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jeudi 29 mai 2025

Du goût et des couleurs… - Chronique du 30 mai 2025

Bonjour-bonjour

 

« /A Cannes/ Isabelle Huppert, fidèle à Balenciaga, avait choisi quant à elle un total look denim du créateur. Mais la veste en jean portée à l’envers et la longue jupe qui mangeait la silhouette de l’actrice n’ont pas vraiment séduit les fans qui ont déploré, pour certains, un manque d'élégance » (Lu ici)

 

 

 

La tenue Balenciaga (oui-oui) portée par l’actrice à Cannes a laissé sans voix nombre de ses admirateurs. Certes on a le droit de revisiter les tenues vestimentaires courantes. Du temps de ma jeunesse on avait l’habitude de porter son pull à l’envers de sorte que l’étiquette devienne apparente. Mais là, ça devient n’importe quoi – et encore n’a-t-on pas sur cette photo de vue sur la silhouette de l’actrice (sauf les manches bien trop longues).

Il est vrai que « du goût et des couleurs on ne peut discuter » - comprenez que ce qui est purement subjectif est en dehors d’un débat quel qu’il soit. On sait combien de choix esthétiques jugés discutables sur le moment ont été jugés par la suite des sommets de l’art et de la beauté. Il n’est que de se rappeler le jugement calamiteux porté sur les peintures « impressionnistes » - terme choisi pour souligner l’inconsistances de ces œuvres.

Mon impression est que, faute de pouvoir démontrer que la tenue vestimentaire d’Isabelle Huppert est « belle », il nous faudrait quand même une explication des choix qui ont été faits : 1) pourquoi le « denim » ? 2) pourquoi une jupe là où on attendrait un pantalon ? 3) Et pourquoi le blouson (= la veste ?) enfilé à l’envers ? 4) Et que dire de la silhouette de l’actrice ainsi habillée ? 5) Et pourquoi Isabelle Huppert a-t-elle accepté de paraitre ainsi accoutrée sur le tapis rouge de Cannes ?

 Je sais bien que la réponse facile est « Pour faire parler les bavards »

Trop facile, justement.

jeudi 15 mai 2025

A Cannes, la Présidente du Jury réinvente le baroque – Chronique du 16 mai (2)

Bonjour-bonjour

 

Le Festival de Cannes est le passage obligé des Grands couturiers en mal de renommée : il doivent absolument faire savoir qu’ils sont toujours aussi créatifs. Ainsi de Dior qui a concocté la robe de Juliette Binoche Présidente du jury.

La voici en plan américain :


- Et pour ceux qui n’auraient pas tout vu, sachez que cette robe s’achève en pantalon :


 

Je n’aurai pas la prétention d’ironiser sur son discours à l’humanisme poussif (selon le commentaire publié par ici le Figaro). Par contre je tenterai de répondre à la question : pourquoi cette tenue m’a-t-elle fait fuir mon écran ?

Et en effet : le Figaro ayant demandé à Ophélie Roque de commenter la performance de la Présidente lors de la cérémonie d’ouverture, celle-ci nous informe : « … invraisemblable tenue à mi-chemin entre la Madone et la princesse Leila. » Et d’ajouter parce que le Festival est le lieu de fréquents déblousages intempestifs sur des gorges inattendues : « On la sentait vaguement inquiète à l’idée que l’étoffe ne glisse de sa poitrine et puisse choquer l’éventuel Tartuffe affalé devant sa télé et qui ne se remettrait probablement jamais d’une mamelle aussi impudiquement dévoilée. »

Moi qui n’ai rien de Tartuffe je me suis pourtant senti décontenancé : de quoi cette robe est-elle l’image ? D’une mariée ? D’une soirée mondaine ? D’une vacancière sur le port de Saint-Tropez ?

- Un tel mélange de style se connait bien en architecture : il s’appelle le style baroque et on le trouve illustré dans les monuments religieux du 17ème siècle. Ceci étant dit, on ne voit pas encore pourquoi cette image m’a fait fuir. Est-ce le fait que cette image ne choisisse pas entre la tenue religieuse et celle de la mariée déboussole ? Peut-être. Mais j’opterai plutôt pour cette observation que le style baroque n’est vraiment plus le goût du jour, qui se veut soit d’un classisme épuré, soit d’une folie déboussolée.

