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dimanche 5 novembre 2023

C’est d’la blague ! – Chronique du 6 novembre

Bonjour-bonjour

 

Une polémique qui semble être appelée à durer, c’est celle qui enfle autour du propos de Guillaume Meurice, qualifiant Benjamin Netanyahu « d’Hitler sans prépuce ». Objet de violentes critiques pour avoir identifié le 1er ministre israélien avec Adolf Hitler, Guillaume Meurice se défend un réclamant le droit à l’humour, et en postant la déclaration « Je suis Charlie ».

On polémique à perte de vue sur la question de savoir s’il est juste ou non de voir dans les juifs d’aujourd’hui des reproducteurs des nazis (avec pour horizon la « solution finale » appliquée aux palestiniens). Pour moi, je me contenterai de réfléchir à la question de comprendre pourquoi la pratique de l’humour ne couvre pas de son impunité les propos de l’humoriste français.

 

- Déjà, notons que Riss (le Directeur de Charlie Hebdo) refuse d’accepter cette identification : « L'esprit Charlie, ce n'est pas une poubelle qu'on sort du placard quand ça vous arrange, pour y jeter ses propres cochonneries », ajoutant « On n'a pas eu besoin de dire que c'était un nazi ni de préciser qu'il était circoncis pour faire comprendre aux lecteurs ce qu'on en pensait. C'est ça, l'esprit Charlie. C'est plus subtil et plus difficile à maîtriser qu'il n'y paraît. »

 

La Une de Charlie Hebdo, avec le dessin de Riss


Moi, je trouve ce dessin de Riss bien anodin : il s’agit simplement de montrer le 1er ministre d’Israël, indifférent au sort des otages, mais suant de peur d’être jeté dehors par la foule : il n’y a que la conservation du pouvoir qui l’intéresse. Par contre l’identifier à Hitler, c’est un peu plus violent. Pourquoi donc ne serait-ce pas de l’humour ? D’ailleurs Charlie Hebdo en a fait par le passé tout autant – voire même pire.

Dans le dessin de presse, l’humour a pour rôle de critiquer l’actualité et de faire rire en la tournant en dérision. Sa recette est la caricature qui dévoile ses traits les plus problématiques.

Le problème avec le propos de Guillaume Meurice, c’est qu’en matière d’humour, le compte n’y est pas. A part son mot d’esprit (« Hitler sans prépuce ») rien d’humoristique ne vient caractériser la formule : ni le dérisoire (parler du prépuce d’Hitler ne parait pas suffisant), ni – surtout – la caricature ne sont présents.

Il ne suffit donc pas de se défiler en se couvrant de l’excuse d’inessentialité ; la phrase de l’humoriste aurait pu venir dans une discussion qui prétendrait à critiquer le réel.

Ne s’agirait-il alors que d’un cas comme il y en a des milliers d’autres, de propos ayant atteint le « point de Godwin » ?

dimanche 1 octobre 2023

Une invasion peut en cacher une autre – Chronique du 2 octobre

Bonjour-bonjour

 

Il l’a fait ! 

- Fait quoi au juste ? S’interroger avec des précautions hypocrites sur la responsabilité de la vague migratoire à propos de la recrudescence des punaises de lit : une invasion peut en cacher une autre. Pour mémoire, rappelons que les nazis prétendaient qu’à Auschwitz on ne gazait que les poux, oubliant au passage de dire qu’ils considéraient les juifs comme des rats porteurs des poux de la peste.

- Et qui a commis cette ignominie ? Pascal Praud, le brillant animateur de plateaux de CNews. Pas de quoi s’étonner, ni pour l’auteur de cette saillie – ni pour la chaine, propriété de Vincent Bolloré. (Voir ici)

Inutile d’évoquer la célèbre « loi de Godwin » ici : il ne s’agit pas d’un argument, mais seulement d’un constat. Pas la peine de se soucier de soulever les apparences pour découvrir en dessous des intentions = tout est là, au grand jour.

