jeudi 12 juin 2025

Inutile d’aller vivre à Pékin – Chronique du 13 juin

Bonjour-bonjour

 

Taisez-vous, méfiez-vous, des oreilles ennemies vous écoutent…

Regardez votre gentil smartphone : n’est-il pas mignon-mignon avec ses petits yeux ronds ?

 

 

 

… sans oublier ses grandes oreilles bien cachées dans sa coque.

Pourtant sachez-le : un dispositif existe qui permet à une personne étrangère d’activer secrètement la caméra de votre appareil pour vous filmer à votre insu, ainsi que l’enregistrement automatique de vos conversation. 

- Tout cela doit être interdit, et nous devons être à l’abri de ces dispositifs lorsqu’ils sont activés par les représentants de la Loi ?

- Détrompez-vous ! Voici comment le Conseil constitutionnel a jugé l’usage de cet espionnage à des fins d’enquête dans le narcotrafic.

Lisez plutôt : « Sur l’activation à distance d’un appareil électronique pour procéder à des écoutes, /le Conseil constitutionnel/ a jugé que les dispositions de l’article poursuivaient « les objectifs de valeur constitutionnelle de recherche des auteurs d’infractions et de prévention des atteintes à l’ordre public » et étaient « entourées de garanties suffisantes pour ne pas porter d’atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée ». (Lire ici)

- Pour ceux qui n’ont pas pu supporter la lecture de ce texte juridique, je précise qu’il porte la mention que ces écoutes étaient admissibles dans le cas de « prévention des atteintes de l’ordre public ». 

- Et alors, vous qui ne vous privez pas de dire tout le mal que vous pensez du gouvernement, ne croyez-vous pas que vous portez atteinte à l’ordre public ?

Et si vous croyez qu’il faut des opérations complexes et délicates pour pirater vos conversations téléphoniques, détrompez-vous : l’activation d’une appli suffira pour entendre tout ce que vous dites – et tout ce qu’on vous répond.

Et pour ça, pas besoin d’être à Pékin.

mercredi 11 juin 2025

… Tous contre un ! – Chronique du 12 juin

Bonjour-bonjour

 

 

E pluribus unum est la devise latine qui apparaît sur le Grand sceau des États-Unis, littéralement « Un seul à partir de plusieurs » en corrélation avec la devise « L'union fait la force » ou, dans une traduction plus directe, « De plusieurs, un ». (Lu ici)

 

 

Cette devise se retrouve également dans 

Les Confessions de Saint Augustin (de 397 à 398) Livre IV, décrivant l'amitié.

 

Les Etats-Unis dont on célèbre habituellement la faculté d’intégration des migrants dans un « Melting pot », sont une fédération dont l’union n’a pas toujours été sans conflit, comme en atteste le souvenir de la Guerre de Sécession. Et aujourd’hui encore, certains se demandent si le « trumpisme », avec sa brutalité et son autoritarisme ne serait pas une résurrection de la confédération sudiste hostile à la démocratie venue du nord.

- Manière d’expliquer ce qui, vu d’Europe, parait si énigmatique, à savoir pourquoi il n’y a pas une foule unanime pour chasser le dictateur qui sévit à la Maison Blanche ? Certes on savait bien (au moins depuis Bob Dylan) qu’entre l’étudiant de Berkeley et le fermier du Middle-west l’amitié n’était pas au beau fixe. Mais, voilà : aujourd’hui même les intellos de New-York, même les latinos de Californie ont soutenu Trump – et continuent de le faire.

--> C’est qu’il s’agit de chasser les migrants illégaux venus s’installer massivement depuis le règne de Biden (dit-on) : il n’y a que Trump pour faire le travail.

Est-ce à dire que l’unité du pays est mise en cause ? Pas forcément, sous réserve que la devise du pays soit retournée en : TOUS CONTRE UN !

mardi 10 juin 2025

C’est reparti, comme en 68 ! - Chronique du 11 juin

Bonjour-bonjour

 

Il y a eu hier deux attitudes devant l’assassinat de l’assistante d’éducation de Nogent : restaurer l’autorité, refonder les valeurs ; ou bien châtier plus durement.

Et c’est Bruno Retailleau, celui qu’on attendait sur le versant châtiment, qui a fait défaut, en déclarant : « la réponse ne peut pas être seulement sécuritaire. » On devine que l’autorité républicaine ne suffisait pas, et qu’elle devait donc être soutenue par une éducation religieuse, mieux armée pour incliner les volontés juvéniles devant les interdits. Le curé, puis le père et enfin l’instituteur. 

