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jeudi 18 mai 2023

Par ici les sous-sous – Chronique du 19 mai

Bonjour-bonjour

 

Les allemands ont versé aux entreprises une subvention pour amortir le cout de l’énergie sous réserve que celles-ci renoncent de leur côté à verser bonus et dividendes. 

Or, l'effet des subventions sur l'ensemble de l'économie est plus modeste : « Les entreprises grandes consommatrices d'énergie, comme le sidérurgiste ThyssenKrupp ou les chimistes BASF et Covestro, ont délaissé les subventions plutôt que de renoncer à verser des bonus et des dividendes, une condition imposée par Berlin et Bruxelles pour accéder aux aides publiques. » (Lu ici)

Autrement dit, la liberté de prendre son bénéfice ne saurait s’échanger contre des subventions. Ce sont donc les libéraux qui ont raison : les règles et les carcans imposés aux entreprises sont contre-productifs, et seule la liberté d’entreprendre peut faciliter l’économie. Mais en "naturalisant" les mécanismes économiques, en tablant sur l’esprit de lucre et sur l’égoïsme humain, on se livre aussi aux turpitudes de notre espèce. 

Il y a déjà trois siècles, la Fable des abeilles (1) scandalisait l’Europe des Lumières : il s’agit d’une fable montrant une ruche prospère grâce à la rivalité et à l’immoralité des abeilles qui, devenue par miracle vertueuse, périclitait et disparaissait. 

Bien sûr, l’exemple allemand doit être nuancé : il fallait peut-être trouver un autre levier pour inciter les entreprises allemandes à modérer les bonus – comme par exemple les taxer d’avantage. Reste que c’est toujours en acceptant de parler le langage de l’égoïsme et de la compétition individuelle que marchent nos sociétés.

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(1) Bernard Mandeville – La Fable des abeilles (1714)

samedi 30 juillet 2022

Qu’ils périssent du moment que je gagne ! – Chronique du 31 juillet

Bonjour-bonjour

 

Un chanceux vient de gagner 1,3 milliard de dollars au « Méga millions », la loterie américaine. Il avait une chance sur 303 millions, ce qui donne la mesure de l’heureux destin dont il a bénéficié. (Lu ici)

Nous n’épiloguerons pas sur cette chance, ni sur le fait qu’il soit juste ou pas de pouvoir gagner une pareille somme en ne faisant rien – ou presque – pour le mériter. J’insisterai seulement sur un point : c’est que celui qui participe à une loterie spécule sur le fait que tous les autres vont perdre et qu’il va empocher leur mise. L’inégalité gagnant/perdant est le ressort du jeu, comme de tous les paris. De ce point de vue la loterie est juste l’expression de ce rêve de devenir riche sans avoir à faire d’effort pour cela.

- Pourtant jouer au Méga millions ou à tout autre « Truc-à-gratter » révèle une certaine attitude qui serait délétère si elle était généralisée à tous les aspects de la vie sociale, car il s’agit de faire passer son intérêt privé avant celui des autres. Banal ? Oui, si on pense à cet égoïsme qui consiste à vouloir réussir même si pour cela on doit  empêcher les autres de le faire. Quand on passe des concours, on ne pense pas à ceux qui échouerons parce qu’on aura réussi ; de même pour les entretiens d’embauches : il s’agit explicitement de se montrer plus fort que les concurrents – qu’ils périssent du moment que je gagne !

 

J’ai dit que cette attitude serait désastreuse pour la société si elle était généralisée : n’avons-nous pas eu depuis 1945 la preuve que tous tiraient bénéfice de la socialisation des ressources nécessaires pour faire face aux besoins individuels ? La solidarité intergénérationnelle des retraites, la sécurité sociale, ont montré jusqu’à aujourd’hui combien tous bénéficiaient de ces mesures où chacun donnait non pas pour lui-même mais pour secourir les autres.

L’altruisme d’un côté ; l’égoïsme de l’autre. Le choix est tout fait !

Oui… ou pas. Rappelez-vous cette « Fable des abeilles » qui déchaina les fureurs au début du 18ème siècle (1). Il s’agit de l’histoire d’une ruche dont les abeilles étaient égoïstes et indifférentes au sort de leur congénères. Dans la compétition féroce qui les opposaient les unes aux autres certaines amassaient du miel pendant que d’autres périssaient de faim ; mais durant ce temps la production de miel de la ruche était au maximum. Un jour Jupiter courroucé de tant de vices transforma par magie le comportement des insectes qui tout à coup devinrent vertueux et altruistes. L’assistance sociale devient la règle et personne ne fut victimes ni des autres ni de sa propre incurie. La ruche du coup s’alanguit rapidement la production chuta - les abeilles se séparèrent pour aller chercher ailleurs une ruche plus fortunée. 

