vendredi 7 juillet 2023

Peut-on choisir entre ses enfants ? – Chronique du 8 juillet

Bonjour-bonjour 

 

Chef du parti de droite libérale VVD Mark Rutte (1er ministre des Pays-Bas, surnommé "Teflon" pour sa capacité à rester au pouvoir depuis 12 ans malgré les scandales), vient de démissionner faute d’avoir pu trouver un compromis avec la coalition qui porte son gouvernement. La condition mise à ce compromis par le parti du 1er ministre était d'instaurer un quota du nombre d'enfants en provenance de zones de conflits pouvant obtenir l'asile aux Pays-Bas. (Lire ici)

 

… J’imagine : avant de faire venir ses enfants du pays, le père doit choisir car ils ne seront pas tous admis. Doit-il faire venir les garçons, laissant les filles à marier au village ? Ou bien privilégier les plus jeunes à supposer qu’on laisse leur mère venir pour les élever ? 

D’une façon traditionnelle le pouvoir du père a toujours été admis sans conteste sauf lorsqu’il s’agit des préférences marquées entre les enfants. Les lois les plus contraignantes ont été décrétées pour faire admettre les successions qui privilégient l’ainé au détriment du cadet : les enfants veulent l’égalité et le choix du père est vécu par eux comme un déni de justice.

 

- Il y a pire. Considérer, ainsi que veut le faire le parti d’extrême-droite hollandais, que le pouvoir a droit de contrôler les familles des migrants, c’est les définir comme n’étant plus des sujets mais comme des objets qu’à l’instar du bétail on admet ou non aux accouplements et à la reproduction. Depuis l’esclavage qui sont les hommes qui ont eu ce pouvoir ? Que reste-t-il de liberté quand on a confisqué le pouvoir de fonder une famille ?

Alors on dira que ce pouvoir est de façon générale contrôlé par l’employeur quand il sélectionne à l’embauche, selon que les candidats sont ou nos célibataires ?

- Eh bien oui : ce pouvoir de réduire au rang d’objet est aux mains du patron et on le retrouve un peu partout. N’est-ce pas justement-là une occasion de le dénoncer ?

jeudi 6 juillet 2023

Et si c’était Super Mario le responsable ? - Chronique du 7 juillet

Bonjour-bonjour

 

 

Will Santino est un illustrateur dont les dessins à l'humour absurde sont publiés par The New Yorker. Vous en trouverez 45 publiés ici.

Parmi ces dessins il y a qui résonnent étrangement avec notre actualité allant même jusqu’à évoquer un début d’explication. 

 

- Ainsi de ce dessin : 

 

 

Image d’un contrôle routier qui devrait se passer correctement, du moins on peut l’espérer. Occasion de voir la différence avec celui qui a si mal tourné chez nous ?

Sans doute, mais pas seulement. Car Super Mario ne vit, n’agit que dans un univers de BD animé, où les règles opérationnelles sont strictement celles conçues par les créateurs du jeu. Or on voit dans ce dessin cet univers venir se briser contre le monde officiel de la police. Et là il faut couper le contact et sortir de la voiture. Pas d’alternative !

- Et si, de près ou de loin, l’étrange logique qui a présidé au comportement du jeune Nahel provenait justement de la confusion entre l’univers du jeu et celui de l’administration ? Après tout ce dernier n’apparait peut-être pas plus réel que le premier ; Super Mario se croit sur un arc-en-ciel, et alors ? Est-ce si étrange pour autant que c’est avec ça qu’on vit la plupart du temps ? Faut-il donc obligatoirement consommer de la drogue pour se libérer de ce monde où rien ne se passe ?

Il y a bien longtemps déjà les parents dont les enfants s’adonnaient au jeu de rôles désespéraient de voir leurs rejettons confondre leur personnage de jeu avec celui qu’ils étaient priés d’incarner dans la réalité. On voit bien que rien n’a changé, sinon que le réel perd chaque jour un peu plus de terrain.

mercredi 5 juillet 2023

Orwell en avait rêvé : Dupont-Moretti l’a fait – Chronique du 6 juillet

Bonjour-bonjour

 

L’Assemblée nationale vient de légaliser l’emploi d’un logiciel permettant de déclencher à distance et à l’insu de leur propriétaire la géolocalisation des smartphones et – mieux ! – de déclencher leur caméras et enregistreurs (cf. cet article). Orwell avait imaginé que l’ultime retrait de la vie privée serait livré à la curiosité des télécrans installés dans chaque foyer. Mais il n’avait pu concevoir qu’un mouchard serait attaché à chaque citoyen au creux de sa poche.

Quand on sait que dans le même temps les caméras de surveillances ont été dotées d’une capacité d’analyse faciale permettant le suivi personnalisé des passants pris au hasard dans la rue, on se demande encore qu’est-ce qui manque au pouvoir pour tout connaitre des citoyens.