Je veux dire : les immigrés sont dénoncés, par leur simple présence, comme un danger pour les autochtones que nous sommes. Inutile de calculer combien ils nous coûtent, combien ils nous prennent d’emplois, combien de femmes ils ont violé. Il suffit qu’ils soient là, prostrés en bas de notre immeuble pour que leur malfaisance apparaisse, bien sûr pas dans nos lits (quoique…) mais dans nos bus, dans nos hall d’immeubles, dans nos cinés (?)

 

La peur comme arme de guerre contre les ennemis de classe, on connaissait depuis longtemps. La même peur contre les étrangers, ça semblait aller de soi pour les xénophobes. La voilà maintenant mobilisée par l’intermédiaire des insectes, supposés véhiculés par ces étrangers – non pas que leur nature soit responsable (ouf !), mais parce que leur hygiène douteuse serait en cause – ce qu’on sait faux. 

- Pascal Praud a rétropédalé – en apparence – en affirmant que ces étrangers ne sont pas nos malheureux demandeurs d’asile, mais les touristes ( ?) ce que l’infestation de l’aéroport de Roissy manifeste.

Ces concessions ne suffisent pas, et c’était voulu : faites pour désarmer les plaintes portées contre lui, Praud se contente de suggérer : la haine des étrangers fera le reste.

jeudi 28 juillet 2022

En Hongrie, le mélange des races est un crime – Chronique du 29 juillet (2)

Bonjour-bonjour

 

Les populistes ont l’art de contrer leurs adversaires en appuyant là où ça leur fait mal : dans un récent discours, Victor Orban (le Premier ministre brillamment réélu de la Hongrie), a fustigé les migrants venus se mêler aux populations autochtones européennes, déclarant que pour sa part la race hongroise refuserait de se mêler avec d’autres races.

Devant le tollé soulevé par ses propos, Orban a effectué un repli, affirmant que par « race » les Hongrois entendaient des groupes d’ordre culturel ou civilisationnel. C’est ainsi que les hongrois refusent de voir des arabes (= musulmans) ou des africains (= cultures allogènes ?) s’installer chez eux. C’est un peu confus, mais on le voit clairement :  on est hongrois de naissance, de religion, de langue et de coutume – et tous les autres : dehors !

 

Monsieur Orban renonce donc à utiliser le mot « race » ? Mais enfin, qu’est-ce que ça change ? Quand il ne suffit plus de respecter les lois d’un pays pour y être accueilli, qu’importent les raisons pour lesquelles ce droit nous est dénié ?

« Zsuzsa Hegedus, une sociologue conseillant M. Orban de longue date et dont les parents ont survécu à la Shoah, a remis mardi sa démission. Elle a dénoncé "une position honteuse" et "un pur texte nazi digne de (Joseph) Goebbels" » (Lire ici)

 - Comparer Victor Orban aux nazis ne revient pas à se soumettre à la loi de Godwin ; on devrait même atténuer cette critique en se référant à une forme « adoucie » de nazisme qui se manifesterait par un simple apartheid et non à l’holocauste. En réalité, peu importent les raisons pour lesquelles on rejette une communauté – oublions-les, même si sous d’autres points de vue elles sont essentielles ; peu importent même les actes par les quels on veut imposer cette séparation. Car ce qui compte, c’est le refus de vivre avec les autres – certains autres, définis par leur couleur de peau, leur religion, leur vêtements, etc.

On s’offense que le Premier ministre hongrois tienne ces propos au sein même de l’Europe Unie, mais demandons-nous si cet ostracisme n’existe pas depuis toujours – et pour toujours ? – au sein de l’Europe ? Quand on refuse de louer un logement à Mohammed par ce qu’il s’appelle comme ça, ou de fréquenter Fatiah parce qu’elle porte un voile, que faisons-nous ? Quand on est indisposé de devoir côtoyer des barbus le vendredi au supermarché, maugréant « On n’est plus chez nous ! » : ne sommes-nous pas prêts à élire un avatar de monsieur Orban ?

L’égalité démocratique est un combat.

lundi 2 août 2021

La force de la loi – Chronique du 3 aout

Bonjour-bonjour

 

Et revoilà le décret qui autorise les deux roues à pratiquer la circulation la circulation « interfile », c’est-à-dire entre deux files de véhicules.

