jeudi 19 mars 2020

Journal d'un vieux confiné - 20 mars 2020

Devant l'uniformité des infos et durant toute la période de confinement, je remplacerai mes commentaires par ce journal.

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Le 20 mars 2020
Bonjour-Bonjour !
Les journées commencent à se ressembler de plus en plus, ne trouvez-vous pas ? Le matin, tout feu tout flammes, à écrire, cuisiner, ménager ce qui relève du ménage, etc. Et puis l’après-midi, sieste, lecture et … télévision, car il faut bien passer le temps ; du reste les gens de Canal l’ont bien compris qui ont offert à tous sans exception leurs chaines décodées sans frais. Ajoutez là-dessus du téléphone et surtout des moments de vidéo avec les enfants et les petits enfants. Plus évidemment les conversations avec mon épouse avec la quelle je partage confinement et virus.
Bon, je ne suis pas à plaindre, par rapport à tous ceux qui sont entassés dans des logements trop petits où les occupations des uns empiètent sur celles des autres, et où les inimitiés déjà existantes s’enveniment vilainement. On parle déjà des divorces post-confinement, lorsque libérés des entraves de celui-ci, les couples volent en éclat, valise dans le couloir en attendant de pouvoir partir. 
Qu’est-ce qui empêchait ces couples de se désunir ? Étaient-ils moins proches l’un de l’autre au point que les défauts de chacun s’estompaient ? Ou bien le confinement décape-t-il les relations humaines, élimant la couche de vernis qui les rend supportables pour laisser à nu l’insoutenable regard de l’autre, sa voix, ses insinuations, ?
Oui, n’est-ce pas c’est à cela qu’on doit résister si on veut sortir de ce confinement comme on y est entré. Sartre dans Huis-clos imagine une situation proche de la nôtre puisqu’il s’agit de gens morts, envoyés en enfer et enfermés tous ensemble à tout jamais dans la même chambre d’hôtel. Ces gens ne se connaissaient pas, mais très vite ils en viennent à s’insupporter parce que chacun juge les autres, et même quand il ne dit rien son regard suffit parce qu’il plaque sur l’autre visage l’image qu’il a de lui. « L’enfer c’est les autres » écrit Sartre, et cette affirmation montre que l’enfer n’existe pas autrement que dans ce pouvoir des autres à me définir moi, sans que je puisse imposer ma propre « vérité » celle que je considère comme la seule valable, parce que c’est moi qui l’ai faite.

Ah… Je suis vraiment un vieux con (confiné ou pas) d’avoir mis ça dans votre tête et vous allez regarder vos co-confinés autrement – et ça risque même de pourrir votre journée avec eux, comme s’il y avait besoin de ça ! Bon – Dites-vous que l’important c’est ce qu’on fait ensemble, pas ce que l’on pense les uns des autres. Donnez-vous un projet commun pour la journée et tâchez de ne voir que ça.

--> Et puis, j’oubliais : aujourd’hui, 20 mars, ça ne vous dit rien ? Mais oui : le Printemps c’est aujourd’hui ! 
Aïe…. C’est ce qu’il ne fallait pas dire : qu’est-ce que c’est le printemps, vu dans une fenêtre qui donne sur un parking, sans même la possibilité d’aller au parc pour en profiter…
Mais le printemps dure plus qu’un jour : espérons sortir du confinement avant l’été.
- N .B. L’été c’est le 20 juin

mercredi 18 mars 2020

Journal d’un vieux confiné.Le 19 mars 2020

Devant l'uniforme des infos et durant toute la période de confinement, je remplacerai mes commentaires par ce journal.

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Le 19 mars 2020
Bonjour-Bonjour !
Ah… Que je vous raconte ma journée d’hier. J’étais bien parti pour continuer à randonner dans mon quartier avec mon ausweis dans la poche au cas où un argousin viendrait me chercher des noises.
 
