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lundi 16 février 2026

Le PDG virtuel - Chronique du 17 février

Bonjour-bonjour

 

Chez Stellantis les managers ont un moral d’acier. Ils disposent en effet d’un robot gigantesque qui peut à lui tout seul gérer des entrepôts immenses, divisant le temps de travail par 280 selon le constructeur.

Certes une question demeure en suspens : qu’advient-il des 280 heures de travail humain ? Stellantis n’aborde pas ce sujet dans sa communication. « Cette automatisation s’inscrit-elle dans une logique plus large de réduction des effectifs ? Au vu de la situation financière actuelle du groupe, nous tenterons de pencher plutôt vers la seconde proposition… » peut-on lire ici.

- On se dit alors que les révolutions ne sont pas toujours aussi fréquentes qu’on croit. Car les machines qui mettent des ouvriers aux chômage, on connait bien : l’exemple des canuts lyonnais du 19ème siècle n’a pas été oublié.

Mais alors, qu’en est-il de la révolution opérée par l’IA ? S’agit-il d’un nouveau développement de cette mise en concurrence entre l’homme et la machine, ou bien la nature même de cette innovation introduit-elle quelque chose de nouveau ?

Qui saura le dire ? On pourra du moins observer que la principale nouveauté consiste en ce que c’est au plus haut niveau de la hiérarchie des entreprises que la machine remplace l’homme. A quand le PDG-robot ?

Ne haussez pas les épaules, et voyez plutôt ceci :

 


Mme Tang Yu, PDG du chinois NetDragon Websoft et de ses 6000 employés, est le premier robot à être nommé à la tête d’une société. Disponible H24, elle ne touche aucun salaire. NetDragon Websoft (ici)

 

Oui, vous avez bien lu : Madame Wang manage 6000 employés et elle ne touche aucun salaire.

C’est là que la machine représente un véritable danger pour les hommes.

mercredi 3 décembre 2025

L’IA : un engouement excessif ? – Chronique du 4 décembre

Bonjour-bonjour

 

Un des thèmes le plus évoqué ces jours-ci est la destruction d’emploi dûe à l’IA – et en particulier à l’IA générative. Il ne s’agit pas seulement des employés à des tâches peu compliquées, comme de préparer des dossiers ou fabriquer des documents standardisés, mais aussi des traducteurs ou des comédiens spécialisés dans le doublage des films étrangers.

Bien qu’on admette que souvent l’IA ne constitue qu’un instrument pour aider à la réalisation de certaines tâches, il n’en reste pas moins que des firmes comme Amazon ou – justement – Google annoncent des milliers de licenciements. 

- L’IA dévoreuse d’emploi ou simple outil au service des employés pour optimiser leur travail ? Le doute est-il permis ? On reconnait que les emplois les mieux protégés sont ceux où l’action humaine reste indispensable. On pense alors aux métiers de relations (infirmières) ou ceux qui exigent une activité créative : designers ou musiciens – encore que ce soit justement sur ces derniers métiers que les avancées de l’IA soient les plus spectaculaires.

--> Occasion de s’interroger sur la nature de ce facteur humain non « mécanisable ».

Par exemple, les doubleurs de cinéma se lamentent : l’IA parviendrait à imiter parfaitement la voix du comédien doublé, et l’IA générative façonnerait la diction pour s’adapter au contexte. Toutefois, il reste quelque chose que la machine ne sait pas faire, c’est jouer le rôle, car le doubleur doit aussi être un comédien qui interprète le personnage. Autrement dit, ce doublage mécanisé ça marcherait pour faire la voix-off d’un documentaire mais pas pour doubler Lady Macbeth.

- Mais enfin, pourquoi un chabot ne saurait pas imiter la joie ou la peine d’un personnage ? Si ça ne marche pas aujourd’hui, pourquoi ça ne marcherait pas demain avec de nouvelles machines ? – Peut-être parce que pour simuler le joie ou la folie, il faut la susciter en soi, être un peu terrifié comme Lady Macbeth sortant de ses cauchemars. 

Et ça, c’est le domaine des émotions, celui qui reste inaccessible aux ordinateurs.

