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dimanche 23 mars 2025

Allô ? Y a personne ? – Chronique du 24 mars

Bonjour-bonjour

 

Marcel Mauss avait inventé le « fait social total » ( = Le fait social total est un fait social qui meut toute une société, c'est-à-dire qu'il a une portée totale.)

La guerre bien sûr est un fait social total – mais aujourd’hui elle l’est encore plus que jamais. Car, après la guerre sur terre, la guerre dans les airs, voici la guerre au fond des mers : à présent c’est la terre entière qui devient le terrain de combat.

Lisons ceci : « Selon le quotidien anglophone de Hong Kong, les ingénieurs du Centre chinois de recherche navale (CSSRC) ont conçu un robot capable de mettre hors service les câbles qui, installés au fond des mers, transmettent l’essentiel des données échangées d’un continent à l’autre. “C’est la première fois qu’un pays révèle officiellement qu’il dispose d’un tel outil capable de porter atteinte aux réseaux sous-marins critiques » Et cet outil est connu : « L’engin est doté d’une meule diamantée de 15 centimètres capable de fonctionner dans des environnements “zéro visibilité” et de venir à bout de câbles protégés par une gaine d’acier en tournant à 1 600 tours minutes. »

Et de fait, « Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs câbles sous-marins ont été sabotés en mer Baltique. » Bigre ! Ils ne rigolent pas, les chinois !

C’est que cette guerre a mis en évidence « l’enjeu essentiel représenté par la protection des infrastructures qui permettent le transit des données. » Les câbles sous-marins en font partie, mais aussi l’espace avec les myriades de satellites d’Elon Musk.

 

- Rêvons un peu. La prochaine guerre (celle qui a peut-être déjà commencé) sera la guerre contre les communications (rappelons-nous des téléphones et talkies-walkies du Hezbollah sabotés par Israël, qui a fait des morts mais surtout paralysé les forces de la milice chiite) . Inutile de tuer des gens pour vaincre une Nation et s’emparer de son territoire ou de ses richesses. A moins d’avoir une idéologie mortifère comme les nazis qui voulaient principalement tuer tous les juifs, aujourd’hui les américains qui ne rêvent que de s’emparer des richesses des autres pays, ou les Russes qui rêvent de vassaliser plein de pays n’ont pour cela besoin d’aucune effusion de sang. Il suffit de saboter les communications.

On ne nous dérangera pas pour si peu : à l’heure de l’apéro, à moins de devoir troquer notre whisky pour de la vodka, rien ne changera.

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(N.B. On pourra y ajouter le baiju chinois - voir ici)

mercredi 18 septembre 2024

Ça a fait BOUM ! – Chronique du 18 septembre

 

Bonjour-bonjour

 

Il est courant de souligner combien les hautes-technologies sont fragiles et, en temps de guerre, susceptibles de tomber en panne, voire d’être détournées par l’ennemi. C’est ainsi que le Hezbollah a vu dans les smartphones utilisés dans son armée des moyens pour Israël de pirater des informations sensibles. Au vu de quoi les chefs de l’armée ont imposé à leurs troupes l’abandon du smartphone remplacé par des antiques bipeurs. Mal leur en a pris : mardi ces appareils explosaient dans tout le pays occasionnant des blessés et des morts. Ces attentats ont été attribués à Israël, d'autant que le lendemain les talkies-walkies de l’armée connaissaient le même sort faisant des dizaines de morts et des centaines de blessés.

Après les smartphones, les bipeurs ; après les bipeurs les talkies-walkies. Au Liban, le Hezbollah a beau descendre les degrés de la low-tech, rien n’y fait : ses moyens de communications sont toujours vulnérables. Et là où les smartphones menaçaient la sécurité de l’information, la destruction des bipeurs menaçait le vie de ceux qui les portaient.

On a déploré la mort et les souffrances occasionnés par ces sabotages, mais on a passé sous silence leur effet le plus certain : la désorganisation des communications dans l’armée, devenue incapable de faire circuler les ordres – peut-être à la veille d’une attaque d’envergure.

 

- Que faire? Descendant encore un degré vers la low-tech, il reste encore au Hezbollah les pigeons voyageurs :


 

 

Plus lents à transmettre les messages, ils n’en sont pas moins un peu plus fiables. 

- Mais pour nous ces péripéties font apparaitre quelque chose de plus général : de nos jours, les armées obéissent à la même logique que les groupes de chasseurs paléolithiques : dans tous les cas il est nécessaire à ces hommes de se coordonner pour ne former qu’un groupe, agissant comme un seul individu. Les chasseurs de mammouth devaient sans doute agir comme les commandos qui combattent l’armée israélienne.

Certains paléologues cherchant une hypothèse pour expliquer l’irruption du langage dans les groupe d’hominiens, ont imaginé qu’un système de cri nommé « call-system » servait aux chasseurs à s’alerter mutuellement, ce qui aurait stimulé la production d’un « protolangage » – pourquoi pas ?

Plus sérieusement, en qualifiant ces sabotages d’actes terroristes on pointe effectivement l’effet le plus évident de ces explosions, mais on oublie quand même qu’ils constituent aussi un acte de guerre destiné à affaiblir l’ennemi.

