jeudi 7 janvier 2021

Profanation – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Oui, « profanation » : c’est le mot qui vient à l’esprit devant les images de l’envahissement du Capitole à Washington, mercredi soir.

Il y a entre les monuments et les peuples des liens parfois très forts, qui sont de l’ordre de la fusion plus que de la simple réunion. Nous l’avons bien vu lorsque les Gilets jaunes ont envahi et vandalisé l’Arc-de-triomphe en décembre 2018 : ce a quoi on a porté atteinte est de l’ordre du sacré – c’est-à-dire de ce qu’on ne doit pas toucher, non pas par simple interdit, mais parce que c’est d’un ordre supérieur. Et ce qui est vrai de l’Arc-de-triomphe, lieu de la dignité nationale, l’est tout autant pour le Capitole, lieu symbolique de la démocratie américaine, celle qui a été créée par les Pères fondateurs.

Les ennemis de l’Amérique, tels Erdogan ou Ali Khamenei, en ont profité pour dénigrer la démocratie, Khamenei déclarant avec un mauvais sourire qu’on voyait combien les démocraties occidentales étaient fragiles parce qu’elles n’ont aucun cap ni aucun idéal. Venant du Guide suprême, ces mots ne surprendront pas, mais ils sonnent faux. Non pas que nos démocraties ne soient pas fragiles, parce que l’injustice commise à l’encontre d’un seul de nos concitoyens est une injustice commise à l’encontre de tous. Mais surtout parce que tous les pouvoirs (à commencer par celui des théocraties), quand ils ne reposent pas seulement sur la force, reposent sur des symboles reconnus comme sacrés. 

Le pouvoir politique est sacré, il possède une dignité telle qu’elle le légitime en l’excluant de notre monde et le rend intouchable au sens premier du mot. La profanation est comme son nom l’indique, le fait de rendre profane, c’est-à-dire de traiter une chose sacrée comme étant une chose de la vie courante – qui fait partie de notre monde ordinaire. Et c’est bien ce qu’ont fait les envahisseurs trumpistes, par exemple Richard Barnett assis, les pieds posés sur le bureau de Nancy Pelosi, la présidente de le Chambre des représentants.

 

 

Depuis mercredi, les comparaisons pleuvent pour rendre compte de cet évènement : en particulier avec les Gilets jaunes français : d’ailleurs les manifestants trumpistes ont eux-mêmes, sans le savoir peut-être, joué sur cette dimension. Ainsi Richard Barnett justifiant son attitude choquante assis derrière le bureau de Nanci Pelosi : « C’est mon bureau… Je suis un contribuable. Je suis un patriote. Ce n’est pas son bureau. On le lui a prêté. » On entendait ainsi les leaders nos Gilets expliquer qu’ils sont le peuple et qu’ils ont donc le droit de dire ce qu’est la loi et qui sont les dirigeants.

On le voit, la profanation – et donc la désacralisation – est constituée dans les deux cas par ce refus de reconnaitre l’autorité de la délégation de pouvoir constituée par le vote démocratique. Le pouvoir retombe alors de la sphère supérieure dans celle du quotidien, le quel comporte bien entendu le rapport de force pour trancher les litiges.

Raison pour laquelle le populisme tel qu’on l’a vu à l’œuvre durant quatre années avec Donald Trump porte la dictature dans ses flancs.

mercredi 6 janvier 2021

Le phallocrate et le patriarche – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

Non, ce titre n’est pas celui d’une fable, mais une remarque sur le langage vivant.

… Rappelez-vous : c’était durant les années 70, et quand des femmes du MLF parlaient de politique, elles désignaient toujours les hommes par le sobriquet de « phallocrate ». Et ça marchait aussi pour les relations hommes-femmes au travail, dans la famille, et bien sûr pour les relations amoureuses. Or, ce terme aujourd’hui est tombé en désuétude, c’est tout juste si on ne vous demande pas une traduction lorsque vous l’employez. 

On préférera aujourd’hui employer le terme de « patriarcat » - qui n’est pas exactement la traduction qu’on aurait attendue, le phallocrate revendiquant son pouvoir par la nature de son sexe, alors que le patriarche, en-dehors de sa position dans la famille, est aussi celui qui exerce une domination sur les femmes du fait de l’organisation de la société grâce aux mythes qui la soutiennent. 

