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dimanche 23 juillet 2023

À quoi bon voter ? - Chronique du 24 juillet

Bonjour-bonjour

 

«¡No pasarán!» : en effet, « ils » ne sont pas passé – et même personne n’est passé. 

Devant ce résultat des élections espagnoles, les politologues vont tartiner des kilomètres de commentaires et de prédictions. 

- Mais pour le modeste philosophe – celui qui comme la chouette de Minerve ne s’éveille qu’au crépuscule, quand les évènements se sont déjà produits – l’étonnement ne vient pas de ces résultats et des évènements qu’ils portent dans leurs flancs, mais simplement du fait que personne ne l’ait vu venir.

==> Oui, ces élections sont objectivement la défaite des instituts de sondage, qui ont été impuissants à prévoir la relative faiblesse de la droite et la relative bonne tenue de la gauche.

 

- Occasion de revenir sur le déterminisme que semble porter en lui la prévision du comportement électoral : de quelle liberté fais-je preuve en glissant mon bulletin de vote dans l’urne alors que depuis une semaine les sondages prévoient que c’est ça que je vais faire ? Et d’ailleurs, à quoi bon voter ? Un simple sondage ne suffirait-il pas à déterminer qui doit gouverner le pays ? C’est d’ailleurs ce que croient les manifestants qui se réclament d’un pays entier supposé derrière eux alors qu’il ne s’agit que de résultats de sondages ?

Mais, si ce déterminisme existe, alors pourquoi se battre comme l’ont fait les révolutionnaires de 89 pour la liberté ? Si l'IFOP avait existé en 1789, plus d'émeutes, plus de canons, plus de guillotine... 


Mais aussi que signifie le fait de voter ? S'agit-il de l'expression de l'humeur du moment ("je ne décide de mon vote que dans l'isoloir") ?

Moi je dis : l’échec des instituts de sondage me fait du bien.

vendredi 17 mars 2023

Souveraineté : pour y voir plus clair - Chronique du 18 mars

Bonjour-bonjour

 

Les contre-vérités pleuvent comme si nous étions en période de mousson. Ainsi de la souveraineté populaire, parfois opposée à elle-même à travers ses représentants élus sans qu’on sache exactement de quoi on parle.
- Écoutons Mathilde Panot qui, faisant allusion aux sondages d’opinions donnant des scores proches de 90% aux opposants à la réforme des retraites, déclare que la légitimité n'est plus à l’Assemblée nationale mais à la rue qui est soutenue par « la quasi-totalité du peuple », 

 

On reconnait cet argument déjà soutenu par les Gilets-jaunes, mais aussi par beaucoup d’autres réformateurs du passé. L’idée est que le pouvoir souverain ne pouvant se diviser, est en permanence entre les mains du peuple qui peut s’en dessaisir au profit de représentants dûment élus, mais qui peut aussi le ressaisir à tout moment (1). C’est ainsi que les élections exprimant la volonté populaire figée pour une durée fixe sont opposées aux sondages d’opinion qui en tiennent lieu dans la permanence. C’est de cette façon que les élus et les principaux responsables pourraient également être révoqués sur simple consultation du peuple, ou du moins d’une fraction représentative des citoyens. 

 

- Si je fulmine contre ces thèses, c’est qu’elles ne posent jamais ces deux questions fondamentales :

            * Peut-on comparer le sondage d’opinion au scrutin ? Ce dernier supposant un engagement qu’on ne peut révoquer sans mesures exprès, définies par la constitution, s’oppose à l’opinion publique évaluée selon des algorithmes opaques, et surtout émis dans l’instant et pour l’instant. Ajoutons que l’opinion est versatile - du moins celle dont se saisit le sondage (c’est du moins le point de vue des sondeurs eux-mêmes)

            * Peut-on gouverner un pays sans accorder aux gouvernants une légitimité dont la durée est pré-définie par la constitution ? L’idée qui s'impose est alors que le peuple souverain doit accepter de se dessaisir légalement de ses prérogatives - du moins s’il veut bénéficier d'un minimum d’efficacité exécutive.

- Entendons-nous : dans le système actuel le peuple n’est souverain qu’une fois tous les cinq ans, lors des scrutins présidentiel et législatif. Le reste du temps il est constitué de citoyens passifs.


La démocratie directe est un système qui veut réagir dans l’instant, peut donc être accepté de façon théorique. Mais les reproches qu’on lui fait d’impuissance car soumise aux soubresauts des émotions populaires ; et d’incompétence faute d’être guidée par les plus expérimentés (condamnés comme élites) – restent sans réponse.

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(1) Ce passage est inspiré du livre de Jean Bodin (1576) partiellement consultable ici.

mercredi 8 mars 2023

Un vote pour rien – Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour

 

« Tout pour le peuple ; rien par le peuple » : on connait cette formule venue du 18ème siècle et de son despotisme éclairé – elle n’a besoin d’aucun commentaire. Tout juste pourrait-on l’illustrer par… les débats actuels dans les chambres parlementaires françaises. En même temps où on y limite la durée des débats qui d’ailleurs sombrent dans la confusion, l’opposition s’offusque d’un pouvoir qui « n’a aucune légitimité » entêté qu’il est dans son refus d’écouter la rue ou les sondages d’opinion.

 

--> La démocratie se trouve écartelée entre les représentants du peuple régulièrement élus pour voter les lois, et les citoyens qui s’expriment tantôt bruyamment par la voie de la manifestation, tantôt silencieusement dans des sondages d’opinions anonymes.

Où donc réside la légitimité démocratique ? On sait depuis les Gilets-jaunes que certains voudraient établir une démocratie directe où le peuple, s’exprimant par référendum, pourrait limoger les élus défavorables à l’opinion du moment. Doit-on dire adieu à la démocratie représentative, et donner force de loi aux opinions publiquement revendiquées comme volonté populaire ?

 

- On devine que personne ne souhaite cela, même parmi les dirigeants populistes qui sont arrivés au pouvoir portés par l’agitation qu’ils ont soigneusement favorisée. Toutefois cet argument ne suffit pas parce qu’on espère toujours que ce qui s’est produit ici ne se reproduira pas là.

Mais écoutons quand même les propos désabusés des électeurs britanniques qui ont voté par référendum pour la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe-Unie et qui le regrettent à présent : « Je suis choqué, déclare l’un d’eux, nous avons vraiment voté pour sortir de l’Union européenne. Je n’aurais jamais cru que cela pouvait arriver. Mon vote, je n’ai pas pensé qu’il pouvait compter parce que j’imaginais que nous allions rester » (Lu ici)

Alors certes on a là un cas bien connu de manipulation politicienne, comme le déclare l’auteur de l’article cité : « Le Brexit n'avait pas de fondement économique, ce n'était ni plus ni moins qu'une manœuvre opportuniste ayant pour but d'assurer la réélection du Parti conservateur ». Il n’empêche que la déception des électeurs tient justement au fait que leur vote ait eu un pouvoir, comme s’il n’avait eu pour fonction que de manifester une humeur, un peu comme ce qu’enregistrent justement les sondages. 

A l’heure où on voudrait gouverner avec des sondages, les électeurs voudraient que le vote ne soit qu’un sondage de plus, qu’il n'ait en tout cas pas plus d’importance.