lundi 12 octobre 2020

Le Roi règne mais ne gouverne pas – Chronique du 13 octobre

 

Bonjour-bonjour

 

« Le Roi règne mais ne gouverne pas » : vous connaissez peut-être cette formule utilisée après 1830 par les opposants à la monarchie de juillet ? Elle correspond à la monarchie constitutionnelle, là où le monarque est le symbole du pouvoir exécutif et non son acteur ; on en retrouve l’origine dans l’Ancien testament, lorsque le règne de Dieu est évoqué : sa transcendance interdit qu’il se mêle aux hommes pour le gouverner.

Mais aujourd’hui lorsqu’on songe à cette formule, c’est plutôt à propos de Rama X, roi de Thaïlande, 

 

 

 Ce souverain, décrit comme « hédoniste sans complexe » séjourne dans un palace de Bavière au milieu de son harem, et c’est de là qu’il prendrait les décisions concernant la gouvernance de son pays. « Il n’est pas d’avis du gouvernement que les invités dans notre pays puissent gérer leurs affaires d’État d’ici » déclare-t-on à Berlin, tandis que la partie thaïlandaise assure que « les affaires gouvernementales de Thaïlande sont dirigées par le premier ministre sur place et le roi, qui est le chef d’une monarchie constitutionnelle, séjourne en Allemagne à titre privé ». C’est donc bien le premier ministre qui gouverne depuis la Thaïlande, tandis que le roi règne depuis l’Allemagne.

 

On le voit : la question de la distinction entre le fait de régner et celui de gouverner est bien délicate à faire, et pourtant elle est au centre de notre constitution, quand il s’agit de tracer la frontière entre les attributions de Matignon et celles de l’Élysée. A quel moment le Président reste bien dans son rôle d’arbitre des choix politiques et de gardien de la constitution sans être taxé de potiche, tout juste bon à inaugurer les chrysanthèmes ? A quel moment envahit-il le domaine des prérogatives du premier ministre, rétrogradé au rang de « collaborateur » ? 

Plus généralement : peut-on régner sans gouverner ? Et peut-on gouverner sans régner ? On l’a vu, c’est l’Ancien testament qui seul parvient à résoudre ce dilemme : Dieu le Père, doté de la Transcendance absolue, ne s’abaisse pas à intervenir dans la vie des hommes ; les Dieux grecs l’ont fait et on sait que ce fut au détriment de leur Gloire. Quant à gouverner on peut estimer que le Saint Esprit s’en est chargé, en transmettant aux hommes la puissance du souffle divin dont il est l’émanation. Il est l’interface qui permet à l’émanation de Dieu de parvenir aux hommes. 

Voilà une conception du pouvoir que notre République laïque ne saurait partager !

dimanche 11 octobre 2020

La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Sur le retour de Sophie Pétronin, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer, mais si j’y retourne aujourd’hui, c’est en raison des déclarations qu’elle a faites en arrivant en France, disant : « Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites “Sophie”, mais c’est “Mariam” que vous avez devant vous ! ». A ce moment il y a eu un malaise, même si la grosse machine à sanglots déployée par les chaines d’info a continué à tourner, jonchant le tarmac de Villacoublay de pétales de roses. 

Dans le même temps, alors que son fils la voit comme une opportuniste, se convertissant pour survivre (1), les médias d’extrême droite la désignent comme étant une djihadiste, stigmatisant son refus de qualifier ainsi des geôliers. Mais de toute part on critique le fait que sa libération ait nécessité celle de 200 djihadistes : que vaut la vie d’une citoyenne française ?

 

- Si la question est de savoir si la conversion à l’islam de Sophie Pétronin est sincère ou seulement opportune, seuls les sondeurs de cœurs et de reins pourront répondre ; si par contre elle est de dire combien vaut la vie d’un otage, alors oui, on peut s’interroger.