 


 

- Vous le devinez sans peine : moi, vieillard rempli encore des souvenirs de sa jeunesse, je me crois revenu en 1968, au milieu de la contestation de l’autorité et de la « loi-du-père », du refus des idéologies dominatrices, de la religion « opium-du-peuple » etc. Et je suis soutenu dans cette réminiscence par tous ces gens qui, comme Bruno Retailleau, déplorent la faillite de l’autorité.  

« L’Histoire ne se répète pas, elle bégaie », a-t-on fait dire à Marx. Je dirais plus radicalement que si l’histoire ne se répète pas, ça ne signifie pas qu’il n’y a pas de répétition au cours du temps. Ça veut dire que ce qui se répète manifeste son appartenance à la nature humaine et non au courant évolutif de notre espèce. Et c’est là que ça devient intéressant. Car on comprend que l’obéissance à l’autorité n’a rien de spontané, et qu’il faut pour l’obtenir ou bien briser par la violence la résistance des individus, ou bien subjuguer leur volonté en substituant l’imaginaire de l’idéologie au réel.

Et ça, on nous dit qu’on ne sait plus faire ????

lundi 9 juin 2025

Adieu veaux, vaches, cochons etc… – Chronique du 10 juin

Bonjour-bonjour

 

Réduire de moitié le nombre d'animaux tués … permettrait de diminuer … la souffrance animale… » affirme L214 dans un rapport publié mardi. (Lu ici)

 

Je n’ai quant à moi rien à objecter au projet de réduire le nombre d’animaux d’élevages tués dans nos abattoirs avec pour objectif, entre autres, de diminuer la souffrance animale. Après tout, la diététique le montre : un régime beaucoup moins carné aurait sans doute des effets bénéfiques sur le long terme. 

- Le philosophe aurait quand même un petit grain de sel à mettre là-dedans. C’est qu’en réduisant le nombre d’animaux abattus, on ne peut sérieusement réduire du même coup la souffrance animale – car on réduirait en même temps le nombre d’animaux existants. Les millions de cochons à qui on épargnerait l’abattoir ne bénéficieront pas de cette mansuétude parce qu’ils n’existeront tout simplement pas. Où sont donc aujourd’hui les milliers de chevaux fourbus à qui on a évité de tirer le fiacre – en le replaçant par la voiture à pétrole ?

 

Ce qui soulève un problème philosophique bien connu de l’antiquité grecque, tel que rapporté par Sophocle : « Mieux vaut cent fois n'être pas né ; mais s'il nous faut voir le jour, le moindre mal est de s'en retourner là d'où l'on vient. » Connaissant les malheurs inévitables que ma future existence me promet, devrai-je renoncer à être, ou bien à la façon des héros tragiques préférer l’existence avec l’affrontement perdu d’avance des forces du mal ?

- En toute modestie je ne prétends pas reprendre à mon compte le débat là-dessus, mais simplement poser la question du transfert d’une problématique philosophique des hommes vers les animaux. Là où l’homme peut être imaginé scrutant les malheurs que son avenir lui réserve et maudissant le destin qui l’a fait naitre, admettrons-nous que le goret ou le poulet en fasse de même à la vue de l’abattoir qui les attends ?

Qu'en pense donc L214 ?

dimanche 8 juin 2025

Jeu, set et match ! – Chronique du 9 juin

Bonjour-bonjour

 

Hier il y a des gens qui ont sacrifié 6 heures de leur loisir dominical pour regarder le matche de tennis de la finale du tournoi de Roland Garros. 6 heures ! Presque une demi-journée pour voir deux hommes taper dans un petite balle jaune. Et pourquoi ? Il ne s’agit pas comme avec le football de s’identifier à une équipe (sauf en Coupe Davis, celle-ci n’existe pas), ni d’un combat dont le corps à corps pourrait soutenir un fantasme.

- Par contre, le match de tennis matérialise assez bien les aléas de la vie – et cela, la finale d’hier l’a très bien montré. Non pas que le jeu des forces qui s’exercent entre les deux joueurs soit ce qu’il y a de plus passionnant : voir une compétition qui permet progressivement à une domination de s’installer et voir l’un écraser l’autre, c’est quand même quelque chose de bien banal. Mais le tragique d’un tel affrontement est plutôt dans l’espérance qui est présente durant la totalité du matche. Hier le vainqueur a eu contre lui 3 balles de matche ; il s’est battu pour l’emporter et il l’a fait. Il pouvait aussi s’avouer vaincu avant la fin de la partie et laisser la défaite advenir très logiquement.

Ce que cela signifie ? C’est que cette fin n’existe pas sous une forme progressive, par altération graduelle : elle est d’un bloc, tout aussi massive selon qu’elle advienne au 3ème set avec zéro jeu gagné ou au tie-break du 5ème. Le match de tennis est une métaphore des entreprises de notre vie, pour autant que nous considérons les circonstances comme non déterminantes.

