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samedi 2 novembre 2024

Dura lex ? Pas suffisamment ! – Chronique du 3 novembre

Bonjour-bonjour

 

Maître Zavarro l’avocate de Dominique Pelicot déclare : « Il a aujourd’hui le recul nécessaire de se dire que ce qu'il a fait est immonde. Dès le départ, dès les auditions, c’est un homme qui regrette et qui sait que ce qu’il a fait est impardonnable », a conclu l’avocate marseillaise. (Lu ici)

 

Je retrouve sans cesse le même problème à l’occasion des crimes perpétrés sans aucune excuse : peut-on pardonner, et sinon que peut-on faire de ces criminels une fois qu’ils ont exécuté leur peine, payant ainsi « leur dette envers la société » ?

Selon cette déclaration monsieur Pelicot « regretterait ce qu’il a fait et qui est impardonnable » : la sanction pénale serait-elle à même de rendre sa place dans la société celui qui est impardonnable ? Peut-on lui dire « Je sais que tu ne mérites pas d’être pardonné, mais tu as fait ta peine jusqu’au bout, te voilà mon voisin et je l’accepte » ?

- Le cas est réel : j’ai un voisin qui a fait 10 ans de prison pour avoir tué un handicapé afin de lui voler son RSA. Ignoble ! Comment peut-on cohabiter avec un tel homme, qui en d’autres temps, aurait mérité la potence ? Comment admettre que faire 10 ans de prison suffise ? Ne fallait-il pas lui appliquer le Talion, et le tuer comme il avait tué ce pauvre paralytique ?

 

- Là comme ailleurs, c’est la vérité judiciaire qui s’impose : la loi dit que la peine pénale dicte le comportement que nous, les concitoyens, devons avoir envers le criminel : son crime a affecté la société entière et la loi est la voix par quelle on nous dit ce que nous avons à faire.

La leçon est rude, mais incontournable : nous ne sommes pas en l’affaire des gens doués de sensibilité, d’émotions et d’opinions ; nous sommes des personnes abstraites, définies par la constitution de notre pays et soumis à sa volonté dans des limites rigoureusement définies.

samedi 31 décembre 2022

Allez – la bonne année quand même ! – Chronique du 1er janvier

Bonjour-bonjour

 

L’actualité ne nous lâche pas : même un premier janvier un pape peut décider de laisser un testament spirituel en mourant inopinément. 

Ainsi de l’ex-pape Benoit XVI, décédé hier et dont le testament, rédigé en 2006, durant son pontificat, a été dévoilé hier, et dont on lira ici quelques extraits.

Et dans ce document, il déclare : « À tous ceux à qui j'ai causé du tort d'une manière ou d'une autre, je demande pardon du fond du cœur ». Là on sursaute : si les fautes pour lesquelles le pardon est demandé ne sont pas nommées, c’est qu’elles sont ignorées. Et pourtant le Pape demande qu’on le pardonne pour ces fautes-là aussi : est-ce donc possible ? 

                        - Pour cela il faut qu’on soit responsable non seulement de ce qu’on a fait pour l’avoir voulu, mais encore des effets négatifs de nos actes, alors même qu’on n’y avait pas songé – voire même qu’on ne pouvait pas les connaitre. 

            - En admettant cette responsabilité il faut aussi admettre que le pardon sollicité après coup puisse être accordé. 

            - Et d'ailleurs, n’est-on pas également responsable de cette ignorance ? On peut pardonné de la faute qu'on a commise ; mais est-ce la même chose de demander pardon pour avoir ignoré les conséquences négatives de nos actes - alors même qu’on aurait dû en avoir conscience, et du coup ne pas la provoquer ? C'est un peu comme celui qui impose par la violence un acte sexuel et qui, ensuite, s’excuse en disant : « Pardonne-moi je ne savais pas que ça te déplaisait »

            - Alors, de quoi Joseph Ratzinger aurait-il dû avoir conscience ? Que les musulmans ne seraient pas heureux de sa description de leur religion comme d’une source inextinguible de violence ?

