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samedi 17 septembre 2022

Générosité ou prodigalité ?

A l’heure actuelle on demande la sobriété à tous, en excluant toutefois les pauvres qui sont dans la sobriété sans avoir à s’y plier volontairement. La vertu ne serait donc pas à la portée de tout le monde ? Y aurait-il, avec les pauvres, des gens qui n’y auraient pas droit parce qu’incapables de la réaliser ?

Par exemple : peut-on être généreux en étant pauvre, alors qu’on parvient à peine à se suffire à soi-même ?

 

 

La générosité a un signe distinctif : elle donne sans compter, mais du coup on se demande si elle est à la portée de tout le monde : le nécessiteux qui fait appel à la générosité des autres peut-il à son tour être également généreux ? Et si oui, qu’a-t-il à donner ?

 

Albert Camus écrivait « La pauvreté est un état dont la vertu est la générosité. »

Si nous le suivons, nous pourrons répondre affirmativement car il peut y avoir toute sorte de générosités, et même ceux qui ne possèdent pas de ressources financières peuvent encore être généreux :

            - parce que même dans le dénuement, on a encore quelque chose qui est du temps, de la durée ; le retraité passe bénévolement une après-midi entière à trier le courrier pour l’Assoc’.

            - parce qu’étant vivants, les pauvres peuvent encore prodiguer leurs sentiments, comme de la compassion ou les prières des dames patronnesses.

            - Albert Camus note pour sa part que la générosité est plutôt une vertu qu’un acte simplement objectif. La générosité réside dans la façon de donner plus que dans l’acte : on peut donner de son temps ou de son attention de plein de façons différentes, par ouverture aux autres – mais aussi par désir égoïste de se faire admirer.


Par nature la générosité consiste à ne pas distinguer le « mien » du « tien », mais il y a aussi des manières fort peu généreuses de donner à tout vent : le riche qui distribue des billets de banque fait peut être simplement preuve de prodigalité ; la belle femme qui ne ferme pas tout à fait la porte de la salle de bain est peut être exhibitionniste…


Simone de Beauvoir à Chicago en 1950 (photo (volée) de Art Shay


samedi 26 décembre 2020

Que faire des cadeaux du Père Noël ? – Chronique du 27 décembre

Bonjour-bonjour

La famille, les amis, ont été particulièrement généreux on dirait, parce que je vois que votre petit 2 pièces-terrasse est envahi ! Même en admettant que vous allez vous débarrasser des objets devenus caducs du fait de la venue de leur remplaçant dans la hotte du Père Noël, il reste pas mal de choses qui ne vont pas trouver place dans vos placards.

- Et puis, avouez-le, il y a surtout des « choses » que vous avez reçues de gens mal inspirées, ou pas inspirés du tout comme ceux qui vous ont offert tous ces machins immettables ou insupportables à regarder : un tee-shirt humoristique ; le coffret de parfum Yves Rocher ; la carte-cadeau de France-Loisirs ; des bougies-senteur : bref, pas forcément le pire du pire, mais quand même pas non plus des objets qui font rêver.

- No problemo : je ne vais pas tarder à bazarder toutes ces cochonneries sur le Bon Coin. D’ailleurs on est de plus en plus nombreux à le faire et ça ne choque plus personne.

- N’aurez-vous pas quand même un peu honte de l’avoir fait ?

- Honte sûrement pas ; ce qu’on m’offre m’appartient et je fais ce que j’en veux.

- Oui, oui… Et vous iriez dire à ces généreux donateurs que vous avez revendu leur cadeaux ?

- Hum…

 

Bon, chers lecteurs, vous constatez comme moi que ça ne va pas de soi. Mais rassurez-vous, il y a une autre solution : tous ces objets, ne les vendez pas – donnez-les. Oui, on le reconnaitra, donner est plus moral que vendre. C’est comme ça, même en pays capitaliste, où la transformation des choses en marchandise est une règle de base (1), cette marchandisation de la générosité heurte un peu nos valeurs. Oui, nos valeurs : celles qui sont issues de nos racines, chrétiennes ou républicaines - qu’importe ? Que ce soit par charité ou par respect pour la dignité humaine, donnez à ceux qui n’ont pas. D'ordinaire le cadeau n’est jamais tout à fait gratuit, on attend en retour quelque chose ; un contre-cadeau (comme avec le potlatch) ou la reconnaissance : en donnant vos cadeaux de noël, ne cherchez-vous pas quelques chose comme ça? Du coup, ne va-t-il pas vous rester un petit bout de mauvaise conscience ?

Pour éviter cette pollution, donnez donc ces cadeaux parce qu'ils vous embarrassent. Donnez au pauvre en lui disant : « Tenez, mon brave, prenez ça. Inutile de me remercier, ça me débarrasse. »

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(1) Voir « La société du spectacle » le célèbre livre de Guy Debord