jeudi 6 août 2020

Le présentéisme, une maladie bien française – Chronique du 7 août

- Présentéisme : présence au travail en désaccord avec l'état de santé du travailleur

- Une étude de la Dares (1), publiée mercredi, montre que les Français auraient tendance à aller au travail quand ils sont malades, alors qu’ils devraient garder la chambre. 

 

Bonjour-bonjour

Moi, je croyais naïvement que lorsqu’on était malade, on voyait son médecin, le quel selon votre état décidait s’il fallait ou non vous mettre en congé de maladie – et cela pour combien de jours. Or, voilà que j’apprends que la durée de ces congés est décidée selon la volonté des malades eux-mêmes ; mais il se peut aussi que cette durée ait été calculée au plus court par le médecin lui-même à la demande de la caisse de maladie, qui tient un décompte précis des journées d’arrêt octroyées par chaque praticien. 

Mais pourquoi donc les travailleurs feraient pression sur leur médecin pour qu’il les renvoie à leur travail alors qu’ils ne tiennent pas debout ? La vérité, c’est que le congé maladie n’est pas seulement fonction des symptômes mais il est aussi le révélateur des mauvaises conditions de travail qui peuvent susciter la crainte d’être « placardisé » ou considéré comme inapte à son emploi – à moins que, débordant sur la vie privée, la maladie ne paraisse incompatible avec l’autorité de l’employeur.

Bref, s’il y a un acte médical qui reste soumis au consentement du malade, c’est bien l’arrêt de travail. Or les autorités scientifiques l’ont dit : le présentéisme coûte plus cher à la société que les arrêts de maladie lorsqu’ils sont bien pesés. La perte d’efficacité, les virus dispersés par un malade qui revient trop tôt au travail et qui tousse à la machine à café quand tout le monde y passe – pas besoin d’avoir fait 9 années de médecine pour comprendre que ce n’est dans l’intérêt de personne.

Alors c’est l’occasion de redire qu’en économie l’obsession du court terme est calamiteuse. Calculer la compétence d’un médecin à la parcimonie avec laquelle il a dispensé des jours de congé de maladie ne tient aucun compte de ceux qui ont été perdus par le fait de la contagion. Autrefois on disait que 15 jours étaient nécessaires pour être pleinement remis d’une grippe : aujourd’hui on estime que 5 jours suffisent. Ce n’est pas seulement le court terme qui est en cause ; c’est la courte vue.

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(1) DARES : direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques

mercredi 5 août 2020

« Œil pour œil … et le monde devient aveugle » – Chronique du 6 août

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’ai une méfiance viscérale pour ces formules qui séduisent d’emblée, qui persuadent avant même de savoir exactement ce qu’elles veulent dire. Pourtant je considère que cet aphorisme mérite un moment de réflexion, ne serait-ce que parce qu’il dérange un peu notre vision habituelle des choses. Car ici il ne s’agit pas du talion tel qu’on l’entend depuis la Bible, à savoir une règle de droit privé qui concerne des dommages subis et infligés entre particulier, mais bien de la société en général, voire de l’humanité : « le monde ».

Alors certes on se dit que ça ne fait que changer d’échelle, les guerres revanchardes entre États étant aussi interminables que les vendettas entre villageois : les allemands et les français en ont connu trois en moins d’un siècle et on a même dû inventer l’Europe-Unie pour que ça s’arrête. Mais tout compte fait on ne devrait pas passer si légèrement là-dessus. Car si la passion, relayée par la coutume, excuse par avance ce mouvement de balancier de la haine, on devrait quand même refuser cette excuse aux États, supposés un peu plus rationnels. 

 

- On dira que la raison n’a pas sa place dans la détermination des buts poursuivis par les gouvernants : le souci farouche de préserver leur pouvoir suffit amplement à expliquer les méandres de l’histoire. Mais justement : qu’est-ce qui peut affirmer que la poursuite indéfinie de la même guerre est favorable à ce but ? Et puis faut-il croire comme on l’a dit un peu légèrement, que c’est la même histoire qui se répète, la nouvelle guerre ajoutant ses nouveaux morts venus venger les héros de la précédente ? C’était peut-être vrai du temps où les Dieux venaient sur terre pour justifier les passions humaines en les partageant – comme du temps de l’Iliade ; mais voilà qu’aujourd’hui, les promesses de grandeur et de vengeance ne suffisent plus au peuple : le général de Gaulle en a fait les frais lorsque la rue grondait pour obtenir une hausse du SMIC de l’époque pendant qu’il promettait la Grandeur de la France sous sa conduite.

