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vendredi 26 décembre 2025

Asile politique – Chronique du 27 décembre

Bonjour-bonjour

 

Une actrice belge au demeurant fort sympathique a choisi de vivre à Paris où elle est considérée de façon très chaleureuse : « Autrefois il y avait un héritage coluchien sur les cousins (belges) débiles. Mais, aujourd’hui nous sommes passés à un autre extrême : si tu es belge, tu es forcément sympa ». – Il s’agit de Virginie Efira (lu ici)

Ne pourrions-nous pas, en cas de contrainte, faire le même voyage, mais en sens inverse : de France en Belgique ? Car à l’heure où l’extrême droite est aux portes du pouvoir, cette question est au premier plan : en cas de prise du pouvoir par les partis d’extrême droite, à quel pays pourrions-nous demander l’asile politique ? 

On peut songer aux pays francophones ; nous aurions le choix entre deux pays à nos frontières : la Suisse et la Belgique. L’hésitation est permise – toutefois ils possèdent tous les deux des partis nationalistes qui risquent de ne pas très bien accueillir des français qui fuient leur pays. Les nationalistes sont des gens très désagréables avec les étrangers, et on sait qu’il en va de même chez nous avec des français pourtant modérés dans leurs opinions.

D’ailleurs ce problème du refuge en pays étranger a depuis longtemps été pris en compte, en particulier par Voltaire dont le refuge fut le village Ferney-Voltaire situé juste à la frontière suisse. Voltaire n’a pas voulu quitter la France, mais se mettre en position chercher refuge à l’étranger en quelques minutes. 

 


Statue de Voltaire à Ferney. On remarquera sur le piédestal la liste des bienfaits dont il combla le village

 

Et puis, on ne choisit pas toujours sa terre d’exil : pensons aux espagnols républicains qui certes n’ont pas eu le loisir de choisir la France, lorsqu’ils sont entrés massivement dans le sud du pays en fuyant les franquistes.

Et enfin, ai-je raison d’évoquer ainsi une France devenue invivable ? Je n’en suis pas absolument certain, mais en observant comment les Etats-Unis sont transformés par les MAGA, on se dit que ça ne doit pas être facile à supporter.

Reste qu’on se souvient aussi de la formule de Danton : « On n'emporte pas la Patrie à la semelle de ses souliers. » pour expliquer qu’il préfère rester exposé au rapport rédigé contre lui par le Comité de Salut public

mardi 9 août 2022

L'ablette, le béluga et le réfugié syrien – Chronique du 10 août


- Au secours ! J’étouffe, je suffoque, je meurs…

- Qui tu es toi, qui m’interpelle alors que je flâne le long du ruisseau ?

- Je suis ce tout petit poisson à vos pieds. Il n’y a plus rien, rien qu’un minuscule filet d’eau où je me débats. J’étouffffffe !

- Ah, oui… Je te vois : mais tu n’es qu’une minable ablette. Et pourquoi je te sauverais ?

- Sauve-moi, par charité ! Toi aussi tu es bien obligé de respirer : tu sais ce que ça doit faire de suffoquer. Et puis si le soleil assèche mon ruisseau, si le ciel oublie de pleuvoir, tu es bien un peu responsable, non ?

- Bof… Rien qu’une minuscule ablette qui me casse les pieds ? Mais je n’en voudrais même pas pour faire une friture… Bye-bye petit poisson.

- Écoute encore s’il te plait. Tu dois me sauver parce que tout ce qui vit mérite de vivre. Sauve-moi parce que je suis un être vivant et que je t’en implore.

- Petite ablette, es-tu un béluga ? Non ? Alors fiche-moi la paix et crève en silence. (1)

 

Le monsieur tourne les talons monte dans sa voiture et démarre. 2km plus loin, à un feu rouge, un réfugié syrien :



- S’il vos plait la charité pour famille syrienne réfugiée.

- Qui tu es toi qui me bloque au feu vert ?

- Réfugié de Syrie, bombardements, soldats, faim mes enfants.

- Tu ne serais pas ukrainien par hasard ?

- Non pas ukrainien, syrien. A manger s’il vos plait.

- Demande au service social, moi je ne m’occupe que des réfugiés ukrainiens. 