Comment interpréter le glissement d’un terme à un autre ? Comme le fait observer ce site dédié à la question, ces deux termes désignent l’oppression des femmes par les hommes. Toutefois, alors que la phallocratie faisait référence à l’idée de phallus tel que la psychanalyse lacanienne, qui renvoie à un rapport particulier au pouvoir (1), nous l’a présenté, la notion de patriarcat, venue de la sociologie via l’anthropologie désigne cette domination institutionnalisée et venue du fond des âges, via les mythes et les religions. 

--> On pourrait alors estimer que ce glissement d’un terme à l’autre s’explique par une évolution des modes intellectuelles : la psychanalyse a perdu beaucoup  de ses adeptes dans les années 90, alors que l’analyse sociologique du patriarcat permet un décryptage historique tout à fait limpide.

Mais il y a une autre explication encore plus évidente : alors que les femmes ne pouvant jamais posséder le phallus, sont condamnées à une frustration perpétuelle vis à vis des hommes, nos féministes actuelles peuvent ordonner la lutte contre les abus masculins, désigner l’ennemi, qui n’est plus l’homme en général, mais le patriarche ; non plus le compagnon de leur vie, mais la société qui lui donne une place de maitre-dominateur. Au lieu de l’apartheid voulue par le MLF, on ne chasse plus aujourd’hui que les adeptes de la domination qui ont trouvé refuge dans les religions traditionnalistes. 

On trouvera dans cette analyse de la pensée de Lacan des raisons de croire que son analyse de l’amour et du besoin a gardé un rôle efficace pour une révision des rapports amour/désir entre hommes et femmes. Mais pour ce qui est de la domination exercée par les hommes sur les femmes,  la version anthropologique du pouvoir paternaliste donne une prise plus efficace à la lutte féministe – avec en prime l’avertissement de ne pas tomber dans le matriarcat.

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(1) Chez Lacan la notion de phallus est une métaphore (imaginaire) du sexe, du sexe masculin, du pouvoir sexuel, du pouvoir. (voir ici)

mardi 5 janvier 2021

Le manque d’école : il mal irréparable ? – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Parmi les expériences faites durant le « Grand confinement » (mars-mai 2020) il en est une qui fut particulièrement traumatisante : celle de la présence à la maison des enfants privés d’école. Et les parents de se lamenter devant l’humiliation de constater leur échec à aider leurs enfants confrontés à des problèmes qu’eux-mêmes échouaient à résoudre. Mais il y a eu une autre lacune très grave : c’est l’absence de discipline, faite d’organisation de la vie courante et des contraintes socialement imposées, comme l’école seule peut en instituer pour des enfants de cet âge. Kant considérait cette lacune comme irréparable, du fait des contraintes de l’âge : il y a un âge pour apprendre l’obéissance indispensable, et passé ce temps, plus rien ne permet de réparer la sauvagerie originelle (1).


Voilà une réflexion que nos sciences cognitives actuelles n’ont pas manqué de faire : les apprentissages sont liés pour la plupart au développement de l’enfant et si certains de ces apprentissages sont liés à la scolarité, alors la fermeture des écoles provoque un mal irréversible. Kant fait observer (Cf. note infra) que si on peut perfectionner son savoir à tout âge, en revanche la discipline de la nature humaine ne peut se faire que par dressage précoce des tendances rétives à la contrainte sociale. 

Bien sûr on pourra rejeter cette observation d’un philosophe prussien adepte de l’obéissance et du devoir. Mais on risquerait de jeter le bébé avec l’eau du bain. Car voilà l’occasion de constater que l’apprentissage de la vie sociale est indispensable et que, si autrefois il se faisait dans la cour de la ferme, il se faisait quand même et que, le confinement dans l’appartement familial, est un pire cadre pour cela.

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(1) « Le manque de discipline est un mal pire que le défaut de culture, car celui-ci peut encore se réparer plus tard, tandis qu’on ne peut plus chasser la sauvagerie et corriger un défaut de discipline. » (Kant Doctrine de la vertu p. 314. Cf ici

lundi 4 janvier 2021

Stellantis : ça vous dit quelque chose ? – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

Aujourd’hui je vais vous entretenir d’une question que vous ne vous posez sans doute pas : le nouveau groupe tout juste constitué par le regroupement de Peugeot et de Fiat, se nomme « Stellantis ». Pourquoi ce nom ? 

