mercredi 14 octobre 2020

Esclave un jour, esclave toujours – Chronique du 15 octobre

Bonjour-bonjour

 

Esclave un jour, esclave toujours ! Dans ce slogan des descendants d’esclaves afro-américains ou antillais on reconnait une démarche dont on parle un peu ces temps-ci : je veux dire l’essentialisation qui transforme une situation humaine en nature intime et définitive de l’être. Certains opposent à cette croyance la formule bien connue de Simone de Beauvoir : « On ne nait pas femme, on le devient » - où le mot « femme » peut être remplacé par ce qu’on voudra, esclave, raciste, antisémite, juif, noir, génie, etc…. suivant le principe existentialiste « L’existence précède l’essence »

- Évitons les contresens courants suscités par ces formules : quand Simone de Beauvoir affirme qu’être femme n’est pas une fatalité imposée par une essence, elle ne dit pas non plus que c’est un choix. Si être femme ne renvoie pas simplement à une réalité physiologique ça ne veut pas dire non plus qu’il y a là une simple décision : c’est un fait historique, dont il est peut-être impossible de s’affranchir, mais qui peut et doit se limiter à l’époque actuelle.

 

Et alors, être « noir » : ça veut dire à quoi ? En parlant de « vie noire », comme nous y invite le slogan « Black lives matter » (1) nous sommes invités à reconnaitre que la vie des noirs est définitivement établie par la couleur de leur peau contre laquelle ils ne peuvent rien. Toutefois, de même qu’être une femme c’est obligatoirement avoir tels organes dont les hommes sont dépourvus, être noir c'est au moins avoir telle peau, telle chevelure, etc. 

What else ? C’est le moment de dire que si les vies noires sont définitivement « noires » ça ne peut aller plus loin que le constat de la couleur de la peau. Ce qui fait la vie noire, en 2020 aux USA c’est bien autre chose, à commencer par la réalité sociale dans laquelle sont contraint de vivre les afro-américains, la manière dont on les considère encore aujourd’hui dans les États du sud, la communauté à laquelle ils se doivent d’appartenir. Et encore une fois, ça ne veut bien sûr pas dire que les noirs auraient choisi d’être traités comme ça, pas plus que ce serait une fatalité imposée par la couleur de leur peau. Et ceux qui pensent comme cela sont des racistes – ceux qui sont devenus racistes. Car on ne nait pas raciste on le devient : on en est donc responsable.

Du coup l’horizon des revendications devient un peu plus large.

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(1) Qui ne date pas d’aujourd’hui puisque ça remonte à 2013 (voir ici)

mardi 13 octobre 2020

Et la morale, comment ça va ? – Chronique du 14 octobre

Bonjour-bonjour

 

Quand on voit tous ces gens refuser de porter le masque au nom de leur liberté individuelle, cela signifie un refus de considérer la sécurité des autres comme importante. En décidant pour eux, ils décident aussi pour moi. C’est la négation de leur droit à décider de leur conduite et c’est immoral. 

 

Certes, cette attitude n’est morale que si elle ne s’accompagne pas d’un déni de l’efficacité de cet accessoire. Si en effet je dis : « Le masque ne sert à rien, c’est juste une manœuvre du pouvoir pour me bâillonner », là je milite pour qu’on refuse une contrainte venue d’un abus du pouvoir, et du coup je pense que les autres ne seront pas en insécurité du fait de mon attitude – bien plus, je leur montre la voie à suivre pour s’émanciper d’un pouvoir tyrannique. En revanche, si je crois que le masque protège, alors en le refusant je fais un geste de défi à la mort, un peu comme dans cet article de Nicolas Bedos, nous invitant à crever avec panache plutôt que de vivre comme un rat.

Et là je prends une attitude morale qui consiste à définir ma liberté comme étant supérieure à celle des autres, puisque d’une certaine façon je décide pour eux des risques qu’ils doivent prendre du fait de ma négligence (1). Dans le même registre, je pense aussi au refus de faire vacciner ses enfants (ou soi-même) : de la même manière, on suppose que les autres ne comptent pas, tant pis pour eux si leurs enfants sont contaminés par les miens ; et à supposer que le vaccin soit vraiment utile, s’ils les font vacciner alors je serai protégé par le fait qu’ils ne colporteront pas le virus. Dans tous les cas en prenant un risque personnel, ce que je peux bien revendiquer, je contrains les autres à en faire autant ce que je n’ai pas le droit de faire. Pas de liberté pour les ennemis de la liberté disait Saint Just : c’est au nom de la liberté que je suis un ennemi de la liberté.

