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mercredi 2 août 2023

Fais ta valise, on rentre à Paris – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Comme le suggère ce titre, paraphrasé de la célèbre formule de George Marchais en 1980, c’est le mot d’ordre dans les campings breton (et autres).

C’est du moins ce que laisse penser ce reportage fait sur place : « Emmanuel et sa famille qui, après les pluies à répétition de ces derniers jours, ont fini par remiser leurs affaires dans le coffre de la voiture pour rentrer chez eux, dans l'Isère. "On devait partir demain, explique-t-il, mais, là, on est rincés". » Lu ici

Mais le reportage n’en reste pas là : « Philosophe, Emmanuel constate que ce n'était "ni la bonne année ni la bonne semaine pour venir en Bretagne, mais on reviendra, car c'est une belle région. »

Voilà donc Emmanuel qualifié de « philosophe ». Et pourquoi donc ? Parce qu’il est résigné. Oui, Emmanuel a tout simplement renoncé à lutter en redoublant les sardines de sa tente et en enfilant son K-way.

 

De quelle philosophie parlons-nous donc ici ? Certainement pas celle de Descartes qui cherche à devenir « comme maitre et possesseur de la nature » : il ferait beau voir que des caprices météo perturbent des vacanciers ! On trouve toujours aujourd’hui des philosophes comme Martha Nussbaum pour dire qu’il existe « un progrès moral basé sur le développement des capacités humaines essentielles et la réalisation d'une vie bonne pour tous. » (cité par chatGPT). 

--> Seulement voilà : depuis des siècles ce sont les thèses contraires qui dominent, en particulier celle des stoïciens.

Épictète disait qu’on devait « suivre la nature » car à vouloir lutter contre elle on ne pouvait que souffrir ou déclencher des catastrophes. C’est d’ailleurs cette thèse que les écologistes mettent en avant aujourd’hui : si le climat ne répond plus à l’ordre ancestral de la nature c’est justement parce que nous avons voulu la modifier pour la soumette à nos désirs. 

Emmanuel – notre campeur breton – est donc stoïcien lorsqu’il considère que ce sont les lois de la nature qui font le climat et donc qu’il s’agit simplement de ne pas se faire souffrir inutilement en s’inclinant devant elles plutôt que de chercher à lutter.

dimanche 19 juin 2022

Ce matin c’est Youpi !!!! ou c’est Sniff ? – Chronique du 20 juin

Bonjour-bonjour

Ce matin, nous sommes un certain nombre à nous gratter la tête d’un air dubitatif :


Car que mettre en premier ? Le fait que plus d’un électeur sur deux ait jugé inutile d’aller voter ? Ou bien que les électeurs aient modifié leurs votes, contraignant l’État à en passer par une coalition pour gouverner ? Et peut-on faire tenir ensemble ces deux attitudes du corps électoral ? 

- Estimer que ces deux attitudes soient cohérentes et reflètent le même mouvement parait bien difficile. 

            * Car on a d’un côté le refus des citoyens d’accorder leur confiance à la classe politique toute entière, comme si le but qui lui était assigné était définitivement hors de sa portée. A quoi bon voter pour des gens qui nous mentent et dont l’action fera toujours plus de mal à ceux qui n’ont déjà rien ? Sniff ! Tirez les mouchoirs.

            * Symétriquement on peut quand même admirer la capacité des électeurs à casser les ailes des partis trop conquérants et à les forcer à entrer dans des coalitions qui les contraignent à des concessions qu’une majorité absolue leur aurait évitées. Moins de pouvoir aux partis = moins de mesures extrêmes = moins de souffrances pour le peuple. Youpi !

o-o-o

Quant à moi, je suis plutôt satisfait que les démagogues les plus radicaux aient été privés de la majorité qu’ils espéraient. Mais je reste embarrassé par le chiffre élevé des abstentions souvent soutenues par des déclarations du genre « Si je ne vote pas c’est parce que ça ne sert à rien – autrement dit, que je vote ou pas, le pouvoir fera toujours la même chose »

Car si la politique c’est le choix des valeurs en fonction des quelles on va utiliser le pouvoir collectif, autant dire que : 

            * Ou bien nous sommes tous d’accord sur ces valeurs (droits de l’homme, fraternité, liberté-égalité, etc.) mais nous considérons que les hommes et les femmes qui se présentent à l’élection sont incapables de faire le taf.