Oui, mais pour dire quoi ? Il n’y a pas de marché pour définir le prix d’une vie, et par définition elle vaut « tout l’or du monde ». Les laboratoires pharmaceutiques qui sont les seuls spécialistes de la chose le savent : à supposer qu’ils aient un médicament qui sauve la vie de ceux qui le prennent lorsqu’ils ont un cancer bien avancé, le prix du médicament est la totalité de la fortune des clients. Dans les pays riches c’est plusieurs centaines de milliers de dollars ; dans les pays pauvres, c’est beaucoup moins – pour revenir à notre propos, c’est la raison pour laquelle on n’enlève généralement pas les citoyens des pays pauvres.

Seulement le cas de Sophie Pétronin est différent : car elle a été échangée contre d’autres vies, celles des combattants libérés. Ici on pourrait s’interroger : dans le cas de l’échange d’espion durant la guerre froide, c’était une vie contre une vie, un pour un – le marché est honnête. Mais dans le cas présent c’est une vie pour 200 : marché de dupe ? 

Alors, il faut rappeler que cet échange a été négocié par la junte au pouvoir au Mali, que l’opposant politique Soumaila Cissé faisait partie de l’échange, ainsi que deux autres otages : beaucoup d’autres variables ont dû être prises en considération. Ce qui ne résout pas le problème, car de toute façon on ne pourrait le résoudre qu’à condition d’oublier que la vie d’un être humain n’a pas de prix.

« La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie » disait Malraux (2)

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(1) « Elle a eu raison. Quand on s'apprête à vivre ce genre d'aventure, on a plutôt intérêt à se familiariser avec les us et coutumes et essayer d'être plus dans l'acceptation, la compréhension. (…) A court ou moyen terme elle va vivre à Neuchâtel avec notre famille, à la neuchâteloise, donc je vais pas l'appeler Mariam » (déclaration du fils de Sophie Pétronin lue ici)

(2) Belle citation dont Alain Souchon a fait une chanson (écoutez ici)

samedi 10 octobre 2020

Le chaos déterministe – Chronique du 11octobre

 


 

Bonjour-bonjour

 

« L’imprévu est-il imprévisible ? » : cette question fut un sujet de dissertation de philo du bac, devant lequel bien des parents et des profs de philo pâlirent un peu : les premiers en se demandant ce qu’ils répondraient eux-mêmes, les seconds ce qu’on peut légitimement attendre des candidats. Sujet qui, repris aujourd’hui, ne soulèverait plus la même difficulté, et qui pourrait même éclairer les esprits un peu déboussolés.

Car, voilà que les fureurs de la météo, avec le déluge quasi biblique qui a noyé les hautes vallées du pays niçois, nous mettent devant l’obligation d’avouer notre impuissance à deviner les déchainements de la nature. Cette furie qui va au-delà de tout ce que nous avions imaginé, arrachant nos routes alors que nous les croyions à l’abri, 15 mètres au-dessus du lit du torrent, et détruisant des maisons plus que centenaires, ne pouvions-nous donc pas l’anticiper ? Ne pouvions-nous pas, faute de lui faire face, la fuir en évacuant les habitants ? Bref, si l’expérience des vieux du pays ne suffisait pas, si eux-mêmes étaient impuissants à prévoir ces cataractes, notre science, oui, celle qui nous prédit avec tant d’assurance les désordres du climat, comment a-t-elle pu passer à côté de cet épisode méditerranéen, si dantesque qu’il fut ? 

--> A quoi servent donc les prévisionnistes de météo-France ?

Les philosophes qui ne sont certes pas des prévisionnistes, mais qui ont gardé leur liberté d’esprit pour réfléchir sur ce que beaucoup refusent d’imaginer, observent quant à eux qu’on ne peut prévoir que ce qui obéit à un déterminisme quelconque. Or le temps météorologique obéit à des données physiques biens connues et mesurables : donc prévisibles. Il n'y a pas de hasard.

Seulement voilà: c’est ignorer l’existence du chaos déterministe, qui rend imprévisible de façon rigoureuse le temps qu’il fera demain. 