Jusqu’alors on criait en tremblant : Big Brother arrive ! On dit à présent avec lassitude : Big Brother est arrivé.  Qu’avons-nous encore à perdre que nous ne lui ayons déjà consenti ?

 

Car voilà le mystère : tout comme dans le roman d’Orwell aucune résistance réelle ne s’oppose au tyran, de même aujourd’hui c’est dans l’indifférence la plus totale que ces attentat à la liberté sont produits. On lit en effet dans l’article cité que le projet de loi a été adopté par 80 voix pour et 24 contres : 104 députés étaient donc présents en séance pour voter ce texte. 

==> 104 présents sur les 577 élus – les autres étant déjà en vacances ? En tout cas pas suffisamment mobilisés pour monter à l’assaut de ce projet liberticide.

Et vous savez quoi ? A part les détectives privés mis au chômage par ces mesures qui permettent à chaque mari trompé de découvrir sur son smartphone le lieu de débauche où sa femme se déprave, personne ne va descendre dans la rue avec pancarte et sifflet à roulette pour crier à la tyrannie.

mardi 4 juillet 2023

Entre le nombril et le sexe, choisis ton camps, camarade – Chronique du 5 juillet

Bonjour-bonjour

 

Cherchant à éviter les info centrées sur la violence sociale, je tombe sur cette information : « Au château du Clos-Lucé, une exposition compare les dessins anatomiques de Léonard de Vinci à l'imagerie médicale actuelle. »

On connait tous cette représentation de l’homme idéal de Vitruve reprise par le dessin de Léonard :

 


Il est vrai que la valeur anatomique de ce dessin est peu de chose comparée à d’autres planches illustrant les dissections réalisées par le peintre Florentin. Mais on devrait aussi noter que cette image de l’homme idéal est aussi porteuse d’un sens qu’on ne doit pas oublier. 

--> Lisons : « Célèbre représentation des proportions idéales parfaites du corps humain parfaitement inscrit dans un cercle (centre : le nombril) et un carré (centre : les organes génitaux) (symbolique du cercle et du carré), l'Homme de Vitruve est un symbole allégorique emblématique de l’Humanisme, de la Renaissance, du rationalisme, de « L'Homme au centre de tout / Homme au centre de l’Univers », de la mesure et de la représentation du monde. » (Lu ici)

Je laisse de côté les interprétations savantes très bien documentées au reste, pour m’attarder sur le double centre de symétrie permettant de présenter l’Homme : le nombril pour le cercle et le sexe pour le carré. Pour ma part j’y vois une double lecture de la nature humaine : faite de simples individus, tous centrés sur leur propre existence – le nombril. Et puis des représentants de l’espèces, définis à partir de leur sexe entendu comme instrument de génération. Après, que l’un soit inscrit dans un cercle et l’autre dans un carré m’importe peu, sauf que l’homme est grâce à cela pourvu d’un double centre - soit le nombril ; soit le sexe. 

Et cela, on n’a pas besoin des humanistes de la Renaissance pour l’entendre : on pourrait facilement classer toutes nos connaissances soit comme "nombrilistes", soit comme « sexistes » selon qu’ils mettent en avant leur personne ou leur sexualité.

- Attention : l’homme est complexe et si les animaux doivent quitter l’un de ces pôles pour aller vers l’autre – allant jusqu’à oublier leur propre survie dans les affrontements de la période du rut – c’est strictement réparti selon la biologie de l’animal. L’homme quant à lui est capable de désirer cumuler ces deux fonctions, et donc de pouvoir choisir à tout moment de privilégier sa personne ou sa sexualité. 

Il peut évidemment chercher à cumuler le nombril et le sexe, mais peut-être que seule la représentation idéale Vitruve en est capable 

lundi 3 juillet 2023

Cagnotte contre cagnotte – Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Les faits sont brutaux : alors que la cagnotte destinée à soutenir la mère du jeune Nahel a réuni 98000 euros (chiffres donnés il y a plusieurs jours), celle qui doit soutenir la famille du policier assassin a glané dans le même temps plus de 600000 euros. Cette générosité s’explique-t-elle par un souci de secourir une famille en détresse ? Pas seulement, car dans ce cas il faudrait expliquer pourquoi la famille du jeune assassiné ne mérite pas un tel secours.

 

C’est que donner à de telles cagnottes c’est aussi un geste politique : c’est comme si on votait pour une référendum populaire afin de dire : « Oui, ce policier n’a fait que son devoir en éliminant un jeune potentiellement dangereux. Il ne doit pas être puni et nous sommes là pour le dire » 

D'ailleurs Jean Messiha l’organisateur de cette cagnotte l’a explicitement affirmé : 

 « Il fallait qu’on montre au gouvernement de quel côté était la France. » « Je fais un rêve un peu dingue : et si on faisait franchir le million d’euros à cette cagnotte pour leur montrer de quel bois on se chauffe et de quel amour nous aimons nos #FDO (Forces De l’Ordre) ? Chiche ? Nous sommes à plus de 650 000 euros ! On continue ? » (Lire ici)

 

On avait vu exactement la même situation – pourtant symétrique – lorsqu’un ancien boxeur avait assommé à coups de poings un policier durant une manif des Gilets-jaunes. Une cagnotte constituée à son bénéfice a vite fait exploser le plafond au grand désarroi du gouvernement : oui les gens préféraient le boxeur cogneur au policier répréhendeur.

