jeudi 12 mai 2022

Plus on avance et plus on recule – Chronique du 13 mai

Bonjour-bonjour

 

Dans la presse de ce matin, on apprend que les dirigeants finlandais ont indiqué hier jeudi vouloir adhérer à l'Alliance atlantique, en finissant ainsi avec la "finlandisation", terme avait été employé pour caractériser la neutralité historique de ce pays entre les deux blocs durant la guerre froide.

Le général Olivier de Bavinchov ancien chef d'état-major de la force internationale de l'Otan évoque un "tsunami géopolitique", ajoutant "Ce tsunami géopolitique montre à quel point le président Poutine obtient, dans tous les domaines, exactement le contraire de ce qu'il espérait. C'est un échec absolu sur toute la ligne".


Pourquoi l’OTAN ? La Finlande n’avait-elle pas la protection avec l’Europe Unie ? Jean Sylvestre Mongrenier chercheur à l'institut Thomas More le précise : « la grande différence dans l'OTAN, c'est qu'il y a les États-Unis », ajoutant pour qui n’aurait pas compris : « les États-Unis, par leur poids, par leur puissance, sont en mesure d'apporter des garanties de sécurité beaucoup plus solides que celles des pays de l'Union européenne ». (Lire ici)

 o-o-o

On serait tenté de prendre acte de ce bouleversement comme de l’indice de la venue des temps nouveaux, un acte de naissance du 21ème siècle. Pourtant on est frappé dans le même temps par la ressemblance de ces évènements avec … le 20ème siècle. On croit assister à un mouvement rétrograde qui nous ferait remonter à près de 70 ans en arrière, lorsque le choc des blocs, soviétique contre occidentaux – avec au premier plan la menace d’un conflit nucléaire – conduisait justement à créer l’Alliance atlantique ! Oui, on dirait que plus on avance et plus on recule.

Toutefois, on peut quand même conserver le principe que l’histoire ne se répète pas, que toute séquence cause/effet est absolument unique et que son retour n’est qu’une illusion. Alors, la question est de savoir qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans la situation actuelle qui la différentie du passé ?

Eh bien on répondra : tout. Oui, tout diffère : et le rapport de forces, et les pays en cause.

- Rapport de forces : la Russie n’est plus l’URSS et elle n’a plus à sa disposition le soutien des pays du Pacte de Varsovie.

- Quant aux pays concernés, ils n’impliquent ni la Chine – bientôt première puissance mondiale – ni l’Inde, pays bientôt le plus peuplé au monde. 


Et puis surtout, en se transférant 70 ans en arrière, on conserve le regard de ceux qui savent tout ce qui a suivi, de 1950 à 1990. Seulement voilà : il nous faut l’avouer, aujourd’hui nous ne savons pas ce que va être l’avenir - et c’est là que se trouve l’illusion dont nous parlions plus haut : nous voudrions non seulement être reporté 70 ans en arrière, mais encore que notre avenir soit identique à la période que nous avons connue durant les années 50-90. Mais aujourd'hui nous ne savons même pas de quoi demain matin sera fait.

mercredi 11 mai 2022

Une « porte d’entrée » photographiée sur Mars – Chronique du 12 mai

Bonjour-bonjour

 

Voyez ce cliché, et dites-moi ce que vous voyez : 

Une porte ? Admettons. Et où cette photo a-t-elle été prise ? Sur Mars ? Bingo ! Vous avez raison, mais en même temps vous avez tort : car sur Mars il n’y a pas de portes – ni bien sûr de fenêtres. Le magazine spécialisé « Ciel & Espace », qui a relayé la photo sur son compte Twitter, a précisé qu’il s’agissait d’un éboulement, ce que confirme un autre cliché pris en plan large (Voir et lire ici)

Si on voit bien une porte, c’est simplement que nous sommes pris par notre système de référence, comme si tout ce qui existe sur terre et dans le ciel devait s’y rapporter. On se rappellera la stupéfaction lors que les premiers clichés « rapprochés » de Pluton nous sont parvenus : cette lointaine planète, jamais examinée encore, révélait qu’elle s’ornait d’un cœur blanc sur fond brun.

 

Ces cas étranges sont l’occasion de le rappeler : le réel ne comporte par lui-même aucune référence, à aucune autre réalité ni à aucune fonction. Le réel existe sans relation et sans signification. Ou plutôt : sans aucune relation à ce que nous connaissons sur terre, ni aucune signification connue. On ne doit pas en effet dire que toutes ces formes étranges que nous découvrons sur ces planètes exotiques ne signifient rien. Elles s’interprètent aussi bien que celles que nous voyons sur terre ; sauf que celles qu’on voit sur Mars ou sur Pluton s’expliquent par la « géologie » de Mars et de Pluton.

