dimanche 18 janvier 2026

Trump, le nouveau Père Ubu – Chronique du 18 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’entêtement de Donald Trump devient pathétique : s’il n’obtient pas la possession du Groenland, il sabordera l’OTAN et détruira ses anciens alliés. 

On tremble car, même si nous autres européens nous le voulions nous ne pourrions pas lui donner satisfaction. C’est que le Groenland appartient aux Groenlandais

Bizarre ? Pas tant que ça. Récapitulons : le Groenland est un territoire constitutif du Danemark qui lui a accordé l’autonomie territoriale et l’autogouvernance. A ce titre, ce sont aux groenlandais et non aux danois de décider s’il est possible de vendre ce territoire aux USA. Mais voilà : les groenlandais cherchent principalement à consolider leur autonomie politique et territoriale – et surtout pas à se trouver un nouveau seigneur

- Au fond, Donald Trump est comme le Père Ubu. Celui-ci, après avoir par traitrise renversé Roi de Pologne pour s'emparer de son trône, devient un despote en guerre contre le peuple – en découvrant avec dépit « qu’il y a des polonais en Pologne », tout comme il y a des groenlandais au Groenland. 

Mais le rapprochement ne s’arrête pas là. Bien décidé à imposer son pouvoir, Ubu taxe les habitants avec un impôt de 10% sur tout ce qui existe dans le pays. 

Suite aux révoltes suscitées par cet abus, le voilà contraint à partir en guerre, monté sur son « cheval à phynances », pour encaisser l’impôt et décerveler tous ceux qui lui résistent. Après bien des péripéties, Ubu reviendra en France pour se faire nommer « Maître des finances à Paris ».

- Plus fort que le Père Ubu, Trump n’a même pas besoin de venir à Paris pour nous faire les poches : signer des décrets dans le bureau ovale lui suffit

 

Pour conclure : si Alfred Jarry a mobilisé les Russes en Ukraine pour arrêter Ubu, aujourd’hui ce sont les descendants des esquimaux qui vont résister à l'invasion.

Adaptant le slogan MAGA à leurs besoins, les voici qui crient :

Make America Go Away

vendredi 16 janvier 2026

La puissance du poil – Chronique « genrée » du 17 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de visionner un spectacle de ballet monté par le Capitole de Toulouse en octobre 2024. Il s’agit de Sémiramis & Don Juan – Ballet de Gluck donné à l’Opéra national du Capitole (Octobre 2024)

- Oui, je sais : ça fait un peu tard, mais enfin pourquoi pas ? Car si je vous en parle c’est pour pointer un détail physique des danseurs, tous présentés à la mode de Béjart torses nus et soigneusement épilés – à l’exception des aisselles.

Je sais bien que parler de poils n’a jamais été reçu comme acceptable : déjà du temps de Platon, Socrate était scandalisé en imaginant que « des choses ignobles, telles que « poil, boue, ordure, enfin tout ce que tu voudras de plus abject et de plus vil, puissent être dotées d’une essence qui en ferait une réalité appartenant au monde de l'intelligible et qui auraient possédé la perfection éternelle et la réalité absolue. » Platon – Parménide (130c).

Si je cite cette référence, c’est qu’elle souligne l’ambiguïté du poil dans nos sociétés : à la fois vulgaire et malpropre, l’homme doit se raser pour être convenable ; mais ces mêmes poils, taillés en moustache et en barbe sont un signe de virilité et de la noblesse. C’est qu’ils sont le privilège des hommes – les quelques femmes porteuses de barbe étant classées dans le genre des monstres de foire.

Les danseurs du ballet du Capitole arborent donc une contradiction : certes leurs torses épilés signalent le caractère raffiné de leur personnage. Mais la touffe de poils conservée dans le creux de leurs aisselles apparait à l’état brut, sans aucun raffinement ; c’est qu’elle évoque quelque chose de sauvage, sorte de résurgence de la nature qui fait craquer le vernis culturel de la peau glabre. 

Cette image d’une force qui, tel un geyser, surgit brusquement en faisant craquer la surface lisse du corps donne une image saisissante de la puissance contenue dans la musculature de ces danseurs.

C’est sans doute avec ce message que la barbe de 3-jours a été choisie comme ornement valorisant par les hommes ?