            - Que les pédocriminels de son diocèse aient fait des victimes, raison pour laquelle a « omis » de les signaler à la police ?

            - Que lutter comme il l'a fait  contre la théologie de la libération, priverait les pauvres et les opprimés de leur espoir de retrouver leur dignité ? 

            - Que prétendre que le préservatif risquait de développer le sida au lieu d'en protéger aurait des conséquences sanitaires désastreuses ?


Il y a de quoi en effet demander pardon ; mais il y a aussi matière à s’étonner d’une pareille inconscience de la part d’un pape, qui a été de surcroit l’un des plus proches collaborateur de Jean-Paul II.

Plutôt que de demander pardon pour avoir nui à des pauvres gens dont le seul tort est d’avoir cru en l’Église, il aurait mieux valu qu'il démissionne tout de suite.

 

Allez – la bonne année quand même !

lundi 19 septembre 2022

Y a pas mort de femme… - Chronique du 20 septembre

Bonjour-bonjour

 

Le gifle administré à son épouse par Adrien Quatennens secoue la classe politique – et d’abord, suffit-elle pour contraindre le député du Nord à se mettre en retrait de la vie publique, alors que Éric Coquerelle reste malgré une accusation de viol à la tête de la commission des finances de l’Assemblée nationale ? 

D’ailleurs est-ce si grave ? Monsieur Quatennens a donné une description apparemment objective des « violences » en question – en tout cas son récit est raccord avec ce qu’on sait de la main-courant de son épouse ; le voici : « Il reconnaît lui avoir d'abord "saisi le poignet" lors d'une première dispute. Au cours d'une autre, elle se serait "cognée le coude" tentant de récupérer son téléphone portable, qu'il avait entre ses mains. Adrien Quatennens mentionne également "un autre fait daté d'un an, où, dans un contexte d'extrême tension et d'agressivité mutuelle, j'ai donné une gifle". Un geste "qui ne s'est jamais reproduit", assure-t-il » (lire ici).

 

L’accusation portée par Sandrine Rousseau est pourtant inflexible : la loi a été bafouée et dès lors le geste doit être pénalisé : "Une gifle, c'est un délit", rappelle la députée EELV. Par conséquent, selon elle, il n'est "pas possible" qu'Adrien Quatennens poursuive dans ses fonctions politiques » affirme-t-elle (Lu ici). 

- Pourtant, y a pas mort de femme ! 

- Peut-être – et heureusement – mais, la violence, c’est la loi qui la définit - et c’est elle qui dit à quelle sanction on s’expose pour l’avoir commise.

- D'accord. Mais dans le cas de monsieur Quatennens la sanction du juge va être décuplée par celle de la rue ; s’agissant d’un homme public, pourquoi ne pas lui éviter une telle punition qui serait alors disproportionnée ?

- C’est que le cas des violences administrées par le député du Nord, même bénignes, risquerait de mettre la loi au défi de s’appliquer. L’essentiel est de montrer qu’une fonction telle que celle de député impose au contraire une exemplarité de conduite et donc aussi celle de la punition. Il faut montrer que nul ne peut échapper à la loi – pas même monsieur Quatennens.

 

- Ceci étant je voudrais dire que c’est peut-être mieux comme ça. Car la judiciarisation exclut le jugement moral – ou du moins il n’en tient pas compte :  si la gifle est un délit, alors elle n’est plus une faute.

Mais supposez que vous considériez quand même qu’elle reste une faute ; que celui qui la porte a violé une valeur fondamentale de respect et d’amour. Comment racheter une faute ? Ici, nul code pénal, nulle sanction. Le rachat est impossible, seul le pardon de la victime peut laver la tache. 

- Et ça, c’est pas gagné.

samedi 6 novembre 2021

120 évêques demandent « pardon à Dieu » - Chronique du 7 novembre

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, dimanche, occasion d’avoir une pensée pour les victimes des prêtres-pédophiles à travers la repentance publique des évêques réunis ces jours-ci à Lourdes.

