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mardi 10 février 2026

Le Zin-zin de France-Inter – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

La blague de Guillaume Meurice sur Benjamin Netanyahu va finalement être rejugée.

Petit rappel : Limogé par Radio France en 2024 pour avoir qualifié à deux reprises le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahu de « nazi sans prépuce », Guillaume Meurice conteste la légalité de son licenciement et réclame quelque 400 000 euros de dommages et intérêts à Radio France.

L’origine de l’affaire remonte au début novembre 2023, quand Guillaume Meurice a suggéré dans un sketch sur Halloween un « déguisement » de Benjamin Netanyahu, « sorte de nazi mais sans prépuce ». (Lu ici)

 

C’est peut-être aujourd’hui, alors qu’aux Etats-Unis l’accusation de « nazi » s’abat sur les membres du service d’ordre « ICE », qu’il faut revenir sur cet évènement. Car traiter quelqu’un de nazi n’a rien de délictueux ; par contre le faire à titre de « blague » pour faire rire, voilà qui mérite licenciement.

On a donc une double contrainte : 

*d’abord celle de la loi : quiconque se sent outragé par des propos tenus à son égard peut porter plainte pour offense ; 

* et puis par ailleurs on est dans le cadre d’un rire sur commande – un rire vendu au détail à tant la minute et qui donc doit respecter les termes d’un contrat aux termes duquel le commanditaire à le pouvoir d’acheter ou non la chronique en question.

Puisque l’affaire se juge devant les prudhommes on comprend qu’on est dans le second cas. 

Voilà donc une affaire bien banale et si elle n’impliquait pas le 1er ministre israélien on n’aurait même pas à en parler.

Résumons-nous : la faute pour laquelle l’humoriste est licencié relève de la faute professionnelle – sauf qu’il s’agit d’un comique pour lequel la liberté de parole est la condition sine qua non de son art.

Aurait-on oublié que les bouffons du Roi jouissaient déjà de cette liberté refusée à tous les courtisans ?

 

Maître du portrait de Angerer, Un fou, vers 1519-1520.

 

…. Reste qu’ils étaient protégés par leur statut de « fou du roi ». Guillaume Meurice aurait-il dû fournir un certificat de dérangement mental ?

mercredi 11 décembre 2024

Le rire est-il le propre de l’homme ? – Chronique du 12 décembre

Bonjour-bonjour

 

Cette formule rabelaisienne archi-connue – trop peut-être – finit par occulter toute remise en cause : oui, le rire est bien le propre de l’homme, puisque ce proverbe médiéval est dans toutes les têtes depuis toujours, et surtout depuis que Rabelais l’a placée dans « L’avis au lecteur » de Gargantua.

Est-ce bien sûr ?  Car voilà : les progrès de la photographie multiplient à présent les clichés insolites de nos amies les bêtes, et parmi elles certaines semblent bien contredire Rabelais : 

 

Publié récemment par les Comedy Wildlife Photography Awards 

qui sont un concours international de photographie


Mais à vouloir trop démontrer on risque de fausser ce qu’on montre. Car avons-nous la moindre raison de croire que, comme semble le montrer cette image, les otaries ont une vie sociale calquée sur la nôtre et qui de surcroit implique un langage ? Et si nous le croyons ne risquons-nous pas d’être victime d’anthropomorphisme ?

« Anthropomorphisme » : le mot est lâché ; car cette attitude qui interprète le comportement des animaux d’après le nôtre est bel et bien impliquée en permanence dans nos rapports avec les bêtes et bien entendu principalement avec nos animaux de compagnie.

 

Regardons notre chat (ou notre chien) : l’attrait qu’il a pour nous n’est-il pas le produit de cette croyance que ses sentiments sont les mêmes que les nôtres, ses calculs d’action les mêmes que nos déductions logiques ? Avons-nous la moindre raison de croire que notre chat ne nous aime pas comme nous l’aimons ? Bien sûr c’est moi et moi seul qu’il vient voir quand il rentre à la maison, et on me dit qu’il semble désemparé quand je ne suis pas là. Mais ne peut-on interpréter tout cela en fonction d’autres mécanismes propres aux félins et qu’on retrouve chez tous les chats – comme on devrait interpréter l’« amour » exclusif du chien pour son maitre à partir de la structure de la meute et de l’attitude du chien par rapport à son chef ?