Bien sûr on ne peut comme je le fais ici traduire en vote populaire le fait de participer à de telles cagnottes – dans ce cas il faudrait tenir compte de tous eux qui refusent leur participation. Mais c’est quand même un indice de degré d’engagement dans une crise de société allant à rebours du pouvoir.

dimanche 2 juillet 2023

Robocop – Chronique du 3 juillet

Bonjour-bonjour

 

Une commentatrice des évènements violents actuels a eu cette remarque hier : « Quand on voit la tenue de la police en charge du maintien de l’ordre on voit bien que la discussion avec les manifestants, comme elle se pratique si bien dans d’autres pays, est impossible ici » 

Et de pointer ce genre d’image : 

 


C’est indéniable, mais protester contre ça suppose aussi qu’à tout moment la négociation reste possible et doit être tentée. Est-ce pensable ? 

Hier encore, un des émeutiers témoignant à visage couvert déclarait : « Moi, je viens pour voler, pour casser et pour incendier. Parce que personne ne s’intéresse à nous, sauf quand on casse tout. Alors on casse tout. »

Est-il encore temps de négocier avec quelqu’un qui a ce genre de discours ? Faut-il venir vers lui les mains vides en appelant au respect mutuel ou bien, botté et casqué, un chapelet de grenades à la ceinture ?

Cette crise sociale est l’indice d’une crise profonde qui affecte le tissu social depuis bien longtemps : le candidat Chirac promettait de réparer la fracture sociale en 1995 – avec le résultat qu’on sait.

 

Pourquoi ne le fait-on pas ? Pourquoi ceux qui bénéficient des mesures gouvernementales en faveur des banlieues les quittent-ils dès qu’ils le peuvent au lieu de faire bénéficier ces quartiers de leurs nouvelles capacités ? Je n’arrive pas à croire qu’on ne le sache pas aujourd’hui, après des dizaines d’années d’émeutes et de souffrances. 

Par contre il se pourrait bien qu’on n’ait pas envie d’entendre ces réponses.

samedi 1 juillet 2023

Les vacances c’est quand je veux ! – Chronique du 1er juillet

 Bonjour-bonjour

 

Emmanuel Macron qui n’est jamais en panne d’idée, propose de raccourcir la durée des vacances scolaires pour qu’il y ait moins d’enfants en déshérence, leur parents travaillant pendant que l’école est fermée.

Très mauvaise idée ! s’exclament les opérateurs de tourismes pour qui ces semaines en moins auraient un impact négatif sur leur chiffre d’affaires.

- Et puis priver les nantis, qui eux profitent pleinement de ces périodes, au bénéfice des plus pauvre n’a jamais été bien reçu en France (pour rappel Najat Vallaud-Belkacem à l’éducation nationale, honnie pour avoir supprimé les classe bilingues pour redistribuer les fonds économisés aux écoles d’éducation prioritaire)

 

Le sociologue Jean Viard a été questionné sur le sujet des vacances : lui non plus n’est jamais à court d’idées, et il le prouve :

« Moi, je suis pour que chaque famille ait le droit de partir une semaine en vacances quand elle veut, dans l'année, même pendant les cours. Je pense qu'il faut donner de la souplesse au temps, on m'a dit qu'on le faisait en Italie. » Vous avez bien lu : voici des semaines de vacances choisies librement par la famille à quelque moment que ce soit de l’année, y compris quand les cours continuent. Pour ceux qui n’auraient pas compris, il ajoute : « De toute façon, si l'enfant a la grippe ou s'il est malade, il manque une semaine. » (Lire ici)

- Résultat ? « On devrait donner une semaine de départ en vacances à la discrétion des familles, soit parce qu'il y a des membres du couple qui ont un voyage d'affaires ou autre, soit tout simplement pour aller au ski, quand il y a de la neige, et que les prix ne sont pas élevés, car tout le monde va à la neige en même temps, donc c'est très cher. » (Art. cité)

 

Utopie ? Sans doute mais qui aide à voir l’essentiel : les vacances ne se définissent pas par leur durée mais par ce qu’on peut y faire. Mon médecin, me sachant prof – donc nanti et terme de durée de vacances – me disait : « Nous autres médecins nous n’avons que très peu de temps de vacances, mais nous pouvons choisir d’arrêter juste quand il le faut et le temps qu’il faut. »