« Les 120 évêques, qui n’étaient pas vêtus de leurs habits liturgiques à la demande des victimes, des religieux, des prêtres et des laïcs se sont ensuite rendus sur l’esplanade de la basilique Notre-Dame-du-Rosaire, où, après la sonnerie du glas, ils ont participé à une prière de pénitence, certains à genoux, demandant « pardon à Dieu ». (Lu ici)

 


Eric de Moulins-Beaufort archevêque de Reims

 

En matière de repentance, l’Église possède une certaine expérience : faute de revenir sur les faits, par exemple en indemnisant les victimes, ils s’adressent à Dieu : donner rémission des fautes aux prêtres-pédophiles – ce que l’argent ne saurait faire, Lui seul le pourrait  

 

Comment effacer sa faute ? Tous les hommes connaissent ce dilemme qui consiste à vouloir revenir en arrière pour faire que l’acte n’ait pas été commis – mais rien n’y fait : à tout jamais il reste vrai que toi, homme torturé par le remord, tu as commis cet acte, et rien ni personne ne pourra te permettre de remonter jusqu’au temps de l’innocence.

Ne pouvant l’effacer, il reste, comme le montrent les évêques de France, à en obtenir le pardon. Mais pour pardonner une faute aussi grave, il faut un amour infini. Seul Dieu le pourrait – mais c’est une grâce qu’on ne peut jamais être sûr de mériter.

Alors ? Ultime possibilité, faire au moins que ça ne puisse plus jamais se produire. C’est ce chemin qu’ont éclairé les évêques en reconnaissant officiellement la « responsabilité institutionnelle » de l’Église et le caractère « systémique » de ces crimes. Mais il ne suffit pas de montrer la voie : il faut encore s’y engager.

L’ombre du père Preynat a plané sur Lourdes ces jours-ci.

mardi 26 octobre 2021

Le pardon et la prescription – Chronique du 27 octobre

Bonjour-bonjour

 

Après la publication de son livre Éloge de la prescription, son autrice Marie Dosé s’est exprimée sur les plateaux télé, ce qui me permet d’évoquer le sujet de la prescription.

 

La prescription juridique est un principe général de droit qui désigne la durée au-delà de laquelle une action en justice, civile ou pénale, n'est plus recevable (lire ici). Quoique très technique dans son application, sa définition est relativement simple : la prescription établit qu’au-delà de 5 ans (sauf cas spéciaux) les poursuites judiciaires sont éteintes du fait de l’inaction des enquêteurs ou des titulaires des droits. Ainsi un débiteur est libéré de sa dette lorsque son créancier n’est plus en mesure d’établir la preuve d’un paiement – ce qu’on décrète être le cas au-delà de la période définie plus haut.

En dehors de ses aspects techniques, la prescription nous intéresse par les principes qui la conduisent.

- On assimile souvent la prescription à l’oubli, mais ce n’est pas tout à fait exact. Il s’agit aussi d’établir qu’en matière de droit pénal rien n’est éternel. Tout doit donc s’oublier, ce qui suppose qu’au-delà d’un délai durant lequel la justice peut passer, la poursuite de la faute doit cesser. Sous cet aspect la prescription remplit la même fonction que la sanction pénale, qui doit rendre possible la réinsertion du criminel dans la vie collective

 

Dans toute société il faut qu’un principe général régisse la vie en communauté. Dès qu’un délit empêche que cette vie se poursuive, alors ou bien on élimine de fautif (peine de mort ou de relégation) ou bien on établit une peine au-delà de laquelle le criminel est réinséré dans la vie sociale.

Le principe majeur qui se dégage est que la vie en société doit suivre son cours dès lors que l’évènement qui l’a troublée est dépassé. En matière de morale, c’est le pardon qui assure cette fonction : dire « Je te pardonne » ne revient pas à dire « J’ai oublié ta faute », mais « J’accepte de vivre avec toi comme si rien ne s’était passé ». En matière juridique où aucune règle ne peut imposer un tel principe, la prescription, qui annule les poursuites du délit, agit comme la peine de prison qui rachète le crime.