            * Ou alors – et c’est selon moi le plus probable – nous donnons pour but à l’action politique la tâche de transformer le monde pour le rendre conforme à nos aspirations.

Et c’est là qu’on se dit qu’une petite dose de stoïcisme ne serait pas inutile.

mercredi 29 décembre 2021

Merci la philosophie ! – Chronique du 30décembre

Bonjour-bonjour

 

200000 cas de covid en 24 heures : je l’avoue, il y a plus opportun pour un 30 décembre que de parler maladie, hospitalisation et morgue. Mais que voulez-vous ? C’est comme ça et ce n’est pas moi qui choisis l’actualité. Port du masque en extérieur, heure de fermeture des bars, interdiction de danser ou de boire sur la voie publique... Toutes ces mesures qui nous désespèrent ne sont pourtant que des demi-mesures et on doit s’attendre dès le 1er janvier à un tour de vis un peu plus sévère. 

Tous vaccinés et tous contaminés : à qui s’en prendre ? Le Gouvernement nous aurait une fois de plus menti en nous faisant inoculer un vaccin inefficace tout en nous promettant le retour au monde d’avant ? Peut-être mais nous ne descendons même plus dans les rues pour manifester contre ces incapables : la lassitude nous empêche de protester, c’est dire...

 

Alors, que faire devant cette déroute de la science et l’affaiblissement des clameurs de la foule en colère ? 

- S’il nous faut une consolation, demandons à la religion ce qu’elle a à nous proposer.

- Vous avez demandé Dieu ? Il n’est pas disponible pour le moment, mais ne quittez pas voilà ses prêcheurs qui vous annoncent que ces malheurs sont tout sauf un hasard : vos vices et votre impiété mettent Dieu en colère et voilà ce qui arrive !

- Que faire alors ? 

- Prières et pénitences peuvent vous faire espérer que Dieu vous prenne en pitié, mais rien n’est moins sûr. Pourtant, vous pourrez encore espérer que la miséricorde divine vous ouvre les portes du paradis une fois terrassés par la maladie : à quelque chose malheur est bon (1).

- Bof... pas gai tout ça. Et la philosophie, elle n’aurait rien de mieux à nous proposer ?

- Oui les philosophes ont à vous proposer le stoïcisme : comme consolation, rien de mieux ! 

- Ça promet quoi le stoïcisme ?

- En gros, cette pandémie est un fait naturel - donc vous ne devez rien faire pour aller contre, car ça ne peut que détraquer un peu plus le monde (déjà que le virus vient sans doute d’une  invasion humaine dans des espaces isolés où des virus très dangereux sont confinés). Laissez faire la nature et tout ira mieux. 

- Les philosophes nous proposent donc de nous laisser mourir sans même tenter de nous soigner ! Sacré conseils que voilà !

- Soit, mais n’oubliez pas que les stoïciens ne vous poussent pas seulement à renoncer de lutter, ils vous inclinent en plus à aimer ce qui vous vient de la nature car c’est elle qu’il faut aimer, c’est elle le seul véritable Dieu.

D’ailleurs, ne l’oubliez pas : le vaccin fait appel à un processus naturel, alors vous pouvez espérer qu’il sera au bout du compte bénéfique.

- Bon, si c’est comme ça, plus de souci : faisons la fête !



 
Merci la philosophie !

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(1) Dans ce cas lire Pascal « Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies »

lundi 18 janvier 2021

Que la mort me trouve plantant mes choux – Chronique du 19 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je trouve chers amis que dans la période actuelle nous manquons un peu de fermeté face à la frustration : c’est la désolation, parce que plus de… (de ciné, de restau, d’apéro, de bisous, etc.) – tel est le maitre mot de cette saison.

Autrement dit, épicuriens nous fûmes, épicuriens nous restons : jouir est pour nous le bien suprême, c’est l’essentiel que nous puissions attendre de la vie ; et du coup, bien sûr, la perte même provisoire des plaisirs nous laisse sans ressources. C’est que la philosophie qu’il nous faut pour ces temps de covid, ce n’est pas l’épicurisme, mais le stoïcisme. Pour le stoïcien, l’essentiel est de vivre conformément à la nature, c’est-à-dire en suivant l’ordre de ses lois. Ce que les écologistes d’aujourd’hui ont à peu près intégré en fustigeant les violences que nous faisons subir à notre environnement : la permaculture nous donne une idée de ce qu’est devenu le stoïcisme de nos jours.