Et puis qu’est-ce que j’entends ? Des techniciens du confinement qui s’exclament : « Les gens…. Les gens ! Savez-vous qu’il y en a qui vont jogger à des kilomètres de chez eux ? Et puis qui disent qu’ils font juste un peu de sport alors qu’ils sont en péril dès qu’ils mettent le nez dehors ! »
Bon, je me dis : laisse aller, ça ne me concerne pas, je n’ai qu’à tourner dans mon quartier, et même autour du pâté de maison, et même le faire plusieurs fois, jusqu’à ce que mon Smartphone me dise que j’ai fait 6000 pas.
- Sauf que sur les chaines d’info 24/24 ont déferlé dans l’après-midi les urgentistes-réanimateurs  le masque sur le nez, la sueur sur le front pour dire qu’aux soins intensifs c’était trop horrible pour être raconté et qu’un type comme moi, on n’aurait même pas le temps de l’intuber qu’il serait déjà mort, étranglé par le corona.
Vous me connaissez, n’est-ce pas ? De tempérament anarchiste, le courage en moins. Me voilà à m’imaginer dans cette situation avec mes enfants et mes petits-enfants qui pleurent déjà leur bon grand-père. Du coup : je ne sors plus, je me calfeutre, je n’ose qu’à peine ouvrir les fenêtres.
Et ce matin ? 

Confinement : se rendre à un enterrement est interdit

En Italie, qui vit le confinement national depuis une semaine maintenant, les enterrements sont aussi strictement interdits. Mardi 10 mars, 48 personnes ont été verbalisées dans les rues de Porto Empedocle (Sicile) pour avoir suivi un cortège funèbre. Selon les médias italiens qui ont relaté l'affaire, le parquet d'Agrigente doit engager des poursuites pénales contre les personnes concernées, qui risquent jusqu'à trois mois d'emprisonnement et 206 euros d'amende. Lu ici

Et bien sûr, c’est exactement la même chose en France. Car voyez cette cohue lors d’un Enterrement à Ornans en 1850, immortalisé par Gustave Courbet :



Nous voici renvoyés une impossibilité radicale : on ne peut différer un enterrement, et faute de pouvoir célébrer sur le champ cette cérémonie on est contraint de la vivre dans le monde virtuel.
Oui, grâce aux moyens modernes, plus besoin d’aller se tremper les pieds dans un cimetière boueux pour accompagner le défunt : une vidéo conférence suffira amplement, avec un grand écran à la place de la tribune du crématorium pour qu’on voie la personne qui prononce l’éloge funèbre : « Moi, je l’aimais bien mon Papy, c’est lui qui me donnait des bonbons quand j’avais été bien gentille et qu’il me faisait des chatouilles quand j’étais sur ses genoux. »
Bon, c’est vrai que les larmes risquent d’être moins abondantes quand on ne voit pas les autres pleurer aussi. Et puis les condoléances avec leur serrage de mains, leurs baisers mouillés dans le cou, leurs accolades serrées sur la poitrine…, pfuittt ! envolées. Mais justement, ce sont elles qui empêchent la cérémonie de se tenir vraiment. Car on pourrait éviter la promiscuité telle qu’aperçue dans le tableau de Courbet ; et puis aussi à l’Église, on pourrait n’occuper seulement un prie-Dieu sur deux pour respecter la distanciation sociale. Seulement pour les condoléances, rien de tout ce qu’on vient d’énumérer ne doit exister – et donc a vidéo va épurer la cérémonie.

mardi 17 mars 2020

Confinement : que faire, quand on n’a rien à faire ?

A l'heure où le contact physique est clairement déconseillé, et les activités en extérieur presque interdites, qu'en est-il de nos rapports amoureux ? Comment les entretenir pendant l'épidémie de coronavirus, qu'on soit dans une relation longue ou aux prémices d'une histoire. 
Choisissons, pourquoi pas, de nous redécouvrir et de sortir de nos acquis. Imaginons que nous n’ayons jamais fait l’amour : quelles caresses nous tentent ? Quels mots ? On se masse, on danse, on évite la pénétration ? Osons réinventer notre monde, il en a bien besoin. (Lire ici)

- Chauds les baisers !