Les curieux liront en annexe les explications publiées par l’Université de Paris-Saclay.

Les philosophes se contenteront de philosopher : « Si on ne peut prévoir l’avenir, c’est que celui-ci n’est pas encore écrit »

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« Chaque condition initiale détermine entièrement l'évolution future car il n'y a pas de hasard : le système est déterministe. Cependant, deux conditions initiales très proches peuvent avoir des évolutions complètement différentes. L'évolution du système devient alors imprévisible car une petite erreur de mesure ou un arrondi à la 15ème décimale conduisent à des résultats complètement faux au bout d'un certain temps. C'est le chaos déterministe. 

Le météorologue Lorenz a été le premier à réaliser qu'il existe un chaos déterministe. En météo, cela a pour conséquence qu'il sera toujours impossible de prévoir le temps du mois prochain. » La suite ici.

vendredi 9 octobre 2020

Les mots et les choses – Chronique du 10 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les rassuristes, les catastrophistes, qui se retrouvent en présentiel ou en absentiel… Ouf ! n’en jetez plus, la cour est pleine – pleine de néologismes qui sont apparus comme ça, un jour, sans crier Gare ! et qui vont disparaitre demain en même temps que les choses qu’ils désignent. Telle est la vie ordinaire du langage humain, et telle est la situation inédite créée par l’épidémie qui nous préoccupe tous depuis presque dix mois. Mais si neufs soient-ils ils doivent absolument se plier aux règles universelles de la langue.

- Comme par exemple d’intégrer chaque mot nouveau dans un système d’opposition qui le définit en le distinguant des termes voisins. Saussure disait : « Dans la langue, tout n’est que différence » et on voit bien qu’un mot nouveau se définit par opposition : le « rassuriste » s’oppose au « catastrophiste », de même que le « présentiel » s’oppose à l’« absentiel ».

- Mais il faut aussi que chacun de ces termes existe pour une communauté à l’intérieur de laquelle il circule. Car s’il est essentiel que ces mots soient en rapport avec une idée ou une chose nouvelle, il faut aussi qu’ils soient reconnus et utilisés avec toujours le même sens – ou plutôt avec la même intention signifiante. Je m’explique : quand je parle des rassuristes, j’entends non pas simplement des gens qui sont rassurants, mais plutôt des médecins (et non des membres d’une communauté Internet quelconques) qui apportent la caution de leur science pour minorer les pronostics anxiogènes de leurs confrères. Le suffixe -iste apportant quant à lui l’idée d'une communauté fermée et dont les affirmations sont peut-être sans valeur en-dehors de ses membres.

On pourrait s’interroger pourquoi tant de néologismes en ce moment : s’agit-il de fantaisies, sorte de snobisme lexical, juste utile pour se désigner membre d’une collectivité particulière qui se distingue des autres par sa façon de parler ? A moins qu’il s’agisse de montrer que tout est nouveau aujourd’hui, et que les mots du dictionnaire attachés à une époque révolue, sont périmés, désormais sans usage valable ? 

jeudi 8 octobre 2020

Au boulot ! – Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’en ai plein les charentaises des déclarations officielles complimentant les mesures prises pour contrer l’épidémie. Car je commence à percevoir un peu trop nettement la petite musique qui dit : « Protégez tout ce qui permet à la machine économique de tourner, même au prix de quelques clusters de plus en entreprise ; et fuyez les fêtes, et même les loisirs. 

- Bossez, et rentrez chez vous pour dormir et recommencer demain.

- Rentrer : dans des métros bondés ? 

- Oui, et alors ? 

- Ah mais du coup, on pourra aussi aller dans des bars qui sont juste un peu moins remplis ?

- Vous n’y pensez pas, irresponsable, mauvais citoyen ! Essayez un peu pour voir ce que ça fait de payer les amendes ! » 

 Et pourtant : étant retraité je devrais applaudir aux mesures qui maintiennent ouvertes les entreprises pour que les jeunes bossent et payent nos retraites ; étant trop vieux pour être touché par les fermetures de bars, discothèques et autres lieux festifs : je devrais être le supporter idéal du gouvernement. Mais je n’aime pas trop qu’on mette en avant de façon si évidente le fait qu’on n’est que du bétail, nourri sous condition que ça engraisse d'abord les éleveurs.

