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vendredi 18 juillet 2025

Transgression des tabous : réenchanter la routine – Chronique du 19 juillet

Bonjour-bonjour

 

Musardant dans les « infos du jour » fournies par Google, je note une présence assez visible d’articles sur l’amour charnel, distillé avec force de conseils liés à la canicule. Visiblement il s’agit d’aider les lecteurs à profiter du repos estival pour développer leur sexualité sans souffrir de l’excès de chaleur. 

Lisant d’un peu plus près, j’observe qu’il s’agit surtout d’aider les couples à franchir les frontières des tabous, en toute impunité.

Impunité ? Mais que risque-t-on à violer des tabous ? Eh bien on risque le dégoût, la honte et la mésentente avec le ou la partenaire. D’où des conseils fort instructifs pour sécuriser l’aventure tout en permettant à cette transgression de « réenchanter la routine » comme le suggère cet article consacré à l’amour en plein air.

Bien – Mais pour celui qui comme moi a franchi d’autres limites – celles imposées par l’âge à la quantité d’hormones disponibles pour se lancer dans de telles expédition – il reste quand même la lecture des œuvres venues du passé et qui chantent le bonheur de l’amour charnel, qui, vu de ce lointain passé s’en trouvent toute rafraichies. Tel le baiser chanté par Jean Second, mort à Tournai en 1536 à l'âge de 24 ans.

Lisez plutôt cet extrait : « Tandis que tu me presses dans tes doux bras qui l’un et l'autre m'enserrent, et que penchant sur moi tout ton être, ton cou, ta gorge et ton lisse visage, tu te suspends, Néère, à mes épaules ;

tandis que, joignant tes jolies lèvres à mes lèvres, tu me mords la première et te plains ensuite si je te mords à mon tour, et que çà et là tu dardes ta langue tremblante et que çà et là tu suces ma langue gémissante, m'envoyant de ta suave haleine le souffle doux, harmonieux, humide, qui nourrit, ô Néère, ma misérable vie, aspirant mon haleine défaillante, ardente, brûlée de trop de chaleur, brûlée du feu de ma poitrine épuisée, et que tu déjoues, Néère, mes flammes du souffle de ta poitrine qui aspire mon feu, ô haleine qui charme ma chaleur ! 

c'est alors que je dis : « L'Amour est le dieu des dieux, et nul dieu n'est  plus fort que l'Amour; s'il est quelqu'un pourtant de plus fort que l'Amour, c'est toi, toi seule, à mon avis, Néère, qui est plus forte. »

- Inutile de s’appesantir sur la généalogie de la nymphe Néère à qui ces vers sont dédiés : par contre, chacun trouvera dans ces vers un formulaire du baiser amoureux parfaitement raccord avec notre expérience : nos ancêtres embrassaient exactement comme nous. Avec le même érotisme ; et aussi avec les mêmes tabous. Car outre l’haleine partagée au cours du baiser, qu’en est-il de la salive ? 

- Attendons les prochains conseils Google pour savoir comment l’introduire dans nos futurs jeux amoureux.

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N.B. Je commettais il y a quelque temps une réflexion sur l'art du baiser. On les trouvera ici

vendredi 5 juillet 2024

C’est la fête des bisous – Chronique du 6 juillet

Bonjour-bonjour

 

Je reçois ce mail de la part d’un site de cartes d’anniversaire virtuelles : « Aujourd'hui, c'est la Journée internationale du bisou ! Quoi de mieux qu'une Dromacarte pour envoyer un bisou virtuel à ceux que vous aimez ? Que ce soit un bisou tendre pour un enfant, un bisou rigolo pour un ami, ou un gros poutou pour votre moitié, les Dromacartes sont toujours là pour transmettre vos émotions et réduire les distances. Et en plus, elles sont encore et toujours gratuites! »

L’importance du baiser a-t-elle besoin d’être solennisée, par une journée internationale ? On en doute quand on sait que Victor Hugo le célébrait déjà dans sa correspondance à Juliette Drouet. Jugez plutôt : « Vous avez raison. Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche, sur les yeux et ailleurs. » (Victor Hugo, à Juliette Drouet, le 7 mars 1833)

Il est vrai pourtant que célébrer officiellement le baiser est nécessaire, car on le croit naturel alors qu’il n'est que culturel ; il suffit de lire l’énumération des preuves d’amour dans la lettre ci-dessus : le sentiment amoureux passe par la parole, puis par la plume, ensuite par les lèvres et enfin seulement par la bouche. Sans le rappel à la tradition on risquerait de passer à côté.


