mardi 12 octobre 2021

Quand je serai grand, je serai pompier ou pharmacien... ou homosexuel – Chronique du 13 octobre

Bonjour-bonjour

 

Parcourant la presse de divertissement je tombe ce matin sur l’information suivante : le fils de Superman a remplacé son père dans le rôle de Superhéros ; mais à sa différence il n’est pas hétéro : on lui attribue un engagement bisexuel – pour preuve cette image où roule une pelle à un jeune ami. 

 


 

Ébahi, je poursuis la lecture et j’apprends qu’il s’agit en effet de « Jon Lane Kent, qui n'est autre que le fils de 17 ans de Clark. Il a hérité du costume de Super-héros à la fin de l'arc Future State. » Très bien me dis-je ; mais ça n’explique pas qu’il soit de la jaquette. Patience : l’article poursuit : « Soucieux de mieux représenter la diversité de notre monde dans ses productions, DC Comics annonce dans le 5e numéro que Jon est bisexuel, et qu'il a entamé une relation avec Jay Nakamura, un pirate informatique engagé. » On précise alors que « Jay Nakamura ne jouera jamais le rôle de damoiselle en détresse. Lui et Jon régleront les choses côte à côte. » 

 

... Ouf ! Mais quand même ça décoiffe. Ainsi donc Superman et Lois Lane (dont il fut l’amoureux platonique longtemps avant de l’épouser) ont donc enfanté un fils aussi super-doué que son papa, mais qui est en plus capable de séduire des garçons, d’avoir une vie amoureuse avec eux et sans doute de mener à bien avec eux des missions de sauvetage des faibles injustement opprimés. On peut donc être capable de sauver l’humanité – et en même temps galocher (1) un garçon entre deux missions ?

Bon – Il faut vivre avec son temps et accepter que pour faire du buzz il soit nécessaire de jouer avec les tabous. Sauf que l’auteur de l’article le précise : c’est pour mieux représenter la diversité du monde actuel. Les tabous sont déjà enterrés et c’est pour cette raison qu’on peut occuper le terrain de la bisexualité tout en restant un super-héros.

Repousser les limites de la morale, telle est donc la leçon de cette évolution ? Pas seulement et l’argument lu dans cet article est encore plus radical. Car c’est l’existence d’une véritable communauté qui conduit à la reconnaissance de cette ... comment dire ? L’homosexualité n’est plus une « déviation », ni une « pathologie » mais une « orientation sexuelle » : autant dire qu’elle relève de la liberté des individus, qu’elle exprime un choix fondamental dans l’existence.

- Quand je serai grand, je serai pompier ou pharmacien... ou homosexuel.

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(1) Galocher (v. tr.) – Argot. Embrasser à pleine bouche en entremêlant les langues  

lundi 11 octobre 2021

Copié-collé – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

 Un petit quizz pour commencer la journée ?

- Je suis un ancien ministre

- Après avoir quitté le gouvernement j’ai créé mon propre parti

- Bien qu’ayant fait allégeance à l’actuel Président, je me présente comme candidat à la Présidence dans 5 ans.

Je suis.. je suis...

- Emmanuel Macron ! 

C’est votre réponse ? Alors vous avez perdu ! C’est d’Édouard Philippe que nous parlons.

Oh, bien sûr tout ce que nous venons de dire vaut également pour Emmanuel Macron, et c’est même là ce qui retient notre attention. Ceux qui reprochent à monsieur Philippe sa trahison et sa duplicité ont tort : il n’a fait que suivre l’exemple de son prédécesseur. Car trahir c’est tromper la confiance de ses amis en retournant ses armes contre eux ; mais pour celui qui suit les traces laissée précisément par ces amis, on ne peut reprocher nulle trahison : il ne fait que suivre les règles de son propre camp. 

Vous ne me croyez pas ? La technique utilisée par Édouard Philippe pour se mettre en position de postuler aux plus hautes fonctions est, comparée à ce qu’a fait Emmanuel Macron, du « copié-collé ». Voyez alors comment ceci fonctionne en informatique (lisons l’article Wikipédia) : « Cette technique (= le copié-collé) fonctionne généralement lorsque la source et la destination font partie de la même application mais peut mal fonctionner ou ne pas fonctionner du tout si les applications sources et destinations sont différentes ». Autrement dit la source et la destination doivent faire partie du même système.

On voit combien nous sommes ici éloignés de la trahison. L’exemple de trahison qu’on évoque généralement est le baiser de Judas. 