- C’est là que la vie quotidienne nous attend. Supposons que nous soyons à passer le concours de la 1ère année de médecine : on pourra nous dire que la réussite ou non du concours est déjà écrite, avant même d’avoir passé les épreuves selon nos résultats de l’année écoulée. Un peu de cette issue fatale s’est infiltrée dans « la vie d’avant » - d’où un certain déterminisme.

Mais il y a aussi ceux qui croient que cette diffusion progressive n’existe pas, et qui veulent croire en leur chances, même au tie-break du 5ème set.

samedi 7 juin 2025

La guerre, combien ça coûte ? – Chronique du 8 juin

Bonjour-bonjour

 

« L’Ukraine a détruit des bombardiers nucléaires russes avec des drones à 500 € - Le pays veut maintenant se défendre avec des appareils encore moins chers. » apprend-on ici.

Le général Vincent Breton, directeur du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d'expérimentations, a même déclaré : « L'Ukraine est toujours à la pointe de l'innovation. Le rapport coût-efficacité est absolument remarquable. »

 


- Et en effet : une fois qu’on a admis que la guerre devait tuer et détruire, il reste à savoir à quel coût elle le fait – coût matériel : combien ça coute ; et coût politique : dépendance à l’égard des pays fournisseurs. Et la guerre d’Ukraine a été la révélation : c’est avec du matériel distribué pour presque rien chez Brico-Dépôt et installés dans leur garage que des citoyens un peu astucieux ont pu construire ces appareils qui ont détruits des bombardiers stratégiques à plusieurs millions de dollars.

Voilà une révélation renversante. Mais ce n’est pas la seule. Car les attaques aériennes ne parlent pas de l’aviation. On a certes entendu l’Ukraine réclamer tant et plus de l’aviation, des avions de combat F-16 en particulier. Mais en attendant, on voit bien que des deux côtés les attaques font l’impasse sur les aéronefs : on se pilonne avec des drones (déjà cités) et des missiles – point final, même s’il faut parfois utiliser des bombardiers pour lancer des missiles.

Sachant que la formation des pilotes, si couteuse pour les combats aériens classiques n’existe plus avec les drones, et que ces appareils pourront être fournis bas coût par millions, on voit bien que la guerre de demain(-matin) sera à la portée de tout le monde. On va pouvoir massacrer et ravager le pays de nos ennemis pour presque rien.

vendredi 6 juin 2025

Êtes-vous pauvre ? – Chronique du 7 juin

Bonjour-bonjour

 

L'Insee a le souci de nous donner des normes de consommation un peu plus affutées que celles qui définissent un seuil de pauvreté. Ainsi des « normes de consommation ou de confort » qui affectent 13% de la population française dans l’impossibilité de suivre au moins 5 items d’une liste de privation. (Lire ici)

A notre tour nous reproduisons la liste des 13 privations en raison de manque de moyens financiers sur lesquelles les sondés sont interrogés par l’Insee :

- ne pas avoir de voiture personnelle ;

- ne pas pouvoir maintenir son logement à bonne température ;

- ne pas pouvoir remplacer des meubles hors d’usage ;

- avoir des impayés de mensualités d’emprunts, de loyers ou de factures d’électricité, d’eau ou de gaz ;

- ne pas pouvoir dépenser une petite somme d’argent pour soi sans avoir à consulter quiconque ;

- ne pas pouvoir faire face à des dépenses inattendues ;

- ne pas avoir accès à Internet ;

- ne pas pouvoir retrouver des amis ou de la famille au moins une fois par mois pour boire un verre ou pour un repas ;

- ne pas avoir une activité de loisirs régulière ;

- ne pas pouvoir s’offrir une semaine de vacances hors de son domicile ;

- ne pas avoir deux paires de bonnes chaussures ;

- ne pas pouvoir avoir un repas contenant des protéines au moins tous les deux jours ;

- ne pas pouvoir acheter des vêtements neufs.

 

Considérez bien cette liste : si vous pouvez répondre « non » à chacun de ces items, alors vous êtes une personne heureuse. Non que vous soyez pressé d’aller au restaurant chaque mois ou en vacances chaque fois que vous en avez envie, mais parce que vous n’avez pas le souci d’en être privé. La pauvreté commence avec le souci de compter le montant des courses que l’on peut faire, et risquer d’abandonner en caisse des articles faisant déborder la facture.

Les sages de l’antiquité n’avaient pas ce souci : faute d’en ressentir le besoin, pour eux toutes ces dépenses étaient superflues. On racontait l’anecdote de Socrate traversant le marché d’Athènes et disant à ses compagnons : « Que de choses dont je n’ai pas besoin »  

On concluait alors par cet adage :

« Être pauvre, c’est avoir des besoins qui excèdent les ressources. »