Maire Dosé prend comme exemple de refus de la prescription le cas de Bertrand Cantat, qui après avoir purgé sa peine pour le meurtre de sa compagne Marie Trintignant, est harcelé par des groupes féministes qui l’empêchent de poursuivre sa carrière de musicien. Ces actions qui cherchent à démontrer que ce crime est irréparable sont non seulement des formes d’injustice, mais en plus elles rendent la vie sociale impossible.

lundi 31 mai 2021

Un peu d’humilité S.V.P. – Chronique du 1er juin

Bonjour-bonjour

 

Moi, il y a des trucs qui me font sursauter. Par exemple quand j’entends que dans son discours aux Rwandais destiné à les apaiser après l’horrible massacre dont la France fut hélas partie prenante, notre Président a dit en substance : « Je ne demande pas pardon pour la France, mais j’accepte qu’on l’excuse ». Accepter d’être excusé, est-ce une façon de reconnaitre qu’on a commis une faute ?

On savait qu’Emmanuel Macron était un maître en rhétorique et un subtile dialecticien ; mais là ça touche au génie – ou à la canaillerie, selon son humeur politique. On est dans l’emberlificotement des idées au terme duquel on ne sait plus qui doit faire quoi. 

 

- Le pardon est certes une attitude morale, un don que l’on fait sans égard aux circonstances ; mais peut-on accorder son pardon à quelqu’un qui ne le demande pas ? Peut-on dire « Je te pardonne pour ce que tu nies m’avoir fait ? » La reconnaissance de la responsabilité dans le mal qu’on a fait parait indispensable pour que le pardon s’exerce, parce que sans cet aveu il perd son sens. 

- Et puis voyez aussi cette attitude qui consiste à dire, non pas que l’on consent à demander pardon, mais qu’on consent à l’être.  Imaginez l’amant qui dirait à sa Dulcinée « Je ne te demande pas pardon pour l’infidélité que je viens de commettre ; mais vois-tu, parce que je t’aime encore, je consens à ce que tu me pardonnes. » Dehors le goujat !

Je constate que, quant à eux, les Rwandais se sont déclarés satisfaits avec ça ; étonnant, à moins qu’il y ait eu des compensations en dessous de table dont nous n’aurions rien su.

dimanche 28 mars 2021

Les blancs ? Tous coupables ! – Chronique du 29 mars

Bonjour-bonjour

 

Suite aux réunions racialisées auxquelles assistent les gens de couleurs réunis en tant que présumés descendants d’esclaves et dont étaient exclus les blancs, la polémique connait un nouveau rebondissement avec la réaction d’Audrey Pulvar, adjointe de la maire de Paris qui a déclaré : « S’il se trouve que vient à cet atelier une femme blanche, un homme blanc, il n’est pas question de la ou le jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire, d’être spectateur ou spectatrice silencieux ». (Lu ici)

On la remercie de sa modération, et on en profite pour se demander : mais enfin, qu’est-ce qui est en jeu dans cette posture ? Et pourquoi est-elle si courante, au point qu’on se rappelle à cette occasion les meetings MLF des années 70 interdites aux hommes ?

C’est bien simple : les descendants d’esclaves sont supposés porter tout le malheur dont leurs aïeux ont été victimes dans les champs de coton ou de canne à sucre, tandis que la culpabilité de la barbarie de leurs maitres est collectivement portée par les blancs, supposés être leurs descendants.

Droit au but : comment appelle-t-on la faute dont la culpabilité se transmet héréditairement depuis les auteurs d’un crime jusqu’à leurs descendants – une faute qui se commet non en la réalisant mais par héritage ? Ça s’appelle le péché originel. Rien que ça.

