vendredi 20 novembre 2020

Libido-badaboum – Chronique du 21 novembre

 

 


 

Alors mes bichons : il parait que ça ne va pas du tout ? Mes services me rapportent que vous n’avez plus goût à rien et que si certains se rebellent encore contre la perte de leur liberté, la plupart des autres restent affalés sur leur canapé, la télé bloquée sur Netflix, et que même l’effort d’aller au frigo prendre une petite mousse c’est déjà trop ?

On m’a même rapporté – mais ça je n’arrive pas à y croire – que vous n’avez plus rien qui remue dans le caleçon, et que même une petite Youporn ne vous fait plus aucun effet ?

 

Mais enfin, qu’est-ce qui vous arrive mes chéris ? Plus aucune envie ? Plus de projet ? Plus rien qui bouge nulle part ? La déprime, quoi ! Mais d’où cela vous vient-il ? Vous savez bien que moi, votre ministre, je suis au petit soin pour vous, et que si je vous prive de certaines joies, c’est seulement pour vous en assurer la pleine jouissance très bientôt.

 

… Hélas ! Je devine ce qui se passe… Vous n’arrivez plus à vous projeter dans l’avenir parce que vous avez perdu confiance en moi – enfin : en moi, votre ministre, et en Notre-Président, dont les incantations médiatiques ont fini par vous fatiguer au point que vous ne les écoutez même plus, même quand il vous promet que la belle vie va revenir… Autant promettre que le Père Noël va passer cette année comme toujours. 

Mais si, vous devez reprendre confiance : nous autres gens de l’exécutif nous ne nous contentons pas de promettre : nous réalisons. Tenez, pas plus tard qu’hier nous avons réussi à déplacer le Black Friday qui va prendre place en décembre ; alors, vous devez nous croire quand nous vous promettons que Noël existera bien cette année – sauf que ce sera en 2021 … Attendez : je ferme les yeux, je me concentre. Ça y est ! je le vois ! Noël sera le 23 février ! En plus c’est un mardi et vous aurez avec ça un joli petit pont, histoire d’aller quelques jours à Courchevel, protégé par le vaccin juste inoculé dans votre épaule. Mieux encore : nous maintiendrons la date du 25 décembre 2021 pour le passage suivant du Père Noël : 2021, l’année au deux Noëls…

Alors, mes chéris, reprenez confiance, recommencez à espérer dans l’avenir et à vous y projeter, comme au bon vieux temps.

Et puis quand même, essayez à nouveau quelques petites vidéos bien chaudes : vous allez voir que le temps passe beaucoup plus vite.

Bisous ministériels.

La disparition de la hiérarchie – Chronique du 20 novembre

Bonjour-bonjour

 

Malgré mon projet de laisser tomber dans l’oubli le petit voyage que j’ai récemment effectué au pays de la covid, j’y reviens malgré tout aujourd’hui, juste pour quelque chose qui pourrait être révélateur de notre vie sociale : je veux parler de la disparition, due aux tenues sanitaires, des distinctions vestimentaires entre les différentes catégories de soignants.



Peut-être est-ce un cas particulier au CHU rémois, mais là où tout habituellement le personnel était divisé en fonctions hiérarchisées et distinguées par des codes-couleurs ou des badges variés, ici plus aucune distinction n’est de mise. Une femme entre dans votre chambre, si elle y pense elle va se présenter : « Je suis l’infirmière » ou bien rien du tout ; vous saurez bien à temps à qui vous avez affaire si elle vous flanque une aiguille dans le bras. Dans les autres cas vous devinerez qu’il s’agit d’une aide-soignante, à moins qu’elle n’ait un balai à la main. Mais attention ! La dame en question peut aussi être votre médecin qui a oublié de se présenter. Et alors c’est son propos qui va révéler quel est son métier : si elle vous parle de vos fonctions vitales, vous saurez à qui vous avez affaire. 

 

Le virus réalise une grande utopie systématiquement imaginées par les auteurs de fictions sociales : celle de l’homogénéisation des citoyens, distingués par leur costume seulement quand leur fonction l’exige et toujours en raison d’un projet politique. Nos démocraties en voulant niveler les inégalités ont libéralisé le costume : que chacun s’habille comme il le veut, et même si de temps à autre on fantasme sur l’uniforme scolaire, on sent bien que c’est aller à rebours de la tendance générale. Que cette liberté soit porteuse de signes évoquant les inégalités de richesse ou de condition parait être un inconvénient qu’on doit accepter sous peine de détruire le principe de plaisir individuel qui gouverne nos sociétés. 

