Affichage des articles dont le libellé est distinctions sociales. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est distinctions sociales. Afficher tous les articles

mardi 6 décembre 2022

La chaleur, ça se partage – Chronique du 7 décembre

Bonjour-bonjour

 

Le froid qui commence à s’installer vous inquiète déjà, et vous vous demandez comment rester au chaud alors que la facture énergétique promet d’être salée ? France-Culture a réfléchi à la question et vous propose une anthologie des solutions issues du passé : c’est ici, mais je vous en propose un extrait, histoire de vous mettre en appétit. 

D’ailleurs ce passé n’est pas si lointain : on célèbre aujourd’hui encore la « bûche de Noël », souvenir de celle que chacun à tour de rôle apportait pour la cheminée du voisin chez qui on venait se regrouper durant le veillée. 

 

Écoutons Oliver Jandot, auteur d’un essai sur la question : c’était rappelle-t-il, un moment " de sociabilité intense, un lieu où vont se transmettre, par exemple, les contes traditionnels. C’est aussi un lieu où on pratique des activités manuelles, les femmes filent, les hommes réparent des outils. Et puis, c’est aussi un lieu où on se rencontre entre jeunes, sous le regard des parents. C’est souvent au cours des veillées que s'arrangent les mariages ou que se tissent des liens entre les jeunes gens". 

Après le rapprochement des corps, leur mise en ordre par une étiquette sociale rigoureuse : « On y explique comment céder sa place à une personne dont le rang social est plus élevé que le sien. On comprend donc qu’il y avait de bonnes et de mauvaises places par rapport à la chaleur. Dans certaines régions rurales, le placement autour de la cheminée à la veillée est extrêmement codifié avec la chaise du chef de famille, le placement des hommes, des femmes et des enfants. On se rend compte que la chaleur est un élément de structuration sociale. »

 

Voyez cette image venue du 14ème siècle :

 

 

Un hiver au XIVe siècle, miniature du "Medieval handbook of health"

 

On y voit le patriarche installé devant la cheminée captant au passage son rayonnement, et sa femme, qui est cantonnée sur le côté, obligée pour se réchauffer de trousser sa robe. Inutile de dire que pour la piétaille, cette cheminée est interdite

 

On ironise à présent sur les « chapeaux à plumes » qui incarnent les privilèges dont bénéficient les dirigeants d’entreprise. Alors que les bureaux sont chauffés à 19° maximum, qui donc va vérifier que le PDG est concerné par cette mesure ?

- Vous vous les gelez dans votre open space? Alors, allez toquer au bureau du patron et racontez lui tout ça, concluant ainsi : "Chef, la chaleur, ça se partage." - et là vous ajoutez "Ah ! Qu’il était bon le temps où on pouvait se regrouper autour de la cheminée…"

samedi 10 septembre 2022

Que va devenir le chapelier de la Reine ? – Chronique du 11 septembre

Bonjour-bonjour

 

Pour ceux qui, comme moi, aiment quand l’actualité devient brûlante, faire un pas de côté pour voir ce qui surgit à la marge, il est un sujet qui s’impose : quid du chapelier de la Reine ?

C’est que ce chapelier dont on sait qu’il fut personnellement choisi pour être le créateur des couvre-chef de la Reine, spécialisé donc dans la création de ces chapeaux improbables doit se retrouver au chômage aujourd’hui : pour qui donc les ferait-il à présent ?

o-o-o

Dans quelle activité ce chapelier pourrait se reconvertir à présent ? 

            * Rester chapelier et fournir des chapeaux à Amélie Nothomb ? Quand on a œuvré pour la Reine on de condescend par à chapeauter une écrivaine fantasque. 

            * Peut-être fabriquer des nids pour les cigognes ? Il lui suffirait de reprendre la forme utilisée pour les chapeaux de la Reine et de la retourner.

 

Nous verrons bien. L’essentiel est ailleurs : la Reine a trouvé avec ses chapeaux une marque distinctive dont tous les monarques ont usé. Si vous êtes devant un tableau du 17ème siècle représentant dans un salon un groupe de gens habillés comme des nobles repérez celui qui porte un chapeau : c’est le Roi. Lui seul a le droit de rester couvert ; tous les autres doivent être tête-nue. 

--> Je suis sûr que même sans utiliser cette étiquette, la Reine d’Angleterre ne se permettait jamais de sortir sans son chapeau. On raconte que lors de sa dernière visite en France, on eut toutes les peines du monde à lui trouver une voiture française assez haute de pavillon pour lui permette d’y entrer sans retirer son chapeau. Imagine-t-on la Reine tête nue en voiture ?

Elisabeth II avait l’habitude de dire que ses chapeaux ainsi que la couleur de son tailleur étaient nécessaires pour que le public puisse la distinguer de loin. 

 


Du temps du Roi Soleil il fallait à tout prix que le Roi ait des signes qui le distingue de ses courtisans. Aujourd’hui, il faut simplement afficher son image.

Autre temps, autres mœurs. 

 

 

 

 

vendredi 20 novembre 2020

La disparition de la hiérarchie – Chronique du 20 novembre

Bonjour-bonjour

 

Malgré mon projet de laisser tomber dans l’oubli le petit voyage que j’ai récemment effectué au pays de la covid, j’y reviens malgré tout aujourd’hui, juste pour quelque chose qui pourrait être révélateur de notre vie sociale : je veux parler de la disparition, due aux tenues sanitaires, des distinctions vestimentaires entre les différentes catégories de soignants.



Peut-être est-ce un cas particulier au CHU rémois, mais là où tout habituellement le personnel était divisé en fonctions hiérarchisées et distinguées par des codes-couleurs ou des badges variés, ici plus aucune distinction n’est de mise. Une femme entre dans votre chambre, si elle y pense elle va se présenter : « Je suis l’infirmière » ou bien rien du tout ; vous saurez bien à temps à qui vous avez affaire si elle vous flanque une aiguille dans le bras. Dans les autres cas vous devinerez qu’il s’agit d’une aide-soignante, à moins qu’elle n’ait un balai à la main. Mais attention ! La dame en question peut aussi être votre médecin qui a oublié de se présenter. Et alors c’est son propos qui va révéler quel est son métier : si elle vous parle de vos fonctions vitales, vous saurez à qui vous avez affaire. 

 

Le virus réalise une grande utopie systématiquement imaginées par les auteurs de fictions sociales : celle de l’homogénéisation des citoyens, distingués par leur costume seulement quand leur fonction l’exige et toujours en raison d’un projet politique. Nos démocraties en voulant niveler les inégalités ont libéralisé le costume : que chacun s’habille comme il le veut, et même si de temps à autre on fantasme sur l’uniforme scolaire, on sent bien que c’est aller à rebours de la tendance générale. Que cette liberté soit porteuse de signes évoquant les inégalités de richesse ou de condition parait être un inconvénient qu’on doit accepter sous peine de détruire le principe de plaisir individuel qui gouverne nos sociétés. 

 

Pour en revenir à l’hôpital, j’apprécie de ne pas savoir à qui j’ai affaire quand un(e) soignant(e) entre dans ma chambre. Oublier la fonction pour ne s’adresser qu’à la personne : bien sûr il ne s’agit pas de faire comme si la compétence n’avait plus sa place dans la situation. Mais elle n’est plus qu’une pellicule sous laquelle transparait maintenant, oubliée la hiérarchie hospitalière, la réalité de la personne. Ça peut être décevant ; mais ça peut aussi être une richesse.