- Voyez plutôt :


--> Une telle robe c’est bon pour la transverbération de sainte Thérèse en extase pour le Bernin


lundi 8 juillet 2024

En toute modestie – Chronique du 9 juillet

Bonjour les fashion victimes ! 

 

Avez-vous complété votre garde-robe pour l’été ?

Non ? Il serait temps ! Alors voici le magazine Vogue qui vient à votre secours.

Vous pourrez y lire en effet cette information : « Après le tee-shirt à messages, accessoire manifeste utilisé pour exposer des missives publicitaires ou même politiques, calqué sur le retour des tendances des années 2000, c'est au tour de la chemise et du top brodés de faire son grand retour mode. » (Lu ici)

Et d’ajouter : « La chemise brodée a aussi fait une entrée remarquée. Mieux que le tee-shirt immaculé ou à messages, elle apporte à l'allure une touche fun et bohème pile dans la tendance du moment. »

 

Pour être plus explicite, voici une illustration du propos :

 

 

A gauche la chemise brodée d’Ermano Scervino, à droite celle de Max Mara 

 

… On dira ce qu’on voudra mais si on gagne en esthétique, on voit bien qu’en perdant le T-shirt à message, on perd aussi de l’originalité. 

J’aime en particulier ces T-shirt vantant le mérite de celui qui le porte – comme celui-ci :

 


Remarquez que ce T-shirt est vendu sur catalogue directement avec ce patronyme, qui est, vous l’aurez deviné, également le mien. Si l’on prend au sérieux cette proclamation, on doit noter qu’au minimum on a quelque chose à faire savoir aux autres à propos de soi-même - mais qu’en déclarant que l’on est presque parfait, on conserve la modestie sans la quelle cette proclamation serait vaine.

jeudi 6 juin 2024

L’élégance de Maxima-Reine des Pays-Bas – Chronique du 7 juin

Info du jour : la reine consort Maxima des Pays-Bas a été remarquée pour son élégance discrète aux commémorations du D-Day

 


 

(Maxima Zorreguieta est la reine consort des Pays-Bas depuis l’accession au trône de son mari, Willem-Alexander, en avril 2013.

On la voit ici arrivant aux commémorations du D-Day)

 

Bonjour-bonjour

 

Supposé que vous soyez un extra-terrestre débarquant en France hier et lisant cette information ; en admettant qu’on vous demande alors « Mais qu’est-ce donc que l’élégance ? » à n’en pas douter vous pourriez répondre : « Être élégant, c’est porter un chapeau de sorte qu’il ne glisse pas par terre malgré sa position improbable »

- On va afficher alors une mine désabusée assortie d’un haussement d’épaule : « Soyez un peu sérieux voulez-vous ? Il s’agit de répondre de façon exacte et non de vanner les gens »

Et si c’était justement là une vision exacte de la mode ? Lorsqu’on le félicitait pour son élégance, Brummell, le célèbre dandy londonien avait l’habitude de répondre : « Si j’avais été élégant vous ne l’auriez pas remarqué »

Étrange paradoxe, ne trouvez-vous pas ? En réalité l’élégance est invisible sauf par un détail qui démarque de l’ordinaire et qui signe l’exceptionnel d’un vêtement.

Imaginez maintenant une photographie de Karl Lagerfeld :

 

 

Sans son catogan ses cols montants et ses lunettes noires, l’auriez-vous remarqué ? Vous serait-il apparu comme un modèle de l’élégance française ?

Alors, pourquoi ne pas accepter que le chapeau figé dans une position invraisemblable figure l’élégance ?  

vendredi 24 novembre 2023

Éloge de la patine – Chronique du 25 novembre

Bonjour-bonjour

 

Le gouvernement met la pression sur les acheteurs compulsifs en cette période de « Black Friday » : il donne même une prime à ceux qui préfèrent payer une réparation au lieu de mettre à la poubelle leur grille-pain ou leur lave-vaisselle.

Mais cela ne concerne pas seulement ces appareils électro-ménagers : il y aussi les vêtements. La campagne vise la « fast-fashion » et ces jeunes qui vont « shopper » chez Zara tous les mois de nouvelles fringues pour être à la mode-du-jour.

