mercredi 6 juin 2018

LES FINANCES DES FRANÇAIS TRÈS AISÉS

« 1% des français gagne 106 210 € de revenu annuel pour un célibataire, ou 223 041 € pour un couple avec deux jeunes enfants
Les 1 % les plus riches payent à eux seuls 25 % de l’impôt sur le revenu. » (Lu ici)

Ah !... Les statistiques ! On prétend qu’on peut leur faire dire tout et n’importe quoi. Pourtant si on acceptait de lire les chiffres dans leur ensemble, sans en oublier alors on aurait cette évidence : c’est que rien n’est vraiment évident.
Car enfin, il faut bien admettre que si 1% de la population paye 25% de l’impôt, alors c’est bien qu’il joue son rôle dans la redistribution sociale. Certes on voudra aussi mettre en face de cela les chiffres de l’évasion fiscale ; mais justement on pourra dire alors qu’elle n’est pas si radicale que cela dans la mesure où cette masse de 25% imposée par Bercy reste dans ses filets.
Les ricaneurs continuerons à ricaner : « Puisque les pauvres sont si nombreux alors il n’y a qu’à les plumer : si peu que ce soit, ça fera quand même au bout du compte beaucoup d’argent. Et puis il n’est que de le faire en douceur : l’important est que la volaille fiscale se fasse plumer sans crier trop fort.
… D’ailleurs la retenue à la source, n’est-ce pas à cela qu’elle sert ? »
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« Les 10 % les plus pauvres vivent avec moins de 905 € par unité de consommation et les 10% les plus aisés avec plus de 3 126 €. » (Même référence) (1)
Maintenant il est aussi possible de montrer que les pourcentages peuvent ne rien nous dire du tout. Car enfin, personne ne paye 25% de l’impôt, ni d’ailleurs 1% ; par contre chacun sait combien coute un yaourt ou des nuggets. Et aussi chacun sait qu’avec 905 euros en poche il vaut mieux acheter des steaks hachés à 25% de matière grasse et du coca sans marque à 25% de sucre. De quoi faire de ravissantes jeunes filles aux dents pourries et à la taille de baleine.
Ça, ça nous parle.
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(1) Ce même article définit l’unité de consommation : « L’Insee calcule les niveaux de vie par unité de consommation, afin de tenir compte de la composition des ménages. Le premier adulte compte pour un, les personnes de plus de 14 ans pour 0,5 et les enfants de moins de 14 ans pour 0,3. Un niveau de vie de 1000 € correspond donc à un revenu disponible de 1000 € pour un célibataire, de 1500 € pour un couple ou de 2100 € pour un couple avec deux enfants. »

mardi 5 juin 2018

TRUMP A «PROBABLEMENT» LE POUVOIR DE SE GRACIER LUI-MÊME


« JUSTICE Le procureur spécial Robert Mueller, qui enquête sur les tentatives russes de manipuler l'élection de 2016 en faveur de Donald Trump, aimerait beaucoup entendre le président américain. Mais il est probable que celui-ci décline, selon son avocat... » (Lu ici)
Donald Trump a le droit de refuser de témoigner – et cela de deux façons différentes :
            - Selon ses avocats, il en a le pouvoir constitutionnel (« Donald Trump ne peut être accusé d'entrave à la justice car il a le pouvoir constitutionnel de mettre fin à l'enquête supervisée par le ministère de la Justice. »)
            - Rudy Giuliani, ancien procureur à New York, a en outre jugé qu'un président avait «probablement» le pouvoir de se gracier, tout en assurant que Donald Trump n'en avait pas l'intention.
                         
