jeudi 7 mars 2019

POUR EDOUARD PHILIPPE, « IL FAUT BAISSER LES IMPÔTS EN FRANCE»

« L’idée c’est … de considérer qu’il faut baisser le niveau de prélèvements obligatoires en France. Je pense que ce serait assez sain », a souligné Edouard Philippe
« Souvent, je vois des interlocuteurs du débat public formuler des idées de dépenses nouvelles mais formuler assez peu d’idées d’économies nouvelles », a regretté le Premier ministre. Il a ajouté que « tout le monde souhaite que la dépense publique qui le concerne puisse d’une façon ou d’une autre augmenter », voyant dans cet état de fait « une certaine forme à la fois de facilité et de contradiction ». Lire ici.

Essayons d’y voir plus clair : en quoi consiste la contradiction dont on parle ici ?
Alors que le premier ministre pointe une contradiction dans la gestion des finances du pays, à savoir : faire plus de dépenses avec moins de recettes, on trouve sous la plume de Montesquieu une autre contradiction : prétendre à être une démocratie sans vouloir en même temps l’application du principe de toute démocratie, la vertu politique, qu’il définit ainsi :
« On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence. » Montesquieu – Esprit des lois, livre 4, chapitre 5
Montesquieu énonce le principe qu’il faut reconnaitre que l’intérêt général l’emporte sur l’intérêt personnel, sans le quel aucune démocratie ne peut subsister – et ça va bien au-delà des avantages matériels dont chacun souhaite bénéficier. Autrement dit, supprimer la retraite des vieux qui ont trimé toute leur vie serait peut-être avantageux pour les finances du pays, mais en contradiction avec le bien commun qui est de sauvegarder la vie humaine autant que possible. En revanche, le même retraité peut accepter d’être surtaxé si ses conditions d’existences n’en sont pas drastiquement affectées et sous réserve que cela soit reversé aux travailleurs qui contribuent à la richesse nationale (1).
Maintenant écoutons les revendications des gilets jaunes : entendons-nous revendiquer l’application du principe de Montesquieu ? Oui, quand ils demandent que le travail soit rétribué à son juste prix. Non quand il s’agit d’obtenir des prestations qui ruineraient le pays.
On voit de quel côté se trouve la démocratie.
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(1) On aura reconnu la justification apportée par le Président à l’augmentation de la CSG qui frappe les retraités et contre la quelle ils sont unanimement mobilisés.

mercredi 6 mars 2019

POURQUOI FAUDRA-T-IL 8 SEMAINES À CET ENGIN POUR SE RENDRE SUR LA LUNE ?




Parce que l’atterrisseur israélien a partagé une fusée avec deux autres charges utiles : un satellite de télécommunication indonésien, et un engin expérimental de l’US Air Force. « Il s’agit d’une exploration spatiale de style Uber », a déclaré le 20 février dernier le cofondateur de SpaceIL, Yonatan Winetraub, lors d’une conférence de presse. C’est cette stratégie de “covoiturage spatial” qui permet à l’agence de maintenir le coût total de l’opération en dessous des 100 millions de dollars. Lire ici.

Il s’agit d’une exploration spatiale de style Uber : notez l’étonnant champ sémantique du mot « Uber » : parfois il s’agit d’un type de travail sans contrat et sans garantie d’emploi, entièrement hors du code du travail. Ou alors plus simplement, il peut s’agir comme ici, d’un simple fait de co-voiturage, formule très étonnant toute fois appliquée à un vol spatial avec alunissage final. Nous arriverons à l’époque de « l’ubérisation » de la société, lorsque chacun ira en simple individu vendre sa force de travail sur le marché de l’emploi, expression à prendre au sens propre. C’en sera fini alors avec plusieurs siècles de lutte des travailleurs, qui ont pu faire triompher leurs droits grâce à une organisation en syndicats. On n’est pas près de rencontrer des syndicats d’Uber ! Car pour en arriver là, il ne suffit pas de créer des structures de ce genre ; il faut en plus interdire au free-lanceurs (sic) de répondre à votre appel sur une appli dédiée et de faire le job pour moins cher et plus vite que les collègues réglementairement affiliés. Voyez les taxis qui défendent leur monopole : ils ne peuvent rien contre les libres entrepreneurs.