J’ai par le passé consacré une série de textes au baiser : on les lira ici au cas où on en aurait envie. Mais, qu’en est-il aujourd’hui ? Bien des choses ont changé en matière baiser. En particulier le covid qui a amené la faculté de médecine à nous le déconseiller, estimant à 50 millions le nombre de bactéries échangées durant un baiser sur la bouche (« french kiss »).

Et vous savez quoi ? L’habitude du bisou qui avait disparue durant toute cette période n’est toujours pas revenue. Finis les bisous claqués le matin à la machine à café sur la joue de la collègue. Remplacé par un vague salut de la tête : cette façon de se saluer sans aucune saveur parait être une véritable régression.

Quoique… Beaucoup de femmes se disent soulagées par la disparition de cette habitude du baiser qu’elles étaient obligées de subir par civilité alors qu’elles n’en avaient nulle envie : voilà, messieurs comment on apprécie votre galanterie.

samedi 28 mai 2022

C’est ça le cinéma ! – Chronique du 29 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Toutes les cérémonies d’auto-congratulation, qu’il s’agisse de la chanson, du théâtre ou du cinéma m’ennuient - ces gens sont contents de faire ce qu’ils font : on est contents pour eux, mais on ne voit pas pourquoi il faudrait assister 3 heures durant à leur auto-satisfaction. Mais parfois il arrive qu’ils nous intéressent un peu plus en nous montrant en quoi consiste leur métier et en quoi ils sont différents de nous.


C’est ce qui s’est passé hier à Cannes lors de la cérémonie du Palmarès.  Lisons cet article :  « Alors qu’elle s’apprêtait à remettre le prix du 75e anniversaire aux Frères Dardenne pour Tori et Lokita, l’actrice a demandé une faveur au président du jury. « Je me sens un peu seule là. Vincent, tu ne veux pas venir m’embrasser ? »

Le quel n'a pas hésité longtemps à obtempérer :

 


« C’est ça le cinéma », a ajouté Carole Bouquet, avant de poursuivre son discours. (Article cité)

Nous, on avait cru que c’était un baiser profond – entendez un de ceux qui vous font oublier où vous êtes, au point qu’il faut quelques instants pour retrouver dans quel espace on se trouve et avec qui. Eh bien non : on embrasse Vincent Lindon en claquant des doigts et puis on reprend le taf comme si de rien n’était.

 

- Alors c’est vrai, l’heureux récipiendaire du baiser a quand même déclaré : “C’est un président en nage qui va donc annoncer le prix...”, avant d’être interrompu par Carole Bouquet : “Moi je suis enchantée.” Mais tout cela reste quand même bien édifiant : ce n’est pas parce que c’est du cinéma que ça ne met pas en jeu le corps. Simplement on fait comme si ça n’existait pas.

Ce baiser à supposer qu’il ait eu lieu sur un plateau de cinéma, le réalisateur aurait pu dire : « Allez on le refait. Un peu plus d’entrain, les enfants » Et puis au lieu du baiser on aurait pu avoir une gifle ; ou un verre d’eau jeté à la figure.

Bref : malgré tout ce qu’on peut imaginer, le cinéma c’est avec son corps – pour ne pas dire : avec ses tripes – qu’on en fait. Alors on peut certes mimer la tristesse ou la joie ; mais quand il faut embrasser, pleurer, courir, ou même tout simplement exister : c’est avec son corps qu’on le fait ; et le corps on n’en a pas deux – un pour la vie réelle et un pour le cinéma. Vincent Lindon n’a pas deux bouches pour embrasser. Et c’est avec la même qu’il embrasse sa chérie et qu’il embrasse Carole Bouquet.