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P.S. Ce contraste entre la nature et la culture apparait aussi avec ces pubis épilés qui laissent néanmoins surgir la pilosité naturelle dans des replis managés en cet endroit par la nature – chez les dames, cela va de soi.

jeudi 15 janvier 2026

Êtes-vous cultivé ? – Chronique du 16 janvier

Bonjour-bonjour

 

Quand j’entends le mot culture, je cours me cacher. Car c’est l’occasion de prendre des mauvais coups, soit comme assassin de la civilisation, soit au contraire comme adepte d’un élitisme prétentieux.

Dans les deux cas on oublie que la culture est soumise à trois variables :

« Il existe, dans la société, plusieurs régimes légitimes de culture. 

* Certains, ceux des professionnels, reposent sur la contemplation artistique, 

* d’autres sur l’hédonisme et le plaisir, 

* d’autres encore sur l’intérêt relationnel et la dimension sociale de la pratique. (Lu ici

Traiter cette dernière forme de culture comme secondaire ou « non culturels » revient à nier la diversité des expériences esthétiques qui structurent aujourd’hui les usages culturels réels. 

Prenez les Festivals : 

* les uns sont destinés aux amoureux d’opéras, tels ceux de Wagner qui se retrouvent chaque été au Festival de Bayreuth : pour eux l’extase du souffle wagnérien est l’expression la plus pure de LA Culture.

* Pour d’autres le Festival est l’occasion de se rencontrer entre festivaliers comme à Avignon par exemple. Ça crée une solidarité entre initiés.

* Mais le plus gros des festivaliers se retrouvent dans grands concerts de variété qui rassemblent des dizaines, voire des centaines de milliers de passionnés qui vont danser pendant 3 jours sans s’arrêter. On ne parlera pas d’élites à leur propos, mais ils constituent exactement la même solidarité que les gens de Bayreuth ou d’Avignon.

 

La conclusion est selon moi qu’il est vain de chercher un concept commun à mettre sous le vocable « culture ». Il s’agit d’un phénomène social qui remonte sans doute à une lointaine préhistoire des sociétés humaines et dont la signification est de vivre ensemble un certain divertissement.

mercredi 14 janvier 2026

Savez-vous où est Nuuk ? – Chronique du 15 janvier

Bonjour-bonjour

 

Alors, ça y est ? Le conseil de défense de l’Élysée d’hier a décidé d’envoyer un contingent français au Groenland, histoire de montrer aux Yankees que la Vieille Europe est encore là.

Lafayette, les voici !

Moi qui ne suis pas belliqueux pour un sou, je me délecte malgré moi d’imaginer un affrontement de soldats vêtus comme au 19ème siècle, avec des fusils longs comme le bras, qui se tirent dessus cachés dans l’embrasure d’une maison abandonnée – sauf qu’ici on aurait un igloo ébréché.

Ça aurait de l’allure ne croyez-vous pas ? – Mais hélas ! rien de tout ça ne risque d’arriver : l’immensité glacée du Groenland ne verra sûrement pas d’empoignades héroïques entre soldats vêtus de peaux de phoques. A notre époque, tout se passe par machines interposées, drones ou robots montés sur des skis – sans parler de missiles hypersoniques.

- Mais là encore, il n’y a que du rêve. La réalité est que les Américains n’ont sûrement pas besoin d’envahir quoique ce soit : ils n’ont qu’à décréter que leur volonté vaut titre de possession. Qui donc viendrait les déloger le jour où ils investiront Nuuk ?

- Quoi ? Vous ne savez-pas ce qu’est « Nuuk » ? Sachez donc que c’est la capitale du Groenland. Et que le temps que vous trouviez où ça se situe, les Américains en seront déjà repartis.

mardi 13 janvier 2026

L’œil, miroir de l’âme – Chronique du 14 janvier

Bonjour-bonjour

 

En Iran, de nombreux manifestants sont victimes de tirs de la police ayant pour effet de les éborgner. En France, on se rappelle du « Gilet-Jaune » Jérôme Rodrigues qui avait perdu un œil lors d’une manifestation en janvier 2019. Il n’avait pas été le seul mais à l’époque on avait conclu qu’il s’agissait d’une brutalité policière parmi d’autres. 