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(1) La fable des abeilles de Mandeville – à lire ici 

jeudi 28 mai 2020

Nous et les autres – Chronique du 29 mai

Bonjour-bonjour
Parmi les malentendus développés au cours de ces derniers mois, il en est un qui persiste malgré des éclaircissements réitérés : je veux parler du port du masque. Lorsqu’on nous conseille de le porter, pourquoi devrions-nous le faire ? Pour nous protéger, ou pour protéger les autres ? Dans le premier cas, il s’agit de vivre dans une bulle, d’emporter notre confinement avec nous partout où nous allons ; le masque est un rempart qui nous protège des dangers que représentent les autres. En revanche, s’il s’agit plutôt de protéger autrui de nos propres miasmes, alors c’est par civisme que nous devons le porter – et tout ce que nous pouvons souhaiter, c’est que les autres fassent preuve du même souci en s’équipant à leur tour de masques afin de nous abriter de leurs postillons et autres aérosols pestilentiels.

Cette double possibilité pourrait se conjuguer : qu’est-ce qui empêche qu’un masque arrête ce qui vient de l’extérieur et ce qui vient de l’intérieur ? A priori rien, sauf qu’on sait que les masques chirurgicaux et plus encore les masques alternatifs sont bien incapables de stopper les virus qui se trouvent dans les micro-gouttelettes qui flottent dans l’air ambiant. Mais bon : cela ne suffit pas modifier notre attente – le masque est vu comme ce qui protège des impuretés, raison pour la quelle son absence durant la première partie de l’épidémie a été vécue comme une carence impardonnable du pouvoir. 
Que le masque soit donc une protection contre les impuretés de la rue, cela signifie que l’épidémie a transformé les êtres humains que j’y croise en menace potentiellement mortelle. C’est soi-même qu’il faut protéger, pas le monde, et pas les autres comme le prouvent les masques et les gants jetés au sol après usage. 



Cette image est révélatrice : au supermarché, on se protège de la pollution ambiante : gants et masques enfilés dès l’arrivée, car l’impureté doit rester à l’extérieur (1). Dès que l’on ressort, on se débarrasse de ces accessoires devenus dangereux car contaminés ils ne doivent pas être manipulés et encore moins mis dans la poche. On les jette donc par terre en rapportant son caddy : car si l’on veut éviter d’être souillé, que nous importe de souiller à notre tour les autres ? De toute façon ils le sont déjà.
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(1) Le gel hydroalcoolique dont on nous impose l’usage à l’entrée suppose malgré tout qu’on risquerait de contaminer les carottes et les chou-fleurs. Mais baste ! On ne pense pas si loin…

samedi 5 octobre 2019

RÉFORME DES RETRAITES : EMMANUEL MACRON EN DÉBAT À RODEZ

" On ne veut pas se mettre avec les autres tant que l'on est bénéficiaire mais les avocats d'aujourd'hui vont devenir les agriculteurs de demain". Lu ici



« Les avocats d'aujourd'hui vont devenir les agriculteurs de demain » - Traduction ?
- Si les avocats sont (du point de vue caisse de retraite) les gagnants et les agriculteurs les perdants, alors on peut imaginer un échange des rôles au cours du temps et qu’un jour les agriculteurs sur leur tas d’or renverront les avocats déguenillés à leur soupe populaire. Moralité : faites pour les autres ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous le jour futur où vous serez à votre tour dans la panade.

On peut trouver tout cela pas très moral, et s’indigner devant ce cynisme qui mise sur l’égoïsme plutôt que sur la fraternité. Mais demandons-nous : qu’est-ce qui est le plus probable ? Que nos concitoyens soient toujours et en tout animés par le sentiment moral, ou bien qu’ils obéissent plutôt à un égoïsme inné ? Notons d’ailleurs que le fait qu’ils soient égoïstes ne les empêcherait pas d’être fraternels le cas échéant.
N’oublions pas que nous sommes dans le cadre de l’économie, et que cette discipline recherche non pas la certitude, mais la probabilité la plus élevée. C’est ce qu’ils formulent avec cette maxime : « Tu dois considérer tes semblables comme étant égoïstes et rationnels »