D’ailleurs, dans un monde sans ennemi comme l’est le nôtre allez chercher celui à qui vous aimeriez crever un œil ?

mardi 4 août 2020

Qui dit la vérité ? – Chronique du 5 août

Bonjour-bonjour

 

Le saviez-vous ? Si vous êtes chrétien ou musulman, vous considérez qu’un enfant existe dès sa conception. Si vous êtes juif en revanche, il faudra pour cela attendre jusqu’à un mois après sa naissance.

Cet exemple montre que le fossé qui sépare les religions est immense, car il ne s’agit pas ici d’une question de comportement, mais bien d’avortement : si vous êtes chrétien ou musulman c’est un meurtre ; si vous êtes juif c’est un dommage sujet à compensation. (Lire ici)

 

 

Cela pose bien sûr un problème lorsqu’on cherche une entente entre les religions : le consensus est bien difficile dans ce cas comme dans d’autres ; il saute aux yeux que si l’un a raison, l’autre a nécessairement tort… Les fidèles s’en tirent par le relativisme : ça dépend des gens – ou des fidèles : chacun fait ce qui lui plait selon la religion qui est la sienne. « Moi, je ferai ça ; les autres ont le droit de faire autre chose ». Ce relativisme mène tout droit au subjectivisme : chacun fait son petit marché dans les dogmes de sa propre religion, prend celui-ci, laisse celui-là : c’est une affaire qu’il prétend régler avec sa propre conscience. J’en ai connu à l’époque de Jean-Paul 2, alors que celui-ci partait en croisade contre la contraception, qui disaient : « Le sexe ? Au lit, avec mon mari ça nous regarde, c’est pas au Pape de dire ce que nous devons faire. » Un Pape qui va fureter dans les petites culottes, c’est limite dégoutant.

 

Alors c’est peut-être le moment de risquer une remarque qui pourraient aider au dialogue entre les religions : admettons que les dogmes ne disent pas la vérité, ou plutôt qu’ils ne cherchent pas à la dire. Le développement de l’embryon, l’autonomie de son organisme, ses réaction mentales (s’il en a), les dogmes n’est savent strictement rien, à moins d’admettre que Dieu se soit donné la peine de révéler la vérité là-dessus aussi. En revanche dire quelle signification telle ou telle étape de la vie doit avoir, comment il faut l’envisager si on veut pouvoir se dire chrétien ou juif ou musulman, oui, là c’est une conséquence de la foi.

D’ailleurs, ça fait très longtemps qu’on dit que les religions ne révèlent pas la vérité objective, mais qu’elles organisent la vie des fidèles en leur donnant un but. Ce que nous prenons pour des vérités révélées, ce sont des images destinées à faire comprendre ce que nous avons à faire, et encore, comme le disait Spinoza, tout cela est-il raconté de façon à être compris des bédouins d’il y a 2000 ans.

lundi 3 août 2020

Confinement : un nid douillet dans lequel il fait bon vivre ? – Chronique du 4 août

Bonjour-bonjour

 

Avec le recul, on observe que le confinement a laissé des traces positives.

Ainsi de la préférence pour le télétravail. Ainsi également de la préférence accordée à Netflix (ou autre plateforme) rendant inutile aujourd’hui encore la fréquentation des salles de cinéma.

Ajoutez à cela le fait que bien des gens avouent parfois avec une certaine gêne que – oui, la période du confinement leur a parfaitement convenu, que ne pas sortir de chez eux, ou alors ne pas quitter leur jardin – en tout cas ne rencontrer personne leur a été suffisamment agréable pour que sortir de cet état ne les enchante pas particulièrement.