C’est là que le philosophe se réveille : celui qui a le pouvoir de gracier les condamnés peut-il faire usage de ce pouvoir à l’égard de lui-même ? Car enfin, si ce pouvoir est absolu, sans restriction, alors il ne saurait exclure de son périmètre celui qui le détient.
Sauf à dire qu’un Président condamné est d’office déchu du pouvoir de grâce et qu’il ne peut, dès lors qu’il est l’objet d’une condamnation, gracier plus personne et surtout pas lui-même.
Au fond tout était plus simple sous l’Ancien Régime : le roi disposait de ce pouvoir de gracier en tant que souverain absolu qui réunissait en sa personne tous les pouvoirs, y compris celui de faire et de défaire les lois. étant au-dessus des lois (1) il ne pouvait donc pas être condamné.
On peut aussi se demander si ces arguties ont de l’intérêt aujourd’hui, alors que les vérités les plus impérieuses sont chahutées par les dérèglements des opinions les plus baroques – pour ne pas dire les plus scandaleuses. Je veux dire que savoir si le Président Trump peut se gracier lui-même, qu’est-ce que ça peut nous faire ? N’avons-nous pas laissé passer bien pire (y compris admis ses rétractations bafouillées lorsqu’il avait renoncé à dire que les suprématistes étaient des gens « biens » et que s’ils massacraient des « antifa » c’est parce que ceux-ci avaient commencé) ?
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(1) Il devait néanmoins respecter les lois fondamentales du royaume de France.

lundi 4 juin 2018

MATTEO SALVINI A PRÉVENU QUE « LE BON TEMPS POUR LES CLANDESTINS [ÉTAIT] FINI » (SUITE)

L’Italie est (re)-devenue une forteresse. Elle s’apprête à expulser 500000 (cinq cent milles) migrants
Lors d’un meeting à Vincenza, samedi soir, Matteo Salvini avait prévenu que « le bon temps pour les clandestins [était] fini ». « Préparez-vous à faire les valises », a-t-il assené… (cf. ici)
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Voilà l’exercice de lecture proposé : dites ce que vous ressentez à la lecture de ce texte. Sentez-vous l’émotion qui monte, du genre « Ce sont des hommes, des femmes et des enfants qui sont mes semblables, qui forment un famille dont je fais partie : car rien de ce qui est humain ne m’est étranger. » ?
Oui, ou non ? Car ce pourrait être sans honte aucune un refus poli : « La France ne saurait accueillir toute la misère du monde, mais seulement en prendre sa juste part. » comme disait Michel Rocard. Nulle empathie, juste un calcul de quota : « Ici, on a déjà donné ; allez voir ailleurs ! »
La question que pose le philosophe est « S’agit-il il d’une responsabilité dont on peut se dégager ? La vie des autres est-elle susceptible d’être à charge exclusive de professionnels, des pouvoirs publics ? En bref : moi qui ne suis ni l’un ni l’autre, je n’aurais donc plus la charge de secourir celui qui agonise à ma porte ? »
La réponse est vite emballée : « Bien sûr que non ! Je ferai tout l’indispensable, la solidarité ne peut pas être un délit, etc. »

Banalités ? Peut-être. Mais admettons que tout cela soit vrai, je veux dire : que la prise de conscience de l’impérativité du secours soit admise. La question est : quand et comment ça peut avoir lieu ? Moi, je n’ai aucune expérience directe de l’échouage de migrants sur nos côtes. Par contre j’ai vu des migrants fouiller nos poubelles, et aussi j’ai vu les cicatrices laissées par les tortures qu’ils ont fuies.

MATTEO SALVINI A PRÉVENU QUE « LE BON TEMPS POUR LES CLANDESTINS [ÉTAIT] FINI »

En Méditerranée, plus d'une cinquantaine de migrants noyés ce week-end

Lors d’un meeting à Vincenza, samedi soir, Matteo Salvini avait prévenu que « le bon temps pour les clandestins [était] fini ». « Préparez-vous à faire les valises », a-t-il assené… (Voir ici). Deux naufrages de bateaux de migrants tentant de rejoindre l'Europe ont eu lieu depuis samedi soir, l'un au large de la Tunisie, qui a fait au moins 47 morts, et l'autre au large de la Turquie, avec 9 morts dont 7 enfants. (Lu ici)