Ce paradoxe n’en est vraiment un que si on oublie qu’on a ici affaire à la liberté civile, cette liberté qui n’existe qu’à condition d’être limitée par la loi. Nul ne peut être législateur de sa propre conduite et c’est la démocratie qui est le garant de la liberté de tous les citoyens. 

L’époque actuelle, avec tous les troubles de conscience qu’elle implique nous propose le choix : soit d’être un sujet moral, soit d’être un anarchiste, soit de n’avoir aucune conscience morale. 

Choisis ton camp, camarade !

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(1) Cette attitude consistant à placer sa propre liberté au-dessus de toute autre, Sartre la définissait comme étant propre aux « salauds »

lundi 12 octobre 2020

Le Roi règne mais ne gouverne pas – Chronique du 13 octobre

 

Bonjour-bonjour

 

« Le Roi règne mais ne gouverne pas » : vous connaissez peut-être cette formule utilisée après 1830 par les opposants à la monarchie de juillet ? Elle correspond à la monarchie constitutionnelle, là où le monarque est le symbole du pouvoir exécutif et non son acteur ; on en retrouve l’origine dans l’Ancien testament, lorsque le règne de Dieu est évoqué : sa transcendance interdit qu’il se mêle aux hommes pour le gouverner.

Mais aujourd’hui lorsqu’on songe à cette formule, c’est plutôt à propos de Rama X, roi de Thaïlande, 

 

 

 Ce souverain, décrit comme « hédoniste sans complexe » séjourne dans un palace de Bavière au milieu de son harem, et c’est de là qu’il prendrait les décisions concernant la gouvernance de son pays. « Il n’est pas d’avis du gouvernement que les invités dans notre pays puissent gérer leurs affaires d’État d’ici » déclare-t-on à Berlin, tandis que la partie thaïlandaise assure que « les affaires gouvernementales de Thaïlande sont dirigées par le premier ministre sur place et le roi, qui est le chef d’une monarchie constitutionnelle, séjourne en Allemagne à titre privé ». C’est donc bien le premier ministre qui gouverne depuis la Thaïlande, tandis que le roi règne depuis l’Allemagne.

 

On le voit : la question de la distinction entre le fait de régner et celui de gouverner est bien délicate à faire, et pourtant elle est au centre de notre constitution, quand il s’agit de tracer la frontière entre les attributions de Matignon et celles de l’Élysée. A quel moment le Président reste bien dans son rôle d’arbitre des choix politiques et de gardien de la constitution sans être taxé de potiche, tout juste bon à inaugurer les chrysanthèmes ? A quel moment envahit-il le domaine des prérogatives du premier ministre, rétrogradé au rang de « collaborateur » ? 

Plus généralement : peut-on régner sans gouverner ? Et peut-on gouverner sans régner ? On l’a vu, c’est l’Ancien testament qui seul parvient à résoudre ce dilemme : Dieu le Père, doté de la Transcendance absolue, ne s’abaisse pas à intervenir dans la vie des hommes ; les Dieux grecs l’ont fait et on sait que ce fut au détriment de leur Gloire. Quant à gouverner on peut estimer que le Saint Esprit s’en est chargé, en transmettant aux hommes la puissance du souffle divin dont il est l’émanation. Il est l’interface qui permet à l’émanation de Dieu de parvenir aux hommes. 

Voilà une conception du pouvoir que notre République laïque ne saurait partager !

dimanche 11 octobre 2020

La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie – Chronique du 12 octobre

Bonjour-bonjour

 

Sur le retour de Sophie Pétronin, j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer, mais si j’y retourne aujourd’hui, c’est en raison des déclarations qu’elle a faites en arrivant en France, disant : « Pour le Mali, je vais prier, implorer les bénédictions et la miséricorde d’Allah, parce que je suis musulmane. Vous dites “Sophie”, mais c’est “Mariam” que vous avez devant vous ! ». A ce moment il y a eu un malaise, même si la grosse machine à sanglots déployée par les chaines d’info a continué à tourner, jonchant le tarmac de Villacoublay de pétales de roses. 

Dans le même temps, alors que son fils la voit comme une opportuniste, se convertissant pour survivre (1), les médias d’extrême droite la désignent comme étant une djihadiste, stigmatisant son refus de qualifier ainsi des geôliers. Mais de toute part on critique le fait que sa libération ait nécessité celle de 200 djihadistes : que vaut la vie d’une citoyenne française ?

 

- Si la question est de savoir si la conversion à l’islam de Sophie Pétronin est sincère ou seulement opportune, seuls les sondeurs de cœurs et de reins pourront répondre ; si par contre elle est de dire combien vaut la vie d’un otage, alors oui, on peut s’interroger.