A-t-il une origine dans le vocabulaire commun ? Et si oui, que signifie-t-il ? De quel pays provient-il ? Car pour mémoire, ce groupe va opérer dans plus de 40 pays et il ne s’agirait pas qu’il soit imprononçable ou – pire – qu’il signifie déjà ici ou là quelque chose de désagréable.

 

- Et voilà la réponse : Stellantis est le participe présent du verbe latin « stello ». Il peut être traduit par « étincelant » ou « parsemé d'étoiles ».

 

 

… d’où les étoiles qui tourbillonnent autour du « A » figuré comme une montagne et qui pourrait devenir le logo de la marque.

 

Cet amour du latin est-il rare dans le domaine du marketing ? Eh bien non :  si les innombrables noms de marques issus du vocabulaire latin (tel que SanexCandiaCalor, etc) sont dans tous les esprits, certains sont venus de formations grammaticales évoluées : déjà Stellantis on vient de le voir est un participe présent ; mais il y a mieux avec Vinci, impératif du verbe vincere (vaincre), et mieux encore avec Vivendi, gérondif de vivere (vivre). Il ne suffira donc pas de prendre un Gaffiot (= dictionnaire latin-français) pour être informé. Il faudra en plus la grammaire latine.

Mais ce n’est pas tout : certaines marques imposent de faire une véritable version latine, tel que le dentifrice Vademecum(= « va avec moi »), ou encore les verres Duralex venu de l’expression « dura lex, sed lex » (= la loi est dure mais c’est la loi) ; il est vrai que le fabricant de la marque en question a lancé également un produit voisin dénommé... Sedlex. Clin d’œil complice aux latinistes ? (1)

Pourquoi pas. Sauf qu’aujourd’hui, les latinistes sont devenus rares et que compter sur la compréhension de l’allusion latine est plutôt aléatoire : qui donc comprend que les petites étoiles qui tourbillonnent sur le logo de la marque sont là parce que Stellantis signifie « parsemé d’étoiles » ? 

On trouve une explication dans cet article qui approche cette question: « En général, la racine latine ou grecque s'impose dans le monde entier. Elle a le mérite de ne pas être située géographiquement. C’est essentiel pour un groupe transnational ». L’ignorance du public du sens de la source latine est la raison pour laquelle justement on l’utilise : ça assure sa neutralité !

L’ignorance aussi peut servir à quelque chose…

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(1) Pour ce passage je me suis inspiré de l’article de Sandrine Campese du projet Voltaire. Qu’elle soit remerciée pour son érudition souriante.

dimanche 3 janvier 2021

Tirage au sort de 35 citoyens pour accompagner la campagne vaccinale – Chronique du 4 janvier

Tirage au sort de 35 citoyens pour accompagner la campagne vaccinale – Chronique du 4 janvier

 

Bonjour-bonjour

Vous avez peut-être été surpris de lire que l’on allait tirer au sort 35 citoyens pour donner un avis sur le déroulement de la campagne de vaccination qui débute en ce moment et qui soulève tant de critiques.

Ce procédé qui fait écho à la convention citoyenne sur le climat surprend au premier abord. 

Peut-on demander à n’importe qui de dire ce qu’il convient de faire en matière de vaccination ? Le citoyen lambda est-il aussi compétent que l’épidémiologiste diplômé ? Notre Président, aujourd’hui protecteur des citoyens en souffrance, aurait-il remplacé le Macron qui ironisait à propos de « Jojo le gilet jaune » – celui qui réclamait le même statut qu’un ministre ?

En bref : ne s’agit-il pas là de donner une prime à l’ignorance et à l’incompétence des individus ordinaires pour juger de faits que seuls des scientifiques sauraient juger avec objectivité ? De donner une autorité à tout ce qui se déverse déjà dans les réseaux sociaux ?

- A moins qu’il faille prendre au sérieux ce choix aléatoire qui évoque le procédé dont la démocratie athénienne, alors naissante, faisait usage pour choisir ses magistrats ? L’idée est alors que si l’égalité est un fait dans la démocratie, alors tout citoyen quel qu’il soit est capable de décider des mesures opportunes à prendre : les athéniens l’ont fait pour leurs archontes (mais pas pour les stratèges qui étaient élus) et nos jurys de cours d’assises le font encore aujourd’hui ; on notera qu’en 2011 l’Island utilisa le tirage au sort pour désigner les membres de leur Assemblée constituante (voir ici). 