Mais voilà qu’on observe que la République islamique d'Iran a une tradition de blessures oculaires : « Autrefois rare, ciblé et assumé, l'aveuglement est aujourd'hui diffus, nié par les autorités, produit par des armes dites « non létales » et rarement sanctionné. La fonction politique demeure pourtant comparable : neutraliser sans tuer, marquer les corps pour dissuader, empêcher toute réémergence de la contestation. » (Voir ici).

L’article cité évoque aussi la fonction symbolique du regard considéré comme une manifestation de la puissance de l’individu. L’aveugler c’est l’en priver : « On associe explicitement la perte de la vue à la disqualification du pouvoir et à la fin de toute prétention souveraine. » (Art. cité)

Tout cela nous rappelle que le regard porte avec lui plus que la fonction visuelle. Il est chez nous considéré comme la « fenêtre de l’âme » tant son expression nous livre l’intime de l’être. Les yeux ouvrent sur la profondeur de la personne, et l’en priver c’est anéantir non seulement son expression, mais aussi sa puissance – on se rappelle le rôle que Sartre fait jouer au regard dans le pouvoir d’aliénation qu’Autrui exerce sur nous (exemple de la honte)

Rappelons-nous aussi du mythe d’Œdipe. Celui-ci ayant découvert l’horreur du crime qu’il vient de commettre, se crève les yeux pour éviter que son regard ne souille ce sur quoi il pourrait se porter. Pour les grecs, le regard est bien la réalité même de l’être.

lundi 12 janvier 2026

Peut-on rire de tout ? – Chronique du 13 janvier

Bonjour-bonjour

 

Vu sur Internet ce dessin de Charlie-Hebdo : 

 


 

- Ce dessin, qui aujourd’hui fait scandale, rappelle celui qui fut publié le 16 novembre 1970 – Bal tragique à Colombey-1 mort.

 

 

 

 

L’Hebdo de Hara-kiri, futur Charlie Hebdo, évoquait ici la mort du Général de Gaulle comparée à la tragédie du 5-7, une discothèque où un incendie fit périr 146 personnes. Le titre fut interdit par le gouvernement et réapparut sous le nouveau titre « Charlie Hebdo » peu après.

Et voici un nouveau dessin cette fois de Charlie Hebdo :

 

 

Commentaire de la presse :

« Le vendredi 9 janvier 2026, jour de l'hommage national en Suisse, le journal satirique a publié sur son compte X un dessin montrant deux skieurs devant un panneau Crans-Montana, la face noircie et en flammes avec l'inscription, "Les brûlés font du ski, la comédie de l'année »

Les réactions suite à ce dessin du 9 janvier :

- Les contre : « La satire, c’est bien quand ça dénonce quelque chose. Mais se moquer de gamins de 14 ans morts dans d’atroces souffrances… »

- Les pour : « C’est dans la veine de Charlie Hebdo, l’humour noir à son paroxysme, il faut prendre ça au 5e degré »

- Et puis : « On peut rire d’absolument tout, il suffit de prendre du recul. »

On évoque donc ici l’humour noir et un « 5ème degré ». 

Voyons un peu :

- « L’humour noir est une forme d'humour qui souligne avec cruauté, amertume et parfois désespoir l'absurdité du monde, face à laquelle il constitue quelquefois une forme de défense. » On aurait donc ici une dénonciation de la jeunesse de Crans-Montana, venue aux sports d’hiver et qui pour l’essentiel fait la fête en Discothèque. Façon de relativiser la tragédie en réduisant cette tragédie au néant de loisirs qui auraient mal tourné ?

- Quant au 5ème degré, il faudrait nous dire ce qu’il est. En général cette opération de mise à distance a un but : celui de faire rire – or on ne voit pas bien, ici ce qu’il y a de comique.

 

« On ne peut pas rire de tout » : ce constat est un peu éculé. Ici il a toutefois une utilité : celle de nous suggérer que, oui, on peut rire de tout – à condition que ça soit drôle.

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PS Les images sont provisoirement  bloquées par Google 

dimanche 11 janvier 2026

Dry january – Chronique du12 janvier

 


 

– Ça y est ! C’est reparti. 

– Quoi donc ?

– Le dry january, un mois entier sans alcool.