La liberté du travail est-elle une valeur inattaquable, ou bien faut-il entendre ceux qui veulent la détruire pour sauver leur gagne-pain ?

mardi 5 mars 2019

HEURE D’HIVER OU HEURE D’ÉTÉ ?

Heure d’hiver ou heure d’été ?
La Commission européenne a proposé en septembre 2018 une nouvelle directive qui mettrait fin à ces changements qui impliquent d’avancer sa montre d’une heure en mars et de la reculer d’une heure en octobre et permettrait aux États membres de choisir leur fuseau horaire.
"L’heure d’été, c’est plutôt pour les urbains, pour prendre l’apéritif au soleil." Pour les agriculteurs, l’heure d’été peut entraîner des heures de récolte tardives, et des horaires décalés pour certains salariés. Lire ici

Lors de la consultation en ligne, un certain nombre ces citoyens français a peut-être choisi l’heure d’été en pensant que du coup les journées d’hiver seraient aussi longues que celles d’été : le pastis sur la terrasse à 19h pour Noël… Mais, même en laissant de côté cet affligeante erreur, songeons que l’heure d’été en hiver, ça voudra dire arriver au bureau quand il fera encore nuit. Et quand au pastis mieux vaudra oublier la terrasse, et le siroter au coin de la cheminée.
 Mais je retiens aussi cette étonnante proposition de la commission européenne : permettre à chaque pays de choisir son fuseau horaire. Quelle étrange pouvoir accordé aux Etats que de se positionner comme bon leur semble sur la mappemonde ! Et si je choisissais de me mettre sur le fuseau horaire d’Hawaï ? Ou de Pékin ?
Ridicule ? On nous propose bien de choisir entre Berlin (notre fuseau actuel) ou Londres (équivalent à Paris) ; et Hugo Chavez n’a-t-il pas décrété que le Venezuela serait sur un demi-fuseau (= 30 minutes) ? Dans le monde qui est le nôtre, y a-t-il plus grande manifestation de souveraineté que de choisir son fuseau horaire ? Celui-ci n’a-t-il pas une signification politique ? Car la Chine entière est bel et bien calée sur l’heure de Pékin alors que l’ouest du pays est à 5 fuseaux horaires de là. (1)
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(1) Sur ce sujet, lire ceci.

lundi 4 mars 2019

SIX SUPPORTERS D’AMIENS PLACÉS EN GARDE À VUE À REIMS

« Si le match s’est soldé par un résultat nul 2 à 2, la police rémoise l’a emporté 6 à 0 contre les supporters picards.
En marge du match Reims-Amiens, samedi soir au stade Delaune, les policiers ont interpellé six supporters picards, pour des dégradations diverses, des faits de violence, des jets de projectiles ou de fumigènes ». Article du journal l’Union à lire ici.
o-o-o
Reims-Amiens : 2-2
Police-supporters : 6-0
On aura reconnu le style de titres de presse, usités depuis que le journal Libération est dans les kiosques, et fréquemment utilisé par exemple par le journal « l’Equipe ». De fait, on se demande pourquoi ce genre de titres a eu un tel succès, qui destitue le journal de son aspect sérieux, fait croire que ses colonnes sont consacrées à de « la blague » ? (1) S’agit-il d’inviter à lire l’article ainsi présenté comme n’étant pas ennuyeux ? Ou bien est-ce un moyen de donner de l’importance au titre, qu’on saute souvent ou qu’on lit distraitement, comme s’il n’apportait aucune information ? Ou encore de dire des choses graves sans avoir l’air de les dire, dans le style de la chanson « Tout va très bien, madame la marquise » ? (2)
Oui, c’est un peu tout ça, le lecteur choisissant l’une ou l’autre de ces interprétations selon son humeur du moment.
Mais surtout il reste qu’on sait que ça peut être important, même si ça n’a pas l’air sérieux.
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(1) On rappelle cette définition de « la blague » par les frères Goncourt : « Ce qui tuera l'ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l'esprit français : la blague ». Edmond et Jules de Goncourt – Journal 30 juin 1868. Et ce commentaire de Robert Kopp (dans la préface de l’édition complète du Journal chez Laffont-Bouquins) : « [Pour les Goncourt, la blague] c’est l’irrespect généralisé qui se moque de tout ce qui est grand, héroïque, sacré. C’est l’esprit des démocraties modernes qui n’aspirent qu’à la médiocrité. ». C’était il y a 150 ans et on le voit : c’est la blague qui a gagné.