Raison pour laquelle, même au cinéma, quand on embrasse Carole Bouquet, on est en nage.

vendredi 22 octobre 2021

Le masque ? Et si c’était pour toujours ? – Chronique du 23 octobre

Bonjour-bonjour

 

S’il y a quelque chose qui n’a pas changé, ce sont bien ces visages masqués dans la rue, au ciné, à la bibliothèque et bien sûr au travail. Cette obligation, prolongée de mois en mois, ne fait pas de vagues, pas de manif’, pas de sondages vengeurs : comme si on s’y était fait, et que désormais on avait acté que toujours et (presque) partout il nous faudrait nous flanquer ce bout de papier sur le museau. Nous voici devenus comme les japonais, accros aux masques.

 

- Mais il n’y a pas que ça : les poignées de main, remplacées par des "checks" plus ou moins ésotériques. Et même les bisous : finis ! 

  


 

Hélas ! Plus de bisous ! Saloperie de covid !

... Oui-oui – mais le covid, il a bon dos... Car on l’entend ici ou là : les dames en avaient plus que marre de ces bisous qu’elles étaient obligées de subir en toute occasion, alors que les messieurs se contentaient de se serrer la main. Aujourd’hui, plus personne pour leur claquer la bise, ça fait du bien. Et si ce n’était là que le début de reconquête de leur indépendance ? Si les familiarités habituelles, du genre appeler systématiquement et uniquement par leur prénom des collègues féminines, alors que le nom de famille suffit pour les messieurs, devaient aussi disparaitre ?

Si à Marlène Dupont-Durand, votre secrétaire que vous interpellez le matin comme cela : « Marlène ! Mon café ! », vous disiez « Dupont-Durand ! Mon café ! »

samedi 11 septembre 2021

La sieste : unité de mesure du temps – Chronique du 12 septembre

Bonjour-bonjour

 

Cherchant un thème léger pour un dimanche encore ensoleillé, j’épluche l’actualité : rien d’ensoleillé, je vous l’assure. Voyez plutôt l’image de ces femmes « talibanes » manifestant en faveur de leurs maitres : 

 


Brrrr... Cherchons ailleurs.


Je me suis alors souvenu d'avoir évoqué il y a longtemps (très longtemps, c’était en 2007) un thème surprenant : celui du baiser considéré comme unité de surface. Étonnant, non ? En plus c’est Diderot qui nous souffle cette idée.

Je partais en effet d’une citation de Diderot : « [C’était] une grosse dondon dont je vous dirais volontiers (…) qu’on la baiserait pendant deux mois sans relâche, sans la baiser deux fois au même endroit. ». Diderot - Lettre à Sophie Volland (7 octobre 1760)

- Voici ce que je disais alors :

« …  « on la baiserait pendant deux mois sans relâche » : ceux qui ont ricané en lisant ça devraient rougir de honte. Diderot veut simplement dire qu’on pourrait déposer des baisers sur le corps de cette dame pendant deux mois, sans que ça se chevauche.

Voici donc une nouvelle définition pour notre dictionnaire :

Baiser subst. masc. Unité de mesure de surface de la peau.

Ex. : Chéri, j’ai encore pris trois baisers de tour de taille ce mois-ci.

On croit badiner, et tout à coup le propos se révèle sérieux. Car depuis la révolution française, on utilise des unités de mesure abstraites. C’est ainsi qu’un mètre peut servir aussi bien à mesurer la taille d’un homme que les dimensions d’un champ, ou encore (sous forme de kilomètres) la distance entre deux villes.

Or, si dans l’ancien régime les mesures étaient tellement nombreuses, c’est qu’elles n’étaient pas abstraites : certaines d’entre elles étaient en rapport directe avec ce qu’elles servaient à mesurer (1). Exemple : le baiser pour mesurer le tour de taille d’une femme ? Oui, mais plus sérieusement : le journal qui servait à mesurer la surface des champs, et dont l’aire était définie par la surface labourable par un homme en un jour (= journal). 