Freud disait : être normal, c’est aimer et travailler. Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que pour être sain il faut seulement travailler – point barre. On répète à plus soif que depuis que l’homme est l’homme il n’a survécu qu’à condition de coopérer. Je ne sais pas si ce sont les américains qui ont inventé cette théorie, mais on la retrouve partout et ce sont les archéologues eux-mêmes qui prétendent établir cette vérité : des fractures consolidées sur des squelettes paléolithique prouvent que certains ont dû être pris en charge par la communauté le temps de guérir. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que, quand les Cro-Magnon s’assemblaient autour du foyer, ils ripaillaient d'abord et puis copulaient à qui mieux mieux (1). Peut-être même ont-ils inventé la musique et la danse à cette occasion : il faudrait la plume d’un Rousseau pour nous raconter ça.

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(1) Ceux qui ne connaissent pas bien les Cro-Magnons écouteront avec profit cette chanson scout.

mercredi 7 octobre 2020

Droit de vie ou de mort à la télévision iranienne – chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

Une jeune femme condamnée à mort pour le meurtre son mari, ne peut espérer être sauvée que par la fille de ce dernier : pardonnée, elle est graciée ; si le pardon lui est refusé, elle part pour le gibet. Mais si le pitch de Yalda, la nuit du pardon de Massoud Bakhshi fait passer des frissons dans le dos, c'est parce que c’est au cours d’une émission télévisée que le pardon lui sera ou non accordé

Quelle horreur ! Imaginez cette émission où une femme risque d’être pendue à l’issue de l’émission si elle ne parvient pas à arracher le pardon de sa belle-fille. Dernière séquence : elle échoue et ça tourne mal pour elle : la voici qui quitte le plateau dans un fondu au noir des caméras, avec une musique bien funèbre – elle part pour le gibet.

 


Reconstitution du Gibet de Montfaucon, tel qu’il exista à Paris du XIème au XVIIème siècle.

 

Rassurez-vous, chers lecteurs, ceci n’est que le pitch d’un film, donc une fiction. Mais ne vous réjouissez pas trop quand même, car voici ce que déclare le réalisateur : « Je me suis inspiré d’une véritable émission télévisée iranienne, même si j’ai adapté la réalité pour réaliser la fiction ». Il s’agit de Mah-e Asal, émission qui a été diffusée de 2007 à 2018 pendant le mois du Ramadan devant des millions de téléspectateurs. « J’ai tout exagéré, insiste le cinéaste, mais plusieurs amis m’ont dit, mi-figue mi-raisin, que je devrais déposer le concept de l’émission qui pourrait être exploité, notamment aux États-Unis » (Lu ici)

… Même aux États-Unis : Ah bon ? J’imaginais une telle émission en Iran, avec et un public cruel et affamé de spectacle de lapidations, tortures et autres abominations. Et voilà qu’on nous dit que les américains seraient consommateurs de tels produits ? Je leur imaginais un estomac plus sensible ! Oui, mais quand même, ce qui pourrait fonctionner aux US, c’est ce concept de pardon en public, parfaitement adapté aux émotions basiques procurées par la télé réalité.

Mais alors ce genre d’émission existe peut-être déjà ? Si c’est en effet bien adapté au goût du public américain, on imagine sans peine un couple en crise devant les caméras, le mari infidèle racontant devant sa femme ses turpitudes et la suppliant avec des sanglots dans la voix de lui accorder son pardon, pour l’amour qu’il lui porte et pour celui de leurs enfants éplorés.