Contre ces abus nocifs pour la planète, les autorités qui gèrent la consommation veulent revitaliser la filière réparation, y compris donc celle des couturières. C’est une solution, mais il y en a d’autres. Comme celle qu’inspire ce jean vendu tel quel chez Zara :

 


Mais, puisqu’il est si élégant de s’habiller comme si on sortait d’un squat, il est inutile d’acheter usé : laissons le temps faire son œuvre. Limitez même la réparation au minimum : votre chemise est élimée au col ? Faites-le retourner et le tour est joué. Votre pull est troué au coude ? Mettez-y une pièce de cuir.

 

- Reste que tout cela passe à côté de l’essentiel : il y a une élégance de l’usagé, une distinction du patiné qu’aucun vêtement neuf ne pourra avoir. Bien évidemment les vêtements neufs vendus déjà troués ne sont pas patinés ; ils sont vulgairement élimés, et ça se voit.

C’est qu’en vérité l’usure et la patine ne sont pas exactement la même chose : alors que la première est l’indice d’un dénuement social, la patine est un élément de distinction – et j’en veux pour preuve ces jugements trouvés sur le site des « Rhabilleurs » (ça ne s’invente pas). 

Écoutez plutôt : 

- Voici d’abord Yves Saint Laurent qui en connait un rayon en matière d’élégance : « Plus on porte mes vêtements, plus ils sont beaux » disait-il. La patine transforme le vêtement mais pas essentiellement par perte de substance, comme avec le veston élimé au col et aux poignets ; elle produit surtout ce changement d’aspect qui fait briller le tissu aux plis ou qui donne au vêtement la forme du corps de la personne qui le porte, comme la veste qui garde la forme du corps une fois déposée sur le cintre.

- Les Rhabilleurs poursuivent : « Certains aristocrates anglais avaient pour habitude dit-on de faire porter leurs habits neufs par leur valet, le temps d’en casser l’aspect lisse et immaculé. ». Pour mémoire Brummell (le célèbre dandy britannique) en faisait partie. 

- Conclusion des Rhabilleurs : « Avec l’usage, le tissu épouse la silhouette de celui qu’il habille. Il abandonne sa forme première, mécanisée, standardisée, et, pour peu qu’on lui en laisse le temps, va acquérir une seconde, presque humaine. C’est là une des clés de l’homme élégant, dans cette impression que ses vêtements lui vont, précisément, comme un gant. Comme une seconde peau » C.Q.F.D.

 

Il ne s’agit donc ni de faire semblant de porter des vêtements usés en achetant des jeans troués, ni de se soucier d’économie avec la seconde main, ni même de protéger vertueusement les ressources de la planète. Il faut comprendre qu’il y a une symbiose qui s’opère entre le vêtement et celui qui le porte, et qu’il faut du temps pour cela. Et que l’on ne remplacera pas du jour au lendemain le vieux veston, ni le chemisier de ses 20 ans.

lundi 4 septembre 2023

Jean/tee-shirt. – Chronique du 5 septembre (2)

Bonjour-bonjour

 

Il y a ceux qui soutiennent le port de l’abaya par les jeunes filles en milieu scolaire, et ceux qui veulent l’interdire. Et puis il y a ceux qui, pour ne pas prononcer l’interdiction pure et simple, proposent d’imposer le port d’un uniforme scolaire – laïque par définition.

Emmanuel Macron, quant à lui, se prononce de son côté plutôt pour une "tenue unique", "beaucoup plus acceptable pour les adolescents". "Sans avoir un uniforme, on peut dire : « vous vous mettez en jeans, T-shirt et veste » (Lire ici)

L’idée c’est de déminer le terrain en évitant les tenues trop clivantes : que les jeunes ne soient pas emprisonnés par de signes d’appartenance à une communauté qu’elle soit religieuse, ethnique, ou même scolaire. Car l’uniforme scolaire devra au minimum signaler qu’on a à faire à un collégien, voire même à un collégien de tel collège et non de tel autre.

Si on écoute le Président, ça va donner quelque chose comme ça :

Pas sûr que ça arrange quoique ce soit. Car ce qu’on va avoir, c’est une tenue « unisexe », chose que les religions ne supporteront sûrement pas.

Et puis comment supporter l’idée que les jeunes se distinguent des vieux en s’habillant de la façon la plus banale et la plus commune qui soit ? Car dans le même temps les plus vieux - enfin, je veux dire « ceux qui ne seront plus scolarisés » - ne se priveront pas d’arborer les tenues les plus extravagantes – en tout cas les plus modes.