Car la mesure nous apprend quelque chose de ce qui est mesuré : alors que 100 hectares ne signifient pas grand-chose en eux-mêmes (s’agit-il de terre labourable, de prairie, de désert, on ne sait), le journal nous dit « voici de combien de jours un homme aura besoin pour cultiver ce champ ». Supposons qu’on dise : « Ce terrain de foot mesure 3 journaux » ce serait absurde, non pas parce qu’inapproprié, mais parce que ça ne correspond plus à notre époque : à chaque époque son unité de mesure. 

Alors aujourd'hui, justement, l’unité fréquemment utilisée est le terrain de football – exemple : un hangar d’Amazone grand comme 3 terrains de foot ; une salle de conférence grande comme un terrain de foot, etc. C’est également inapproprié, sauf que ça nous parle plus que les unités de mesures abstraites de la physique. Car l’unité de travail d’une force (le joule) sert aussi bien à mesurer l’énergie que je dissipe en tapant sur les touches de mon clavier, que ce que j’absorbe en mangeant mon yaourt. Abstraction pure.

Je propose donc qu’on revienne à un système de mesure concret, dont les unités aient un sens.

Pour commencer :

- La sieste. Unité de temps servant à mesurer une durée dans la journée d’un homme

Ex. : ce travail m’a pris trois bonnes siestes. »

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(1) Attention à ne pas confondre avec l’usage de ces unités de mesure, telles que la coudée, le pied, etc., qui pouvaient servir à mesure n’importe quoi. Leur particularité était seulement d’être définies à partir du corps, ce qui dispensait d’aller chez Castorama pour trouver un triple mètre rétractable.

samedi 26 juin 2021

Souriez, vous êtes filmé – Chronique du 27 juin

Bonjour-bonjour

 

On apprend aujourd’hui que Matt Hancock, le ministre de la santé britannique, démissionne après avoir enfreint les règles sanitaires. Explication : « Il s’agit d’une capture d’écran prise par une caméra de surveillance des locaux du ministère de la santé et datée du 6 mai, sur laquelle le ministre de la santé embrasse à bouche que veux-tu une femme, à savoir sa collaboratrice Gina Coladangelo, 43 ans. » (Lire ici)

 


 « Je n’ai pas respecté les règles de distanciation sociale » a regretté le ministre qui par ailleurs appelait récemment ses compatriotes à une grande prudence dans les contacts rapprochés avec quiconque « ne faisait pas partie de leur bulle quotidienne ou de leur foyer » (Réf. ci-dessus)

Là le scandale sanitaire rejoint le scandale moral, car madame Coladangelo ne fait pas partie du foyer légitime de monsieur Hancock (par ailleurs marié et père de 3 enfants) ; et quoiqu'étant sa collaboratrice, elle ne devrait pas non plus faire partie de la « bulle quotidienne » évoquée ci-dessus. Alors certes la démission de monsieur Hancock n’aurait sans doute jamais eu lieu s’il s’était agi seulement d’un fait d’adultère, et cette séquence n’a été publiée (par le Sun) qu’en raison de sa contradiction avec les règles sanitaires dictées par le ministre lui-même. Mais c’est quand même l’occasion de dire combien la vidéo-surveillance comporte de risques pour la vie privée. Lorsque ces caméras ont été installées un peu partout, on nous a rassurés en nous disant que leurs images seraient réservées aux services de sécurités assermentés, et que seules les vidéos mettant en jeu cette dernière seraient exploitées. Or cette séquence a été publiée par le Sun et jusqu’à preuve du contraire un french-kiss n’a jamais mis en danger la sécurité du pays – sauf à mettre en cause la sécurité sanitaire, argument qui nous parait bien fallacieux. 