A noter que du fait du recul de la foi religieuse, ce n’est plus Dieu qui est l’offensé, ce sont des hommes et des femmes courbés héréditairement sous la même férule que leurs ancêtres. Mais filons quand même la métaphore : les fidèles vont prier dans les églises pour demander à Dieu le pardon de leurs péchés – conséquence de la faute d’Adam. Alors, tandis que les « noirs » seront en meetings anti-colonialistes, que feront les blancs ?

- Rien, parce qu'une faute héréditaire est par définition impardonnable. Et quand bien même on pardonnerait, ça ne servirait à rien : une telle faute, ça repousse toujours !

mardi 20 octobre 2020

Oups ! Pardon monsieur le percepteur – Chronique du 21 octobre

Bonjour-bonjour

 

Connaissez-vous « le droit à l’erreur » ? Non, pas celui des excuses foireuses des jeunes gens mal éduqués et qui ont fait un peu trop de bruit samedi soir. Non : il s’agit du droit à l’erreur que le gouvernement accorde à tous les citoyens, et qu’il vient de populariser via un site dédié sur Internet.

Vous voulez en savoir plus ? Allez donc voir sur oups.gouv.fr

J’y suis allé. Là j’ai rencontré Monsieur Oups !

 


 

Monsieur Oups ! est très sympa, le genre de garçon nextdoor qu’on inviterait bien au débotté pour un apéro dinatoire – et plus si affinités. Mais Monsieur Oups ! parle aussi. Il nous explique qu’on est tous pareils, tous capables d’oublier ou de ne pas toujours tout comprendre et donc de faire une erreur. D’ailleurs le site oups.fr le montre : l’erreur peut être en notre défaveur comme lorsqu’on oublie de faire valoir nos droits à exonération d’impôts ou de taxes. Sauf que là ce n’est pas à proprement parler un « droit », mais plutôt une recommandation à ne pas se priver soi-même d’un droit. 

--> Par contre, l’erreur qu’il ne faudrait pas commettre serait elle qui consiste à frauder le fisc. « Pouah ! dit Monsieur Oups ! : frauder le fisc, c’est pas beau ça ! » : plus qu'une erreur, ce serait une faute ! Mais comme l’a expliqué le prof de philo de notre fils, Errare humanum est, on ne peut nous condamner pour ce qui relève de notre nature : nous n’en sommes pas responsables. Sauf qu’à réitérer, ça devient plus grave : Perseverare diabolicum comme disait Sénèque : du coup, on passe l’éponge pour la première fois, et puis tout de suite après, la matraque.

 

… Le gouvernement a de la chance d’avoir des communicants si créatifs : moi je n’aurais pas pensé à inventer Monsieur Oups ! Quoique… Est-ce bien sérieux ? Reportez-vous au site des Dernières Nouvelles d’Alsace, vous y trouverez une analyse détaillée de cette onomatopée ; ils ont même mobilisé une psychanalyste, c’est vous dire ! Et la voilà qui vous explique que dire « Oups ! » suite à une erreur qu’on vient de commettre est particulièrement violent. Oui : violent. « Nous sommes des êtres de langage, les mots sont une façon de reconnaître l’autre. Le “oups” ne reconnaît que son action à soi, pas la sensibilité de l’autre, c’est en cela qu’il est violent. »

Alors, messieurs du gouvernement, vous laissez passer ça ? Et vous rétribuez grassement les communicants qui ne pensent même pas que les mots ont un sens ?

Isabel Korolitski, notre psychanalyste, qui est une gentille personne, excuse pourtant ces messieurs : « Oups ! » s’inscrit dans la tendance langagière qui privilégie les formules toutes faites – « pas de souci », « que du bonheur » – au détriment du sens : « Ce sont des codes que l’on adopte sans les interroger, parce qu’ils nous inscrivent dans l’air du temps ».

