit un militaire français au rapport auprès du colonel Rosier racontant les massacres dont sont victimes les tutsis et qu’il est même arrivé aux soldats français de protéger leurs « fileurs » reconnus par les tutsis comme l’un de leur bourreau.
Revoyant cette video, le colonel Rosier déclare :
"C'est vrai qu'en revoyant cette scène, il me paraît incroyable de ne pas avoir réagi à l'information donnée (...). J'ai l'esprit ailleurs, je suis en train de préparer mon point presse".
Voilà, j’en suis arrivé là où l’horreur prend un visage : le souci de paraître (voyez le colonel brossant son uniforme tout en écoutant distraitement le militaire, comme si celui-ci racontait l’arrivée du PMU). Oui, pour un gradé, un point presse est devenu aussi important – sinon plus – que des opérations de protection des civiles sur le terrain.
Au fond, vous auriez lu cela comme déclaration d’un maréchal  de Louis XIV soucieux de lisser la belle plume de son chapeau, vous auriez bondi : époque barbare !

Et nous alors ?

A LA FÊTE FORAINE DE BORDEAUX, « 1 EURO LA MISE À MORT »

« Une attraction "chaise électrique". Voilà, ce qui était proposé aux visiteurs lors de la fête foraine de Bordeaux. Le principe ? Pour un euro, le joueur pouvait activer la chaise électrique sur laquelle un mannequin était placé. Un amusement jugé de mauvais goût. Le public s'est ému de cette attraction macabre et l'objet de la polémique a été retiré. » Lu ici

- On a ici un relent de l’expérience de Milgram lorsque des « expérimentateurs » bien obéissant aux ordres reçus lançaient des décharges électriques (fictives sauf pour eux) à des patients qui gémissaient de plus en plus fort. Bien sûr tout cela était machiné, et puis, peu après nous étions dans les années 68, où la crise de l’autorité était censée rendre impossible ce genre de situation. (1)
Et si l’expérience de Milgram renvoyait non pas à l’obéissance aux ordres reçus, mais bien plutôt à une attirance pour la souffrance infligée à autrui ? Dans le domaine des exécutions capitales qui retient notre attention aujourd’hui, rappelons que la guillotine a été cantonnée dans les cours de prison, après que les manifestations de liesse du public aient accompagné la chute du couperet. Et même dans ce cas on se souvient de la foule agglutinée devant la porte de la prison américaine au moment où un condamné est assis sur le chaise électrique. La foule pousse de cris et brandit des poêles à frire, le condamné étant en parti brûlé au cours du supplice.

Alors quelle psychologie pour le fêtard qui paye 1 euro le droit d’envoyer une décharge létale à un mannequin ? Nul ordre au quel obéir, pas même un simulacre : on est dans le fantasme – et voilà que les récits détaillés et complaisants de l’assassinat du journaliste saoudien me reviennent à l’esprit. Un petit plaisir gratuit ?
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(1) Pour mémoire lire ici.

jeudi 25 octobre 2018

ASSASSINAT DU JOURNALISTE SAOUDIEN KHASHOGI : DES MOTS POUR LE DIRE

- Le prince héritier saoudien qualifie « d’incident hideux » le meurtre de Khashoggi
Pourtant soupçonné d’avoir commandité l’assassinat du journaliste saoudien, Mohammed Ben Salman a affirmé que Riyad coopérait avec Ankara et que « la justice prévaudra ».

- Affaire Khashoggi : Macron a fait part au roi saoudien de sa "profonde indignation" après "ce crime"

Je ne relaie pas ici les propos du Président américain, ni ceux de tous les dirigeants européens. On constate que si les mots pouvaient bouger les choses, alors le Prince Salman serait en exil ou pire depuis longtemps. On l’a compris il y a un niveau d’efficacité pour le langage qui ne peut l’emporter sur la force brute : on dit qu’autrefois les bourreaux japonais affectaient une politesse exquise lors des supplices qu’ils infligeaient à leurs victimes. Bien sûr les bourreaux saoudiens n’ont sûrement pas eu ce genre de précaution, mais  ce n’est qu’une question de culture.

Au fond ce qui compte c’est de savoir où nous mène une spéculation sur l’efficacité d’un discours :
- Président Macron est indigné ? Soit. Il demande à être éclairé sur les responsables : passe encore. Mais personne n’est dupe : seule la déclaration de suspension de vente d’armes venant annuler le traité pourrait être efficace, car alors le langage ne construit pas lui-même sur du vent  son efficacité, mais se contente d’énoncer le pouvoir qui se déploie ailleurs. On sait que l’Allemagne exige ce retrait comme réponse au crime saoudien ; on ait aussi quelle réponse la France lui a faite.


De fait ce qui importe pour nous pauvres citoyens, c’est de repérer les chances de réalisation des déclarations – et encore : quand Ben Salman dit qu’il va coopérer avec Ankara dans l’enquête, on se doute bien que ça va servir de tractation à toutes sortes de faits sans rapports avec la justice.

mercredi 24 octobre 2018

BÉBÉS SANS BRAS: LA LANCEUSE D'ALERTE DE L'AIN "SALUE" LA NOUVELLE ENQUÊTE ANNONCÉE



Une supposition : vous voilà chargé.e de mettre en page une info sur les bébés sans bras, et vous devez présenter cela de façon un peu visible. Quelle photo mettre pour illustrer l’article ? Celle d’une main de bébé, comme ici ? Certes c’est un peu bizarre mais au moins on est tout de suite dans le sujet.

Seulement voilà, notre éditeur du jour a choisi plus radical : montrer des pieds de bébé, peut-être ceux-là mêmes d’un bébé sans bras, puisqu’au moins il n’est pas dépourvu de jambes ni de pieds. Alors vous voilà débarassé.e. du travail : autant passer à autre chose ?
Sauf que le message implicite est quand même que, s’agissant de malfaçon, le nourrisson n’est pas du tout présentable et que seuls les lieux de son corps normalement constitués peuvent être montrés. Et ce message on le devine n’est pas seulement pour aujourd’hui, mais il sera pour toute la vie de l’enfant, puis de l’adulte.

- On dira : « Bon, voilà, c’est comme ça. Autant le savoir. » Seulement ces articles sont censés donner un peu d’espoir aux gens qui les lisent (ici : retrouver les responsables de ces malformations et leur faire payer très cher) : et là c’est un peu dur à avaler.