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dimanche 15 septembre 2024

Éloge de la boite à chaussure – Chronique du 16 septembre

Bonjour-bonjour

 

A propos d’une exposition de photos j’entends parler des albums photos, eux-mêmes parfois recherchés par les collectionneurs. Dans une classification sommaire, on les oppose alors aux boites à chaussures où étaient entassées pêle-mêle les photos de la famille, laissant au hasard le soin de les ordonner.

J’en déduis que, du temps où on avait des photos-papier, il y avait deux catégories de gens : ceux qui avaient des albums et ceux qui préféraient la boite à chaussure.

 

- J’ai écrit « ceux qui préféraient la boite à chaussure » pour souligner que certains – et j’en fais partie – préfèrent ne pas anticiper l’apparition d’un élément dans un ensemble de photos ordonnées. C’est pour ceux-là que les platines CD d’autrefois avaient une fonction « hasard » pour diffuser les morceaux enregistré sur le disque de façon aléatoire. C’est une sorte de mixage sans D.J. qu’on attend du hasard, et c’est cela que rend possible la boite à chaussure.

 

- C’est l’occasion de mettre en évidence le rôle du hasard, souvent ignoré dans la vie quotidienne, mais présent un peu partout.

Telle est la fonction du jeu et de son double, le pari. Comme disait Kant si on attendait d’être certain du résultat, on ne ferait pas grand-chose dans notre journée. Par contre suivant pour cela la pente du désir, nous faisons comme si ce que nous espérons arrivera – justement parce que nous l’espérons.

Peut-on aller jusqu’à interpréter comme cela la dissolution de l’Assemblée qu’a actée le Président alors qu’il n’y était pas contraint ? Beaucoup le lui ont reproché, considérant qu’il s’agissait d’un pari – au demeurant très risqué.

C’est vrai. A condition toutefois de mettre cet aléa en balance avec une certitude : ce faisant, le Président retrouvait l’initiative dont il était privé.

Mais, rêvons un peu : le Président a une vieille boite à chaussure dans laquelle il a mis des bouts de papiers sur les quels sont inscrites des prescriptions, telles que « Dis oui », « Dis non » « Donne raison (ou tort) au prochain qui entre dans ton bureau », etc. Et lorsque la décision est en balance, il tire un papier de sa vieille boite à chaussure…

 

Tout cela a l’air bien farfelu, mais l’expérience a été tentée avec un résultat surprenant. Il ne s’agissait pas des décisions politiques, mais de la gestion d’un portefeuille bousier. Deux gestions virtuelles étaient testées avec le même portefeuille, l’une de façon rationnelle par des spécialistes et l’autre de façon aléatoire par des ignorants. Vous l’aurez deviné : c’est la seconde qui s’est révélée la plus performante.

samedi 30 juillet 2022

Qu’ils périssent du moment que je gagne ! – Chronique du 31 juillet

Bonjour-bonjour

 

Un chanceux vient de gagner 1,3 milliard de dollars au « Méga millions », la loterie américaine. Il avait une chance sur 303 millions, ce qui donne la mesure de l’heureux destin dont il a bénéficié. (Lu ici)

Nous n’épiloguerons pas sur cette chance, ni sur le fait qu’il soit juste ou pas de pouvoir gagner une pareille somme en ne faisant rien – ou presque – pour le mériter. J’insisterai seulement sur un point : c’est que celui qui participe à une loterie spécule sur le fait que tous les autres vont perdre et qu’il va empocher leur mise. L’inégalité gagnant/perdant est le ressort du jeu, comme de tous les paris. De ce point de vue la loterie est juste l’expression de ce rêve de devenir riche sans avoir à faire d’effort pour cela.

- Pourtant jouer au Méga millions ou à tout autre « Truc-à-gratter » révèle une certaine attitude qui serait délétère si elle était généralisée à tous les aspects de la vie sociale, car il s’agit de faire passer son intérêt privé avant celui des autres. Banal ? Oui, si on pense à cet égoïsme qui consiste à vouloir réussir même si pour cela on doit  empêcher les autres de le faire. Quand on passe des concours, on ne pense pas à ceux qui échouerons parce qu’on aura réussi ; de même pour les entretiens d’embauches : il s’agit explicitement de se montrer plus fort que les concurrents – qu’ils périssent du moment que je gagne !

 

J’ai dit que cette attitude serait désastreuse pour la société si elle était généralisée : n’avons-nous pas eu depuis 1945 la preuve que tous tiraient bénéfice de la socialisation des ressources nécessaires pour faire face aux besoins individuels ? La solidarité intergénérationnelle des retraites, la sécurité sociale, ont montré jusqu’à aujourd’hui combien tous bénéficiaient de ces mesures où chacun donnait non pas pour lui-même mais pour secourir les autres.

L’altruisme d’un côté ; l’égoïsme de l’autre. Le choix est tout fait !

Oui… ou pas. Rappelez-vous cette « Fable des abeilles » qui déchaina les fureurs au début du 18ème siècle (1). Il s’agit de l’histoire d’une ruche dont les abeilles étaient égoïstes et indifférentes au sort de leur congénères. Dans la compétition féroce qui les opposaient les unes aux autres certaines amassaient du miel pendant que d’autres périssaient de faim ; mais durant ce temps la production de miel de la ruche était au maximum. Un jour Jupiter courroucé de tant de vices transforma par magie le comportement des insectes qui tout à coup devinrent vertueux et altruistes. L’assistance sociale devient la règle et personne ne fut victimes ni des autres ni de sa propre incurie. La ruche du coup s’alanguit rapidement la production chuta - les abeilles se séparèrent pour aller chercher ailleurs une ruche plus fortunée. 

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(1) La fable des abeilles de Mandeville – à lire ici