Quelle compétence se révèle par le choix aléatoire ? Rousseau adepte lui aussi de ce mode d’attribution de l’autorité législative (1) fait valoir que le peuple a la connaissance des besoins du peuple, alors que les élites, qui sont loin de celui-ci, l’ignorent totalement. N’avons-nous pas là une véritable critique des élites, telle que notre société l’a développée récemment ? Ne faut-il donc pas dans notre démocratie aussi les révoquer ou du moins les mettre au service du peuple et non les ériger en gouvernement ?

Mais alors quelle autorité espérer d’un Collectif de citoyens tirés au sort ? Si l’on veut en tirer une orientation objectivement utile, cela ne revient-il pas à croire que la vérité soit le fait d’une coalition d’opinions – y compris avec la volatilité que celle-ci a obligatoirement ? 

- Le Président a choisi pour donner la parole au peuple le mode de l’aléa ; c’est un peu de l’enfumage, car les spécialistes savent depuis longtemps fabriquer des panels issus d’un échantillonnage de la population et qui évitent les distorsions imprévisibles susceptibles d’affecter le tirage au sort. Il n’en reste pas moins que la répartition du savoir n’est pas mieux distribuée qu’avant et que les élites compétentes sont absentes des échantillons panélisés. 

Ce tirage serait-il donc un moyen de mettre en évidence l’opinion populaire pour en donner une expression plus objective que par les réseaux sociaux, afin de donner un avis consultatif… tout en espérant que ladite opinion de se contenterait de cette exposition ?

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(1) « Adepte » : jusqu’à un certain point – voir le Contrat social, livre IV, chapitre 3       

samedi 2 janvier 2021

L’argent est-il magique ? – Chronique du 3 janvier

Bonjour-bonjour

 

La monnaie vous fait-elle rêver ? Je ne veux pas dire la monnaie que vous avez dans votre portemonnaie et avec laquelle vous allez faire vos achats ; mais bien l’argent en général, qui permet les échanges et dont la valeur parait fondée sur des références solides, comme la puissance économique des États, ou encore la réputation de leurs banques centrales. 

Rien de tout cela ne fait rêver : pour cela il faut que quelque chose d’imprévu intervienne, comme de savoir combien de richesses nous avons dans notre porte-monnaie : hier soir en m’endormant j’avais 10 euros dans ma tirelire ; et ce matin, combien ?

Cette aventure, le bitcoin la permet, lui dont la valeur varie d'un jour à l'autre à l’autre de façon vertigineuse, multipliée par des centaines de fois au cours de l’année écoulée. L’énigme posée par l’existence du bitcoin est intéressante à dissiper parce qu’elle met en relief l’origine et la nature des monnaies courantes.


Le bitcoin, comment ça marche ?

1 – D'un point de vue monétaire, le bitcoin se distingue des autres monnaies par le fait que l'agrégat monétaire n'est pas conçu pour s'adapter à la production de richesse (= la masse monétaire ne varie pas en fonction de la quantité des richesses produites). 

2 – Contrairement aux autres devises monétaires, le Bitcoin n'est pas l'incarnation de l'autorité d'un État, d'une banque ou d'une entreprise. 

3 – La valeur du bitcoin est déterminée de façon entièrement flottante par l'usage économique qui en est fait et par le marché des changes. 

4 – Les règles organisant l'émission monétaire sont quant à elles déterminées uniquement par le code informatique libre du logiciel Bitcoin.

 

Ce qui intéresse ici, après avoir noté tout ce que le bitcoin exclut et qui est indispensable aux monnaies ordinaires (lien monnaie-richesses, soutien de l’autorité de l’État), c’est de relever leur point commun : sa valeur est déterminée par le marché des changes. Toutefois, dans le cas de la monnaie la valeur de la transaction entre partenaires économiques n'est habituellement pas déterminée par l’arbitraire des individus, mais par le cours officiel qui est fonction de la production industrielle et aussi de la masse monétaire mise en circulation par la banque centrale. Avec le système bitcoin, tout cela est soit mis à l’écart, soit contrôlé par le système. La valeur de cette monnaie, dont la masse est déterminée une fois pour toutes (1), est en effet pour l'essentiel fixée par les échanges.