 

 

Giotto – Le baiser de Judas

Pour mémoire, Judas embrasse Jésus pour le désigner aux soldats romains, ce baiser étant un signe convenu à l’avance avec eux. Il s’agit de livrer à l’ennemi cet homme dont il est le disciple. Cette traitrise est aggravée par le fait que nul exemple de ce genre de félonie n’est jamais venu du Sauveur.

Judas et Jésus n'incarnent pas le même monde. Macron et Philippe, si.

dimanche 10 octobre 2021

Y a pas mort d'homme !– Chronique du 11 octobre

Bonjour-bonjour

 

Sidération générale devant le rapport Sauvé : personne ne pouvait imaginer que ce crime des clercs était d’une telle étendue et qu’il supposait le silence complice d’un grand nombre de personnes au courant de l’affaire. Sans parler de la hiérarchie qui, par son inaction encourageait à l’avance de nouveaux crimes. 

Ce rapport implique en effet une anamnèse (1). On découvre qu’antérieurement, dans leurs propres rapports, les enquêteurs diocésains évoquaient ces actes de pédocriminalité comme des « gestes déplacé » : ils n’étaient pas comme aujourd’hui des « actes criminels ». On découvre ainsi (et la sidération dont nous parlions plus haut en découle) qu’il y a deux évaluations de ces actes et sans doute deux vécus différents, scandés par un tournant historique accompli ces dernières années : avant les années 2000, il y avait une tolérance de ces abus sexuels, comme si les prêtres avaient un droit à « tripoter les petits garçons », que ça ne faisait pas réellement de mal à quiconque. Bien sûr de tels agissements avaient également lieu ailleurs que dans les paroisses, et on réagissait de la même façon : « Y a pas mort d’homme ! ». 

L’idée qui en découle c’est que la conscience des valeurs et l’évaluation des actes qui en relèvent diffèrent. Les mêmes qui affirmaient déjà que la personne humaine est inviolable, que les prêtres n’éprouvent que commisération pour leurs ouailles, et surtout qu’ils protègent les plus faibles, créatures aimées de Dieu – et en même temps pratiquer des obscénités sur les corps de jeunes enfants. L’horreur de cette situation est redoublée aujourd’hui lorsqu’on découvre que c’est en toute indifférence et – oserons-nous le dire ? – en toute innocence que ça s’est produit, parce qu’on a dit à ces prêtres que leurs pulsions pouvaient s’évacuer ainsi –  que ce n’était pas un péché ??? Si quand même : mais péché véniel.

Poursuivons : si la faute est proportionnelle non à la grandeur de la valeur bafouée mais à la conscience du mal commis, irons-nous alors jusqu’à dire que ces prêtres sont devenus coupables alors qu’ils ne l’étaient pas ? Sophisme ou vérité objective ?

Mais ce n’est pas fini : si on va jusque-là, alors il faut aussi s’interroger symétriquement à propos des victimes : étaient-elles victimes à l’origine, ou bien le sont-elles devenues avec le tournant historique dont nous avons parlé ? Victimes rétrospectives ?

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(1) Anamnèse : MÉD. (psychol., psychanal.). Reconstitution de l'histoire pathologique d'un malade, au moyen de ses souvenirs et de ceux de son entourage, en vue d'orienter le diagnostic.

samedi 9 octobre 2021

Êtes-vous chafouin ? – Chronique du 10 octobre

Bonjour-bonjour

 

Hoho ! Vous me paraissez bien chafouin ce matin ! Êtes-vous chagriné ? Contrarié ? À fleur de peau ?

Être chafouin : vous avez sans doute reconnu cette expression si courante aujourd’hui, mais qui est contredite par le dictionnaire. Car chafouin désigne une expression de ruse, ou de sournoiserie. 

- Monsieur Burns chez les Simpson a un visage chafouin :



 Comment le même mot a-t-il pu passer de sournois à chagrin ? Comment ces deux significations si éloignées l’une de l’autre ont-elles pu se substituer l’une à l’autre ?

Par attraction homophonique (assonance de « chagrin avec chafouin) ? En tout cas on relève depuis quelque temps la résurrection de mots vieillis, tels que mytho, daron – et bien sûr chafouin : que ces mots soient désuets fait leur force : on peut sans gêne leur inventer de nouveaux usages. 

Après tout, plutôt que d’aller chercher des mots anglo-saxons pour renouveler notre vocabulaire, autant visiter Eugène Sue ou François Villon.