 

Mais cette mésaventure de monsieur Hancock nous rappelle combien la notion de contrôle de nos images est illusoire ; on croyait que seules les images postées volontairement sur Facebook ou autre réseau constituaient un risque de désappropriation. Mais on le voit chacun en tout lieu et presque à chaque instant, peut être filmé et son image récupérée à des fins qui échappent totalement.

lundi 14 juin 2021

Embrassez qui vous voudrez – Chronique du 15 juin (2021)

Bonjour-bonjour

 

En avons-nous fini avec le coronavirus ? Pouvons-nous revenir à nos habitudes de la vie d’avant ? Nous frotti-frotter avec qui nous plait ? Pratiquer de nouveau ces baiser profonds qu’on appelle « french kiss » qui mélangent hardiment nos tissus salivaires ?

 


  

Qu’en pense donc la Faculté ?

Hélas ! Les professeurs de virologie sont formels : le virus continue de circuler sous des déguisements qui risquent de tromper nos vaccins, de sorte qu’il va falloir soit continuer à nous faire piquer, soit garder les gestes barrières, les quels comme vous vous en doutez ne tolèrent pas de telles familiarités.

Sauf qu’on oublie que notre système immunitaire est naturellement développé par ces échanges de flores bactériennes buccales qui s’opèrent lors de ces bisous un peu appuyés.

Vous ne me croyez pas ? Lisez alors ceci :

« Colonisation bactérienne, cavité buccale... Sachant qu'une bouche renferme près de 700 types de bactéries, embrasser son partenaire 10 secondes avec la langue favoriserait l'échange de quelques 80 millions de bactéries, d'après cette étude hollandaise. »

L’article conclue hardiment que « le baiser, c'est bon pour la santé : les chercheurs ont démontré que ces bactéries préservaient de certaines maladies. Ces scientifiques des Pays-Bas ont appuyé leur analyse en prélevant la salive de 21 volontaires en couple, avant et après un échange de baiser.

Cette pratique du french kiss, universelle et fortement usitée dans nos cultures, serait de ce fait bénéfique pour la santé de l'Homme. De quoi mettre à jour de potentielles thérapies bactériennes futures... en s'embrassant ! »

Voilà le message du jour, chers amis : au lieu de courir partout pour vous faire vacciner encore et encore, trouver-vous de gentilles partenaires et roulez des patins tant que vous pourrez.

mercredi 12 mai 2021

Blanche-Neige et le baiser magique – Chronique du 13 mai

Bonjour-bonjour

 

Des ligues féministes ont réclamé que Disneyland retire son attraction reproduisant le baiser donné par le Prince à Blanche-Neige endormie puisqu’elle n’a pu consentir à ce baiser qui par conséquent est un baiser volé. « Un baiser qu’il (= le Prince) lui donne sans son consentement, pendant qu’elle dort, ce qui ne peut pas être le véritable amour à moins que la personne sache ce qu’il se passe », écrivent Katie Dowd et Julie Tremaine. (voir ici)

 


Allons-nous priver nos enfants de la magie des contes de fées, ou bien nous récrier en évoquant :

1° le fait que pour Blanche-Neige ce baiser n'est pas seulement le baiser d'amour, mais qu'il est surtout un rituel magique (cf. infra le baiser à la grenouille) et qu'il est le seul moyen de la sauver du sortilège de la méchante sorcière ;

2° que Blanche-Neige à son réveil est immédiatement amoureuse du Prince Charmant, et que s’il lui avait demandé son consentement elle aurait dit « OUI. Oui-oui-oui-ouiiiiii ! » ;

3° que les enfants ont de tout temps fait la différence entre les contes de fées et la réalité – et qu’ils s’y intéressent justement parce qu’ils en diffèrent ;

4° enfin que cet épisode est l’occasion pour les parents de montrer aux enfants que, si ce genre de baiser est permis du fait de la magie du conte, dans la réalité les baisers doivent être explicitement consentis.

o-o-o

On n’en a pourtant pas fini avec les baisers magiques qui sont couramment utilisés dans les films de Disney pour obtenir la transformation miraculeuse d’un crapaud ou d’une grenouille en Prince ou en Princesse. On n’a jamais entendu quiconque protester au nom du respect dû aux grenouilles de ne pas se voir imposer un baiser impromptu. D’ailleurs, comme le montre cette image tirée de « La princesse et la grenouille » le petit animal parait absolument consentant.

