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mercredi 11 septembre 2024

Lorsque accusation vaut preuve – Chronique du 12 septembre

Bonjour-bonjour

 

L’affaire Ibrahim Maalouf, évincé du festival de Deauville après avoir été désigné pour entrer dans le jury, et cela en raison d’une affaire de baiser forcé dont il a été innocenté, laisse un malaise.

- C’est devant la menace d’agitation des féministes à l’annonce de cette participation que la Présidente, évoquant son esprit de responsabilité, avait finalement écarté Maalouf – lequel était dans le même temps prié de partir sans faire de bruit.

J’avais d’abord été frappé par cette lâcheté et cette hypocrisie. Mais la publication par Caroline Fourest du « Vertige #meetoo » fait revenir au premier plan ce fait : en matière de violence faite aux femmes, accusation vaut preuve et entraine condamnation du public – quand bien même les juges auraient prononcé un non-lieu. On lira un bref compte-rendu ici.

La raison ? La parole des femmes doit être « entendue », ce qui pour certaines signifie « crue ».

Trois raisons à cela : 

- La foi. Car croire sans preuve, uniquement parce que la parole des femmes une fois libérée doit être nécessairement authentique, cela relève de la foi.

- L’essence des hommes. Pour soutenir cette foi, il y a la certitude des femmes que, même innocent et non-accusé, l’homme, quel qu’il soit porte en lui cette violence qui ne s’est peut-être pas exprimée, mais qui représente une menace pour les femmes. Un homme en prison c’est un violeur de moins. Pour preuve je renvoie à l’attitude d’une avocate féministe à propos des viols de Mazan, soulignant la banalité des violeurs : ils viennent de partout dans la société ce qui est normal vu que tout homme est susceptible de devenir un violeur.

- L’inutilité du pardon. Pardonner signifie « Je sais ta faute, mais j’accepte de faire comme si elle n’existait pas. » Seulement lorsque la violence est une constituante de l’essence des hommes, le pardon est sans objet car celui qui le demande n’existe pas : la culpabilité est dans sa nature (un peu comme le péché originel)

C’est ce que montre cette brève histoire de nos origines à nous tous, les hommes.




jeudi 8 février 2024

Ces mots qui fâchent – Chronique du 9 février

Bonjour-bonjour

 

Il y a des mots qui fâchent : aveugles, paralytiques: pouah! Parlons plutôt de personne à mobilité réduite, ou malvoyante, etc…

Tout cela n’est-il qu’euphémisme, au sens exact, à savoir une façon d’éviter une expression choquant ?

En partie sans doute mais on se tromperait si on ne voyait là que des façons d’éviter de choquer l’auditoire. Car certaines de ces expression en disent beaucoup plus. 

Par exemple :

            * En fin de vie au lieu de mort. Car la mort, nous ne savons pas ce qu’elle est dans la mesure où nous ignorons si elle est une interface entre la vie et l’au-delà, ou bien si elle est juste le passage de l’existence au néant. L’expression « fin de vie » s’abstient d’en préjuger, laissant l’observateur au seuil du trépas.

On aurait donc à faire à des procédés techniques destinés à serrer au plus près les soins dont ces personnes peuvent être l’objet ? 

Pas toujours, car voici l’essentiel pris sur cet exemple :

            * Personne en situation de handicap : c’est une façon de retirer à celui-ci le rôle de définition de la personne handicapée. On refuse de croire que le handicap constitue la personne entièrement, en sorte qu’elle serait dans tous les moments de sa vie caractérisée par lui, comme s’il était son essence, comme s’il rejetait toutes ses autres caractéristiques au second plan, comme si elles découlaient de lui.

Ce qu’on refuse, c’est de considérer que certains, tels les handicapés, les paralytiques, les aveugles etc. ne soient pas de la même nature que les autres. C’est que tous les êtres humains sont considérés comme porteurs d’une âme, ou du moins d’une partie spirituelle, siège de sa volonté et de sa personnalité.