Mais quid de la mort ? Pour un stoïcien c’est l’indifférence à la mort qui est naturelle : nous n’y pouvons rien donc autant ne pas nous en préoccuper. Ce que Montaigne formulait ainsi : « Je veux que la mort me trouve plantant mes choux » (1). Le stoïcisme de Montaigne s’exprime là : il ne dépend pas de moi de mourir ou de ne pas mourir, donc ne nous en préoccupons pas et jusqu’au dernier moment vivons en poursuivant nos activités habituelles. Cette philosophie de l’acceptation ressemble bien à celle de nos coachs en développement personnel qui nous enseignent à « lâcher prise ». Sauf que le propos de Montaigne est un peu plus subtil. Car ce qui compte, ce n’est pas d’être indifférent à tout ce qui nous arrive, mais seulement à ce qui est inévitable – d’où l’indifférence à l’égard de la mort quand on la juge inévitable.

On peut donc supposer Montaigne ne fustigerait pas les vieillards qui se font vacciner mais seulement ceux qui renonceraient à vivre normalement parce que la peur de la mort (c'est-à-dire aujourd'hui de la contagion) les paralyse. Tel est le sens du chapitre d’où cette citation nous vient : Que philosopher c’est apprendre à mourir. Car en réalité ce qu’il faut apprendre c’est à vivre normalement tout en sachant que nous allons mourir un jour. Et pour cela, non seulement il faut raffermir son âme pour l’empêcher de trembler devant l’avenir, mais il faut aussi - et surtout - se préoccuper du présent en allant quand même planter nos choux.

Et pour cela, n’oublions pas les conseils des permaculteurs.

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(1) « Agissons donc, et autant que nous le pouvons ; prolongeons nos travaux tant que dure notre vie. Je veux, quant à moi, que la mort me trouve plantant mes choux, indifférent à sa venue, et plus encore à l’obligation dans laquelle elle me mettra de laisser mon jardinage inachevé. » Montaigne – Essais Livre 1 chapitre 20 (Version en français moderne – Retrouvez la version originale ici)

samedi 8 février 2020

Didier Gailhaguet démissionne de la FFSG

Didier Gailhaguet déclare qu’il avait pris sa décision “avec philosophie, dignité, mais sans amertume aucune vis-à-vis de son injustice, la tête haute”.

Que signifie cette évocation de la philosophie dans ce contexte ? Pense-t-on à Michel Foucault et à ses analyses du pouvoir ? Ou à Freud et ses thèses sexuelles ? A moins qu’on ne veuille en appeler à Alain Badiou qui nous décrirait l’amour faisant irruption dans la vie ?
Non, bien sûr : c’est quelque chose de beaucoup plus banal et de moins intriguant. Comme le dit la sagesse populaire, quand un malheur nous arrive sans qu’on ne puisse rien y faire, on évoque alors la fatalité et on dit qu’on refuse de lutter en prenant notre malheureux sort « avec philosophie ». Que vient faire la philosophie là-dedans ? À quelle théorie fait-on référence ?
- Il s’agit bien sûr du stoïcisme dont des versions légèrement modifiées on circulé bien longtemps après l’antiquité et encore au 17ème siècle chez Descartes. On évoque un ordre supérieur aux individus voulu et organisé par la Nature toute-puissante. Que chacun veuille conserver son pouvoir de décision, cela ne peut se faire qu’à condition de vouloir exactement ce qui arrive, car chercher lutter contre l’ordre naturel des choses ne peut rien construire mais seulement détraquer le monde. Ce qui est injustice au niveau des individus se révèle alors juste considéré à hauteur de nature, là où l’ordre de l’Univers est aperçu. 
On comprend alors que monsieur Gailhaguet veuille dire qu’il est victime d’une injuste condamnation qui le frappe lui, l’innocent ; mais qu’il se sacrifie en raison de l’intérêt supérieur des sports de glace. Il n’en est pas encore au martyre qui aime son supplice comme occasion de révéler la puissance de sa foi, mais… attendez un peu : ça va venir.