 

Pour en revenir à l’hôpital, j’apprécie de ne pas savoir à qui j’ai affaire quand un(e) soignant(e) entre dans ma chambre. Oublier la fonction pour ne s’adresser qu’à la personne : bien sûr il ne s’agit pas de faire comme si la compétence n’avait plus sa place dans la situation. Mais elle n’est plus qu’une pellicule sous laquelle transparait maintenant, oubliée la hiérarchie hospitalière, la réalité de la personne. Ça peut être décevant ; mais ça peut aussi être une richesse.

jeudi 19 novembre 2020

Parlez-vous français ? – Chronique du 20 novembre

Bonjour-bonjour

 

À l’heure où les minorités "visibles" bénéficient de la préoccupation légitime des pouvoirs publics, les minorités "audibles" sont les grandes oubliées du contrat social fondé sur l’égalité. (Exposé des motifs de la proposition de loi du député (Agir, majorité présidentielle) de l’Hérault, Christophe Euzet)

 

- A la chasse aux attitudes haineuses et clivantes qui opposent les citoyens les uns des autres, nos députés ne manquent pas d’imagination. Après la pénalisation de toutes sortes de « phobies » qui nous dégoûtent les uns contre les autres, les hétéros des homos, les musulmans des infidèles, les vilains machos des belles dames, voici qu’on va légiférer sur la glottophobie. (Glottophobie : rejet de certaines façons de prononcer le français en fonction de coutumes locales)

Ajoutons que ce projet de loi ne se propose ni d’interdire ni de sanctionner les traits d'humour autour des accents : on pourrait encore se moquer des gens de Perpignan ou de Maubeuge, sans risquer de se retrouver devant les tribunaux. Il s’agit seulement de lutter contre la discrimination, fondée sur la prononciation, qui peut donc servir à pénaliser les « minorités audibles ». Car, à côté des minorités visibles, il y a donc les minorités « audibles », celles qui se manifestent dès que ces personnes se mettent à parler – comme notre Premier Ministre ? Oui. –

Contre quoi il s’agirait de faire de l’accent un « signe de reconnaissance fort, en favorisant la revalorisation des prononciations « atypiques ». (Lu ici)

Voyons le chemin parcouru depuis… un siècle. Car c’est en 1914 que Bernard Shaw écrivait Pygmalion, pièce dans laquelle il imagine une ravissante jeune fille, desservie par son horrible accent cockney, transformée en femme du monde par un professeur de phonétique. Avec son accent réformé, elle est introduite au Bal des ambassadeurs où elle émerveille chacun.

Tout est dit : en dehors des contenus, la façon de parler est restée essentielle : tentez donc de concourir pour un emploi de portier dans un palace avec l’accent du 9-2.

Il est donc en effet bien temps de légiférer.

mercredi 18 novembre 2020

Et si moi, je préfère crever de la covid ? – Chronique du 19 novembre

Bonjour-bonjour

 

Je voudrais insister sur un débat qui remplit aujourd’hui les médias, mais dont le point de départ se situe il y a au moins 3 siècles, durant le siècle des lumières : débat inépuisable puis toujours vivant. Car voilà que la découverte du vaccin anti-covid ouvre cette question : faut-il le rendre obligatoire même si les gens concernés le refusent estimant que leur liberté serait anéantie en cas de contrainte ? Il y a 300 ans, il s’agissait déjà de savoir jusqu’où il était possible de réduire sans les détruire nos libertés civiles : à l’époque les libertés religieuses étaient les premières visées, suivies par la liberté de publier ses opinions.

Et pour nous ? De quoi s’agit-il donc ? De l’obligation de la vaccination anti-covid : certains, au lieu de sauter au plafond de bonheur à l’idée que la belle vie d’avant va reprendre, se dressent pour clamer que leur liberté doit aller jusqu’à refuser de se faire vacciner ! Et ne croyez pas que ce soit là querelle de gaulois : « Partout dans le monde se pose la question de l'obligation pour les citoyens de se faire vacciner. » peut-on lire ici.

 

Laissons de côté l’opposition des « anti-vax » qui pourraient aussi bien soutenir que la terre est plate ou que l’espèce humaine été créée il y a 5000 ans. Non. Il s’agit de tous ceux qui font de leur liberté un principe absolu, qui considèrent qu’il n’y a qu’une seule espèce de liberté, celle de n’obéir qu’à la volonté personnelle. Aucune loi ne peut s’opposer à cette liberté individuelle si le citoyen ne peut la reconnaitre comme expression de son libre arbitre. 