Oui, mais pour dire quoi ? Il n’y a pas de marché pour définir le prix d’une vie, et par définition elle vaut « tout l’or du monde ». Les laboratoires pharmaceutiques qui sont les seuls spécialistes de la chose le savent : à supposer qu’ils aient un médicament qui sauve la vie de ceux qui le prennent lorsqu’ils ont un cancer bien avancé, le prix du médicament est la totalité de la fortune des clients. Dans les pays riches c’est plusieurs centaines de milliers de dollars ; dans les pays pauvres, c’est beaucoup moins – pour revenir à notre propos, c’est la raison pour laquelle on n’enlève généralement pas les citoyens des pays pauvres.

Seulement le cas de Sophie Pétronin est différent : car elle a été échangée contre d’autres vies, celles des combattants libérés. Ici on pourrait s’interroger : dans le cas de l’échange d’espion durant la guerre froide, c’était une vie contre une vie, un pour un – le marché est honnête. Mais dans le cas présent c’est une vie pour 200 : marché de dupe ? 

Alors, il faut rappeler que cet échange a été négocié par la junte au pouvoir au Mali, que l’opposant politique Soumaila Cissé faisait partie de l’échange, ainsi que deux autres otages : beaucoup d’autres variables ont dû être prises en considération. Ce qui ne résout pas le problème, car de toute façon on ne pourrait le résoudre qu’à condition d’oublier que la vie d’un être humain n’a pas de prix.

« La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie » disait Malraux (2)

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(1) « Elle a eu raison. Quand on s'apprête à vivre ce genre d'aventure, on a plutôt intérêt à se familiariser avec les us et coutumes et essayer d'être plus dans l'acceptation, la compréhension. (…) A court ou moyen terme elle va vivre à Neuchâtel avec notre famille, à la neuchâteloise, donc je vais pas l'appeler Mariam » (déclaration du fils de Sophie Pétronin lue ici)

(2) Belle citation dont Alain Souchon a fait une chanson (écoutez ici)

samedi 10 octobre 2020

Le chaos déterministe – Chronique du 11octobre

 


 

Bonjour-bonjour

 

« L’imprévu est-il imprévisible ? » : cette question fut un sujet de dissertation de philo du bac, devant lequel bien des parents et des profs de philo pâlirent un peu : les premiers en se demandant ce qu’ils répondraient eux-mêmes, les seconds ce qu’on peut légitimement attendre des candidats. Sujet qui, repris aujourd’hui, ne soulèverait plus la même difficulté, et qui pourrait même éclairer les esprits un peu déboussolés.

Car, voilà que les fureurs de la météo, avec le déluge quasi biblique qui a noyé les hautes vallées du pays niçois, nous mettent devant l’obligation d’avouer notre impuissance à deviner les déchainements de la nature. Cette furie qui va au-delà de tout ce que nous avions imaginé, arrachant nos routes alors que nous les croyions à l’abri, 15 mètres au-dessus du lit du torrent, et détruisant des maisons plus que centenaires, ne pouvions-nous donc pas l’anticiper ? Ne pouvions-nous pas, faute de lui faire face, la fuir en évacuant les habitants ? Bref, si l’expérience des vieux du pays ne suffisait pas, si eux-mêmes étaient impuissants à prévoir ces cataractes, notre science, oui, celle qui nous prédit avec tant d’assurance les désordres du climat, comment a-t-elle pu passer à côté de cet épisode méditerranéen, si dantesque qu’il fut ? 

--> A quoi servent donc les prévisionnistes de météo-France ?

Les philosophes qui ne sont certes pas des prévisionnistes, mais qui ont gardé leur liberté d’esprit pour réfléchir sur ce que beaucoup refusent d’imaginer, observent quant à eux qu’on ne peut prévoir que ce qui obéit à un déterminisme quelconque. Or le temps météorologique obéit à des données physiques biens connues et mesurables : donc prévisibles. Il n'y a pas de hasard.

Seulement voilà: c’est ignorer l’existence du chaos déterministe, qui rend imprévisible de façon rigoureuse le temps qu’il fera demain. 

Les curieux liront en annexe les explications publiées par l’Université de Paris-Saclay.

Les philosophes se contenteront de philosopher : « Si on ne peut prévoir l’avenir, c’est que celui-ci n’est pas encore écrit »

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« Chaque condition initiale détermine entièrement l'évolution future car il n'y a pas de hasard : le système est déterministe. Cependant, deux conditions initiales très proches peuvent avoir des évolutions complètement différentes. L'évolution du système devient alors imprévisible car une petite erreur de mesure ou un arrondi à la 15ème décimale conduisent à des résultats complètement faux au bout d'un certain temps. C'est le chaos déterministe. 