 

 Bien sûr cela s’oppose au fonctionnement nécessaire de notre cerveau qui suppose la mémoire et des habitudes sans les quelles notre vie serait impossible – car il faudrait à chaque fois redécouvrir à qui servent les choses que nous côtoyons. D’ailleurs les animaux eux-mêmes projettent sur ce qu’ils découvrent des significations liées à leurs expériences passées. Voyez l’effroi des poules lorsqu’on leur présente un leurre en forme de rapace. C’est que le monde de la poule – ou la forme signifie la chose – ne coïncide pas avec  notre monde où le leurre existe


mardi 10 mai 2022

Union européenne : si c’est bon pour nous, alors c’est bon pour eux – Chronique du 11 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne et Emmanuel Macron ont évoqué lundi 9 mai, leur volonté de faire modifier en profondeur les traités européens avec en ligne de mire la question de l’abandon du vote à l’unanimité des Vingt-Sept dans des domaines clés dont ils sont pour le moment exclus. « Le principe qui prévaut dans le cas de l’UE est le principe de l’égalité entre les États, quel que soit le poids politique ou économique de ces Etat » peut-on lire ici ; le vote à l’unanimité permet de ce fait à un seul État de paralyser les réformes voulues par la majorité.

 

- Bien entendu remplacer le vote à l’unanimité par la majorité qualifiée ne peut se faire que par… un vote à l’unanimité, ce qui, dans l’état actuel, ne risque pas d’arriver. Toutefois c’est l’occasion de réfléchir à la souveraineté dont la possession par chaque État membre impose ce mode de scrutin. Si on reprend en effet les thèses de Jean Bodin, le théoricien du pouvoir souverain ayant vécu au 16ème siècle, « la souveraineté est caractérisée comme une puissance continue, absolue et surtout indivisible », ce qui justifiait la monarchie absolue et disqualifiait la démocratie. (1)

Aujourd’hui encore, la souveraineté reste définie comme le pouvoir absolu reconnu à l’État de décider des lois et les mettre en pratique. Cette souveraineté implique que l’État ait également les pleins pouvoirs dans les domaines législatifs, exécutifs et judiciaires. 

Dans l’organisation européenne, la souveraineté absolue de chaque État est préservée par l’interdiction de prendre des lois qui seraient contraires à la volonté d'un seul d’entre eux – par exemple pour décider des impôts ou de la politique étrangère.

 

On a vu récemment comment Victor Orban utilisait ce pouvoir de blocage pour empêcher qu’on applique à la Hongrie des sanctions en raison de ses écarts par rapport à l’État de droit - et on l'a blâmé pour cela..

Toutefois on sait que le Général de Gaulle a toujours bloqué les décisions européennes lorsqu’elles étaient contraires au choix de la France - et aujourd’hui encore, la France serait-elle prête à ce que les decisions de politique étrangère soient prises éventuellement contre son avis ?


- Comme toujours il est très simple d’imposer aux autres ce qu’on refuse pourtant pour soi-même. On l’a vu avec de cas des travailleurs détachés, qui nous scandalisaient lorsque les plombiers polonais venaient concurrencer les nôtres avec des charges sociales réduites pratiquées en Pologne ; alors qu’on trouvait naturel que les travailleurs français jouissent des avantages sociaux français même lorsqu’ils travaillent dans un pays de l’Europe Unie.

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(1) On trouvera les Six livres de la République de Jean Bodin en ligne ici

lundi 9 mai 2022

Tous fichés ! – Chronique du 10 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Les assurance auto nous en informent : la vignette verte sur le pare-brise pourrait bientôt disparaître, précisant que « Avec le Fichier des Véhicules Assurés (FVA), nous disposons d'un outil numérique fiable à plus de 99% qui permet de lutter efficacement contre la non-assurance » (Lu ici)

 


Et alors ?

- Vous rappelez-vous de la période récente, lorsque les manifestants criaient à la menace totalitaire en présence du pass-sanitaire. « Nous allons être fichés ! Big-Brother est là, avec ses gros ordinateurs, il va tout savoir de nous grâce au QR-code du pass ! »

Alors bien sûr, renseignement pris, on apprenait que les infos mentionnées sur ce document n’avaient rien de confidentiel, sauf peut-être la date de naissance pour les coquettes qui voudraient mentir sur leur âge.