Les raisons de refuser le vaccin sont donc secondaires ici, puisqu’on a affaire à un principe fondamental : quand bien même ce vaccin ne serait pas dénoncé comme issu des lobbies pharmaceutiques, quand bien même la classe médicale corrompue ne serait pas à la manœuvre avec la complicité de politiciens véreux – oui, quand bien même tout cela devrait être considéré comme bêtises et insanités, tout citoyen peut encore dire « Laissez-moi libre de ne pas me faire vacciner : libre à moi de préférer crever de la covid ! »

Dont acte. – Là-dessus, la question du bien public s’impose : nulle liberté individuelle ne devrait s’opposer à la préservation de la santé ou du bonheur du peuple. Libre à vous de crever si vous le souhaitez, mais pas en prenant le risque de faire aussi crever vos concitoyens. Votre liberté civile ne peut exister qu’à condition d’être limitée par ce qui rend possible la liberté des autres.

Oui - Admettons. Mais qui va décider que telle restriction est nécessaire à la sauvegarde du bien public, et quelle autre ne l’est pas ?

mardi 17 novembre 2020

Et pendant ce temps là… - Chronique du 18 novembre

Bonjour-bonjour

Je suspens la publication des informations concernant les expériences vécues au pays-du-Covid, en raison de la charge émotionnelle que pourrait impliquer pareille lecture. Mieux vaut nous tourner vers des informations qui nous auraient échappé pendant que nous étions cernés par la maladie

 

Alors, voilà : 

1 – Hier le Président de la cour interpelle Jonathan Daval, le mari assassin de Vesoul : « Regardez vos juges, la cour et les jurés, ce sont eux qui vous jugeront, pas les gens dans la salle. Dans cette affaire, il n’est personne qui n’a pas eu connaissance des détails, des erreurs, des incohérences dans la phase d’instruction. Ce n’est pas sur cela que vous serez jugé, mais sur ce qui sera dit au cours des cinq prochains jours. »

Voilà – il suffisait de le dire : la vox populi haineuse, les cris de vengeance, ne doivent plus être écoutés. Le monde commence en pénétrant dans le prétoire et il peut de même disparaitre lorsqu’on en sort. 

Excellent principe qui devra bien entendu être appliqué à toute l’actualité, et dont devront tenir compte les chaines d’info 24/24 dont l’essentiel est de nous donner les moyens de vivre justement cette haine et cette émotion en rapportant tous les détails bien exhibés d’évènements juste calibrés pour cela. Un monde sans haine et sans amour, juste constitué de faits, oui : cela peut donc exister ?

 

Et puis quoi encore ?

2 – On apprend que Edouard Philippe a révélé travailler sur l'écriture d'une série : "C'est une œuvre de fiction qui a pour vocation d'apporter du plaisir à celles et ceux qui la verront", a-t-il expliqué. Et de poursuivre : "On travaille avec une équipe de scénaristes dont c'est le métier, et on essaie de dire des choses qui ne seront pas caricaturales sur la politique, qui reste, au fond, quelque chose de très exaltant, de dur et de pas toujours glorieux - mais pas non plus méprisable".

 

Alors, voilà que notre ancien Premier ministre se met à l’écriture ? On le savait co-auteur de romans policiers, mais le voilà à présent scénariste de série télé ? Et déterminé à nous faire partager sous une forme romancée ses expériences vécues à Matignon ? Et de nous promettre que ces « fictions » seront aussi réelles que les réelles, mais juste moins trash ? 

Juste temps de prendre un abonnement Netflix et je vous rejoins. 

 

3 – Encore une p’tite news ?

L’édition du 16 novembre du New York Times rapporte que le président sortant aurait sondé de hauts responsables américains sur la possibilité d'« agir » contre un site nucléaire iranien.

C'est lors d'une réunion jeudi dans le Bureau ovale que le Donald Trump a demandé à plusieurs collaborateurs, dont le vice-président Mike Pence, le secrétaire d'Etat Mike Pompeo et le chef d'état-major Mark Milley « s'il avait des options pour agir contre » un site nucléaire iranien « dans les prochaines semaines ».

Et bim ! Vous ne voudriez quand même pas que Trump quitte le pouvoir sans laisser une trace merveilleuse et jamais écrite encore dans l’histoire des États-Unis ?

 

… Je vous sens un peu râleur ce matin. " Quoi, on nous promet des infos qu’on aurait un peu loupées, et voilà qu’on nous ressort le clown hystérique de Washington ! Ras la casquette !"