"Le wokisme, la cancel culture : (marre de) tout ce tintouin" comme disait hier Édouard Philippe.

vendredi 8 octobre 2021

François Bayrou : « Édouard Philippe ? C'est un fourbe » - Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

Quand une critique à la limite de l’injure vient de manifestants qui conspuent le pouvoir : on ne s’étonne pas. Quand elle vient d’un « professionnel » de la politique, rompu à toutes ses ruses et ses détours, on commence à la prendre au sérieux. Mais quand en plus il s’agit d’un des piliers de la majorité, que cette attaque vise l’un de ses principaux soutiens, alors on se dit qu’on a là un sombre avertissement annonçant une menace imminente 

– Rien que ça ! Hum... Ça mérite qu’on s’y arrête un peu.

Qu’est-ce qu’un fourbe ?

« Fourbe (subst et adj.) (Personne) qui emploie des ruses perfides, odieuses, pour tromper autrui, souvent en vue de servir ses propres intérêts. » (Cntrl)

Pas brillant, n’est-ce pas ? Attention toutefois à ne pas confondre le fourbe avec le filou, comme nous y invite Jankélévitch : « Le politique est, comme Ulysse, un bon tricheur, et le filou un mauvais tricheur » (Jankél., Je-ne-sais-quoi...) La tricherie d'Ulysse est destinée au noble projet de retourner à Ithaque retrouver son trône et son épouse ; celui du filou est de s'enrichir, ce qui est moins noble.


Et d'abord Édouard Philippe est-il un tricheur ? A-t-il concocté un projet méritant un tel jugement ?

Écoutons Machiavel : selon lui la règle en politique est la duplicité, ce qui veut dire que les actions des hommes politiques répondent toujours à deux projets, l’un utile à l’intérêt publique, l’autre favorable à l’intérêt personnel de celui qui gouverne ; c’est la balance entre ces deux pôles qui permet d’évaluer l’action. On admettra qu'Edouard Philippe, étant un politicien, triche effectivement (par exemple en se soumettant à l'autorité du Président tout en créant un parti destiné à lui donner plus de pouvoir qu'il n'en dispose aujourd’hui).

Mais est-il un bon tricheur ?

--> Le bon tricheur c’est le joueur qui, en arrivant à la table de poker annonce : « Je vous préviens je vais tricher. A vous de m’en empêcher si vous le pouvez. » Mais, s’il est politicien il ajoutera  « ... mais rassurez-vous : si je triche c’est dans votre intérêt ».

Car voilà le paradoxe : comme Janus, l’homme politique a deux faces ; mais chacune de ces faces peut favoriser l’autre. Ce qui veut dire que l’élu a tout intérêt à servir le public s’il veut être réélu, et continuer à bénéficier des prébendes du pouvoir. S'il trompe le peuple pour lui faire accepter une mesure qui lui est bonne, alors il est un nouvel Ulysse.

Ne soyons pas naïfs : Édouard Philippe roule pour lui-même. Mais ne soyons pas victimes d’une haine aveugle : son intérêt peut très bien s’accorder avec le succès de la majorité qu’il soutient.

jeudi 7 octobre 2021

Meuh ! : c'est du sexe venu cri – Chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

C’est parait-il la saison du brame des cerfs, qui du fond des bois font entendre leur « rugissement » appelant les femelles à s’accoupler avec eux. 

 


 

C’est parait-il bouleversant – en tout cas ceux qui ont fait le déplacement pour écouter nuitamment ce cri le disent unanimement.

Alors, moi je m’étonne : faire cet effort, de nuit, dans les bois humides et froids, pour écouter un animal pousser un cri qui, si on veut bien être objectif, ressemble au meuh ! de la vache, c’est quand même bizarre. L’explication tient selon moi à la circonstance qui fait que le cerf pousse ce rugissement : le rut. Il serait lié au besoin d’évacuer l’excès d’énergie résultant des hormones mâles secrétées durant cette période et pas encore utilisée dans l’acte sexuel. Le brame c’est du sexe devenu cri.

« Du sexe devenu cri » – en écrivant cela je sursaute : ne serait-ce pas une réminiscence des thèses freudiennes qui veulent que la libido soit déplacée vers des activités non-sexualisées et qu’elle y déverse son énergie ? L’art est-il autre chose que « du sexe devenu création » ? Le sport n’est-il pas lui aussi lié à ce réinvestissement de forces psychiques ? N’est-il pas recherché pour cela ? Il y aurait alors une sorte d’alchimie, dont le cerf n’est peut-être pas capable mais que nous lui imaginons, qui ferait du besoin sexuel une force qui doit nécessairement s’écouler comme le torrent jamais tout à fait domestiqué par le barrage. Chez l'homme, cette alchimie fait que ce réinvestissement de l'énergie libidinale est « désexualisé » : Picasso ne poussait pas un brame quand il ressentait le besoin de produire une œuvre, parce que sa pulsion sexuelle était complètement sublimée par son geste créateur.  Mais, tout comme le cerf, il lui fallait évacuer cette tension, et seule la création artistique le permettait.