Additionnez tout cela et vous conviendrez que beaucoup de nos concitoyens sont adeptes du foyer bien caché dans lequel ils se retrouvent, éventuellement avec leur nichée, sans que le vent de l’imprévu ne vienne souffler sur eux ; d’ailleurs n’est-ce pas pour cette raison qu’ils gardent bien fermées portes et fenêtres ?

 

 

 

- On a spéculé sur la « Génération Y » (née entre 1980 et 1990) supposée ouverte aux grands espaces et à la remise en cause du monde que cela suppose. Et puis, ensuite, on s’est dit : « Aujourd’hui, les jeunes sont d’avantage tournés vers le numérique, le virtuel, et les rapports qu’ils nouent avec les autres sont des rapports sociaux numériques ». On a baptisé cette découverte « Génération Z » et puis on a pensé à autre chose – oubliant que du même coup les grands espaces, pfuittt ! Et puis les autres, devenus des innombrables followers, c’est depuis le canapé de son salon qu’on les rencontre, bien au chaud, volets clos. Alors, le confinement, bonne aubaine !

Je sais bien que tenir ces propos aujourd’hui où l’on voit des foules de jeunes sauter et danser, serrés comme des sardines sur les places publiques, ça fait décalé. Mais d’abord, ces jeunes font-ils cela toute l’année ? Ne sont-ils pas poussés par je ne sais quelle hormone qui travaille l’organisme entre 15 et 25 ans ? Ces jeunes gens seraient alors simplement animés par l’instinct de reproduction qui est commun à toutes les espèces vivantes, mais qui chez l’homme n’a qu’un temps.

Ah… mes amis ! Ecoutez Schopenhauer, refusez la dictature de l’espèce et restez confinés tranquilles.

dimanche 2 août 2020

Immunité collective – Chronique du 3 août

Bonjour-bonjour

 

Hier la stupeur a envahi les réseaux : le professeur Caumes, honorablement connu pour la modération et le sérieux de ses déclarations concernant l’épidémie a proposé qu’on laisse les jeunes se réunir dans des grandes fêtes au cours desquelles ils se contamineraient les uns les autres, mettant comme seule limite qu’ils n’aillent pas ensuite faire des bisous à leurs papys-mamies ; l’idée étant qu’en raison de l’innocuité du virus pour la plupart d’entre eux, cela permettrait de créer une population immunisée fort utile pour la pays tout entier. « Allez-y, les jeunes bisez-vous et puis dansez corps à corps, ça vous rendra indestructibles lors de la prochaine vague et on pourra vous mettre au travail pendant que les vieux se cacheront en tremblant dans leurs canapés ».

Hé oui, les jeunes, vous n’aviez pas vu ça comme ça ? Vous croyez être en train de défier les vieux en les poussant allègrement dehors (= dans les Ehpad ou dans le tombeau) pendant que vous récupériez les places au soleil laissées vacantes ? Ça se passera peut-être comme ça, mais n’oubliez pas que dans le même temps certains des vieux en question vous verraient bien en grouillots disponibles en temps de vague épidémique.

 

- Ne polémiquons pas. Il reste que scientifiquement la proposition du professeur Caumes tient la route… du seul point de vue statistique. Car ne l’oublions pas, du point de vue individuel, les risques de la maladie restent des risques graves, parfois même fatals. Si collectivement les jeunes sont à peu près certains de sortir indemnes de la contamination, individuellement on ne peut pas être certain d’échapper à l’hospitalisation, voire même au décès.

- « S’il n’y a qu’un risque sur cent d’y passer, je ne voudrais pas être ce pauvre type-là qui suffoque en réa pendant que les 99 autres continuent de danser toute la nuit. » Mais cette réaction est celle d’un vieux comme moi, qui cherche à préserver le peu de vie qui lui reste, pas celle d’un jeune gorgé d’énergie vitale. Les jeunes eux, ne feraient pas le même calcul ; en tout cas ce n’est pas cela qu’ils nous montrent. C’est même sur cette constatation que s’appuie la proposition du professeur.