Comme ça :

 

 


 

Tous ceux qui ont quelque peu circulé sur les autoroutes périurbaines, en particulier dans la région parisienne, savent de quoi il s’agit : ces deux-roues qui vous doublent là où vous ne les attendez pas, ont maintenant le droit de le faire, du moins provisoirement et en quelques lieux. 

 

Et là, on s’étonne : sur une file il y a la place pour une voiture, ou pour une moto, mais pas pour les deux en même temps. A moins de décréter que, sur cette file, il y a une autre file virtuelle qui se place dans l’interstice qui sépare cette file de sa voisine. Cet espace, non utilisé parce que les voitures sont généralement moins larges qu’une file d’autoroute, prend alors une existence autonome, elle acquiert une réalité sur laquelle on va pouvoir légiférer. 

- C’est cela qui frappe surtout : pour que la loi s’exerce il faut encore que ce soit sur quelque chose qui existe réellement. Imaginez que par la loi il soit interdit aux fantômes de se balader partout et d’importuner les gens le soir d’Halloween. Ridicule n’est-ce pas ? Hé bien, voilà qu’il devient permis de circuler en moto là où rien n’existait, et qui du coup se met à exister : étrange, non ? 

Sauf si avant de formuler cette loi, une autre était publiée, stipulant que dans chaque file il existe une voie virtuelle susceptible d’être occupée par un deux-roues.

Et là, chapeau bas devant cette force de la loi qui peut légiférer sur l’interstice. Preuve que le législateur peut conférer une existence en séparant en deux une réalité autrefois unique. Cette force est positive si elle permet à ce qui se trouve ainsi isolé d’exister vraiment ; mais aussi négative si elle fait basculer dans le néant ce qu’on sépare, comme lorsque les nazis ont tracé une frontière entre l’humanité et la bestialité à l’intérieur du genre humain désignant ainsi les juifs comme des sous-hommes.

Je sais ! On va me reprocher de me ridiculiser en me soumettant à la loi de Godwin à propos d’un sujet aussi futile. Oui… Mais c’était bien tentant.

lundi 8 mars 2021

Liberté – Égalité – Sororité / Chronique du 9 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier les femmes étaient dans la rue, le plus souvent habillées de violet :

 

 


 

(Explication : les femmes « ont revêtu leurs manteaux, bonnets, doudounes, foulards violets, couleur non genrée, mélange de bleu et de rose. » précise cet article du Monde consacré aux « premières de corvée ». Notez le rôle prépondérant de la couleur signalétique : la leçon des gilets-jaunes n’a pas été perdue)

Sur une pancarte l’inscription « Liberté – Égalité – Sororité », formule reprise bien de fois déjà par les mouvements féministes.

Pour protester contre la formule républicaine qui mentionne la « fraternité », inutile de dénoncer cet usage de la langue française qui confond le genre humain tout entier, hommes et femmes confondus, sous le vocable masculin. L’écriture inclusive qui fait florès en ce moment suffit à nous monter que ce sont-là des combats d’arrière-garde qui n’interviennent que lorsque le plus important a déjà été gagné… ou perdu. Car la substitution de la sororité à la fraternité signifie bien plus : elle suggère que jamais les femmes ne se reconnaitront dans une communauté incluant les hommes, et qu’elles ne seront vraiment reconnues pour ce qu’elles sont que par des femmes exclusivement : pour une femme, il n’y a pas d’autre communauté véritable que les femmes – excluant les hommes.

Je sais que cette interprétation va paraitre à certain.e.s trop radicale. Mais depuis bien longtemps les féministes ont insisté sur la nécessité pour les femmes qui voulaient se libérer de la tyrannie masculine de prendre leur sort en main avec exclusivement d’autres femmes – leurs consœurs.

Cette exclusion est significative : elle situe ce féminisme-là du côté des mouvements radicalisés qui rejettent hors de l’humanité une partie d’elle-même, comme les capitalistes par les prolétaires, ou les juifs par les nazis.

C’est vrai, je risque le reproche de réduire le débat par la reductio ad hitlerum comme le dénonce la loi de Godwin. Mais j’assume.