 

 

Bon – la question du baiser volé ne se pose pas ici : alors pourquoi en parler ?

Eh bien voilà : après que Disney ait sorti le film d'animation « La princesse et la grenouille », plus de 50 enfants ont été hospitalisés après avoir embrassé des grenouilles : ils avaient attrapé la salmonelle.

Alors certes, les enfants ne risquent pas une telle mésaventure avec Blanche-Neige. Mais ça pose bien quand même la question sanitaire : voit-on le Prince faire un test PCR avant d’embrasser la belle endormie ? Non. 

mercredi 3 mars 2021

Noli me tangere – Chronique du 4 mars

Bonjour-bonjour

 

Noli me tangere, ne me touche pas ! 

 

 

Véronèse – Le Christ apparaissant à Marie-Madeleine (Musée de Grenoble)

 

Cette phrase par la quelle Jésus ressuscité retient le geste de Marie Madeleine n’évoque-t-elle pas cette période que nous vivons encore et qui dure maintenant depuis un an, durant laquelle nous n’avons ni touché, ni étreint, ni embrassé nos parents ou nos amis ? (1) Et si c’était là le fait le plus important de cette période, celui qui restera dans les mémoires, ou qui marquera le plus la société ? Tout comme l’occupation allemande des années 40 a été marquée par les rationnements et le marché noir, l’année 2020 serait celle de l’absence de contact avec nos semblables, la perte du toucher – peau contre peau, chair contre chair ? On sait en effet que depuis sa naissance le petit enfant a conservé ces contacts physiques avec le corps maternel d’abord, puis avec celui ses proches ensuite – au point que leur interruption cause de graves troubles dans son développement.

On cherche à contourner l’effet de ces barrières sanitaires par l’usage de la vidéo transmission, Zoom ou Skype ; mais on fait comme si la dématérialisation n’avait pas d’effet. Quelle naïveté ! Comme si le baiser donné à l’écran venait véritablement se déposer sur le visage ami…

Ronsard dont on connait l’épicurisme caractérisait ainsi la mort : le moment où le corps perdu nous ne pouvons plus nous embrasser : « Marie, baisez-moi / … Sucez-moi toute l'âme éparse entre vos bras ; (…) / Non, ne la sucez pas ; car après le trépas / Que serais-je sinon une semblance vaine, / Sans corps, dessus la rive, où l'amour ne démène / (Pardonne-moi, Pluton) qu'en feintes ses ébats ? » Ronsard – Second livre des Amours 

 

Oui, durant cette période de covid, ne serions-nous pas autre chose que des morts vivants ? Mais si c’etait vrai, alors arrêtons de réclamer le droit de sortir et de boire au café ou de manger au restaurant avec les amis. Proclamons plutôt que personne n’a le droit de nous empêcher de nous embrasser !

Certes cet éloignement est aussi la marque de certaines civilisations, telle que la japonaise où le souci de l’hygiène tourne à la phobie du contact. Mais justement, c’est au Japon que sont nés ces « Bars à câlins » qui visent à restaurer ces moments d’échange où les corps parlent au corps. On dira que ce sont des lieux de prostitution déguisés, comme certains salons de massages ; mais on aurait tort comme le prouvent ces descriptions

Le covid terminé, vite: ouvrez des bars câlins à la place des restaurants en faillite !