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N.B. Nous aborderons prochainement la question de la comparaison entre la reproduction propre à la machine et la création propre aux humains

vendredi 28 novembre 2025

Pilotage d’Airbus – Chronique du 29 novembre

Bonjour-bonjour

 

On apprend aujourd’hui que plusieurs milliers d’Airbus vont rester au sol, le temps de remplacer un logiciel de commandes. Voyez : « Airbus a notifié ce vendredi 28 novembre à l'ensemble de ses clients utilisant ce logiciel de commande "d'arrêter immédiatement les vols" après l'analyse d’un incident technique qui a "révélé que des radiations solaires intenses pourraient corrompre des données essentielles au fonctionnement des commandes de vol ». (Lu ici)

 

Quand on pilote un avion comme Airbus, que fait-on ? On agit sur des bouts de ferraille qui tirent ou qui poussent des câbles afin de déplacer des pièces de commandes ? Comme le frein à main de ma voiture, qui ressemble à ça : 

 


Frein à main d’automobile – Remarquez la crémaillère

 

On va pinailler parce qu’il n’y a pas de frein à main dans un avion. Et alors ? De toute façon les pilotes n’agissent jamais que sur des ordinateurs qui recueillent, interprètent et transforment les ordres en signaux, qui vont à leur tour faire réagir des commandes asservies à l’ordinateur. Autrement dit, l’homme n’agit pas sur la machine, il a besoin d’une autre machine pour faire l’interface avec son avion. Et d’ailleurs, aujourd’hui toutes nos machines sont asservies comme cela, ce qui fait que de « faibles femmes » conduisent à présent des bus qui font 20 mètres de long – voire des camions de 38 tonnes.

 

- Notre univers est un univers de machines, lorsque je tends la main, je n’agis que sur des systèmes d’asservissement numérisés et automatisés. Mais ce n’est pas tout : jusqu’à présent, c’est mon propre corps qui appuyait sur le bouton de commande, via des neurones, des muscles et des tendons. A présent mes neurones agissent sur une machine qui porte le mouvement en lui conférant la force nécessaire pour agir. On appelle ça un « exosquelette »

 


Ça, c’est l’exosquelette NOONEE, qui est une chaise exosquelette permettant l’alternance de posture assis-debout. (

Vu ici)

 

Assister nos gestes les plus communs de notre corps, c’est l’asservir à la machine : que ferons-nous lorsqu’elles tomberont en panne ? Imaginez des hackers ennemis qui paralysent tous nos exosquelettes en sabotant nos logiciels ? Nous ne saurons même plus lever la main pour nous gratter le nez.

jeudi 19 septembre 2024

Le dernier examen de l’humanité – Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

Depuis Alan Turing, la question de la rivalité homme/robots est posée. Turing la posait de manière fort pragmatique : Quel est le test permettant de savoir si on a affaire à un homme ou à une machine. La réponse connue sous le nom de « Test de Turing » consistait à l’origine à déterminer si on dialoguait (via l’écran d’un ordinateur) avec un homme réel ou avec un ordinateur. On devine que les machine actuelles pourvues d’IA ont depuis longtemps triomphé de ce test devenant indiscernables des hommes véritables lors de pareils dialogues.

- Les tests actuels pour évaluer l’intelligence artificielle sont donc déjà dépassés. « Des spécialistes de l’IA viennent de faire appel au public pour créer un nouveau questionnaire bien plus difficile, baptisé « le dernier examen de l’humanité» » peut-on lire dans cet article.

Le fait de faire appel au public devrait répondre au souci de délaisser la compétition entre les super-capacités de certains hommes (joueurs d’échecs, mathématiciens, compilateurs de données, etc…), pour en venir à des preuves d’humanité plus essentielles. Car pour être homme il ne faut pas nécessairement être joueur d’échec ou rédacteur émérite de rapports.

On devrait donc se demander non pas : quel est le domaine dans lequel le plus doué de hommes est battu par la machine ; mais bien au contraire : quel est la plus élémentaire preuve d’humanité dont une machine est incapable ?

La réponse à ce test pourrait bien avoir été fournie lors d’une fouille dans une grotte datant de plus de 35000 ans. « Les archéologues travaillant sur le chantier de fouilles de la grotte de Manot en Galilée occidentale, qui a déjà livré des trésors de vestiges paléolithiques, ont découvert les restes des ossements du pied d’un jeune adulte, datant de 36 000 à 38 000 ans, portant les signes d’une fracture grave remarquablement bien ressoudée. » (Lire ici) L’homme rendu momentanément invalide par cette fracture aurait succombé avant qu’elle ne se ressoude s’il n’avait pas reçu des soins suivis de la part d’autres hommes. La coopération et l’empathie font partie des éléments sans lesquels aucun homme ne pourrait faire partie d’une société humaine. Certes cet altruisme disparait du comportement des hommes dans certaines conditions ; mais cela ne signifie pas qu’il en était absent originellement – ni surtout que les sociétés humaines pourraient subsister sans cette capacité à secourir autrui. Rousseau avait déjà abordé la question.

Bref : cette empathie pourrait-elle venir des machines ? Serait-elle l'ultime test de Turing ?