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mercredi 3 mai 2023

Repose en paix, cher RIP - Chronique du 4 mai 2023

 


 

Bonjour-bonjour

 

Le Conseil constitutionnel a rejeté ce mercredi la deuxième demande de Référendum d'Initiative Partagée (R.I.P.) faite par la gauche. Le socialiste Jérôme Guedj, auteur de cette nouvelle formule a déclaré : « On a un RIP qui a été construit pour ne pas vraiment être appliqué »

On aurait donc écrit un texte règlementant la pratique du référendum d’initiative populaire, mais en le tempérant de telle sorte (l’initiative étant désormais « partagée ») qu’il soit impraticable. Façon de dire qu’on ne peut se passer d’une telle disposition – car le peuple doit pouvoir à tout moment contrôler par lui-même la bonne marche de la législature ; mais qu’en même temps la dite législature s’efforce d’empêcher la manifestation de cette volonté du peuple.

On a donc ici un exemple de moment où la démocratie est en lutte avec elle-même, lutte de légitimité au plus haut niveau, puisqu’il s’agit du contenu de la constitution elle-même : preuve que celle-ci porte les traces des luttes politiques qui ont accompagné ses réformes (1).

C’est que cette irruption d’une légitimité autre que celle qui a été déléguée lors des élection est la manifestation d’une volonté de s’autogérer qui a été le fer de lance des révolutionnaires des années 1970. Mais aujourd’hui elle est surtout marquée d’une méfiance viscérale à l’égard du pouvoir, comme l’ont bien fait voir les Gilets-Jaunes.

 

- Je voudrais revenir sur un point assez délicat : l’âge de départ à la retraite, sur lequel le RIC devait porter est-il un point politique ou technique ?

            * Technique il l’est selon le gouvernement : il s’agit de financer la retraite par répartition qui sans cela dépendrait de financement public. En tant que tel ce projet n’entre pas dans le cadre des sujets soumis au suffrage populaire – sinon autant demander de voter pour fixer le montant du SMIC.

            * Politique il l’est aussi – voire même principalement – pour l’opposition qui y voit un dispositif, facultatif du point de vue financement des retraites, mais indispensable pour qui a la volonté d’accroitre la quantité de travail fournie en France. Là est la volonté politique sur laquelle le peuple peut avoir à dire quelque chose.

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(1) Le référendum d'initiative partagée est inscrit dans l'article 11 de la Constitution de la Cinquième République française en 2008. Voir une étude détaillée ici.

mercredi 16 mai 2018

LES SALARIÉS ET L’INVESTISSEMENT DANS L’ENTREPRISE DÉFAVORISÉS PAR RAPPORT AUX ACTIONNAIRES

Question : Selon un rapport rendu public par OXFAM, les groupes du CAC 40 auraient transféré 67.5% de leurs bénéfices à leurs actionnaires depuis 2009, tandis que les salariés n'en récupèrent que 5% au titre de l'intéressement et de la participation, et que 27.5% sont disponibles pour l'investissement. Comment expliquer un tel résultat ? Derrière la condamnation morale de celui-ci, quel est le processus économique qui le rend possible ?
Réponse : Dans un premier temps, il faut bien noter que l'on parle ici de la répartition des bénéfices, qui sont théoriquement, de toute façon, réservés aux actionnaires.
On peut se poser la question de la répartition entre dividendes et investissements, mais la partie pour les salariés est par nature relativement modérée parce qu'ils ne sont pas censés récupérer la part du capital. Cela reste un point que l'on a un peu tendance à oublier dans ce débat.
Après il y a cette idée à gauche que le dividende serait le mal absolu alors que le réinvestissement dans l'entreprise serait très bien, mais fondamentalement, cela est la même chose : pour les actionnaires, que leurs actions valent plus chères ou qu'on leur verse des dividendes, c'est quasiment la même chose.
(Décryptage atlantico – ici)
o-o-o
Ce que ces remarques font valoir, c’est que la polémique déclenchée par les employés d’Air France entretient la confusion, mais qu’il reste  vrai que, de toute façon, le capital conserve sa capacité à tirer des profits copieux de la situation financière de l’entreprise, du moins lorsque celle-ci est bénéficiaire. Car ou bien ce sont les dividendes qui rémunèrent le capital, ou bien c’est la valeur des actions. Certains diraient que ce sont les deux, mais on objectera que moins il y a de dividendes et plus il y a d’investissement donc plus les actions gagnent en valeur (si du moins ces investissements sont rentables).

- Seulement voilà : à Air France les pilotes contestent cette répartition parce qu’elle les oublie. Ils estiment qu’ils sont comme des actionnaires qui apporteraient leur travail et leur compétence en lieu et place de l’investissement en capital : si le capital doit profiter des résultats positifs de l’entreprise, ils le doivent également. S’ils ont dû renoncer à des hausses de salaires lorsque l’entreprise allait mal, c’était au même titre que les actionnaires qui renonçaient à des dividendes. Maintenant que cela va mieux on ne peut augmenter ces derniers sans augmenter leurs salaires.
Tout cela est lourdement didactique, je l’avoue. Mais ce que je souligne par là c’est que les salariés ne contestent plus du tout la logique capitaliste de l’entreprise, contrairement à ce que faisait la génération mai-68. Plus de nationalisation, plus d’autogestion, plus de révolution prolétarienne : rien que de l’investissement et du retour sur investissement.

Reste qu’il faudrait être encore plus « lourdement didactique » pour faire avaler ça aux hôtesses de caisse de Carrefour.

jeudi 18 janvier 2018

PSA : L'ACCORD DE RUPTURE CONVENTIONNELLE COLLECTIVE DEVRAIT ÊTRE SIGNÉE CE VENDREDI.

« Une majorité de syndicats, représentant 58% des voix, se sont prononcés en faveur du dispositif. L'accord, qui prévoit notamment 1300 départs volontaires et 1400 embauches en CDI, devrait donc être officiellement signé ce vendredi, à l'occasion du comité central d'entreprise. » (Lire ici)


- L’article il est vrai, poursuit ainsi : « Parallèlement l’entreprise a engrangé 1,73 milliards d’euros de profits en 2016 »
Alors, permettez-moi, juste pour un instant, de revenir quelques années en arrière. En ce temps-là, on considérait qu’une entreprise qui faisait de gros bénéfices devait songer 1° à augmenter les salaires ; 2° à embaucher de nouveaux employés pour se développer. Mais surtout pas à licencier, ni à augmenter les dividendes !
Supposez que nous soyons dans les années … 70 : imaginez des syndicalistes invités à l’asseoir à la table des patrons pour cogérer leur entreprise. Bonne affaire ! " Virez-moi tous ces bons à rien de profiteurs capitalistes – tout juste là pour s’engraisser du labeur des ouvriers – et mettez en place une commission d’autogestion avec contrôle des objectifs de production par les travailleurs-eux-mêmes. Pas de compromis avec les ennemis de classe !"
O tempora, O mores…