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(1) Aux dernières nouvelles le béluga égaré dans la Seine a été récupéré avec l’aide de 80 personnes et va reprendre vie à Ouistreham

mardi 14 juin 2022

Un charter pour le Rwanda – Chronique du 15 juin

Bonjour-bonjour

 

Vous êtes iranien, irakien, Syrien ou encore Albanais ; vous venez d’arriver en Grande-Bretagne et – quoique sans-papier – vous souhaitez vous implanter dans ce pays. La police britannique arrive, vous appréhende et vous met de force dans un avion, destination le Rwanda. Là-bas, vous pourrez enfin faire votre demander l’asile – sympa non ?

Rassurez-vous : on ne demandera pas aux réfugiés de financer le voyage, mais peut-être d’accepter de travailler sur les chantiers rwandais à leur arrivée : il faut bien mériter ce bel accueil.

La Cour européenne des droits de l’homme a empêché cet avion de décoller estimant qu’on n’était pas assuré que ces réfugiés auraient un traitement équitable à leur arrivée : ce n’est pas que ce projet soit en soi illégal, mais il reste à vérifier qu’il soit appliqué correctement.

 

 

En fait, la question que se posent les autorités britanniques est celle-ci : ce dispositif est-il rentable ? Autrement dit quand on compare ce que coute un réfugié quand il reste en Angleterre et ce qu’il coute quand il faut l’envoyer au Rwanda, la balance est-elle positive ?

- L’opinion publique en Angleterre est partagée : si les conservateurs sont favorables à ce projet qui doit selon eux tarir l’arrivée des clandestins sur le sol britannique, les autorités morales se déclarent révoltées par un tel dispositif : 

            - Justin Welby, l'archevêque de Canterbury et chef de l'Église d'Angleterre, souligne que "le principe doit résister au jugement de Dieu, et il ne le peut pas".

            - Le Conseil des réfugiés a déclaré qu'il était "consterné par la décision cruelle et méchante du gouvernement".

            - Le Prince Charles qualifie d'"épouvantable" le fait d'envoyer des migrants par avion au Rwanda.

En revanche au Rwanda on ne tarit pas d’éloges pour cet accord : « la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo affirme que cet accord constituait une « solution à un système d’asile mondial défaillant » ajoutant même : « Nous ne pensons pas qu’il soit immoral d’offrir un chez-soi aux gens » (Lire ici)

 o-o-o

Et nous ? Oui, nous – qui sommes-nous pour faire honte aux britanniques, alors que du temps de monsieur Pasqua on avait affrété des « charters pour le Mali » ?

 


 Vu ici

On dira qu’il y a prescription puisque c’était il y a maintenant plus de 35 ans.

Et puis certains ne manqueront pas d'observer qu'à l'époque on renvoyait ces réfugiés chez eux, alors que le Rwanda ça fait loin de l’Albanie…

dimanche 27 mars 2022

Deux poids deux mesures – Chronique du 28 mars

Bonjour-bonjour

 

Vous avez certainement à l’esprit les étonnantes manifestations de solidarité avec les réfugiés ukrainiens, comment ils sont pris en charge par des bénévoles français en Pologne et accueillis à leur arrivée en France par des gens comme vous et moi qui leur ouvrent leur maison pour les héberger le temps de leur exode hors de leur patrie.

On n’avait pas le souvenir d’une pareille sollicitude du temps de l’afflux des réfugiés syriens : certains en ont tiré des conclusions grinçantes...

 

 

Vu ici

 

Mais, ce n’est pas tout ! Le président palestinien Mahmoud Abbas a pointé du doigt dimanche le « deux poids deux mesures » des Occidentaux, prompts à invoquer le droit international pour imposer des sanctions à la Russie qui a envahi l'Ukraine, mais pas à Israël pour ses « crimes » dans les Territoires palestiniens.

o-o-o

- Alors, c’est vrai : j’avais récemment souligné combien cette attitude différentielle vis-à-vis des réfugiés selon qu’ils soient ukrainiens ou d’origine méditerranéenne ou africaine était choquante. Mais si j’y reviens aujourd’hui, c’est que je voudrais dans le sillage du Président Mahmoud Abbas insister sur l’usage que nous faisons des Principes du Droit international, instrumentalisés selon des besoins qui n’ont rien à voir avec la justice. Pourquoi parler d’obligations faites à tous et pour tous les cas si l’on ne veut cette force que pour l’imposer dans certains cas ? Car l’universel n’a de force que s’il l’est effectivement. Or nous ne cherchons qu’à mobiliser cette force en oubliant les raisons pour lesquelles elle existe. A savoir l’universelle dignité de l’homme. Or, pour autant qu’on sache, un réfugié est un homme qu’ils soit syrien, érythréen ou ukrainien.