Le météorologue Lorenz a été le premier à réaliser qu'il existe un chaos déterministe. En météo, cela a pour conséquence qu'il sera toujours impossible de prévoir le temps du mois prochain. » La suite ici.

vendredi 9 octobre 2020

Les mots et les choses – Chronique du 10 octobre

Bonjour-bonjour

 

Les rassuristes, les catastrophistes, qui se retrouvent en présentiel ou en absentiel… Ouf ! n’en jetez plus, la cour est pleine – pleine de néologismes qui sont apparus comme ça, un jour, sans crier Gare ! et qui vont disparaitre demain en même temps que les choses qu’ils désignent. Telle est la vie ordinaire du langage humain, et telle est la situation inédite créée par l’épidémie qui nous préoccupe tous depuis presque dix mois. Mais si neufs soient-ils ils doivent absolument se plier aux règles universelles de la langue.

- Comme par exemple d’intégrer chaque mot nouveau dans un système d’opposition qui le définit en le distinguant des termes voisins. Saussure disait : « Dans la langue, tout n’est que différence » et on voit bien qu’un mot nouveau se définit par opposition : le « rassuriste » s’oppose au « catastrophiste », de même que le « présentiel » s’oppose à l’« absentiel ».

- Mais il faut aussi que chacun de ces termes existe pour une communauté à l’intérieur de laquelle il circule. Car s’il est essentiel que ces mots soient en rapport avec une idée ou une chose nouvelle, il faut aussi qu’ils soient reconnus et utilisés avec toujours le même sens – ou plutôt avec la même intention signifiante. Je m’explique : quand je parle des rassuristes, j’entends non pas simplement des gens qui sont rassurants, mais plutôt des médecins (et non des membres d’une communauté Internet quelconques) qui apportent la caution de leur science pour minorer les pronostics anxiogènes de leurs confrères. Le suffixe -iste apportant quant à lui l’idée d'une communauté fermée et dont les affirmations sont peut-être sans valeur en-dehors de ses membres.

On pourrait s’interroger pourquoi tant de néologismes en ce moment : s’agit-il de fantaisies, sorte de snobisme lexical, juste utile pour se désigner membre d’une collectivité particulière qui se distingue des autres par sa façon de parler ? A moins qu’il s’agisse de montrer que tout est nouveau aujourd’hui, et que les mots du dictionnaire attachés à une époque révolue, sont périmés, désormais sans usage valable ? 

jeudi 8 octobre 2020

Au boulot ! – Chronique du 9 octobre

Bonjour-bonjour

 

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j’en ai plein les charentaises des déclarations officielles complimentant les mesures prises pour contrer l’épidémie. Car je commence à percevoir un peu trop nettement la petite musique qui dit : « Protégez tout ce qui permet à la machine économique de tourner, même au prix de quelques clusters de plus en entreprise ; et fuyez les fêtes, et même les loisirs. 

- Bossez, et rentrez chez vous pour dormir et recommencer demain.

- Rentrer : dans des métros bondés ? 

- Oui, et alors ? 

- Ah mais du coup, on pourra aussi aller dans des bars qui sont juste un peu moins remplis ?

- Vous n’y pensez pas, irresponsable, mauvais citoyen ! Essayez un peu pour voir ce que ça fait de payer les amendes ! » 

 Et pourtant : étant retraité je devrais applaudir aux mesures qui maintiennent ouvertes les entreprises pour que les jeunes bossent et payent nos retraites ; étant trop vieux pour être touché par les fermetures de bars, discothèques et autres lieux festifs : je devrais être le supporter idéal du gouvernement. Mais je n’aime pas trop qu’on mette en avant de façon si évidente le fait qu’on n’est que du bétail, nourri sous condition que ça engraisse d'abord les éleveurs.

Freud disait : être normal, c’est aimer et travailler. Aujourd’hui, on voudrait nous faire croire que pour être sain il faut seulement travailler – point barre. On répète à plus soif que depuis que l’homme est l’homme il n’a survécu qu’à condition de coopérer. Je ne sais pas si ce sont les américains qui ont inventé cette théorie, mais on la retrouve partout et ce sont les archéologues eux-mêmes qui prétendent établir cette vérité : des fractures consolidées sur des squelettes paléolithique prouvent que certains ont dû être pris en charge par la communauté le temps de guérir. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que, quand les Cro-Magnon s’assemblaient autour du foyer, ils ripaillaient d'abord et puis copulaient à qui mieux mieux (1). Peut-être même ont-ils inventé la musique et la danse à cette occasion : il faudrait la plume d’un Rousseau pour nous raconter ça.

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(1) Ceux qui ne connaissent pas bien les Cro-Magnons écouteront avec profit cette chanson scout.