... Et pendant ce temps-là, les assurances constituaient des fichiers électroniques très complets sur les automobilistes avec toutes les infos concernant leur identité, leur véhicule et leur police d’assurance (1). 

Alors bien sûr les organismes de protection de la vie privée surveillent tout ça avec rigueur, vérifiant à chaque fois qu’aucune donnée sensible n’est disponible sur Internet – sans tenir compte des recoupement de fichiers qui parviennent ainsi, mis bout à bout, à reconstituer le véritable roman de notre vie.


- Car là est le miracle : les moindres informations d’ordre privées, moulinées par les infatigables algorithmes des Big Data, finissent par en raconter beaucoup sur nous, nos choix, notre histoire etc. On le voit bien avec les profits que dégagent les entreprises qui collectent ces infimes données : ces dernières sont comme des molécules qui réunies convenablement vont constituer la trame qui, peu à peu, va permettre de reconstituer les organes, puis les organismes de ces individus que sont les consommateurs – si précieux à connaitre pour qui veut les influencer dans leur comportement. (2)


Nous ne voulons pas alimenter le complotisme : nous nous contentons de souligner un fait : les algorithmes nous influencent de mille façon, c’est vrai. Mais pour nous influencer il faut déjà savoir qui nous sommes : et là le regroupement de tout ce qui traine sur le Net nous concernant peut être décisif.

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(1) Récemment victime sur mon véhicule d’un léger accrochage j’ai moi-même traité le dossier avec mon assureur par téléphone, alors qu’il se trouvait à Marseille : façon de dire qu’il savait tout de moi, de façon très documentée et très sécurisée.

(2) Faut-il le préciser ? Ce qui est vrai des consommateurs l'est également des citoyens, des fidèles de quelque religion que ce soit, ou encore des amateurs de fêtes.

dimanche 8 mai 2022

L’empathie est une vertu politique – Chronique du 9 mai

Bonjour-bonjour

 

Lors de la cérémonie d’intronisation du Président Macron pour son second mandat, le moment de la déambulation présidentielle dans le salon d’honneur pour remercier les nombreux invités présents a spécialement retenu l’attention – en particulier lorsque le Président offrit l’accolade aux parents de Samuel Paty, le professeur décapité par un djihadiste. Il serra même un long moment sur sa poitrine la maman de la malheureuse victime qui sanglotait en lui disant qu’il était le seul à s’être préoccupé d’elle.



Tout le monde s’est imaginé avec envie être à la place de cette pauvre femme. Tout le monde ? Peut-être pas. Mais cette image émouvante a quand même été remarquée – sans doute plus que les poignées de mains, prolongées ou furtives selon les cas, accordées aux responsables politiques. Et le Président le savait bien, lui qui a chèrement payé son « arrogance et son mépris » durant la crise des gilets-jaunes. C’est qu’aujourd’hui, le destin d’un chef d’État se joue dans la rue avant de se jouer dans les urnes ; et pour cela, manifester de l’empathie est la règle. On se souvient peut-être des efforts de Ségolène Royale durant la campagne de 2007 pour se montrer compatissante avec des handicapés en fauteuil roulants : sa raideur avait fait rire. Mais elle avait compris que l’essentiel était bien de manifester de l’émotion parce que là était l’essentiel du pouvoir.

Oui, tous les populistes le savent : se donner est encore plus important que donner. Que le chef donne un banquet pour célébrer sa victoire, c’est bien. Qu’il vienne serrer les mains dans la foule, c’est mieux. Mais ironiser en considérant que c’est là un marqueur du populisme, que les acteurs valables de la politique n’en feront pas usage, en tout cas que cela ne remplacera pas les véritables projets, les arguments rationnels, c’est faire fausse route. Savoir prendre un bain de foule au bon moment avec qui il faut et en présence d’un nombre respectable de caméras, voilà ce qui compte – peut-être pardessus tout.

samedi 7 mai 2022

Alors cette bombe, ça vient ? – Chronique du 8 mai

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui on célèbre la victoire sur les nazis : gerbes aux monuments, flon-flon militaires, femmes tondues, tout y passe.

Dessin de Wolinski


Tout pareil ? N’aurions-nous rien appris, rien découvert depuis ?

Si : la guerre ; celle qui, justement, est revenue récemment, avec ses bombardements et ses tranchées. On réinvente Verdun maintenant !

What else ? 

– Bon sang, mais c’est bien sûr : la Bombe ! Celle que ni Staline, ni Mao n’ont osé utiliser. Ce que Gideon Rose, l'ex-rédacteur en chef de Foreign Affairs a dit : « Si l'arme nucléaire était une bonne option, Poutine l'aurait déjà utilisée ! » Rappelant que « même des "sociopathes" comme Staline et Mao n'ont pas appuyé sur le bouton rouge ». (Lu ici)

 

Ce que personne n’a fait en plus de 70 ans, un homme comme Poutine le ferait-il ?