(2) Pour mémoire, la marquise de la chanson va progressivement apprendre que son château a brûlé, que le marquis apprenant qu’il était ruiné y a mis le feu et s’est immolé dedans. Lire ici

dimanche 3 mars 2019

MEGHAN ET HARRY ENVISAGENT DE NE PAS DONNER À LEUR ENFANT UNE DÉSIGNATION DE GENRE

« Meghan a dit qu'ils (= Harry+elle) envisagent d'élever leur enfant avec une approche fluide de genre et qu'ils n'imposeront pas de stéréotypes. » La future maman aurait même demandé à ses amis d'éviter d'offrir à son bébé des petites voitures si c'était un garçon et des poupées dans l'hypothèse d'une petite fille.
 Une approche plus extrême, décrite par NBC News, implique que les parents décident de s'abstenir de donner à leurs enfants une désignation de genre à la naissance. "Les parents ne disent pas à leur enfant qu'il est un garçon ou une fille et ils ne disent pas à leurs amis ni à leur famille le sexe de l'enfant. C’est parce que les parents veulent laisser leurs enfants découvrir par eux-mêmes s’ils sont une fille ou un garçon ou appartiennent à un spectre de l’identité de genre". (Lire ici)

Les enfants élevés sur ce principe devront-ils attendre la puberté pour savoir quel est leur sexe ? Ne risquent-ils pas d’être soumis à des investigations de petit(e)s copains/copines qui voudront aller voir directement ce qu’il en est ?
Mieux encore : verrons-nous des bambins choisir leur sexe : « Quand je serai grand(e) je serai une maman comme ma maman – ou un papa comme le mien. »
Pfffuit ! Tout ça, ce sont des caricatures visant à ridiculiser une démarche qui mérite d’être examinée de plus près.
Bien sûr il ne s’agit pas pour les enfants de choisir leur sexe, mais leur façon d’appartenir à ce sexe – disons plutôt ce genre – à travers les multiples manières de manifester ses préférences sans souci de savoir si c’est convenable du point de vue des habitudes. Bien sûr il ne s’agit pas pour un homme de s’habiller en femme au point de tromper les gens : c’est certes une possibilité, mais ça relève d’un choix transgenre. (1)
Par contre on verra sans émotion un jeune garçon choisir de faire de la danse classique ou une fillette de faire du foot ou du rugby
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(1) Il y a aussi les travestis polynésiens, pour les quels on lira cet article consacré aux « rae rae » de Tahiti.

samedi 2 mars 2019

LE NOUVEL INDEX POUR ÉVALUER LES INÉGALITÉS SALARIALES FEMMES-HOMMES.