Pas de souci : nous avons des psychanalystes pour nous rassurer. Avec le gouvernement qui veille sur nous, c’est que du bonheur. 

mercredi 7 octobre 2020

Droit de vie ou de mort à la télévision iranienne – chronique du 8 octobre

Bonjour-bonjour

 

Une jeune femme condamnée à mort pour le meurtre son mari, ne peut espérer être sauvée que par la fille de ce dernier : pardonnée, elle est graciée ; si le pardon lui est refusé, elle part pour le gibet. Mais si le pitch de Yalda, la nuit du pardon de Massoud Bakhshi fait passer des frissons dans le dos, c'est parce que c’est au cours d’une émission télévisée que le pardon lui sera ou non accordé

Quelle horreur ! Imaginez cette émission où une femme risque d’être pendue à l’issue de l’émission si elle ne parvient pas à arracher le pardon de sa belle-fille. Dernière séquence : elle échoue et ça tourne mal pour elle : la voici qui quitte le plateau dans un fondu au noir des caméras, avec une musique bien funèbre – elle part pour le gibet.

 


Reconstitution du Gibet de Montfaucon, tel qu’il exista à Paris du XIème au XVIIème siècle.

 

Rassurez-vous, chers lecteurs, ceci n’est que le pitch d’un film, donc une fiction. Mais ne vous réjouissez pas trop quand même, car voici ce que déclare le réalisateur : « Je me suis inspiré d’une véritable émission télévisée iranienne, même si j’ai adapté la réalité pour réaliser la fiction ». Il s’agit de Mah-e Asal, émission qui a été diffusée de 2007 à 2018 pendant le mois du Ramadan devant des millions de téléspectateurs. « J’ai tout exagéré, insiste le cinéaste, mais plusieurs amis m’ont dit, mi-figue mi-raisin, que je devrais déposer le concept de l’émission qui pourrait être exploité, notamment aux États-Unis » (Lu ici)

… Même aux États-Unis : Ah bon ? J’imaginais une telle émission en Iran, avec et un public cruel et affamé de spectacle de lapidations, tortures et autres abominations. Et voilà qu’on nous dit que les américains seraient consommateurs de tels produits ? Je leur imaginais un estomac plus sensible ! Oui, mais quand même, ce qui pourrait fonctionner aux US, c’est ce concept de pardon en public, parfaitement adapté aux émotions basiques procurées par la télé réalité.

Mais alors ce genre d’émission existe peut-être déjà ? Si c’est en effet bien adapté au goût du public américain, on imagine sans peine un couple en crise devant les caméras, le mari infidèle racontant devant sa femme ses turpitudes et la suppliant avec des sanglots dans la voix de lui accorder son pardon, pour l’amour qu’il lui porte et pour celui de leurs enfants éplorés.

Oui, ça doit bien fonctionner, donc ça doit exister. Sauf que le concept, ce n’est pas tant le pardon que ce qui suit l’émission : quand le candidat quitte le plateau après avoir soit gagné soit perdu son défi,  il ne doit pas partir comme il est arrivé

Dans le film iranien, la femme qui n’a pas obtenu le pardon de sa belle-fille part pour la pendaison.  Dans son adaptation américaine, soit le mari infidèle repart enlacé avec sa chérie qui lui a accordé son pardon, soit il part seul, courbé sous les huées du public, et si possible avec un signe d’infamie indélébile qui va le signaler dans le rue.

Certes, cette émission n’existe pas, mais on peut supposer que son concept est déjà déposé, et que le réalisateur n’attend pour la mettre à l’antenne que l’opinion ait suffisamment évolué.

Et c’est peut-être pour dans pas longtemps. 

dimanche 22 avril 2018

L’ORGANISATION BASQUE E.T.A. DEMANDE PARDON POUR LE « MAL » CAUSÉ DURANT SA LUTTE ARMÉE

Le groupe séparatiste « Pays basque et liberté », qui sera dissous en mai, a tué plus de huit cents personnes au cours des décennies de lutte contre l’Etat espagnol. Dans son communiqué du 20 avril, le groupe séparatiste ne demande rien en échange des excuses publiques. (Lu ici)

Ça ne vous rappelle rien ? Oui, Hugo, le révolutionnaire de la pièce de Jean-Paul Sartre Les Mains sales, très marquée par la problématique de la violence en politique. Certes l’interrogation sur la responsabilité n’est pas vraiment mise en cause, mais authenticité de l’engagement est primordiale ici.