- Notons que ce qui a assuré la paix durant toutes ces années existe toujours, à savoir l’équilibre de la terreur. Les russes montrent avec une fierté puérile les missiles terrifiants qui leur permettraient de vitrifier l’occident, mais ils ne peuvent oublier que, quoiqu’il en soit, ils seraient détruits en retour exactement de la même façon. 

- Ensuite, à qui vendraient-ils leur gaz, une fois anéantis les pays qui le leur achète ? Les Chinois et les Indiens le pourraient, mais eux-mêmes seraient forcément ruinés par une telle issue : plus de dollars ni d’euros à mettre dans leur tire-lire !

Hitler, Staline, Mao, et aujourd’hui Poutine : tous sociopathes ? Peut-être, et alors ?  Un sociopathe, c’est quelqu’un qui a aussi des buts, des dogmes, une idéologie – bref : quelque chose qu’il veut imposer aux autres, même à n’importe quel prix. Mais pour cela il lui faut dominer et non éradiquer. La bombe A : éradiquer, elle fait ; mais elle ne sait faire que ça. Il faudrait plutôt une arme qui supprime les cerveaux, pour les remplacer aussitôt par une petite machine contrôlable à distance. C’est ça que tous les dictateurs ont voulu comme l’a bien montré Orwell avec ses télécrans, sa novlangue, son quart d’heure de la haine, etc...

Une bombe qui lave les cerveaux en somme. Mais ça n’existe pas encore – Sinon Zuckerberg l’aurait déjà inventée.

vendredi 6 mai 2022

Promenons-nous dans les bois.... – Chronique du 7 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Imaginez : vous êtes en train de marcher dans les sous-bois à la recherche du muguet de ce début mai. Tout à coup, un frémissement dans les buissons : vous sursautez, craignant d’avoir dérangé un animal peut-être dangereux, comme une laie avec ses marcassins. Et là, tout à coup, vous vous trouvez face à ... un loup !

 

C’est la panique qui vous saisit, comme si, remontant d’un lointain passé, la chèvre de monsieur Seguin et le petit Chaperon-rouge réunis s’étaient trouvés devant vous. Toute une imagerie venue du fond de l’histoire, avec les hurlements nocturnes de la meute et ses cadavres à demi dévorés dans le givre du petit matin venaient de surgir de votre mémoire – une mémoire biologique, venue du fond de l’espèce.

- Pourtant c’est avéré, la presse en parle, photo à l’appui : « La préfecture de la Marne vient de confirmer qu’un loup a été pris en photo le lundi 4 avril sur la commune de Pévy, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Reims. » (Lu ici)

Faut-il croire à une mémoire biologique, comme celle qui alerte les poules quand un leurre en forme de rapace planant au-dessus d’elles déclenche la panique dans le poulailler ? Ou bien suffit-il des comptines apprises en maternelles ? (1)

D’une manière comme d’une autre, cette peur viscérale du loup s’articule sur un rejet de la nature sauvage, cantonnée dans un milieu dont nous voulons être séparés par une cloison étanche. Or, ce que des écologistes pratiquent depuis un certain temps, c’est le retour d’une vie où la nature sauvage est étroitement associée à la nature domestiquée – voire même en fait totalement partie, chacune prospérant grâce à l’autre, un peu comme nous l’enseigne la permaculture. C’est ainsi qu’on nous présente le loup ou l’ours des Pyrénées qui pourraient côtoyer les troupeaux de brebis, sachant que grâce à des précautions simples on limitera à quelques animaux les proies dévorées par ces prédateurs : la part du feu en quelque sorte, grâce à laquelle la nature retrouvera son équilibre. Car les prédateurs sont nécessaires à une bonne harmonie du milieu comme le montre l’exemple du Parc de Yellowstone en Californie dont les végétaux étaient détruits par une prolifération des caprins, dont le pullulement fut arrêté grâce à la réintroduction des loups : depuis la végétation a retrouvé son équilibre naturel.

 

... Se pourrait-il que des prédateurs de ce genre soient nécessaires en politique aussi pour stimuler la vie démocratique en lui permettant de voir les abimes qui la bornent aux extrémités qu’elle côtoie sans les voir ? Les Zemmour qui rôdent toujours dans nos bois suscitant des tremblements démocratiques seraient-ils utiles à la république ?

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(1) Comme celle-ci.