 

Bon-bon… J’en ai encore une petite au fond de mon sac :

 

4 – Les premiers tests des MacBook Air et MacBook Pro ont été publiés. Des performances boostées, une autonomie record, une compatibilité sans problème... Apple a-t-il tenu toutes ses promesses ?

Là, je vous sens un peu plus attentif : le black friday, c’est pour bientôt n’est-ce-pas ?

--> Autant vous dire que l’Apple M1 est loin devant les puces basse consommation d’Intel et AMD. Même le Core i7-1185G7 à 28 Watts de TDP est battu.

 

… Alors, heureux ?

lundi 16 novembre 2020

Voyage au pays de la Covid (1) – Chronique du 17 novembre

(De retour du pays de la covid et soucieux d’informer ceux qui voudraient savoir ce qui s’y passe sans avoir à y aller, voici quelques informations)

 

Bonjour-bonjour.

 

Une supposition : vous êtes hospitalisé dans un service où chaque jour risque d’être pour vous le dernier, mais où le personnel soignant impeccable dans son rôle de soutien moral (je l’atteste) s’efforce de détendre l’atmosphère. Exemple :

- (Le médecin): Que faisiez-vous du temps où vous travailliez, jeune homme ? (Cette épithète ridicule est un running-gag local)

- J’étais prof de philo.

Là en général la réaction est neutre, du genre « Oh… Je ne suis pas allé jusque-là » – et d’évoquer le parcours de formation avec la collègue. 

Le jour où c’est le médecin qui pose la question, sans doute animé du désir de vous secouer un peu, la répartie fuse :

- Et ça vous a servi à quelque chose ?

- Oui, sinon pourquoi croyez-vous que j’aurais fait de la philo ?

o-o-o

Cela fait en effet question, mais le philosophe n’est jamais pris au dépourvu tant qu’il peut aller taper dans le stock des œuvres philosophiques du passé. Je laisse de côté les innombrables consolation dont la philosophie traditionnelle regorge, pour aller à l’essentiel, je veux dire à la supplique pascalienne « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » (à lire ici). Et en effet, Pascal songe à une expérience qu’on est, entant que covidien qui cumule les co-morbidités, en situation de « vivre » – à savoir ce qui pourrait être le dernier instant de l’existence. La maladie est pour Pascal cette répétition générale avant le grand saut, là où il n’y a pas de marche arrière (1). Et pourquoi cette répétition ? Pour être sûr de ne partir avec aucune des imperfections qui font tâche sur l’âme du chrétien.

Et alors, pourquoi le covidien aurait-il besoin de cette répétition générale ? Oui, nous qui sommes des matérialistes à tout crin, nous sommes délivrés de l’angoisse de l’au-delà, alors qu’est-ce qu’on en a à faire d’un néant où toutes les vies s’annulent ? En quoi ce névrosé de Pascal peut-il nous indiquer l’horizon où porter notre regard ?

Eh bien c’est qu’à ce moment précis où l’ambulance vous emporte vers le service hospitalier qu’on suppose bientôt funèbre, on perçoit le chagrin et la tristesse des êtres qu’on aime le plus. C’est une expérience, si l’on veut, impossible à faire par l’imagination seule, où on se voit « le jour d’après ». Voilà vécues « pour de bon » les rêveries de certains enfants qui s’imaginent assistant à leur enterrement, uniquement pour le plaisir de voir les parents les pleurer. (2)

Bref, tout cela, comme l’indique Pascal, c’est intéressant à condition que ce ne soit qu’une forme d’expérimentation – car, comment tester sa propre mort sans mourir pour de bon ? Il faudrait avoir la plume de Jankélévitch pour raconter ça…

 

 

…Bon : je crains ne pas avoir du tout rempli mon contrat du jour qui aurait dû être de mettre de la légèreté et du sourire dans le regard de mes lecteurs, histoire de me faire pardonner les angoisses que j’ai pu susciter. Je tâcherai de ramener les sourires dans un prochain billet.

Alors, à demain, si vous voulez bien.  

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(1) Ne pas oublier qu’au 17ème siècle une belle mort ne peut survenir qu’après une longue agonie.

(2) Mais n’oublions pas que la tradition littéraire nous a conservé ce thème avec « Volpone », la comédie de Ben Jonson.

lundi 2 novembre 2020

covid +

 La publication des chroniques du Point-du-jour est momentanément suspendue pour cause de covid. A très bientôt... ou pas !