– Ça ce n’est pas pour moi. Oui, je bois, certes, mais jamais avec excès. C’est ce que recommandent les alertes : « A consommer avec modération »

- Attention ! La modération, on ne sait jamais où ça s’arrête. D’ailleurs on croit savoir que ce sont les lobbies des marchands de vin qui ont imposé cette restriction sur les affiches des campagnes anti-alcoolique.

– Bof… Autrefois on osait demander au Bon Dieu de nous éclairer sur la dose d’alcool qu’on pouvait consommer et Il le faisait de façon très raisonnable.

– Comment ça ?

– Hé bien lisons les Mémoires de Goethe, lorsqu’il relate son Voyage sur le Rhin. Il dit avoir rencontré à Mayence un évêque qui avait prononcé un « Joyeux Sermon » recommandant de boire tant que Dieu nous le permettait.

–  Voilà bien les poivrots ! Ils vont jusqu’à mobiliser Dieu dans l’éloge de leur vice.

–  Pas du tout. Il n’est que de lire ce sermon pour voir qu’il s’agit de prescriptions très précises et qui ne laissent aucun doute sur les limites à ne pas franchir. Voyez plutôt :

« Que celui qui au troisième ou au quatrième pot, sent sa raison se troubler au point de ne plus reconnaître sa femme, ses enfants, ses amis, et de les maltraiter, s’en tienne à ses deux pots, s’il ne veut pas offenser Dieu et se faire mépriser par son prochain ; mais que celui qui, après en avoir bu quatre, cinq ou six, reste en état de faire son travail et de se conformer au commandement de ses supérieurs ecclésiastiques et séculiers, et de secourir son prochain, en cas de besoin, que celui-là absorbe humblement et avec reconnaissance la part que Dieu lui a permis de prendre. Qu’il se garde bien cependant de passer la limite des six mesures, car il est rare que la bonté infinie du Seigneur accorde à un de ses enfants la faveur qu’il a bien voulu me faire, à moi, son serviteur indigne. » (Lire ici)

– Avec ça on devait avoir des trognes rouges pour illuminer l’église à la messe du soir.

– Moquez-vous : à l’époque de l’évêque de Mayence, on savait que la joie de l’ivresse modérée est une grâce que Dieu nous accorde dans son infinie bonté.

samedi 10 janvier 2026

Choisis ton camp, camarade – Chronique du 11 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Souriez demain sera pire » : j’ai chroniqué cette formule de Murphy il y a peu. Pourtant c’est encore elle qui m’est venue à l’esprit hier à l’annonce de la signature du traité du Mercosur par l’Europe malgré l’opposition française. C’est qu’on voit non seulement la perte d’influence de la France en Europe, mais qu’on pèse aussi la dégradation des performances de l’agriculture française. Voici la production agricole française rétrogradée au 5ème rang mondial : bien que restée 1ère en Europe on devine que ce n’est plus pour longtemps – d’où l’injonction « Souriez demain sera pire ».

 

--> Après la désindustrialisation, la France connait une « désagriculturisation » : comment ne pas être pessimiste ? Les politiques de tout bord répètent inlassablement le même message : ils ont l’explication de cette régression et ils savent comment y remédier. Ils ne sont pas les seuls : tout comme les américains ils veulent redonner à leur pays sa grandeur d’autrefois « Make France Great Again ». 

Admettons. Reste à dire à quelle grandeur on voudrait revenir : les 30 Glorieuses ? Louis XIV ? La Deuch ou Versailles ?



Je suppose que la réponse va dépendre de l’engagement politique : si nos réformateurs viennent de la gauche, on va nous promettre de revivre les années 60 et l’évasion en Deuch’ dans nos belles campagnes. Si par contre on se situe à droite, on va nous promettre de retrouver la splendeur du Grand Siècle – après avoir chassé tous les migrants venus du sud.

Choisis ton camp, camarade.

vendredi 9 janvier 2026

Haro sur les mobilités douces – Chronique du 10 janvier

Bonjour-bonjour

 

A Reims, comme sans doute dans d’autres villes moyennes, des travaux d’aménagements urbains font polémique. Il ne s’agit pas seulement de déplorer leur durée et la gène occasionnée, mais aussi les équipements de voirie qui suppriment des places de stationnement et qui réduisent la circulation automobile.

Alors que dans le même temps la ville de Reims s’équipe de lignes de bus nouvelle génération, les commerçants (car c’est d’eux qu’il s’agit) dénoncent ce choix : « Qui prend le bus ? Les étudiants et les personnes qui n'ont pas les moyens de s'acheter une voiture et donc de consommer dans nos établissements. » (Lu ici)

Exit donc le privilège accordé aux « mobilités douces » avec pistes cyclables et voies réservées aux transports collectifs. Les commerçants de centre-ville le proclament : loin de l’image bobo de l’urbain soucieux de préserver l’air de la vile et le paysage urbain avec ses petites places piétonnes, les riches préfèrent la voiture et s’ils le peuvent, ils ne vont dépenser leur argent que là où ils peuvent stationner. 

D’ailleurs il n’y a pas que les riches à penser comme cela : il suffit de voir comment les commerces de périphérie ont triomphé des centres-villes : justement par les parkings géants réduisant le parcours piéton entre le mode de déplacement et le lieu d’achat.

L’homme moderne reste motivé par deux tendances bien connues : l’une, c’est l’individualisme qui le pousse à se déplacer en solo en non en transports collectifs ; l’autre c’est la loi du moindre effort, attestée depuis un lointain passé.

On dira que ce constat vaut pour des villes moyennes et sûrement pas pour des métropoles comme Paris où l’air pur et la verdure sont des valeurs essentielles. Soit. Mais si c’est au prix d’une distorsion de la nature humaine on peut douter de l’intérêt d’une telle situation.


- Quoi ? On me dit que ces propos sont ceux d’un vieux boomer fatigué ? Allez donc vous coincer dans les embouteillages des zones commerciales un samedi après-midi : vous l’en reparlerez des mobilités douces.

jeudi 8 janvier 2026

L’amour au temps du néolithique – Chronique du 9 janvier

Bonjour-bonjour

 

L’archéologie est depuis quelques années la proie des journalistes à sensation : il s’agit de décrire nos ancêtres, Néandertal ou Cro-Magnon, dans leur vie privée – celle pour laquelle les indices matériels sont inexistants, mais qui permet de les rêver parmi nous. Par exemple : vivaient-ils en couple ? Combien avaient-ils d’enfants ? Étaient-ils amoureux-d’amour ?

 

Or, voici qu’à Valdaro, dans le nord de l’Italie, des fouilles ont révélé une tombe datant de 5500 ans et contenant … un couple enlacé, face contre face.



Vu ici

« Les “amants de Valdaro”, surnom qui leur a été donné, semblent nous adresser un geste romantique du passé. Certains chercheurs y voient même une preuve d’amour. Beaucoup considèrent que cette étreinte intime ne peut être que l’expression d’une relation amoureuse. » précise l'article cité, avant d’appeler à la prudence : « peut-on au moins en déduire quelque chose sur les relations sociales de ces temps reculés ? Les gens de l’âge de pierre formaient-ils des couples stables, ainsi que le suggère la double sépulture de Valdaro, où l’amour aurait pu jouer un rôle ? »

Notons que cette attitude tombale a été choisie par les proches de ce couple, ce qui devait signifier quelque chose.

Et puis, on peut quand même dire une chose : ces défunts venus d’un autre monde nous révèlent à nous-mêmes. Nous sommes à l’affut d’une preuve que l’amour, si fugace chez nous, en venant d’un si lointain passé se révèle beaucoup plus solide et durable que nous le croyions.

Si l’amour existait déjà au temps de Cro-Magnon, alors c’est qu’il possède une sorte d’éternité liée à notre espèce. L’amour romantique, celui qui a uni Roméo à Juliette, est inscrit dans notre ADN.

mercredi 7 janvier 2026

Funérailles de B.B. : où était Bossuet ? – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lisant le récit des obsèques de Brigitte Bardot, je suis frappé par la superficialité du reportage : après avoir énuméré les personnalités présentes et évoqué les absentes, on s’est extasiés sur le cercueil en osier couronné de fleurs des champs (intérieur capitonné de vichy rose). Quelle simplicité ! 

 


Et pourtant… C’est bien d’une oraison funèbre qu’on aurait eu besoin. Que n’avons-nous eu Bossuet ?

- Pour mémoire, évoquons l’oraison funèbre que Bossuet prononça en 1670 à l’occasion des funérailles d’Henriette d’Angleterre épouse de Monsieur, frère du roi Louis XIV. A la suite de l’émotion suscitée par la brutalité de l’évènement, Bossuet prend l’occasion de montrer que la grandeur de la naissance et de la vie passée en magnificences et en honneurs est réduite à néant par la mort, montrant ainsi que la vraie grandeur consiste en l’humilité de la foi qui prosterne la créature devant son Créateur.

Comme les honneurs de la naissance d’Henriette d’Angleterre, la beauté et les richesses que posséda Brigitte Bardot ne furent d’aucun secours pour la protéger de la déchéance. Quel honneur y a-t-il à posséder ce qu’on ne peut conserver ? « Madame se meurt, Madame est morte » se lamentait Bossuet devant la brutalité de la mort d’Henriette. Mais aujourd’hui, on aurait dû avouer : « Brigitte vieillit, Brigitte est vieille »

Oui, hier Bossuet n’était pas à Saint-Tropez. Mais son message aurait dû être dans tous les esprits : à travers cette mort, ce sont « la mort et le néant de toutes les grandeurs humaines » qui se trouvent exposés.

mardi 6 janvier 2026

Sortie de route ou bifurcation ? – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

On le sait : le siècle considéré comme une période formant une unité de base pour l’Histoire et qui dure environ 100 ans, ne coïncide pas forcément avec le calendrier. On admet généralement que le 20ème siècle a débuté en 1914 avec la Grand guerre, mais qu’en est-il pour le 21ème siècle ?

 


La présence de ruptures dans l’histoire est caractérisée par l’imprévisibilité de l’avenir. Il s’agit de périodes de basculement tellement marqué qu’on ne voit pas clairement de quoi demain sera fait.

A présent deux évènements nous signalent l’existence d’une pareille révolution :

- D’abord trois révolutions technologiques qui bouleversent déjà notre monde et qui se sont accélérées depuis peu : il s’agit * de l’Intelligence artificielle à laquelle est associée Chat GPT, * des énergies renouvelables avec les éoliennes et les panneaux solaires, * et de la bio-technologie rendue possible par la récente découverte de l’outil CRISPR-Cas9. Le fait que l’avenir de nos sociétés soit devenu imprévisible du fait de ces changements montre qu’il s’agit bien de révolution.

 

- En suite, cette imprévisibilité est à son maximum avec les décisions du Président américain d’imposer par la force la volonté de l’État Américain au mépris du droit international. Cette actualité ne devient compréhensible qu’à condition de renoncer à la lire comme une péripétie de l’histoire initiée depuis 1945. On parle aujourd’hui d’un « néocolonialisme » en référence à la colonisation du monde par l’Europe dont le 19ème siècle nous a donné un exemple.

… Néanmoins nous ne sommes pas si sûrs de notre lecture : le cas Trump en particulier nous interpelle : s’agit-il d’une sortie de route (avec réintégration de la trajectoire habituelle suite à de nouvelles élections) ou d’une bifurcation irréversible de l’histoire ?

lundi 5 janvier 2026

Une loi de la nature – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Entendu sur Inter (« La terre au carré » avec Mathieu Vidard) ces analyses publiées par Olivier Hamant dans un petit ouvrage intitulé « Antidote à la culture de la performance – Robustesse du vivant. »

Pour résumer sa thèse : « La nature ne cherche pas la performance (ni l’efficience) mais la robustesse. Par exemple, la reproduction sexuée est très peu performante (100.000.000 de spermatozoïdes dans une seule éjaculation, pour une seule fécondation possible), mais ça marche suffisamment dans toutes les situations, ce que ne fait pas l’efficience. »

Olivier Hamant en déduit une philosophie du progrès qui ne cadre pas du tout avec les recherches orientées vers une productivité maximum. Le but n’est pas d'obtenir un maximum d’efficience, mais un maximum de robustesse : la machine ne doit pas forcément aller plus vite que les autres, mais rester en service le plus longtemps possible avec le moins de pannes possibles. On se rappelle encore des Volkswagen originelles, qu’on appelait les « Coccinelles ». Avec leur moteur surdimensionné pour une performance relativement modeste, ces voitures franchissaient les déserts et avalaient des centaines de milliers de kilomètres sans aucune panne.

 


On ne mesure pas les conséquences des « pannes » engendrées par les systèmes les plus efficients. Alors qu’une grande partie du commerce mondial se fait par voie maritime, on imagine facilement les conséquences d’un blocage du canal de Panama ou de Suez – un effondrement que les caravanes d’autrefois ne risquaient pas. Bien sûr l’histoire ne connait pas la marche arrière, et le retour aux caravanes ne risque pas de se produire ; mais suivant Olivier Hamant on devrait néanmoins intégrer les performances de nos innovations technologiques en matière de robustesse avant de les approuver. 

L’essentiel serait de développer cette norme dans tous les domaines de la vie sociale : l’organisation du travail dans les entreprises devrait par exemple réussir le test de robustesse, celui qui prend en compte les accidents du travail et les arrêts pour burn-out.

dimanche 4 janvier 2026

Ces ogres qui nous gouvernent – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

Rappelez-vous : au début de l’invasion de l’Ukraine par Vladimir Poutine, on avait dit « Attention ! Quand il en aura fini avec les ukrainiens alors ce sera le tour des pays Baltes – et puis de la Transnistrie ; quant aux polonais, ils ont intérêt à bien garder leur frontière. »

 

Oui – on avait dit ça, et puis aujourd’hui on se contenterait d’une paix avec annexion du Donbass, sous réserve d’une force de sécurité à la frontière…

Voui-voui… Mais écoutez un peu Donald Trump qui aujourd’hui s’enorgueilli d’avoir pris le contrôle du Venezuela. Il clame que le régime de Cuba n’a que trop duré ; et puis que décidemment le Groenland doit être rattaché à l’Amérique : c’est une question de sécurité nationale.

Ce parallèle entre la Russie de Poutine et l’Amérique de Trump doit nous éclairer : nous sommes gouvernés par des ogres qui, une fois qu’ils ont gouté du sang ne peuvent plus s'arrêter.

 

 

L’Ogre du petit Poucet

 

Déjà Montesquieu le relevait : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. » : pourquoi s’en étonner ? Ce qui devrait nous surprendre c’est bien qu’on oublie une telle chose.

Toutefois, le droit international et les conventions qui en ont découlé depuis 1945 ont entretenu l’illusion qu’il était possible de s’en remettre à l’autorité de l’ONU, qui, sans violence et avec la seule autorité que lui confèrent les nations regroupées sous sa charte, pouvait obtenir le règlement pacifique des différends entre les pays.

 

- C’est que, dans le même temps on oublié la sentence de Hobbes : « Pactes sans sabres, ne sont que palabres » (Léviathan, II, XVII)

samedi 3 janvier 2026

Après la doctrine Monroe, voici la doctrine « Donroe » - Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

On s’était demandé à quoi pouvaient servir les forces navales formidables concentrées par les Etats-Unis au large du Venezuela :

 

 

Hier, l’attaque sur Caracas a répondu à cette question. Mais nous avons en outre eu un complément d’information : la prise de contrôle de ce pays par les Etats-Unis devait être mise en perspective avec la doctrine Monroe (du nom du 5ème Président des Etats-Unis) qui, rejetant l’ingérence des nations lointaines, affirmait le leadership des États-Unis sur l’hémisphère occidental. 

Le Président Trump a souligné son intention d’actualiser cette doctrine en la complétant par le « corollaire Trump ». Il s’agit de la « doctrine Donroe » du nom de l’actuel Président : « C’est le peuple américain et non les nations étrangères ou les institutions mondialistes, qui contrôlera toujours son propre destin dans notre hémisphère. ». On devine que pour en arriver là, les américains devront dominer également le monde.

Nous voici rassurés : depuis la fin de la guerre froide, l’histoire mondiale avait perdu son axe. Certes la Chine est venue nous dire que le monde allait passer sous sa domination, mais on manquait alors d’un second pôle pour donner à l’Historie sa véritable signification. C’est désormais chose faite : l’Histoire du siècle à venir sera celle de la lutte des Etats-Unis d’Amérique contre l’Empire chinois pour asservir et exploiter le monde.

On peut alors insérer cette prévision dans la continuité du passé : l’histoire de l’humanité est et restera celle de « l’exploitation de l’homme par l’homme ».

Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me rappelle quelque chose…

vendredi 2 janvier 2026

À Crans -Montana on s’est souhaité la bonne année 1h30 avant de périr dans l’incendie – Chronique du 3 janvier

Bonjour-bonjour

 

Je viens de réaliser quelque chose de glaçant : les victimes de l’incendie du bar de Crans-Montana sont mortes à 1h30 du matin – soit justement 1h30 après s’être souhaité la bonne année.


Autant dire que l’inutilité de ces vœux est tragiquement manifeste – et pourtant cela n’empêchera pas cet usage de persister.

On dira que, justement, ce n’est qu’un usage, que personne ne pense vraiment que ces souhaits vont se réaliser simplement parce qu’on les a prononcés : les vœux renvoient à une forme de politesse sans autre conséquence que de montrer qu’on se plie à la bienséance.

Certes, mais quand même : il doit bien exister une catégorie de vœux sincères par les quels on mobilise toutes ses forces. Et il y a sans doute des gens qui sont morts à Crans-Montana alors qu’ils venaient de recevoir de tels souhaits. Cela suffira-t-il pour qu’on renonce à manifester son désir de voir réalisés de tels objectifs ? Sûrement pas : on aura vite oublié l’inanité des vœux de bonne année, quand bien même ils auraient été comme ici démentis par une catastrophe soudaine juste après avoir été énoncés. 

C’est que les vœux, tout comme les prières relèvent d’une catégorie mentale très spéciale : le désir. C’est Kant qui attire notre attention là-dessus : le désir, dit-il est le « pouvoir d'être par ses représentations cause de la réalité des objets de ces représentations /…/, parce qu’avec le désir « il existe un rapport causal des représentations à leurs objets » (Critique de la faculté de juger, Introduction III). 

--> Autrement dit lorsque nous désirons (et on peut croire que des vœux sincères sont la manifestation d’un désir véritable) nous sommes persuadés que notre désir va s’accomplir simplement parce que nous désirons très fort.

--> Simultanément, l’échec du désir n’entraine nullement la prise de conscience de son inanité. Bien sûr une telle déception peut abattre notre foi en sa réalisation. Mais qu’un désir nouveau renaisse, et voilà la machine à illusion qui redémarre.

Mais, comme le fait observer Kant, une telle illusion est bénéfique pour l’homme : sans elle nous ne réaliserions rien sans la certitude de réussir – autant dire jamais.

jeudi 1 janvier 2026

Enfin, une bonne nouvelle ! – Chronique du 2 janvier

Bonjour-bonjour

 

Ce matin à peine réveillé, je tombe sur cette info : « Après deux années marquées par la crainte d’un déficit électrique, notamment en hiver, le Bilan prévisionnel 2025 présenté par le gestionnaire du réseau RTE montre un net renversement de situation. La France entre dans une phase de surcapacité de production qui pourrait se prolonger jusqu’en 2028. »

- Pour l'article cité il ne faut pas dire qu'on produit trop d'électricité, mais qu'on n'en consomme pas assez - et même que "c'est un gros problème."

Ces rabat-joie m'exaspèrent. Car voilà un cas de surabondance qui me rappelle les années bénies des 30 Glorieuses, quand on pouvait oublier d’éteindre en sortant de la salle de bain, après s’être lavé les dents sans fermer le robinet !

 

- OK, Boomer : la ramène par trop avec tes radotages de vieux soixante-huitard…

- Bon, ça va – Mais quand même : c’est l’occasion de le rappeler : on est riche quand il nous reste un peu d’argent au fond de la poche après avoir fait nos courses. Mieux même : quand on fait ses achats sans avoir besoin de regarder les prix, c’est qu’on est dans l’abondance.

 


Depuis une lointaine antiquité, la sagesse s’est définie comme une maitrise des désirs. Descartes considérait encore cette faculté comme une maxime de sa morale provisionnelle : « Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune et à changer mes désirs que l’ordre du monde » (Discours de la méthode - 3ème partie)

- Réciproquement, quand « l’ordre du monde » ne m’interpelle pas, pourquoi se priver ?