vendredi 7 avril 2023

L’amour en plus – Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

Pourquoi donc en France le travail est-il si mal vécu, au point que l’allongement de sa durée avant la retraite provoque une quasi insurrection populaire ? Cet article publié hier confirme ce fait, pointé au travers de statistiques concernant les arrêt de maladie.

- On nous dit que ce phénomène n’est pas universel, et que dans bien des pays le lourd et long labeur ne fait pas reculer les travailleurs. Mais peut-être s’agit-il de dire que notre médecine du travail n’est pas à la hauteur ? Ou que nos salariés sont plus douillets que les chinois ?

- Le même article nous explique que « la santé semble être au cœur des préoccupations » :  on a bien lu : « semble » et non pas « est ». Ce qui veut dire qu’on a en France d’autres motifs que la santé pour demander au médecin un arrêt de travail. 

- Lisons plus avant : « Plus de la moitié des salariés (60%) estiment qu'ils exercent un métier susceptible d'avoir un impact négatif sur leur santé mentale. » Donc en France l’arrêt de travail précède la pathologie dûe au travail : c’est donc une mesure prophylactique demandée par les travailleurs, soucieux d’éviter d’atteindre le burn-out. D’ailleurs, c’est bien ce qu’ils disent : « Deux tiers d’entre eux évoquent les mêmes motifs que l’année précédente, soit la charge de travail trop importante (51%) » Le travailleur va voir son médecin et lui dit : « Docteur chaque année c’est la même chose : la charge de travail augmente en décembre (c’est, supposons-le un livreur Amazon) et je risque le burn-out. En me mettant en congé maintenant je serai plein d’énergie et donc bénéfique pour mon entreprise début janvier »

Ainsi donc les arrêt de maladie ne seraient pas le fait de gens paresseux, mais au contraire d’employés « corporate ». 

- Sans doute, mais attendez encore, voici la fin de la phrase : « /arrêt au motif de la charge de travail/ et du manque de reconnaissance (46%). » Voilà donc le fin mot de l’histoire : les français ne demandent pas seulement à leur employeur de leur permettre de régler leurs factures et de faire vivre leur famille : ils veulent en plus être aimés.

 

J’entends régulièrement des spécialistes dire qu’aujourd’hui, on ne sait plus donner du sens à son travail – on trouvera à la fin de cet article l’index « aliénation » ouvrant sur des indications utiles. Mais il faut le dire : nombreux sont les spécialistes qui, tout en dénonçant ce manque de sens, sont bien incapables dire ce qu’il faut faire pour lui en redonner. Car donner du sens à son travail, ça veut dire aussi donner du sens à sa vie, c’est quand même bien compliqué : beaucoup atteignent la fin sans avoir pu le trouver. 

- Et pourtant… Imaginez : vous arrivez sur votre lieu de votre travail, atelier, bureau, magasin – voire même chantier. Dès l’entrée vous êtes dirigé sur un lieu à l’écart : ici les travailleurs sont regroupés devant le patron (chef de chantier, de service etc…) Et là, vous entendez chaque employé recevoir un compliment pour le travail qu’il a accompli jusqu’ici, avec le renouvellement de la peine confiance de l’entreprise. 

--> Ici tout le monde y gagne : l’entreprise qui a des collaborateurs qui performent ; l’employé qui vivra heureux en pensant au regard bienveillant que la direction pose sur lui et la sécu qui voit les arrêts de maladie fondre comme neige au soleil.

jeudi 6 avril 2023

La double légitimité – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier, 11ème journée de grève et de manifestation nationale contre la réforme des retraites : les responsables syndicaux y sont allés de leur prévision quant aux revendications à venir. Les uns (comme SUD) affirmant que quoiqu’il en soit le retrait de la loi était la condition absolue de toute nouvelle négociation, d’autres noyant la contestation avec d’autres motifs de mobilisation, tel le pouvoir d’achat, les déserts médicaux, l’inflation, les salaires…

On attendait de connaitre la position de Laurent Berger secrétaire général de la CFDT sur la question, puisque ce syndicat traditionnellement réformateur était supposément le mieux placé pour permettre une sortie de la crise. Voici ce que l’on a entendu hier soir (sur le plateau de l’émission « C à vous » sur la 5) :

            - D’abord la CFDT reconnait la légitimité des institutions : dès lors que la loi en question est conforme à la Constitution, le débat sur ce point est clos. Pas question pour elle d’opposer la chambre des députés à la rue, le peuple à la foule ; toutefois, l’idée de faire des mouvements de manifestation une expression de la démocratie n’est pas rejetée.

            - Car, ce que les manifestants font valoir, c’est qu’ils ne reconnaissent pas comme moralement équitable la mise en œuvre des décisions annoncées durant la campagne électorale, que ce soit pour l’Élysée ou pour le Palais Bourbon. Et c’est là que Laurent Berger énonce sa thèse de la double légitimité. On lira ci-dessous  l’analyse de cette confrontation entre deux légitimités (1) ; pour faire simple, l’idée est qu’une fois élu, le législatif ne dispose du pouvoir que sous condition de ne pas commettre d’injustice envers quelque citoyen que ce soit. Imaginons un régime néo-nazi, régulièrement élu et imposant des lois spoliant les juifs (ou quelque minorité qu’on voudra) pour le plus grand bien du peuple ?  Dans ce cas, s’ouvrirait une crise pouvant aboutir à un retour aux urnes.

            - Alors, que prouvent donc les manifestations, les grèves, les AG dénonçant un pouvoir abusif ? On se doute bien qu’un chef syndicaliste a quelque chose à dire là-dessus. 

On vient de l’apercevoir : une démocratie n’est pas seulement le règne de la majorité, sans quoi elle se résumerait à un rapport de force : les plus nombreux ayant le droit d’écraser les plus faibles. Encore faut-il que pas un citoyen ne soit injustement traité, exploité ou dépouillé quand bien même ce serait au bénéfice du plus grand nombre. Ce que les manifestant ont clamé dans les rues, c’est qu'ils sont victimes d'une injustice sociale qui exige d'eux de travailler en étant soumis à la peine de l’effort dans une vie sans horizon – à part celui de jouir de la retraite.

- On a bien vu que le gouvernement a tout fait pour faire admettre que sa réforme était juste. Or, c’est cela que les manifestants ont nié à cor et à cris. Et qu'importe qu'ils soient des millions ou un seul ?

Quand bien même les chiffres alignés sur des tableaux Excel bien léchés seraient au rendez-vous, la plainte d’une aide-de-vie mal payée et soumise à des horaires de travail démentiels suffirait à mettre tout ça par terre (2)

 

--> Alors on peut critiquer l’emploi du terme « légitimité » dans ce contexte. Ça ne changera rien.

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(1) Pour résumer, cet article explique ceci : " D’un côté une loi est légitime lorsqu’elle a été prise suivant les règles et les procédures définies selon la Constitution, elle-même dument établie par référendum. De l’autre, seront jugées légitimes celles qui sont opportunes et établies par la qualité des gouvernants. A ces deux conceptions correspondent la démocratie directe, qui considère les dirigeants comme étant susceptibles d’être révoqués en cours de mandat sur demande du peuple ; en face de quoi on a le despotisme éclairé : la démocratie est inutile quand les meilleures capacités d’action sont réunie en un seul homme. On dira que le despotisme, même éclairé n’est pas une démocratie. C’est vrai – Aussi la Révolution française a-t-elle inventé le « jacobinisme » qui affirme que les citoyens délèguent leur propre volonté à leurs représentants. D’où le centralisme qui leur est cher : le peuple s’exprime une fois tous les 5 ans pour élire ses députés, et le reste du temps il n’a plus à intervenir. Tel est le formalisme juridique sur le quel le pouvoir prend aujourd’hui appui »


(2) On pense au film de François Ruffin « Debout les femmes » (voir ici)

mercredi 5 avril 2023

Faust n’est plus un mythe mais une réalité – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Alors vous aussi vous souhaitez devenir immortel ? Vous êtes prêt à vous inscrire à une expérience qui pourrait vous redonner indéfiniment votre jeunesse perdue ? Faust ne serait alors plus un mythe, mais le nom d’une opération très scientifique de reprogrammation de votre ADN. 

- Eh bien soyez content : selon le futurologue Ray Kurzweil, nous ne sommes qu’à quelques années de l’immortalité humaine grâce à l’avènement de la nanorobotique et sa généralisation dans le secteur de la médecine. « Cet ancien de Google développe l’idée selon laquelle des avancées technologiques convergentes vont à un moment de notre histoire provoquer un emballement au-delà duquel le progrès ne sera plus possible que via des IA super-intelligentes avec un QI bien supérieur à celui de l’intelligence humaine actuelle. » (Lu ici) Ajoutons que ces avancées ne garantiront pas seulement une vie indéfiniment prolongée, mais encore des capacités décuplées

 

Laissons de côté les approximations qui confèrent à l’IA des capacités intellectuelles et humaines, telles que mesurées par un QI. Et tournons-nous vers l’attitude qui se révèle ainsi : on évoque ces jours-ci la « fin de vie » comme l’expression d’une liberté fondamentale. Mais on ne dit rien d’une vie qui se prolongerait indéfiniment : entre vivre sempiternellement et une « fin de vie » sur commande, quelle option choisiriez-vous ?

On refuse de reculer l’âge de départ à la retraite parce qu’on imagine que le meilleur de la vie commence à 60 ans. Être libre comme un vieux et fort comme un jeune. C’est en effet le rêve de Faust qui nous est ainsi proposé, et c’est ce que les avancées scientifiques nous permettent non plus de rêver, mais d’espérer. Et tout cela grâce aux « nanorobots » capables de « réparer en permanence notre ADN nous permettant de survivre indéfiniment… Bien sûr ces nanorobots auraient bien d’autres avantages pour la santé humaine : ils nous permettraient de profiter de la vie sans contraintes, manger autant que l’on souhaite tout en restant maigres, ne jamais être touché par la fatigue, par les maladies… »  (Art. cité)

 

Tout cela n’est que rêve et illusion ? Soit. Mais réfléchissons quand même au sens de la vie qui se révèle ainsi : ne peut-il se dégager que dans une perspective limitée, ou bien se dégagerait-il bien mieux dans une existence - sans limite ?


--> Et d'ailleurs, "sans limite", est-ce que ça veut dire "sans horizon" ?

mardi 4 avril 2023

Comment vivre ensemble ? – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour

 

Délaissant un moment l’actualité, je me laisse tenter par cet article du café-pédagogique publié hier, qui aborde une réflexion sur la vie du CPE, le Conseiller principal d’éducation, qui dans les collèges joue le rôle d’intermédiaire entre les professeurs et les élèves. En première ligne dans les conflits entre élèves et professeurs (et bien sûr aussi entre les élèves eux-mêmes), je vais aller droit au problème le plus intéressant soulevé dans cet article : celui du fameux « vivre ensemble » : le CPE est-il ce médiateur que chacun réclame entre les membres de la communauté éducative ?

 

- Une première remarque : issus de milieux défavorisés ces élèves ne maîtrisent pas les normes scolaires telles qu’attendues par l’institution. Leur en faire comprendre la nécessité est un préalable indispensable. Banal ? Oui, mais pas tant que ça. 

- Car voici la précision qui arrive : « Tenter de normaliser un comportement que nous jugeons inadapté selon nos propres valeurs ou normes est une pratique qui peut aussi s’avérer dangereuse, car elle rejette dans les marges ceux qui refusent ou ne comprennent pas l’intérêt de s’y soumettre. » Comment faire ? Passer plus de temp à apprivoiser ces petits sauvageons ? Ou bien élargir le mode de vie en y intégrant s’il peut se faire les marges ?

- On voit poindre ici quelque chose d’un peu révolutionnaire, qui consisterait à faire que les ruptures entre les enfants, leur familles et leur communauté ne soient plus niées, ni éradiquées, mais intégrées.

 

Mais enfin, espère-t-on faire « vivre ensemble » des jeunes avec des objectifs comme ceux-là ?

Remarquons quand même que ce fameux « vivre ensemble » est bien problématique surtout si on entend par là une communauté d’identité. Résumant la pensée de Michaël Pouteyo, l’article précise : « chercher à connaître l’autre en voulant saisir à toute force son intériorité amène ensuite à le reconnaître, c’est-à-dire paradoxalement à faire de l’autre son semblable et nier toute altérité véritable au profit d’une identité illusoire. /Par contre/ reconnu l’un l’autre à partir de leurs propres différences voilà les individus réunis dans un même ensemble où les positions sont asymétriques et où celui qui cherche à connaître en vient in fine à chercher à se reconnaître dans l’autre » (Art. cité)

Évitez de faire des autres vos semblables si vous voulez vivre en harmonie (1) avec eux : voilà mis à bas l’idéal universaliste, celui des Lumières et de Rousseau. Acceptez les communautés et évitez le communautarisme.

- Allez hop ! Taliban et féministe, intégriste et athées, tout le monde dans le même bateau ! Et tâchez quand même de ramer en cadence !

Illusion ? Peut-être, mais les CPE le savent : parfois c’est comme ça qu’on peut (ré)tablir la paix

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(1) Harmonie : "Combinaison spécifique formant un ensemble dont les éléments divers et séparés se trouvent reliés dans un rapport de convenance, lequel apporte à la fois satisfaction et agrément." écrit le CNRTL. Observons donc que cette combinaison suppose des éléments "divers et séparés"

lundi 3 avril 2023

Heureusement, on a chat GPT – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Bientôt vos enfants auront à la place de leur instit (ou : du prof) un écran connecté sur le logiciel d’IA : et, vous savez quoi ? Vous en serez heureux !

Oui, heureux parce qu’au moins la machine saura parler et orthographier correctement le français, et que ses références historiques et culturelles, sans parler bien évidemment des calculs mathématiques seront irréprochables. Ce qui ne peut plus être assuré par le personnel nouvellement embauché par l’Éducation Nationale.

Pourquoi un tel pessimisme ? Simplement pour avoir lu le compte-rendu des concours de l’Éducation nationale publiés après le concours des écoles. On y trouve en effet (ici) :

            1 – Impossible de remplir les places mises au concours faute de candidats ; et cela malgré le recul de la date de clôture des inscriptions 

            2 – De toute façon la moitié des candidats inscrits ne se présentent plus pour passer l’examen. « Au Parc des expositions de Villepinte, où devaient plancher 6.600 inscrits aux concours des académies de Paris, Créteil et Versailles, guère plus de 4 000 se sont présentés pour la première épreuve, qui démarrait à 14 heures. Pour 2.700 postes à pourvoir... Le vivier se tarit dangereusement. » (Art. cité)

            3 – À Créteil et Versailles pour remplir quand même les places disponibles, les jurys baissent le niveau : on a reçu des candidats notés 7 sur 20.

            4 – Du coup, les candidats reçus manifestent « des difficulté à résoudre une équation » ou « une méconnaissance des termes précis de grammaire » (idem)

 

--> Voilà pourquoi vous préférerez que vos bambins soient confiés à une machine plutôt qu’à un enseignant humain.

o-o-o

Alors on se rappelle de l’Instit d’autrefois, le modèle Hussard noir, blouse Jules Ferry, qui, imposait à coup de férule la connaissance des conjugaison et le nom des préfectures de France. On s’est dit que tout ça, on n’en avait plus besoin. Mais ce à quoi on n’avait pas pensé c’est qu’on a toujours besoin de ces fonctionnaires incorruptibles, qui remplissent leur fonction, juchés sur leur chaire, et qui pensent que les enfants qu’on leur confie devront être autonomes pour la vie qui les attend à la sortie de l’école.

Condorcet disait qu’il fallait que les enfants apprennent à l’école à vérifier la note de la blanchisseuse. Aujourd’hui ce serait plus compliqué, mais c’est l’idée que nous devons avoir. Et dès lors on aurait peut-être un peu plus envie d’enseigner.

dimanche 2 avril 2023

Épistocratie versus populisme - Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

Ça y est, les amis : je viens d’apprendre un mot nouveau ! Il s’agit d’épistocratie, dont le dictionnaire dit qu’il s’agit « d’un système politique qui accorde plus de crédit ou de pouvoir à des personnes ayant une meilleure maîtrise des sujets traités dans la prise de décisions. »

L’épistocratie, aussi appelée épistémocratie, n’est pas sans rappeler la technocratie, mais sans les sous-entendus d’autoritarisme soumis aux techniques d’exploitation de la planète… et des hommes.

Bien entendu l’épistocratie s’oppose au populisme qui est « l'idéologie ou l'attitude de certains mouvements politiques qui se réfèrent au peuple pour l'opposer à l'élite des gouvernants, au grand capital, aux privilégiés ou à toute minorité ayant "accaparé" le pouvoir.

Le terme "populisme" sert aussi à dénoncer les démagogues qui mobilisent le peuple par des promesses électoralistes ou qui flattent ses "bas instincts" comme le nationalisme, la xénophobie, voire le racisme ou qui exacerbent les réflexes sécuritaires. » (Toutes ces définitions venues de la « Toupie » - ici)

 

- Je dis que je découvre le mot, mais je ne dis pas que je découvre « la chose ». Car pour qui a lu Platon, ce terme désigne exactement le type de gouvernement qu’il désirait pour gouverner la Cité. Le Philosophe roi de la République n’est pas autre chose qu’un épistémocrate, ayant tous les pouvoirs en raison de son immense savoir et de la sagesse dont il faisait usage pour gouverner. On trouve face à eux les démagogues qui cultivent les passions populaires pour exciter contre les mesures raisonnables des autres gouvernants.

On sait que le 18ème siècle fut le siècle des lumières sans être pour autant un retour vers l’« épistocratie ». Emmanuel Kant écrira : « la possession du pouvoir corrompt inévitablement le libre jugement de la raison ». En revanche, les rois et les peuples lorsqu'ils gouvernent doivent « laisse[r] parler tout haut » les philosophes, car cela « leur est indispensable pour s'éclairer sur leurs propres affaires » (art. wiki).

Les débats à l’Assemblée nationale ont donné une image peu attrayante de ce que devient la démocratie quand elle est sous la domination des passions. Toutefois il est peu probable que la raison pure saurait faire mieux. J’en veux pour preuve le fait que Kant lui-même, n’ait pas souhaité un gouvernement de philosophe, mais dans lequel ils seraient seulement conseiller.

En démocratie, on ne peut avoir raison contre le peuple, même quand il a tort.

Hélas ! N’avons-nous pas, contre toute prudence, mis un philosophe à l’Elysée ?

samedi 1 avril 2023

Dessine-moi un Président – Chronique du 2 avril

Bonjour-bonjour

 

Vous avez aimé chatGPT ? Alors vous adorerez Midjourney. Vous ne voyez pas ? Suivez-moi :


C’est l’information la plus commentée aujourd’hui : Midjourney, un outil d’intelligence artificielle (IA) en libre accès permet de générer à la demande sans aucune compétence, des images indiscernables de véritables photos de la réalité - et cela à partir d’une texte descriptif. (lire ici)

Le Petit Prince demandait à l’aviateur « S’il te plait, dessine-moi un mouton ». Aujourd’hui demandez à votre ordinateur : « Dessine-moi le président Macron assis dans une poubelle.» Et voilà le résultat :

 

 

« Aucune de ces images n’est vraie. Elles sont créées de toutes pièces par la cinquième version de Midjourney, un outil d’intelligence artificielle (IA) en libre accès, produit par un laboratoire de recherche californien du même nom. Ce programme permet de générer, à la demande, des images photo réalistes ou de véritables œuvres d’art à partir d’un texte descriptif donné. » (art. cité)

 

Voilà des problèmes aussi insurmontables qu’avec l’IA de chat, mais de nature différente.

- Déjà un problème avec les droits d’auteur. Une IA peut fort bien piller des œuvres contenues dans sa base de données sans qu’on puisse verser un centime de droit aux auteurs.

- Mais aussi pensons aux cabinets de designers qui vont être mis au chômage puisqu’on fera aussi bien qu’eux mais sans eux. 

- Il y a plus : ces images n’ont aucun auteur défini – du moins personne qui en soit responsable, sauf à incriminer l’auteur de texto envoyé à la machine. Or, voilà que des images fort « inappropriées » vont apparaitre avec, par exemple, Macron décapité en place de la Concorde. Quand on sait qu’une dame a été mise en garde à vue pour un tweet injurieux envers notre Président, alors imaginez un peu ce que ça pourrait donner. 

--> En d’autres termes comment appliquer la loi fondamentale de la liberté d’expression dans un pareil contexte ? On dira que la machine ne jouit pas des droits de l’homme, mais avouez aussi qu’elle ne peut être jugée responsable.

Quant à l’homme qui a demandé le travail à la machine, qu’a-t-il fait de plus qu’émettre une opinion sans même la communiquer à qui que ce soit – puisque, parler à une machine n’est pas répréhensible – tout juste un peu bizarre.