… Et accessoirement à souligner le rôle de la communication en temps de guerre.

vendredi 20 octobre 2023

Proxi-tv – Chronique du 21 octobre

Bonjour-bonjour

 

A partir du 1er janvier 2024, France 3, ce sera fini ! La troisième chaîne s’apprête à changer de nom et s’appellera « Ici ».  Ce nouveau média unique de proximité scellera le rapprochement de France 3 et de France Bleu (…) D’ores et déjà les journaux régionaux ont été rebaptisés Ici matin, Ici 12/13 et Ici 19/20 à la rentrée. (Lire ici)

« Ici » ? Où ça ? Pour le savoir il faudrait nous dire qui parle ? Et à quel moment ? Car, « ici » est un terme qui ne prend son sens qu’en relation avec la situation d’énonciation dans laquelle il est employé. Autrement dit, c’est un déictique, c’est-à-dire « un terme qui s’ordonne par rapport aux partenaires de la communication, au lieu de l’énonciation et aux objets présents, ainsi qu’au moment de l’énonciation. » comme le dit ce site qui prépare au concours d’instit. 

Alors, moi qui me disais que pour baptiser de cette façon une chaine télé, il fallait avoir bien peu d’imagination, je comprends l’astuce. Car si je me demande « Quelle est donc cette chaine » si on me répond : « Elle s’appelle Ici » je devrai penser que c’est de chez moi qu’on me parle, et non d’ailleurs – ce qui serait le cas avec les chaines nationales.

Reste qu’il va falloir assumer les quiproquos engendrés par cette appellation. Par exemple : « - Hier j’ai vu un reportage intéressant sur les boulangers de notre région. – Où as-tu vu ça ? – Hé bien, Ici. »

On va me dire qu’il faut garder les prépositions habituelle : « – Je l’ai vu sur Ici » On ne fera que créer un cafouillage « – Sur quoi ? – Ici – Mais je sais bien que c’est « ici » que et l’as vu. Je te demande sur quelle chaine ! » Etc. 

Je veux bien qu’on mette en avant la notion de proximité. Alors, appelez-la « Chez nous », ou bien Proximité – ou plutôt, Proxi. Ça aurait plus d’allure, vous ne croyez pas ? 

Quoi ? Proxi est déjà pris et ça désigne une chaine de magasins ? 

Alors mettez « Proxi-tv » et n’en parlons plus.

Et l'info? "Proxi-Info" ; le matin "Proxy-matin" à décliner en "Proxy-midi" et "Proxy-soir".

Ça matche, les amis.

mercredi 14 avril 2021

Click and collect – Chronique du 15 avril

Bonjour-bonjour

 

Voilà un peu plus d’un an que la covid nous est tombée dessus et l’heure des bilans a sonné pour les journalistes en mal de sens à donner à notre époque. Qu’avons-nous appris que nous ne savions déjà ? Qu’un bel élan de solidarité nous a fait applaudir chaque soir les soignants ? Que sans l’État la misère aurait été le lot de beaucoup de Français ? Oui, c’est vrai, mais toutes ces prises de conscience ne durent pas, et notre reconnaissance est retombée au fur et à mesure que les vagues épidémiques se succédaient – quant à l’État a-t-il fait autant qu’on attendait de lui ? Et pour faire bonne mesure, le mouvement de repli des « Grandes démocraties » qui admonestent les pays « illibéraux » au nom de la solidarité humaine ont vite montré que leur puissance ne servait qu’à protéger leurs ressources et leur sécurité : « Moi, d’abord, et les autres ensuite – s’il y a des restes »

Ce n’est donc pas dans la conscience des citoyens qu’il faut chercher les nouveautés de l’année, mais dans des faits concrets structurant la vie matérielle. Et là, il y a au moins une nouvelle catégorie de comportements qui s’est imposée, ce sont les achats « click and collect » instituant des « drives », point de retrait des achats intermédiaire entre le magasin de proximité et Amazon. Des analystes à courte vue avaient reproché aux confinements successifs de booster les ventes « par correspondance », pronostiquant leur suprématie universelle. Ils se trompaient car très vite tous les commerces se sont mis au drive avec retrait en magasin « fermé » des commandes effectuées sur leur site internet. Et c’est ce comportement qui pourrait s’installer durablement et devenir l’alternative aux grandes surfaces qui pullulent dans la périphérie des grandes villes, annulant ainsi les interminables déplacements pour les courses du samedi matin avec la marmaille qui réclame son Kinder ou sa boite de Nesquick.

- Reste une question encore non résolue : qu’allons-nous faire avec ce temps gagné sur ces contraintes matérielles ? Et symétriquement : comment allons-nous récupérer les échanges sociaux perdus du fait de la suppression des rencontres avec le voisinage ? Les échanges par réseaux sociaux ne peuvent remplacer ces rencontres parce qu’ils ne sont que virtuels ; peut-être pourrions-nous compenser ces pertes, en multipliant les rencontres sportives et en nous faisant supporters pour vibrer à l’unisson dans les tribunes de stades ? 

 


 

Les anglais ont les pubs pour continuer à vivre ensemble. Devrons-nous multiplier les tribus de supporters pour continuer à aimer et haïr collectivement ?