jeudi 26 novembre 2020

On coupe la bûche en deux – Chronique du 27 novembre

Bonjour-bonjour.

 

« On coupe la bûche de Noël en deux et papi et mamie mangent dans la cuisine.» Cette sortie polémique du professeur de médecine Rémi Salomon (Rémi, pas Jérôme) a fait florès dans la presse ces jours-ci, et l’intéressé s’en est lui-même excusé.

 


 

Oui, imaginer Papy et Mamie confinés à Noël dans la cuisine, après avoir été exilé du pied du sapin à l’heure où le Père Noël rend visite aux beaux petits enfants, c’est quand même un peu triste. D’autant qu’à l’âge de ces aïeux, c’est peut-être leur dernier noël ? Le professeur Salomon pourra démentir tant qu’il voudra, mais cette cruauté évoque un aspect véritable de la réalité. Car, oui, le virus est encore présent, et oui il est capable de circuler dans les embrassades de la Nativité.

 

En matière d’épidémie, on fait toujours la même erreur : on croit que la maladie se répand du fait d’une intention cachée mais toute puissante qui nous vise personnellement. Bien sûr nous n’avons plus comme au moyen-âge des juifs à accuser de propager la peste. Mais, si nous tombons malades, ce n’est quand même pas le fait du hasard. Ça a un sens, il n’y a qu’à consulter l’intention qui lui a permis de nous frapper. Par exemple, récemment ce furent les jeunes dont l’insouciance festive a été accusée de porter de contagion. On a aussi aussi accusé les joggeurs lors du 1er confinement, et supposé que partout où on se donnait du plaisir la maladie se développait. D’autres, adeptes des complots ont estimé que ce virus si pernicieux ne pouvait avoir été forgé par la nature : il était forcément issu d’un laboratoire humain – probablement en Chine d’où il s’est échappé. 

Malheureusement, toutes ces procédures de mise en accusation n’y ont rien fait : le virus n’obéit à aucune intention, et comme il ne possède aucun membre locomoteur, il ne se déplace que dans les nez par où il s’échappe – du petit dernier qui vient d’éternuer pour pénétrer dans le nez de Grand-Mère. D’où la nécessité pour elle de manger la bûche dans la cuisine.

Mais tout comme nous restons persuadés que le virus est trop méchant pour n’être que l’œuvre de la nature, nous croyons que la bûche de Noël n’a pas la même saveur au pied du sapin ou dans la cuisine où l’on serait confiné. Il n’y a pas de réalité sans un voile d’imaginaire qui la recouvre.

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