Cet index comporte cinq critères bien définis :
- Le premier critère : la rémunération moyenne des femmes et des hommes au sein de l’entreprise. Le salaire mais aussi les primes de performance et les avantages en nature sont pris en compte. Pour obtenir les 40 points liés à ce critère, l’écart de rémunération moyenne entre hommes et femmes doit être nul.
- Deuxième critère, qui compte pour 20 points : le pourcentage d’hommes et de femmes qui ont perçu une augmentation dans l’année. Là encore, il faut viser l’égalité la plus absolue, à 2% près.
- Troisième critère : les promotions, pour 15 points. Il fonctionne avec le même mode de calcul que les augmentations.
- Les entreprises sont notées, également pour 15 points, sur les augmentations accordées aux femmes revenant d’un congé maternité. Le calcul est simple : pas d’augmentation, pas de points.
- Enfin, pour récolter les 10 derniers points, une entreprise doit compter quatre femmes parmi ses dix employés les mieux payés.
L’entreprise devra afficher un index cumulé de 75 points et, faute de cela, elle risquera des sanctions financières. (Lire ici)

Moi, je remarque simplement que les résultats ne sont pas évalués item par item, mais que seul le bilan global sera pris en compte. Ainsi dans une entreprise où l’on aurait moins de 4 femmes sur les 10 employés les mieux payés, on n’aura pas à s’aligner sur la norme, mais simplement à compenser les points perdus ici par ceux qu’on gagnerait là. Par exemple en majorant les salaires des femmes revenant de maternité ; ou accordant des augmentations à des employées smicardes. La rentabilité de l’entreprise pourra alors être préférée à la justice des femmes.
What else ?
Les cerveaux un peu « tordus » vont s’ingénier à lister les critères d’inégalités non répertoriés ici comme le rapport entre le tour de poitrine des employées et la vitesse de leurs promotions dans l’entreprise.



 Et c’est là que les messieurs vont protester : « On ne prend en compte que les injustices que subissent les femmes. Et celles que subissent les hommes alors ? Nous, nous n’avons rien d’équivalent à une paire de seins pour nous avantager dans l’entreprise. Si nous voulons montrer que « nous en avons dans le caleçon », il nous est interdit d’exprimer notre virilité au contact des collaboratrices de l’entreprise. Il nous faut alors faire des prouesses de productivité. »

vendredi 1 mars 2019

L’ACADÉMIE FRANÇAISE SE RÉSOUT À LA FÉMINISATION DES NOMS DE MÉTIERS

L’institution fondée au XVIIe siècle par Richelieu a tranché un sujet longtemps tabou, estimant qu’il n’existait « aucun obstacle de principe » à la féminisation des métiers.
Pas question de légiférer, rappelle le rapport, l’Académie se contente d’être la gardienne du « bon usage ».
- Féminiser les noms de métier ? Oui, mais sans aller jusqu’à ceux qui désignent une fonction : « contrairement au métier, une fonction est distincte de son titulaire et indifférente à son sexe – elle est impersonnelle car elle ne renvoie pas à une identité singulière, mais à un rôle social, temporaire et transmissible, auquel tout individu peut, en droit, accéder (…). On n’est pas sa fonction, on l’occupe. » Lu ici

On n’est pas sa fonction, on l’occupe : voilà pour ceux qui, considérant que l’on a mieux à faire que de réfléchir sur des mots, dédaignent ce débat ; car on arrive à mettre en lumière la place que chacun occupe par rapport à ce qu’il est dans la société. Ainsi, en 2022 si nous élisons une femme (pourquoi pas Brigitte ?) on devrait dire « Madame le Président de la République »
J’entends d’ici les sarcasmes des tenants de la féminisation des noms de fonctions : « Voilà bien le machisme ordinaire ! On acceptera de féminiser les fonctions subalternes, mais pas les plus élevées dans la société. La perceptrice, mais pas l’inspectrice générale des finances. 
Quand à madame la ministre on sait combien le débat est crispé à son sujet (cf. article cité)
- Là dessus on répondra que le genre n’est pas à confondre avec le sexe : ceci est évident pour le vocabulaire, même si son extension à l’homme a fait problème.

D’ailleurs on se demande quel fantasme alimente cette confusion genre/sexe : au point qu’on s’effarouche à l’idée qu’une chaise pourrait avoir un phallus au lieu d’une matrice.