A l’heure où il est déconseillé d’embrasser qui nous voulons, réservons nos baisers à notre tendre ami.e avec le/la quel.le nous partageons déjà à peu près tout et surtout les petites bêtes qui nous habitent

- « Le cul sans contact »
Mais il y a aussi ceux qui sont confinés dans des lieux séparés, et qui sont trop amoureux pour faire l’impasse sur la chose : quid du sexe quand on ne peut physiquement pas se retrouver ? Pour s'adonner aux joies du cul sans contact, il y a plusieurs techniques. Faire l'amour par téléphone, en commençant par décrire ce qu'on porte puis en enchaînant sur ce qu'on voudrait que l'autre nous fasse/lui faire. Décliner le concept aux appels vidéos et, dernière mais pas des moindres, tester les sextoys à distance. Ce qui vaut aussi pour celles et ceux qui ne souhaiteraient pas se toucher par crainte de se contaminer, même en partageant le même appartement.
Je rappelle au passage que Benjamin Griveaux a été pincé dans un rapport virtuel de ce genre alors que si c’était aujourd’hui ça passerait pour un exemple de civisme hygiéniste.

- Les lettres d’amour
Mais on peut aussi se dire que les amours contrariés ont de tout temps été l’occasion de stratégies de contournement très prolifiques : qu’on se rappelle à l’époque de Diderot sa correspondance avec Sophie Volland, dont il était séparé par la volonté de la mère de la donzelle. Sans ces séparations que de belles choses on aurait perdues parce que les amoureux réunis ne s’écrivent pas et même s’ils se disent plein de choses passionnantes, celles-ci ne laissent pas de trace. Sans séparations, perdues les 8 à 900 lettres de Camus et de Maris Casarès !

lundi 16 mars 2020

Covid19 : la trouille versus les antihéros.

"Nous sommes en guerre"
Dès ce mardi midi et pour quinze jours au moins, les regroupements extérieurs ou avec "des amis" ne sont plus permis. Les transports doivent être limités au strict nécessaire sur tout le territoire, la Métropole et les départements d'outre-mer. Par "nécessaire", le Président fait référence aux courses de nourriture, au travail, à la pharmacie, ou à une activité physique sans rassemblement. Lire ici

C’est vrai que le covid19 progresse à vitesse « exponentielle » et qu’il appelle des mesures « drastiques » (1). Rappelons que les images des parisiens s’ébrouant aux Butes Chaumont ont vivement choqué l’opinion (cf. Post d’hier). Mais pourquoi s’en émouvoir ? 
L’actualité nous révèle qu’il y a toujours deux Frances, absolument irréconciliables :
- La France des antihéros – La France nous a habitués à ce genre de réaction : la guerre commence par la drôle de guerre, et les façons de se comporter des parisiens étaient exactement semblables à cette période 38-40, lorsque chacun sentait confusément que le pire pouvait arriver d’un instant à l’autre et qu’il s’agissait non pas de s’y préparer, mais au contraire de profiter de cette vie dont on épuisait les derniers instants.
Attitude tragique d’antihéros qui savent que le monde va basculer dans le néant et qui en refusant de s’y préparer, refusent du même coup d’y adhérer. 
- La France des trouillards – Dans le même temps, les files d’attente devant les supermarchés s’allongeaient et les rayons se vidaient à une vitesse telle qu’il était impossible de les regarnir assez rapidement pour éviter que les gondoles vides attisent le sentiment de pénurie.
Mais ce n’est pas tant la pénurie que la peur du confinement qui animait les acheteurs. En effet, ce n’est pas la "guerre" qui est crainte, mais plutôt l’interdiction de sortir en sorte que comme pour un siège, les  biens toujours présents soient simplement devenus inaccessibles.
Les jouisseurs des Buttes-Chaumont croient que le vieux monde est condamné à disparaitre. Les trouillards des supermarchés espèrent encore le sauver.
Ce sont eux les optimistes.
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(1) Ouf ! J’ai placé les deux adjectifs les plus usités ces temps-ci. J’en connais qui s’emmêlent les pinceaux et qui parlent de courbe asymptotique à propos de ces progrès exponentiels : que n’ont-ils raison ! Et puis occasion de le rappeler : ce sont les purges qui ont d’abord été qualifiées de drastiques, Drastique : [en parlant d'un remède, d'un purgatif] Qui a un effet très énergique. CNTRL.
C’est vrai que ces mesures elles commencent à nous faire ch…

Mort par covid19 : les jeunes aussi

"Les formes graves sont signalées chez des personnes âgées ou fragiles mais également chez des adultes sans pathologies antérieures", avertit la Direction générale de la Santé.
C'est la plus forte augmentation quotidienne des cas et décès depuis l'apparition du virus en France, qui est officiellement entrée samedi dans le stade 3 de l'épidémie.

Oui, les jeunes aussi… Et je m’en réjouis ! Non pas que ça me fasse plaisir, moi qui ai 78 ans de constater que des jeunes de 30 ans sont aussi fragiles que moi. C’est vrai qu’on se sent moins seul, mais la belle affaire ? Ça ne va pas changer quoi que ce soit au risque que je prends en sortant de chez moi. Non, ce qui va se passer, c’est que tous ces jeunes qui allaient se rouler dans l’herbe des Buttes Chaumont, en rigolant parce qu’eux n’avaient pas de risques, et que les consignes du gouvernement, « Macron, tu sais ce que j’en fais ? », les voilà qui vont prendre peur. Oui, leurs potes avec les quels ils s’amusaient, leurs petites nanas qui les aguichaient avec leurs minijupes à ras du bonheur, toute cette belle jeunesse la voilà elle aussi en réanimation, avec masque à oxygène et parfois – horreur ! – à la morgue. Et cette peur va les conduire au respect des consignes générales, non par civisme, mais par la trouille. 
La peur est ici la meilleure conseillère qui soit, au point que je voudrais que soit placardée à chaque carrefour la liste des jeunes de moins de 40 ans défunts du fait du covid19. Et même si c’était possible qu’on mette à côté de chaque nom, la photo du jeune pétant de santé

dimanche 15 mars 2020

Face au non respect des consignes du gouvernement, un confinement total de l'Ile de France et du Grand Est envisagé






Ci-dessus, dimanche 15 mars des pelouses remplies de Parisiens ne tenant pas compte de l’obligation de respecter un mètre d’écart avec les voisins.
On sent que le confinement obligatoire ne va pas tarder. En tout cas ce genre de comportement est bien fait pour le conforter : nous ne méritons pas mieux.
C’est ce qu’on se met à penser en lisant les articles qui rapportent ces attitudes : car elles ne sont pas l’effet d’un oubli, d’une indifférence ; elles relèvent d’agissement conscients fondés sur l’idée que chacun est libre de fixer les risques qu’il court et les règles qu’il doit se donner. Nous sommes dans le domaine du « chacun pour soi » ou, mieux, du « chacun selon soi ». Car voilà comment fonctionnent les français (du moins ceux qui s’expriment clairement sur la question) : « Je suis chez moi monsieur, et personne ne me dira ce que je dois faire. » En terme scientifique, ces gens ne se considèrent pas comme pris dans une chaine de contamination; celle-ci existe bien mais elle passe ailleurs : soit chez les vieux, seuls « contaminables », soit dans un autre espace, mais pas dans celui-ci qui est privilégié ; ou encore tout cela est un mensonge d’État, conçu pour mettre au pas les citoyens trop libres.

Dans ce cas, ils vont être servi : si la décision de confinement totale est prise pour Paris-Ile de France et Grand-Est, la troupe sera mobilisée dans les rues pour vérifier le respect des consignes. C'est ce qu'on a lu ici