jeudi 1 juillet 2021

Choisis ton camp, camarade ! – Chronique du 2 juillet

Bonjour-bonjour

 

A Reims la police municipale est sans cesse appelée pour mettre un terme à des rodéos urbains qui pourrissent la tranquillité des quartiers.

« Cette situation, qui ne peut perdurer, elle doit d’être traitée avec des moyens novateurs, légaux et qui ne mettent pas en danger les conducteurs ou les forces de l’ordre », assure la Ville qui annonce mettre en place un nouveau dispositif intitulé « Stop rodéo »

À partir du 1er juillet, de manière anonyme, les Rémois pourront envoyer des photos et transmettre des renseignements pratiques favorisant le travail d’enquête des policiers. Il s’agit ainsi de signaler des deux roues non réceptionnés c’est-à-dire sans immatriculation, qui ne sont pas homologués pour circuler sur les routes mais que l’on retrouve souvent stationné au pied d’immeubles.

Certains y verront de la délation, d’autres un acte civique. « Je suis persuadé que les habitants enverront rapidement des informations clés pour le travail d’enquête des policiers et que cette plateforme saura démontrer son efficacité », a d’ailleurs commenté Arnaud Robinet, le maire de Reims » (Article de la presse locale ici)

o-o-o

Ce long préliminaire informatif pour poser la question : la délation est-elle le devoir des bons citoyens soucieux de la sécurité et de la tranquillité dans leur quartier ? D’ailleurs la question est elle-même biaisée car insinuer qu’on a affaire à de la délation, c’est la désigner comme infâme. Le mot « délation » n’a en effet qu’un seul sens possible (1), à savoir : « Dénonciation, généralement secrète, dictée par des motifs vils et méprisables. ». On remarquera que la municipalité refuse cette qualification, préférant dire que les habitants des quartiers concernés auront l’opportunité de seconder le travail des enquêteurs. D’ailleurs la sémantique ne ferait que suivre la réalité, s’il est vrai que les motivations des citoyens ne serait pas dans ce cas affaire de « motifs vils et méprisables »

 

Dénoncer les agissements de ses voisins n’aurait donc pas du tout le même sens selon qu’il s’agit d’un acte dicté par le civisme ou par la malveillance. Mais cette distinction est-elle essentielle ? Un délit est un délit et doit être réprimé. Qu’importe que sa dénonciation soit portée par vertu ou par vice ? Le vice ne serait-il pas d'ailleurs tout à fait secondaire dès lors que le respect des lois est en cause ?

Il y a dans cette vision de la délation quelque chose qui peut quand même en émouvoir certains : agir pour que la loi soit respectée suppose une collusion avec le pouvoir, la volonté de lui faciliter la tâche (cf. déclaration du maire de Reims ci-dessus). Certains ne voudront en aucun cas apporter leur soutien à ce qui résulte de près ou de loin de la police au service des dirigeants politiques. Il ne s’agit pas seulement des anarchistes : les corses (et avant eux les sardes) nous en donnent depuis toujours l’exemple avec l’obligation de l’omerta

Sauf que l’omerta concerne principalement les délits commis par la mafia laquelle impose cette loi du silence sous menace de la mort. Autrement dit, si dénoncer les délits favorise le pouvoir juridique, ne pas les dénoncer obéit aux ordres du crime organisé.

Choisis ton camp, camarade !

-------------------------------

(1) La délation a aussi un sens très différent issu du vocabulaire juridique (« Action de déférer ex. délation de serment » CNRTL

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire