dimanche 13 septembre 2020

« L’obscénité est dans vos yeux » - Chronique du 14 septembre

Bonjour-bonjour


D’abord c’est une micro évènement comme il y en a beaucoup : une jeune femme s’est vu refuser l’entrée du musée d’Orsay par un gardien en raison d’un décolleté plongeant :



 

Bon : tout le monde est d’accord pour protester et le gardien (1) lui-même se déclare confus et attribue son intervention à son inexpérience.

Là-dessus une cinquantaine de Femen se pointe à Orsay dans la grande salle du musée poitrine nue sur laquelle elles ont inscrit « Ceci n’est pas obscène »

Ça donne ça : 




Capture d’écran franceinfo.

Sauf que… voici ce que publie le Parisien :


 


On remarque de suite que la photo a été floutée à l’endroit des tétons : on comprend alors que le journal parisien considère que les tétons restent quand même obscènes ; du moins suffisamment indécents pour qu’on ne les publie pas. 

On aurait tendance à rire de cette pudibonderie qui empêche le journal de publier la photo vue sur franceinfo : ici point d’inscription « ceci n’est pas obscène » car montrer ça sur des photos floutées serait une légère contradiction…

Déjà, il faudrait comprendre pourquoi on pourrait montrer un sein sans téton : est-ce que ça serait moins provoquant, moins choquant ? La photo truquée du Parisien introduit certes une cohérence originale entre ces bustes féminins fait de chair uniformément rose et ces bustes de marbres uniformément blancs : mais était-ce l’effet recherché ? On peut en douter.

D’autant que, tant qu’à faire d’informer le public il aurait mieux valu le faire en montrant la réalité des corps exposés au regard puisque le message proclamé était « l’obscénité est dans vos yeux ». Empêcher qu’on les voie suppose que ces images soient obscènes objectivement et qu’il faille donc les censurer.

A moins d’admettre que le Parisien dise : « Oui, oui : l’obscénité est seulement dans les yeux, mais nous savons que nos lecteurs sont tous de vieux pervers et qu’il faut les empêcher de s’exciter comme des malades. »

Mais ça, je n’y crois pas !

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(1) De fait il semble que ce soit une gardienne qui aurait voulu faire du zèle et que le vrai responsable de cette situation soit ... le règlement lui-même, beaucoup trop évasif.

samedi 12 septembre 2020

La vérité n’est pas ce qui se démontre, mais ce qui s’applaudit – Chronique du 13 septembre

Bonjour-bonjour

 

Un seul peut-il avoir raison contre tous ? Cette question a été un sujet de dissertation autrefois proposé au bac. Occasion pour le candidat de montrer qu’il maitrisait son cours sur « Opinion et vérité », la démonstration rationnelle et scientifique, opposée à la conviction démocratique obtenue par élection majoritaire. Galilée, menacé de la torture par l’Inquisition, abjure sa thèse de l’héliocentrisme en murmurant « E pur si muove ! » : il est bien seul mais rien ne peut faire qu’il n’ait pas raison. Par contre quand il faut choisir une orientation politique, personne en peut se substituer au peuple, et le tyran à lui tout seul ne peut assumer le choix du but à préférer pour orienter l’action politique.

L’histoire est-elle comme une route à sens unique sur laquelle on ne peut pas faire demi-tour ? Ou bien comme une voie à double sens, peut-on refaire le chemin en sens inverse ? C’est bien cette dernière solution qui pourrait être vraie quand on se remémore les débats sur la chloroquine pour la quelle on a dit que les procédures scientifiques ne valaient rien et que l’observation directe, dans un service hospitalier, l’emportait sur tout autre méthode.

On a même fait des sondages d’opinion pour savoir si ce médicament était efficace ou non. Et c’est là que le retournement du rapport opinion-vérité est total. La démonstration rigoureuse et scientifique est fausse, et l’opinion qui tire sa force de la volonté qui s’investit en elle devient la vérité incontestable. Et bien sûr c’est non seulement entre des pseudo-savants que se décident les « vérités » à admettre, mais entre tous ceux qui se mêlent de communiquer par Internet. 

Alors on n’a pas fait complètement demi-tour sur l’autoroute de l’histoire : les sophistes ne draguent plus les jeunes gens sur l’agora, ils balancent leur salade sur les réseaux sociaux. Et au fait : on ne les appelle plus des « sophistes » mais des influenceurs.

vendredi 11 septembre 2020

Petites causes, grands effets – Chronique du 12 septembre

Bonjour-bonjour

 

Dans les dernières pages de Yoga, le livre si attachant d’Emmanuel Carrère, je tombe sur une observation (que je révèle sans je l’espère divulgâcher votre éventuelle lecture) : la vie des malades bipolaire a été bouleversée par le traitement au sel de lithium : « Qui suis-je donc qu’un peu de sel change ma vie à ce point ? » écrit Emmanuel Carrère. Je cite de mémoire et sans doute de façon peu fidèle, mais l’idée est là : un tout petit peu de ce sel et voilà tout une vie, un destin même qui s’en trouve bouleversé ! 

De tels exemples abondent, je voudrais en citer deux :

- Cromwell, dont la mort eut un impact majeur sur l’histoire de l’Angleterre, mourut d’une crise de malaria qu’à l’époque on attribua à un calcul urinaire : « Un grain de sable dans l’urètre de Cromwell suffit à changer le cours de l’histoire » dit-on alors. C’est ce décalage entre le grain de sable et la puissance de ce quasi-souverain de l’Angleterre qui mit en lumière le fait que les hommes sont tout compte fait bien peu de choses. Au firmament de la gloire les voilà précipités dans le néant par le grain de sable qui y confine.

- Sainte Thérèse d’Avila qui a décrit l’extase miraculeuse (la Transverbération) qu’elle éprouva lorsqu’un ange lui perça le cœur et les entrailles lui procurant une ineffable sensation faite de souffrance et de jouissance. Entre souffrance et extase, le dard enfoncé par l’ange lui aurait procuré un véritable orgasme – comme le montre le visage de la sainte statufiée par le Bernin :

 

 


La transverbération de Sainte Thérèse d’Avila par le Bernin

 

Petite cause… oui si l’on veut bien observer que les femmes qui ne sont pas des saintes connaissent bien ces extases qui sont le produit d’un organe minuscule et dont on oublie parfois jusqu’à l’existence. Oui, osons le dire : le clitoris permet à la sensibilité humaine de confiner aux étoiles ; bien sûr je n’oublie pas le pénis, mais les messieurs qui sont fort imbus de la dignité de leur organe n’accepteraient jamais le comparer à un grain de sable !

- Certains voudront ajouter le coronavirus dont la dimension oscille entre 60 et 200 nanomètres (1). Vous me permettrez de préférer fantasmer sur la démesure humaine telle que révélée par l’exemple de sainte Thérèse.

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(1) Le nanomètre équivaut à un milliardième de mètre.

jeudi 10 septembre 2020

A San-Francisco, l’Apocalypse est là – Chronique du 11 septembre

Bonjour-bonjour,

 

Les photographies de San-Francisco prises en plein jour laissent sans voix : ce ciel orange sombre, laissant à peine filtrer la lumière du soleil, on croyait qu’on ne le verrait que dans le « Big-One », le tremblement de terre majeur qui un jour détruira la ville entière. Mais le voici advenu :

 


Stade des "Giants" de San Francisco, plongé dans la pénombre par les fumées de l’incendie

 

Il s’agit de l’effet des incendies qui vont de la frontière canadienne à la frontière mexicaine (c’est lu ici), comme si Dieu avait voulu punir les États-Unis spécialement en leur montrant qu’eux seuls étaient frappés, par cet incendie couvrant leur territoire entier.

Exagération ? Oui, mais dans l’imaginaire collectif, je suppose que la couleur du ciel et la disparition du soleil annonce la fin du monde. La force de l’Apocalypse de Jean, celui qui clôt le Nouveau testament, c’est d’être encore aujourd’hui peuplée d’images effrayantes, telles que Dürer les a fixées dans ses gravures ; certes Dürer n’a pas mis en couleur ses gravures, mais on devine que le ciel est rouge et que les naseaux des chevaux sont rougeoyants. (Texte et gravures ici)

 

Alors, est-ce une punition divine comme la Bible le laisse entendre ? Ou bien les hommes sont-ils seuls responsables de cette catastrophe ? Certes, la nature a été la proie des flammes bien avant que l’homme n’apparaisse sur la terre. Mais aujourd’hui le climat chaud, sec, et parcouru de puissantes rafales de vent parait bien résulter des activités humaines : Dieu n’est même plus responsable de l’Apocalypse, et les fautes commises par les hommes paraissent suffisantes pour déclencher ces catastrophes.

Oui, c’est cela que nous annonce le ciel de San-Francisco : l’Apocalypse est pour maintenant et nous n’aurons pas à attendre le « Big-One » pour périr dans un monde privé de soleil.

mercredi 9 septembre 2020

Au viol ! – Chronique du 10 septembre

Bonjour-bonjour

 

Boris Johnson veut violer le droit international.

Oui, vous m’avez bien lu ! C’est Libé qui le dit : « Le gouvernement britannique a publié ce mercredi un projet de loi prévoyant le non-respect du droit international en général, et des termes de l'accord de retrait de l'UE en particulier. »

Alors, à quoi cela sert-il de faire des rounds de négociation épuisants pour les négociateurs, de dépenser des trésors de diplomatie, si c’est pour en arriver là ? Là, c’est-à-dire à la décision brutale et unilatérale du gouvernement anglais qui s'oppose aux accords ? Mais que sommes-nous prêts à faire en face de cela ?

Faire la guerre et envahir les iles britanniques ? Ce serait revenir loin, très loin en arrière, au 17ème siècle, lorsque Hobbes écrivait :  « Pactes sans sabres ne sont que palabres. » – (« Covenants, without the sword, are but words » (Léviathan,II, XVII.) Ce que dit Hobbes, c’est que le droit ne l’emporte sur l’usage de la force que s’il est soutenu par la menace … de la force justement !

La force prime le droit.

Bien sûr rien ne se fait plus dans notre monde sous la menace de la guerre ; mais rien ne se fait non plus sans la menace de la force – et la ruine économique est bien une menace violente. Dans ces négociations, la violence réside dans le non-respect des droits de pêche accordés par les britanniques aux pécheurs européens. La menace de ruine qui pèse sur nos pécheurs du fait de la fermeture unilatérale des eaux britanniques ne sera évitée que par une menace équivalente et réciproque, exercée par l’Union européenne sur l’économie des anglais. Pas d’accès à la mer ? Alors pas d’accès au marché européen.

On n’en n’est pas là ; on n’en est encore qu’aux menaces, c’est-à-dire au rappel que la force prime le droit. Si la présidence Trump nous a appris quelque chose, c’est bien celle-là : le Président américain possède le pouvoir de déchirer les traités signés par l’Amérique elle-même. Et s’il possède ce pouvoir c’est nonobstant le fait qu’il n’en ait pas le droit. La force sans le droit reste forte ; en revanche le droit sans la force n’est rien. Pascal n'aurait pas dit mieux.

mardi 8 septembre 2020

Jean Castex testé négatif tout en étant cas contact – Chronique du 9 septembre

Jean Castex testé négatif tout en étant cas contact – Chronique du 9 septembre

 

Bonjour-bonjour

 

 

Le Premier ministre, déclaré cas contact après avoir passé une journée avec le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, qui vient d’être testé positif à la maladie, a lui-même été testé négatif à la maladie Covid-19.

 

Plus on en sait, moins on en sait. Alors qu’on croyait que la maladie s’attrapait quand on restait plus d’une heure dans l’aérosol d’un patient contaminé, voilà que Jean Castex resté 4 heures dans la voiture du directeur du Tour, cas avéré à la descente de la voiture, n’aurait pas été lui-même contaminé. Alors quoi ? Serait-il porteur d’un gène protecteur qui ferait glisser sur son corps les virus sans qu’ils puissent nicher dans son organisme ? Ou bien les microbes en voulaient-ils spécialement au Directeur du Tour, et se désintéresseraient-ils des autres cibles ?

 

Je sais bien que le test de Monsieur Castex doit être renouvelé d’ici samedi, parce que certains virus paresseux mettent plusieurs jours à s’installer et à se multiplier. Mais restons dans l’hypothèse selon la quelle notre vaillant Premier ministre serait indemne : faudrait-il remettre en cause les découvertes de la médecine, ou bien considérer son cas comme une exception, sachant qu’on ne peut tester tout le monde et que si on le faisait on découvrirait peut-être que ce cas n’est pas si exceptionnel que ça ? 

 

De toute façon, il faut admettre que notre connaissance du coronavirus est bien insuffisante et qu’il y a encore, comme on dit, beaucoup de trous dans la raquette. On ne sait même pas si ce cas, s’il était confirmé, serait généralisable, un peu comme on reste encore impuissant devant le VIH, alors que des cas de résistance du fait d’une mutation sur un gène sont avérés et analysés. On imagine d’ailleurs qu’en cas de pandémie foudroyante, seuls les porteurs de cette variante survivraient et qu’ensuite l’humanité se repeuplerait avec les descendants de ces « mutants ».

 

Oui, imaginons : suite à une terrible pandémie, la terre entière est désormais peuplée de petits Castex, alors que tous les autres petits Quidams sont kaputt – et aussi bien les petits Macron que les petits Ph. Martinez.

--> Rêve ou cauchemar ?

lundi 7 septembre 2020

La haine : vous en reprendrez bien un peu ? – Chronique du 8 septembre

Bonjour-bonjour

 

Ça ne va pas durer longtemps comme ça ! Je veux dire : ces surenchères dans l’effroi, dans la peur, dans la haine… Entre notre ministre de l’intérieur et la cheffe du parti d’extrême droite, on y va tout droit ! 

Oui, on y va – mais où ? Car il ne s’agit pas d’avoir peur du virus ; et non plus du chômage : ça fait longtemps qu’on n’a pas besoin de nous flanquer la trouille avec ça. Non, ce sont les voyous qu’il faut redouter, en particulier ceux qui brutalisent les pauvres gens, ou qui montrent à tous leur kalach’ histoire de faire voir qu’ils en ont une grosse. Des sauvages qui ensauvagent la société ! Mais la société va leur répondre ! Oui, mais comment ?

Eh bien on pourrait essayer ce qui se fait en Corée : un site internet qui vous donne le nom, l’adresse, le numéro de téléphone des délinquants sexuels, où qu’ils soient et quoiqu’il en soit de leur procès en cours où déjà condamnés. Alors, certes il y a eu quelques suicides de malheureux innocents injustement accusés et qui n’ont pu faire entendre leur voix. Mais il s’agit sans doute pour les amateurs de ce site d’inconvénients mineurs par rapport aux avantages fournis.

Oui, au fait quels avantages ? Déjà savoir si dans mon quartier il n’y aurait pas quelques pédophiles dont je pourrais me méfier, que je pourrais inquiéter histoire de le faire partir, en mobilisant les milices nocturnes d’auto-défense. (Oui, je n’en ai pas eu le temps d'en parler, mais il faut dire qu’avant toute autre réaction, ces appels à la trouille vont susciter des patrouilles de citoyens qui s’auto-missionnent pour faire la surveillance du quartier – voire même des pâturages où sont ignoblement massacrés de pauvres chevaux). 

Les coréens ont inventé le pilori numérique, un truc qui permet d’invectiver ceux qui nous paraissent dangereux, et de mobiliser contre eux la haine la plus incontrôlée. Incontrôlée bien sûr parce que pour certains aucune garantie de leur culpabilité n’existe ; et que de toute façon le châtiment pénal n’appartient qu’à la justice – et enfin, que la haine est inextinguible. Quand donc serez-vous assez vengé ?

La haine : vous en reprendrez bien un peu ?