Ce noyau est incorruptible, tout juste peut-il être empêché d’agir de façon normale, raison pour laquelle il doit être assisté (ou mis sous tutelle). C’est alors qu’on comprend que même les personnes affectées de la maladie d’Elsheimer restent des personnes à part entière, et que leur maladie ne fait que les empêcher d’agir comme les autres. Et ce ne sont pas leurs proches qui disent cela : c’est l’administration jugée pourtant si indifférente à la personne humaine.

vendredi 26 mars 2021

Le livre est-il essentiel ? – Chronique du 27 mars

Bonjour-bonjour

 

A l’heure où l’adjectif « essentiel » est employé dès qu’on évoque les commerces qui peuvent rester ouverts en période de confinement, la question qui vient à tous les esprits est la suivante : « Qu’est-ce qui est essentiel, et qu’est-ce qui ne l’est pas ? » C’est en profitant de ce flou que les libraires ont pu obtenir l’autorisation d’ouverture durant cette période, car on a convenu que le livre était essentiel – du coup les cinémas et tous les lieux de culture ont clamé qu’ils l’étaient eux aussi.

 

Alors on est allé voir les philosophes pour les sonder à ce sujet. Chez eux en effet l’essence et l’accident ne sont pas des termes qui appartiennent au monde de l’automobile mais des vocables techniques utilisés depuis Aristote. Dans les cours de philo, on  utilise généralement cette formule pour expliquer la différence entre l’essence et l’accident : « Selon Aristote, l'homme est par essence un animal raisonnable, mais il est accidentellement un bipède sans plume. » (Lire ici) (1) 

Pour l'être humain, lire un livre serait aussi accidentel que d'être un "bipède déplumé"

- Qu’est-ce que c’est que ce galimatias ? Écoutons plutôt Spinoza : "Appartient à l'essence d'une chose ce qui, étant donné, fait que cette chose est nécessairement posée, et qui, supprimé, fait que cette chose est nécessairement supprimée. " Autrement dit, tout ce qui, dans votre être ne peut vous être retiré sans vous dénaturer totalement fait partie de votre essence, c’est donc pour vous essentiel.

- On en déduit facilement la définition de l’accident qui lui est opposé : l'accident est ce qui, dans un être, peut être modifié ou supprimé sans changer la nature de la chose elle-même, c'est-à-dire sans que cette chose cesse d'être ce qu'elle est. (Réf. citée)

Dans cette hypothèse, le livre ne serait pas essentiel à l’être humain puisqu’il a existé longtemps après que l’humanité soit apparue sur terre : donc avant d’inventer les livres, l’espèce humaine existait déjà. La lecture serait alors un loisir, tout à fait accidentel dans la mesure où l’homme qui ne lirait jamais n’en serait pas moins homme.

Et hop ! Fermez-moi toutes ces librairies lieux pernicieux de contamination !

- Il y a encore une objection parce qu’on peut quand même interroger l’opposition qui distingue l’essence non plus de l’accident, mais de l’existence : et si le livre était indispensable aux hommes non pas pour être, mais pour continuer d’être ? Car c’est bien ce qui est apparu durant le Grand Confinement : sans livres nous pâlissons et nous nous desséchons ; que nous importe ce qui constitue notre essence si, privés du non-essentiel, nous mourons ?

Les métaphysiciens d’autrefois n’en avait cure, parce que « Toute essence peut être conçue sans que soit conçue son existence : je puis en effet concevoir ce qu'est l'homme ou le phénix, tout en ignorant si cela existe dans la nature des choses. Il est donc évident que l'existence est autre chose que l'essence. » disait Thomas d'Aquin (Ref. citée). Oui, mais cela c’est l’essence prise du côté de l’analyse métaphysique ; dès qu’on l’envisage du côté des vivants, ce n’est plus la même chose. Il y a donc une essence vivante dont les besoins sont essentiels – et non accidentels.

C.Q.F.D.

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(1) Cela parce qu'on perd son humanité en perdant la raison, mais qu'on la conserve en devenant un cul-de-jatte

vendredi 19 février 2021

Découpe de la 1ère tôle d’un futur sous-marin nucléaire – Chronique du 20 février

Bonjour-bonjour

 

Ce matin, je lis : « D’ici 2035 Naval Group et Technic Atom leaders européens du naval militaire construiront pour la Marine Nationale 4 sous-marins lanceurs d’engins, à la cadence d’un tous les cinq ans. D'ici à 2023, Naval Group procédera à la première découpe de tôle du tout premier exemplaire du SNLE 3G. » (Lu ici)

Voilà l’info : la plus proche action dans le délicat processus de fabrication de ces sous-marins lanceurs d’engins nucléaires est … la découpe de la première tôle. Il est vrai que ce n'est qu'un symbole, mais justement que vaut ce symbole ?

Il parait calqué sur la cérémonie de la pose de la première pierre : alors pourquoi pas la première tôle ?