Oui, ça doit bien fonctionner, donc ça doit exister. Sauf que le concept, ce n’est pas tant le pardon que ce qui suit l’émission : quand le candidat quitte le plateau après avoir soit gagné soit perdu son défi,  il ne doit pas partir comme il est arrivé

Dans le film iranien, la femme qui n’a pas obtenu le pardon de sa belle-fille part pour la pendaison.  Dans son adaptation américaine, soit le mari infidèle repart enlacé avec sa chérie qui lui a accordé son pardon, soit il part seul, courbé sous les huées du public, et si possible avec un signe d’infamie indélébile qui va le signaler dans le rue.

Certes, cette émission n’existe pas, mais on peut supposer que son concept est déjà déposé, et que le réalisateur n’attend pour la mettre à l’antenne que l’opinion ait suffisamment évolué.

Et c’est peut-être pour dans pas longtemps. 

mardi 6 octobre 2020

Sophie Pétronin est libre - Chronique du 7 octobre

Bonjour-bonjour

 

Sophie Pétronin l’humanitaire française enlevée au Mali était retenue en otage depuis le 24 décembre 2016. Elle a été libérée à l’issue de négociations aboutissant à la libération de plus d’une centaine de djihadistes. (Lu ici)

 

Rien que de très ordinaire, dira-t-on. Sauf que personne ne se rappelait plus de son existence, ni bien sûr de sa détention… Ceux d’entre nous qui ont une longue mémoire se rappellent pourtant encore d’autres otages, comme Florence Aubenas, journaliste à Libé, dont le portrait fut sur toutes les mairies pendant de longs mois, ou Hervé Guesquière dont la photo apparaissait chaque jour à l’issue du JT. Pour Sophie Pétronin, rien de tout cela et si elle n’avait eu un fils déterminé à obtenir sa libération, personne n’aurait rien su de son sort.

 

Nous ne prétendons pas savoir si ce fut pour elle une malchance ou bien si au contraire ces négociations ont eu une meilleure opportunité d’aboutir dans les ténèbres médiatiques – on a quand même mis 4 ans à trouver une issue favorable. Mais surtout, sa détention n’a pas paru suffisamment scandaleuse pour remuer durablement l’opinion : même averti des risques qu’elle courait du fait d’une santé fragile, les réseaux sociaux ne se sont pas mobilisés, pas plus que les médias nationaux. On dira peut-être que les temps ont changé, que par exemple, dans les années 70, le rapt et la détention de madame Claustre au Tchad fut une affaire d’État traitée au plus haut niveau politique – au vu et au su de tout le monde. Quant à madame Betancourt et à son passage en France après une libération rocambolesque, nul ne l’a oubliée. 

Non, rien de tout cela ne nous a étonné à l’époque, mais il faut le dire, aujourd’hui nos émotions ne se cristallisent plus sur les mêmes évènements. J’imagine le psychisme humain comme une machine à produire des émotions. De même qu'autrefois on pensait que nous avions des humeurs qui s’écoulaient depuis notre tête jusque dans les profondeurs de notre corps, on croit aujourd’hui que nos émotions sont issues de centres spécialisés de notre cerveau où elles sont produites en quantité variables selon les circonstances et d’où elles doivent absolument s'évacuer sous peine de troubles plus graves. C’est ainsi que, dès que surgit un traumatisme, on met en place des cellules de soutien psychologique dont le rôle est de faire parler les victimes afin que leurs émotions ne restent pas enfermées dans le psychisme où elles risqueraient de faire des dégâts.

Les émotions sont probablement les plus anciennes manifestations du psychisme humain, sans doute bien plus anciennes que la raison qui a dû attendre l’apparition du néocortex pour exister, et elles ont suffi à assumer la survie de l’espèce dans la lointaine époque où elles étaient seules. Elles étaient alors assez solides, assez réactives pour permettre des comportements efficaces, sans quoi nous ne serions plus là pour en parler. Avions-nous donc  un « pragmatisme émotionnel » à l’époque du paléolithique ?

Nul ne sait. Notons simplement que dans ces temps lointains on n’avait pas encore inventé les chaines d’info 24/24 et qu’Internet n’existait pas encore.