Mais après tout, tout cela nous rapproche des animaux : car si nous pratiquons l’anthropomorphisme, n’est-ce pas parce que, tout comme le chien, nous attribuons aux animaux notre propre organisation sociale ? La meilleure chance de survie nous vient de l’attitude d’attachement de nos compagnons de tribu, c’est donc un facteur favorable à la survie de l’espèce qui nous pousserait à croire que l’amour et la haine se propagent en dehors de l’espèce humaine.

mardi 7 mai 2024

La joie mauvaise contre les juifs – Chronique du 8 mai

Bonjour-bonjour

 

Dans Philo-Magazine, Martin Legros signe cet article essentiel pour analyser, par-delà le cas Guillaume Meurice, le mouvement de rejet des israéliens – mouvement qui dénonce un génocide commis à l’encontre les palestiniens.

Si l’humoriste de France-Inter est évoqué, c’est qu’il permet d’entrer dans l’explication de ce que nous vivons actuellement par le biais de « la joie mauvaise » analysée par Aristote, Nietzsche, Freud ou Schopenhauer. Car, que fait Guillaume Meurice ? On ne lui reproche pas d’accuser l’armée israélienne d’écraser sous ses bombes les gazaouis. C’est de se réjouir de voir combien les juifs sont indignes du respect que leurs malheurs leur valait. « Il (= G. Meurice) réactive ce que les Grecs appelaient épichairekakia et les Allemands Schadenfreude, la joie mauvaise qui trouve du plaisir dans le malheur des autres ». Et voici l’essentiel : « Avec cette finesse inédite dans l’attaque /sachant que l’opinion dominante est que les Juifs méritent des égards spécifiques/ qu’il s’agit de retourner contre eux toutes les blessures avec lesquels ils avaient eu l’indécence, jusqu’ici, de se présenter à nous. » (Article référencé)

 

- On lira les développements de cette analyse (1) qui nous éclaire sur le malaise qui nous saisit de voir ainsi les victimes devenir à leur tour des bourreaux, et les crimes horribles dont ils ont été les victimes (et ceux du 7 octobre revendiqués comme leur résurgence) être commis par eux-mêmes. Essayez un peu pour voir de parler de la « solution finale » déclenchée contre les Palestiniens.

Il faut dire que, dans cette affaire, l’humoriste de France-Inter n’est qu’un exemple de ce malaise qui nous saisit devant cette joie (comprenez : le rire de la blague). En réalité, lorsque de partout montent les cris d’indignation il ne s’agit pas spécialement de savoir si on va rire ou s’indigner ; il s’agit plutôt de comprendre, comme nous l’explique Martin Legros, que « la question est de savoir si ceux … que cette joie mauvaise trouble ou désole, et ne fait pas rire, ont les ressources morales pour s’y opposer. »

Quant à moi, je dirai que mon effroi n’est pas seulement de voir le rire mauvais me secouer ; il est de voir combien le rôle de victime et celui de bourreau sont interchangeables. Car s’il faut mobiliser des ressources morales, c’est bien devant la menace de ce retournement.

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(1) En particulier cet extrait de la Rhétorique d’Aristote « Celui qu’afflige la réussite de gens qui n’en sont pas dignes se réjouira ou, du moins, ne sera pas péniblement affecté de l’échec des gens placés dans une situation contraire. Par exemple, à la vue de parricides ou d’assassins quelconques subissant leur châtiment, personne, parmi les gens de bien, ne pourrait éprouver de peine ; car on doit plutôt se réjouir d’un tel dénouement. »

jeudi 9 novembre 2023

La blague la plus drôle du monde – Chronique du 10 novembre

Bonjour-bonjour

 

J’ai envie aujourd’hui de reprendre un thème déjà abordé récemment : celui du rire « gratis » non adossé à une actualité racontée de façon humoristique, mais simplement avec une « histoire drôle ».