Voyons ceci :

 



Mercredi 4 septembre 2019 à Parc Fetan, avait lieu la pose de la première pierre de logements sociaux, surface commerciale et cabinet infirmier, en présence de Norbert Métairie, président de Lorient Agglomération. L’inauguration est prévue en juin 2020. Vu ici

 

Ce qui saute aux yeux, c’est que la première pierre semble bien être au moins… la douzième, si l’on en croit le mur déjà construit où l’élu place un énorme parpaing. Ensuite on se demande si un bâtiment va se construire autour de ce pan de mur : et si c’était une maçonnerie postiche, édifiée juste pour la cérémonie et destiné à la démolition avant que le mortier soit sec ? 

Stop aux critiques mesquines ! Quand les élus se font constructeurs on comprend qu’ils ne le sont que par comparaison avec le travail véritable du maçon qui, quant à lui, doit se coltiner les vrais parpaings, ceux qui pèsent entre 15 et 20 kilos (vérifié ici), à cimenter tous les jours, qu’il pleuve qu’il vente qu’il neige ou qu’il fasse 40° au soleil. Au premier coup d’œil on voit sur la photo que le Président de l’Agglomération lorientaise n’a pas les mêmes contraintes. Mais qu’importe ? Le symbole repose ici sur une analogie assez transparente :  ce que le travail du maçon est à l'édification de l'immeuble, celui de Président l’est à la construction de ces logements sociaux.

Reste quand même à vérifier que ce symbole soit pertinent. Dans le cas de la construction d’un immeuble, on admet que la maçonnerie soit essentielle pour son existence. Mais la tôle représente-t-elle bien le sous-marin ? Certes, pas de sous-marin sans une coque d’acier faite de tôles ajustées – dont forcément une première qui lance le début des travaux. Mais un sous-marin nucléaire, fierté de la Nation peut-il être symbolisé par des tôles, comme un simple chalutier ? L’article cité explique qu’il faudra intégrer « plus d'un million de composants, équipements et systèmes et poser des centaines de KMS de câbles au cœur des bateaux, qui  en font les objets technologiques les plus complexes au monde » : on peut penser que la pose du premier mètre de câble ou du premier composant électronique serait plus pertinent.

mercredi 14 octobre 2020

Esclave un jour, esclave toujours – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Esclave un jour, esclave toujours ! Dans ce slogan des descendants d’esclaves afro-américains ou antillais on reconnait une démarche dont on parle un peu ces temps-ci : je veux dire l’essentialisation qui transforme une situation humaine en nature intime et définitive de l’être. Certains opposent à cette croyance la formule bien connue de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient » - où le mot « femme » peut être remplacé par ce qu’on voudra, esclave, raciste, antisémite, juif, noir, génie, etc…. suivant le principe existentialiste « L’existence précède l’essence »

- Évitons les contresens courants suscités par ces formules : quand Simone de Beauvoir affirme qu’être femme n’est pas une fatalité imposée par une essence, elle ne dit pas non plus que c’est un choix. Si être femme ne renvoie pas simplement à une réalité physiologique ça ne veut pas dire non plus qu’il y a là une simple décision : c’est un fait historique, dont il est peut-être impossible de s’affranchir, mais qui peut et doit se limiter à l’époque actuelle.

 

Et alors, être « noir » : ça veut dire à quoi ? En parlant de « vie noire », comme nous y invite le slogan « Black lives matter » (1) nous sommes invités à reconnaitre que la vie des noirs est définitivement établie par la couleur de leur peau contre laquelle ils ne peuvent rien. Toutefois, de même qu’être une femme c’est obligatoirement avoir tels organes dont les hommes sont dépourvus, être noir c'est au moins avoir telle peau, telle chevelure, etc. 

What else ? C’est le moment de dire que si les vies noires sont définitivement « noires » ça ne peut aller plus loin que le constat de la couleur de la peau. Ce qui fait la vie noire, en 2020 aux USA c’est bien autre chose, à commencer par la réalité sociale dans laquelle sont contraint de vivre les afro-américains, la manière dont on les considère encore aujourd’hui dans les États du sud, la communauté à laquelle ils se doivent d’appartenir. Et encore une fois, ça ne veut bien sûr pas dire que les noirs auraient choisi d’être traités comme ça, pas plus que ce serait une fatalité imposée par la couleur de leur peau. Et ceux qui pensent comme cela sont des racistes – ceux qui sont devenus racistes. Car on ne nait pas raciste on le devient : on en est donc responsable.

Du coup l’horizon des revendications devient un peu plus large.

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(1) Qui ne date pas d’aujourd’hui puisque ça remonte à 2013 (voir ici)