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(1) « Ne me touche pas » dit Jésus à Marie Madeleine à laquelle il apparait lors de sa résurrection (Évangile de Jean 20,17). Bien sûr on peut traduire aussi cette phrase par « Ne me retiens pas », mais elle a été comprise comme un refus du contact formule assez bien évoquée par ce tableau de Véronèse.

dimanche 25 octobre 2020

Kissenger, l’appareil qui permet d’embrasser à distance – Chronique du 26 octobre

Bonjour-bonjour

Ça devait arriver : le confinement nous est annoncé à brève échéance. Nous voici à nouveau promis à la solitude, à l’ennui, au désarroi de nos sens esseulés. Hélas ! Que de tristesse en perspective…

Le point-du-jour se doit de vous venir en aide, en dévoilant les derniers progrès de la robotique qui promettent d’aider les âmes en peines confinées dans l’absence de l’être cher et donc dans l’abstinence.

 


 

Voici le Kissenger (pour mobile-kiss-messenger) qui permet d'embrasser à distance le correspondant d'un appel vidéo en lui transmettant la sensation d'un baiser. Le site promotionnel l’affirme, « Le Kissenger permet de transmettre efficacement de grandes émotions et une forme d’intimité grâce à un dispositif de communication internet multisensoriel. ». Vous allez pouvoir frémir aux baisers de votre Lolita, sentir sous vos lèvres le doux contact de ses lèvres, retrouver vos émotions viriles. Si vous êtes adeptes du french kiss, patientez un peu, les études sont en cours et elles progressent.


Pouah ! Que voilà de vilains sentiments ! On pourrait quand même penser à de plus belles émotions, avec Mamie, qui du fond de son Ehpad va pouvoir retrouver les bisous de Chloé, sa petite fille adorée, sans risquer de recevoir en prime le virus fatal. Avec Kissenger, il y en aura pour tout le monde.

Pour tout le monde ? Pourtant tout le monde ne sera pas satisfait pour autant : à quoi bon avoir avec cette machine un potentiel de re-création, si c’est pour nous donner simplement la sensation de ce que nous connaissons déjà ? Ohé ! les ingénieurs : mobilisez votre mémoire artificielle, appliquez-la à des expériences exotiques venues du monde entier, des marinas pour milliardaires comme des quartiers chauds de Buenos-Aires ; oui, allez aussi voir à quoi ressemblent les baisers des dames du port d’Amsterdam et puis constituez des banques de données que vous ferez digérer par vos machines dotées d’immenses réseaux de neurones, et que tout cela soit à disposition du Kissenger version 3.0 : on rêve d’un appareil doté d’un sélecteur « Vahiné », « Geisha », « Top-modèle », « étudiante parisienne »…

S’il est comme ça, le confinement : on ne voudra plus en sortir !

lundi 4 mai 2020

Le désir s'accroît quand l'effet se recule – Chronique du 5 mai

Bonjour-bonjour

La nouvelle est tombée hier : les théâtres pourraient rouvrir leurs portes bientôt à la condition expresse de maintenir la distanciation sociale entre les spectateurs, les techniciens et … les acteurs.
Oui, vous m’avez bien lu : la mise en scène devra respecter la règle des 1 mètres entre les acteurs, quelque soit l’exigence du texte. Ce qui condamne formellement des scènes de baisers telle que celle-ci entre Roméo et Juliette pour ne laisser voir que le début de la scène du balcon :


Bien sûr on pourrait se demander pourquoi Roméo se donne la peine de grimper au balcon si à l’arrivée il n’y a pas l’embrassade espérée. Mais voilà : si la lutte contre le corona-virus le commande on doit s’en tenir là.
Mais après tout c’est peut-être une chance pour la mise en scène : la tension dramatique gagnerait beaucoup sans doute à ces embrassades empêchées. Pas besoin de psychanalyste pour le savoir  le désir s’accroit du fait de la distance imposée. Rappelons-nous à cette occasion le célèbre vers de Corneille : « …le désir s'accroît quand l'effet se recule » (Polyeucte), que les lycéens de ma jeunesse transformaient ainsi : « le désir s'accroît quand les fesses reculent » : ils avaient déjà compris l’essentiel.
Mais pourquoi sans proximité physique les drames ne pourraient pas se nouer, ni les films se terminer ? Il ne resterait plus qu’à trouver une autre façon de célébrer une victoire :