Le problème est que des histoires drôles, ça fourmille un peu partout, mais que souvent elles ne sont pas drôles du tout : ce qui te fait rire toi, ne me fera pas rire moi. 

C’est comme ça.

Il faut donc trouver des histoires dont le comique serait validé par une recherche scientifique. C’est justement ce que propose un psychologue britannique, Richard Wiseman, qui a souhaité savoir quelle était la blague "la plus drôle du monde". Pour ce faire, il a compilé plus de 40.000 blagues et a demandé à près de 2 millions d’internautes de voter. (Lire ici)

La voici :

« Deux chasseurs se promènent dans la forêt, mais l’un d’eux s’effondre soudainement. Il ne semble pas respirer, ses yeux sont vitreux. L’autre chasseur appelle les services d’urgences. 'Mon ami est mort ! Qu’est-ce que je peux faire ?' dit-il. 'Calmez-vous, on va vous aider. Nous devons d’abord être sûrs qu’il est mort'. Après un court silence, on entend un coup de feu. Le chasseur reprend le téléphone. 'Ok, et maintenant ?' ». 

o-o-o

Analyser ce qui fait rire dans cette histoire, c’est assurément en tuer l’effet : quand on dit pourquoi rire, on n’en a plus envie. Pourtant le philosophe, qui se moque d’être amusant ou pas, n’hésitera pas à réaliser ce crime de lèse-poilage.

Deux principes sont à l’œuvre ici :

- D’abord celui de la punchline. L’histoire doit basculer dans sa dernière phrase, sans que cette fin soit prévisible. Mais pour que l’effet comique soit à son maximum, il faut que ce basculement soit brutal. 

- Ce qui se réalise par la juxtaposition de deux mondes : l’un, le nôtre, dans lequel on ne peut secourir un homme que s’il n’est pas mort ; l’autre dans lequel il pourrait se faire que l’homme devrait être bien mort pour qu’on puisse le secourir. (1) 

Une telle incongruité est le propre de l’humour absurde : c’est à ce domaine que cette histoire appartient assurément.

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(1) Noter qu'il se peut que l'homme soit déjà mort lorsque l'autre lui a mis un balle. Mais ce qui importe, c'est que le tireur ait cru qu'en tout état de cause il fallait le tuer au cas où il n'aurait pas déjà été mort.

mardi 17 octobre 2023

Rions-on un peu – Chronique du 18 octobre

Bonjour-bonjour

 

Devant cette actualité anxiogène, il est bon de relâcher la pression de temps en temps. Mais comment faire ? 

L’idée (qui n’est pas neuve) est de demander au monde animal de nous dérider en nous montrant des comportements ou des aspects de la vie un peu amusants. Tel est d’ailleurs le but de ce concours de photos qui a lieu en ce moment et qui se nomme « Comedy Wildlife Photo »

Ainsi par exemple : 

 

 

Les bras m’en tombent (Une sélection d’images ici, un choix plus large ici)

 

Ces photos vont nous amuser par l’imagination qui projette une attitude humaine sur cette attitude animale. Façon de dire que si ces clichés sont surprenants, leur signification nous échappe totalement, mais que cela nous permet de nous voir nous-mêmes à travers ces animaux.

D’ailleurs est-ce si surprenant ? Que faisons-nous avec nos animaux domestiques ? On se moque allègrement de la « Mémère-à-son-chienchien » qui bétifie avec son animal. Mais regardons-nous : ne parlons-nous pas à nos bestiaux chéris ? Ne les considérons-nous pas un peu comme nos enfants ? Et quand ils meurent, ne faisons-nous pas une déprime de deuil ?


- Aïe ! C’est vrai que je voulais seulement vous dérider…

Aller j’en rajoute une couche pour me faire pardonner.

 

File dans ta chambre !