On dirait même que la vie, moins en en a, plus on veut la conserver.

samedi 1 août 2020

Sauver le monde ? – Chronique du 2 août

(Version 2 : l’optimisme – Pour la version pessimiste, voir le post d’hier)

 

Bonjour-bonjour

 

Des rabat-joie, des pisses-vinaigre, des atrabilaires au teint jaune disent à qui veut l’entendre : « Le vieux monde, celui que nous avions cru dépasser avec nos automobiles, nos ponts, nos avions, etc… est toujours là. En croyant vaincre la nature, nous n’avons fait que précipiter notre soumission à son pouvoir : notre orgueil nous conduit à mourir étouffés par un virus, quand ce n’est pas par un masque que nous collons sur notre nez. Abandonnons notre posture de maitre de la nature ! Soumettons-nous à ses lois, et vivons selon ses rythmes – pour autant que nous le puissions encore ! »

 

Mais quoi ? Ne voyons-nous pas là, sous nos yeux, se faire ce que nous cherchions à réaliser depuis si longtemps sans jamais y parvenir ? A quoi bon « Sauver le monde » quand c’est le changer qu’il faut ? Changer le monde, oui, nous l’avons voulu encore et encore. Révolution ! Depuis le 19ème siècle nous la voulons, nous appelons à bouleverser les rapports sociaux pour que le bienêtre des hommes soit enfin au centre de son organisation.

Et voilà qu’un petit virus est venu tout chambouler : les industries les plus prospères vont faire faillite, d’autres déjà implantées se développent de façon insolentes – d’autres encore que nous n’imaginions même pas surgissent et grandissent de jour en jour – et tout cela sans violence, sans guerre, sans destructions : rien que par la disparition des hommes sans les quels rien de tout cela ne pourrait fonctionner. 


- Bien sûr, les nouvelles Entreprises se proposent déjà de devenir les maitres du monde et de soumettre l’humanité à la loi de leur profit. Bien sûr de telles ruptures dans l’histoire ont déjà eu lieu sans que le destin des humains en soit amélioré – qu’on pense à la révolution industrielle qui a « permis » aux paysans pauvres de devenir des prolétaires surexploités. Bien sûr, le profit reste encore et toujours l’horizon des projets. Mais à chaque rupture, des chances nouvelles sont à portée de main : à nous de nous en saisir.

Sauver le monde ? – Chronique du 2 août

(Version 1 : le pessimisme)

 

Bonjour-bonjour

 

Longtemps, très longtemps – durant des millénaires sans doute – on a voulu préserver le monde humain des catastrophes en priant les Dieux, en leur faisant des offrandes et des sacrifices. Parfois on considérait que les Dieux et la nature ne faisaient qu’un, d’où la pratique des libations à la Terre conçue comme une divinité. On sait par Hérodote que Xerxès avait fait fouetter les eaux de l’Hellespont pour le châtier d’avoir détruit le pont qu’il avait construit pour franchir ce détroit (1).  

Et puis sont venus les temps modernes : il ne s’agissait plus de préserver le monde des catastrophes, mais au contraire de le changer en inventant des machines fantastiques mobilisant des forces inouïes. Nous sommes encore aujourd’hui dans cet état dans ces sociétés qu’on a baptisées « prométhéennes » 

Mais l’orgueil manifesté par cette débauche de puissance reste dérisoire : comparé au pouvoir de la nature, nous sommes aussi faibles que le roseau de Pascal : « Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer »

Cette leçon d’humilité est sans doute salutaire pour réévaluer notre action, principalement quand nous détruisons de façon irréversible notre milieu. Si Pascal a raison (et il semble bien que ce soit vérifié), s’il ne nous reste plus qu’à nous cacher, apeurés par le virus, alors à quoi bon ? Nous aussi nous avons construit des ponts, et comme Xerxès nous les verrons détruit.

 

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(1) "Εau amère, c'est un maître qui t'inflige ce châtiment, parce que tu lui as fait tort, sans en avoir subi aucun de sa part. Et le Roi Xerxès te traversera, que tu le veuilles ou non ; pour ta punition, aucun homme ne t'offre de sacrifice, à toi qui es un fleuve bourbeux et saumâtre." – Hérodote – Histoire