Le bitcoin est la monnaie à l’état pur, et c’est pour cela qu’elle est un modèle que bien d’autres organisations cherchent à reproduire non seulement Facebook avec le libra, mais aussi de nombreux systèmes permettant à des organismes privés de créer leur propre système d’échange. Ce qui est passionnant avec le bitcoin, c’est qu’il nous montre à l’échelle mondiale ce qui se passe quand la valeur d’un bien n’est déterminé que par l’échange. Par exemple, sur le marché immobilier, le prix à payer pour acquérir un 2 pièces à Paris sera prédéterminé par la valeur moyenne de ce bien à Paris. Mais quand on a affaire à un bien unique (par exemple un 2 pièces place de l’Etoile) alors ça marche avec le simple accord des partenaires : la valeur du bien en question est définie par le montant qu’un particulier est prêt à donner en échange de son acquisition. D’où l’extrême volatilité des prix et corrélativement dans le cas du bitcoin de la valeur de la monnaie.

Ce qui se révèle ainsi, c’est l’essence de l’argent en général : essence ô combien volatile ! 

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(1) L’émission de « nouveaux » bitcoin est définie à l’avance jusqu’en 2040 (voir ici)

vendredi 1 janvier 2021

Les nouveaux prix de vertu – Chronique du 2 janvier

(Le 31 décembre le président Macron a célébré des comportements particulièrement vertueux s’apprête-t-il à restaurer les « Prix de vertu » de l’Académie Française ? – voir ici)

 

Bonjour-bonjour

Hier, 1er janvier, vous avez souhaité plein de « bonnes choses » à vos parents, amis et relations. Mais avez-vous songé à quoi cela engageait ? Écoutez un peu cet avis éclairé : « Je n'arrive plus à souhaiter aux gens une heureuse année. Pas quand je songe à ce qui les rendrait vraiment heureux. » dit Gerald F. Lieberman (1)

Voilà : il vous en faut plus ? Alors, écoutez Racine qui disait déjà dans Phèdre : : « Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux / Ne vous haïsse assez pour exaucer vos vœux ! » Phèdre (Acte V, Scène 3) Et dans un passé encore plus lointain : « Il ne serait pas meilleur pour les hommes que tous leurs vœux soient accomplis. » Héraclite Fragments 110

 

- Repentez-vous mes frères pour les vœux que vous avez distribués hier de façon irréfléchie ; et abstenez-vous d’en faire encore d’autres aujourd’hui. Car : oui, il faut savoir à quoi nous faisons appel quand nous souhaitons aux autres le bonheur, la réussite, le triomphe de leurs désirs. Imaginez un instant que vous soyez le 1er janvier 1933, votre ami s’appelle Adolf Hitler : vous lui souhaitez la réussite bien sûr…

 

Faisons donc bien attention à qui nous souhaitons le succès. Mais que dire de ce que nous nous souhaitons à nous-mêmes ? Car pour avoir tout ce qui ferait notre bonheur ou qui nous permettrait de jouir de la vie, ne serions-nous pas exposés à faire le malheur de quelques-uns de nos semblables ? Non, pas forcément : rappelez-vous la litanie des héros du quotidien égrenée par Emmanuel Macron dans son allocution du 31 décembre : toutes ces Marie-Corentine, infirmière ; ces Jean-Luc, Anthony et Maxime, chauffeurs éboueurs en Guyane ; et puis Gérald, entrepreneur près d'Angers ; et le petit Lucas, 11 ans, qui a fait don de sa tablette à des personnes âgées malades et isolées ; ou encore Romain, gendarme à Tende. Tous ces prix-de-vertus nous ont montré la voie en montrant qu'on peut ne pas penser à soi-même avant de penser aux autres. 

Voilà donc ce que vous devez me souhaiter : savoir m’oublier moi-même – et donc de savoir aimer les autres ? Il faudrait donc devenir un saint pour mériter l’estime de nos contemporains ? Nos héros du quotidien distingués par le discours présidentiel pour nous montrer la voie n’en sont pas nécessairement là, mais ils n’en déméritent pas pour autant : il suffit de donner sans que ce soit dans le but de recevoir en échange.

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(1) Gerald F. Lieberman qui était un “freelance writer”, mort en 1996 selon cet article du New York Times