Que pensent donc ceux qui ont commis les crimes dont l’ETA se repend aujourd’hui et qui restent emprisonnés pour avoir commis ces meurtres ? Doivent-ils dire : « Dois-je m’excuser avec le Parti pour les forfaits que j’ai commis ? Dois-je le regretter – voire même en avoir honte ? D’ailleurs ce qui est une faute aujourd’hui l’était-il déjà il y a 15 ans ? »
On comprend que cette rétroactivité de l’erreur pose un grave cas de conscience à ceux qui ont fait périr des ennemis.
Mais ce n’est pas tout : que doivent penser les victimes, ou leurs familles ? Ils doivent se demander : « La faute reconnue efface-t-elle la farouche arrogance des terroristes ? L’excuse permet-elle le pardon ? »
On le voit, les problématiques sont multiples. Mais toutes aboutissent à cette aporie du temps et de son irréversibilité : l’excuse ne ressuscite pas les morts parce que le temps ne peut faire marche arrière. L’excuse ne porte que sur le présent et le passé lui reste inaccessible.
Dès lors à quoi bon s’excuser ?


jeudi 15 mars 2018

ANNULATION DE LA TOURNÉE D'ÉTÉ DE BERTRAND CANTAT

Le chanteur, condamné à huit ans de prison pour avoir tué sa compagne Marie Trintignant en 2003, est depuis plusieurs semaines la cible de protestations grandissantes de plusieurs collectifs, notamment féministes, qui réclament l'annulation de ses concerts. Plus de 75 000 personnes ont ainsi signé une pétition en ligne pour demander l'annulation de sa venue en mai au festival Papillons de nuit, dans la Manche. "En mettant en lumière Bertrand Cantat, vous banalisez les violences faites aux femmes et vous les cautionnez", peut-on lire dans le texte qui accompagne la pétition.
Cet événement qui fait écho à de nombreux autres comme l’éviction de Woody Allen et de Roman Polanski lors de divers festivals du Cinéma, pose le problème du rachat de la faute et du pardon. Rien que cela, et on comprend que, dans l’atmosphère actuelle où il n’y a de place que pour les éructations et les vomissures un débat éthique ne trouve pas vraiment sa place.

Occasion de rappeler que les décisions judiciaires ne doivent pas être confondues avec les jugements moraux, et que si les premières sont parfaitement définies par la loi, sans que nous n’ayons à nous impliquer, les secondes en revanche demandent un peu plus d’engagement personnel.
Quand donc monsieur Cantat aura-t-il fini de payer ? Quand donc sa faute sera-t-elle pardonnée ? Car n’est-ce pas, à tout jamais il reste et il restera vrai qu’il a tué Marie Trintignant et rien de pourra faire que sa mort puisse être effacée. Et pourquoi faudrait-il considérer que ce crime, qui l’empêchait de monter sur une scène il y 15 ans ne l’en éloigne plus à présent, comme si cette horreur s’était estompée dans les consciences, que l’oubli puisse être admis comme adjuvant moral ?
Les victimes disent : « Nous n’oublions pas et le moins qu’on puisse nous reconnaître, c’est le droit à ne pas oublier Marie ».

Ici, le philosophe n’a rien de spécial à dire sauf que dans sa besace de philosophe, il y a des livres de Nietzsche qui affirment que l’oubli est une force active qui permet tout simplement de continuer à vivre. Refuser d’oublier le crime de Bertrand Cantat, c’est rester bloqué sur la rumination de son acte. Après tout, n’est-ce pas un peu ce que disent les américains pour justifier la peine de mort : c’est cela seul qui permet aux victimes de faire leur deuil.

Qu’on pende Bertrand Cantat !