J’évoquais récemment Schopenhauer pour qui le désir sexuel n’est qu’une ruse de l’espèce pour nous pousser à procréer ; selon lui, devant l’ennui et la souffrance de la vie, ce n’est pas vers le coït qu’il convient de se tourner mais vers l’art qui développe certes une illusion, mais qui nous apporte le bonheur. On voit que son erreur serait d’avoir séparé ces deux domaines. 

mercredi 6 octobre 2021

Cachez ces victimes que je ne saurais voir -Chronique du 7 octobre

Bonjour-bonjour,

 

On peut se méfier des aveux de souffrance venant de la hiérarchie diocésaine qui découvre ces jours-ci ce qu’elle aurait dû savoir depuis si longtemps.

Car certains ces prêtres pédophiles avaient en effet été démasqués depuis longtemps mais ils n’avaient pas été sanctionnés, juste retirés de leur paroisse et remis ailleurs. Or voici que ce sont les victimes qui réclament aujourd’hui leur droit, ce sont elles qui disent leur souffrance - si forte encore même des années après. Si on parle d’un retournement de la perspective dans l’Église c’est celui-ci. Car au paravent suivant le droit canonique, on demandait au prêtre s’il avait été dépravé et, si oui, on le sanctionnait en l’envoyant en Afrique ou ailleurs.  Mais aucune préoccupation à l’égard de la victime :  le droit canonique reconnait la faute mais pas la victime.

On se rappelle peut-être du cardinal Babarin disant qu’il n’avait pas compris quelle avait été la souffrance provoquée par les agissements du Père Preynat, le prêtre pédophile qu’il avait protégé. C’est que, pour la première fois il prenait connaissance de ces souffrances ; auparavant il n’aurait même pas eu l’idée de s’en soucier, car quoiqu’il en soit le prêtre catholique est un médiateur entre Dieu et les paroissiens : il est intouchable pour la justice des hommes.

Qu’on ne se méprenne pas : ce fait explique peut-être l’attitude de la hiérarchie catholique, mais sûrement pas l’existence des abus sexuels. Je lisais récemment un commentaire sur Facebook concernant ces affaires : on disait « Maintenant je peux dire avec fierté que je suis musulman ! » Si seulement c’était vrai !

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L'Eglise catholique a elle aussi sa charia – Re-chronique toujours du 7 octobre

 

Re-bonjour-bonjour

 

C’est encore moi, je reviens parce que vraiment ça ne peut plus rester sous silence : l’Église catholique a elle aussi sa charia, ou si vous préférez elle reconnait des lois divines que les prêtres ont l’obligation de respecter quand bien même elles seraient contraires aux lois de la République. Eric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des Évêques de France l’a dit sobrement à propos de la pédocriminalité dans l’Église : "Le secret de la confession s'impose à nous et il est au-dessus des lois de la République."  (Lire ici)

Autrement dit, plus la peine de critiquer les musulmans simplement parce que pour eux le Coran est opposable aux lois républicaines - sauf à en faire autant avec nos prêtres.
Alors, le cas est connu depuis longtemps ; mais rien de se passe depuis. Certes depuis 1994, "le Code pénal permet de lever le secret professionnel en cas de crimes sexuels commis sur des mineurs de 15 ans" ; mais cela signifie-t-il que le secret de la confession soit obligatoirement révélé à la demande des tribunaux, sans quoi le prêtre qui garderait le silence serait sanctionné ? On en doute.

Bien sûr l’Église a tenté de faire face à la situation lorsqu’il s’agissait de cas de violence faites aux femmes, et on l’aurait espéré aux enfants. Le secret de la confession nous dit-on ne couvre pas ce qui se révèle hors du confessionnal, dans le temps des confidences. « Nous (= les confesseurs) invitons ces victimes à en parler après s’être confessée » - ce son ces confidences qui peuvent être rapportées à la police.

L’Église s’ajuste prouvant simplement qu’elle n’a pas perdu sont l’habileté casuistique ; et si les juges embastillaient les prêtres réfractaires : est-ce que ce serait encore une fois prendre la Bastille ?