Et voilà au moins 50 migrants qui n’auront pas besoin de refaire leurs valises…
Le cynisme écœurant  de cette remarque a ceci de mauvais qu’il suscite une répulsion qui n’est pourtant plus vraiment naturelle aujourd’hui : 50 morts dans le chavirage d’un zodiac de migrants en méditerranée ? Qu’est-ce que ça nous fait ? Imaginez le contraste avec l’annonce de la mort de 50 passagers dans un naufrage de paquebot de croisière : là vous ressentez l’horreur ; là vous avez les larmes qui perlent ; là enfin vous commencez à vous indigner.
Tout ce qu’on dit de la valeur de la vie humaine n’a de réalité que si ça découle de l’imagination : « Mon enfant, mon petit, si beau si fort, si vivant : le voilà mort, noyé ! Aucun enfant de par le monde ne devrait finir ainsi, car tous les enfants ont la même vie et  le même droit à la vie que mon petit aujourd’hui disparu. »

--> Voilà le fondement des valeurs – de toutes les valeurs.

dimanche 3 juin 2018

CORVÉABLE À MERCI, RAS-LE-BOL : DES POLICIERS MANIFESTENT POUR LEURS CONDITIONS DE TRAVAIL


A Paris : en pyjamas et bonnets de nuit, des policiers manifestent pour leurs conditions de travail. Ils souhaitaient dénoncer "le mal-être des policiers franciliens" et leur "droit à une vie privée" : « Nous sommes amenés de plus en plus à travailler à n'importe quelle heure, à avoir des repos supprimés à la dernière minute » a expliqué à l'AFP Joseph, 48 ans, policier depuis 27 ans. « En ce qui concerne les repos c'est identique, vous finissez votre dernière journée, vous vous dites que vous êtes en repos le lendemain et on vous rappelle pour vous faire travailler et il n'y a rien à dire, il n'y a qu'à appliquer », a-t-il raconté. Rocco Contento a mis en garde sur les conséquences sur la vie familiale des policiers et leur moral: « Si on est mal dans sa famille et au travail on peut arriver à des situations extrêmes » Lu ici

- D’abord remarquons la menace à peine voilée : si les policiers deviennent nerveux ils risquent d’avoir la gâchette plus facile et … bonjour les dégâts.
- Ensuite que pour se ressourcer, le policier a besoin, comme n’importe quel travailleur d’une période de repos sécurisée et passée dans sa famille.
- Enfin notons que la vie privée fait partie de la personnalité du policier au point qu’aucun roman policier digne de ce nom ne ferait l’impasse sur celle-ci
--> Voyez les détectives privés américains : ont-ils une vie privée ? Oui, si l’on veut, à condition que leur errance nocturne dans les bars louches puisse en tenir lieu. Mais chez nous, tout le monde connaît le nom de la femme du commissaire Maigret (1).

Bref, il faut comprendre qu’un policier ne peut se définir que par le contraste entre sa mission et sa vie privée, et que souvent cette dernière est envahie par la première (2). Sa personnalité ne s’éclaire que de ce contraste : on la connaît certes par son activité dans les dangers et les risques courus dans poursuite des malfaisants, mais elle ne peut être totalement connue que dans la vie privée.
D’ailleurs, n’est-ce pas un cas bien général ? Sartre ironisait sur le garçon de café qui veut nous faire croire qu’il est par essence garçon de café, qu’il agit, qu’il vit, respire et dort comme garçon de café : c’est l’exemple même de la mauvaise foi. Pour comprendre la personnalité du garçon de café, imaginons-le, avec ses différents aspects dans son métier, mais aussi dans des activités ordinaires extra-professionnelles – entrain de se laver les dents ou de faire l’amour à sa régulière.
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(1) Voir ici. L’auteur de cet article à qui rien n’échappe précise même qu’elle est « grassouillette et bonne cuisinière »

(2) Dans le même ordre d’idée, on sait que James Bond après une mission périlleuse prend du bon temps sur une plage paradisiaque en compagnie d’une créature de rêve, mais que c’est juste le moment où lui arrive le message de rejoindre le chef du MI6