jeudi 7 avril 2022

« La seule qui comprend les pauvres » - Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

«  /Marine Le Pen/, c'est la seule qui comprend les pauvres gens comme nous, ceux qui n'ont plus grand-chose à la fin du mois », témoigne Monique, une ancienne conseillère de vente perpignanaise qui touche 800 euros de retraite par mois (lu ici). On retrouve la situation des Gilets-jaunes – celle qui a suscité ce vaste mouvement de soutien dans l’opinion qui continué même quand le mouvement a dégénéré en violence hebdomadaire.

 

Je ne sais pas si Marine Le Pen sera ou non élue présidente ; en revanche je sais que si cela arrivait ça n’aurait rien d’illogique. Elle s’inscrit en effet dans le chemin tracé depuis de longs mois par cette secousse provoquée par la menace de perte de pouvoir d'achat et par l’éloignement des services publics à l’heure où le secours de l’État est partout réclamé et partout considéré comme un dû. 

On veut croire qu’il s’agit là du surgissement d’une nouvelle attitude liée à l’instauration de nouvelles fonctions dans l’État qui après avoir été le protecteur de la Nation est devenu la mère nourricière des pauvres. Mais il n’en est rien : déjà du temps des monarques capétiens le Roi était la condition de la prospérité comme détenteur d’une grâce spéciale liée à sa fonction de Lieutenant de Dieu sur terre. 

Mais on peut remonter beaucoup plus loin : c’était aussi le rôle du Grand Inca, tout comme celui du Pharaon égyptien qui, par des rites spéciaux qu’eux seuls pouvaient accomplir, faisaient lever les moissons et prospérer le bétail. 

Voilà le problème : aujourd’hui, même Marine Le Pen ne peut convaincre le public qu’elle possède ce pouvoir. Et en même temps, toutes les promesses sont soumises à vérification sur le terrain : y aura-t-il on non augmentation du SMIC ? Et résorption du chômage ? Et disparition de l’inflation ? Le peuple est peut-être naïf, dans la mesure où il croit facilement les gens qui lui promettent de lui donner ce dont il a besoin. Mais il est également exigeant : il veut passer à la caisse et si elle est vide, alors le colère gronde !

mercredi 6 avril 2022

Les femmes et les enfants d’abord – Chronique du 7 avril

Bonjour-bonjour

 

Les sanctions pleuvent sur la Russie et parmi les États qui cherchent à priver Moscou de ses ressources, les États-Unis sont en première ligne.

Ainsi, après avoir annoncé des « sanctions dévastatrices » contre les principales banques du pays, Washington « s'attaque à l'entourage du président russe Vladimir Poutine en imposant des sanctions contre les deux filles de ce dernier. L'épouse et la fille du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, sont également visées ainsi que les membres du Conseil de sécurité de la Russie. » (Lire ici)

 

Sanctionner la femme et les enfants du président ? Imagine-t-on ce procédé employé contre la France ? Que Brigitte Macron soit privée de ses manteaux Vuitton, ou que ses enfants soient spoliés de diverses manières ? Non, n’est-ce pas, parce que dans un régime démocratique comme l’est le nôtre, les ressources des familles n’ont pas de rapports avec la vie économique du pays et pas plus avec les décisions politiques qui y sont prises. Pour frapper ainsi les femmes et les enfants d’un dirigeant, il faut que le régime soit népotique, que le clan du Président existe et qu’il soit directement bénéficiaire de l’activité économique. C’est le fait des dictateurs – Oui, mais n’oublions pas que la famille de Donald Trump a été liée de très près à la vie politique des États-Unis, et que, dès la première année de sa présidence, Nicolas Sarkozy a tenté d’assurer une place d’influence à son fils (surnommé ironiquement « Le Prince Jean »)


Reste que la France est le pays qui a fait la révolution contre les privilèges et que la nuit du 4 aout 1789 est pratiquement la date fondatrice de la démocratie. Le pouvoir et la fortune dépendent désormais de l’utilité publique et de rien d’autre. Toutefois, on sait bien que les  plus grandes fortunes de France ont été héritées, et que parler de supprimer l’héritage est de nos jours encore une proposition strictement révolutionnaire.

mardi 5 avril 2022

A cheval tous les jours ! – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Il y a deux façons de s’habiller : soit en portant une jupe (ou une robe, ou un peplum...) – ou alors en portant un pantalon.

Comment choisir ? Cet article répond à cette question : « Bien avant que le pantalon ne devienne l'une des pièces maîtresses de nos garde-robes, il n'était que peu porté dans la vie de tous les jours. La mode était aux jupes, bien plus confortables et pratiques. » peut-on lire. Mais alors, pourquoi avoir inventé le pantalon ? 

- Le même article poursuit : pour ceux qui passaient leur temps à cheval –principalement les guerriers et les bergers– la jupe était loin d'être l'équipement le plus adapté : « /Certes,/ lorsqu'on se meut de façon normale, les parties internes des jambes, l'entrejambe et le bas-ventre ne sont pas exposés à des frottements pendant une période prolongée», explique Mayke Wagner dans les pages de New Scientist. Mais il ajoute aussitôt : « Mais cela devient un véritable problème lorsque vous chevauchez un cheval tous les jours

C’est ce qu’on a vérifié en découvrant en Chine ce pantalon vieux de trois millénaires qui aurait appartenu à un guerrier chinois enterré entre 1000 et 1200 avant Jésus-Christ : 

On peut alors juger sur pièce et décrire la fonctionnalité du pantalon suivant l’usage qui en était fait, essentiellement par les cavaliers : « Il fallait alors créer une pièce qui soit assez flexible pour que le cavalier puisse enjamber sa monture sans risquer de déchirer son vêtement, tout en s'assurant que les matières soient suffisamment robustes au niveau des zones sensibles en cas de chute. Fait de tissu sergé garantissant à la fois une certaine élasticité et une bonne résistance, le plus vieux pantalon du monde est donc la réponse parfaite à ces deux contraintes. » (article référencé)

 

Vous l’avez compris, l’essentiel était de protéger les bijoux de famille ainsi que la délicate peau de l’entrecuisse. – Vous êtes heureux je suppose de constater combien les problèmes rencontrés par l’humanité restent les mêmes, quelle que soit la période de l’histoire. Au fond l’homme de Cro-Magnon à supposer qu’il ait eu l’occasion de monter à cheval a du se poser le problème que les chinois ont résolu bien des millénaires plus tard.

Toutefois, nous qui ne montons pratiquement plus à cheval et qui roulons en scooter, pourquoi ne portons-nous pas une jupe ? Il est vrai qu’on se moque facilement des écossais, avec leur kilt.


- Et si nous nous mettions à porter des jupes, nous autres les hommes, n’y aurait-il pas des vicieuses petites gueuses pour la soulever, histoire de savoir ce que nous portons en-dessous ? 

lundi 4 avril 2022

Les angoissés du PQ – Chronique du 5 avril 22

Bonjour-bonjour

Je ne sais pas si vous faites partie des angoissés du manque de papier hygiénique, mais il faut l’avouer : la guerre en Ukraine a des conséquences jusque dans nos endroits les plus intimes : je veux parler des lieux d’aisance. C’est du moins ce qu’affirme Michel-Édouard Leclerc : "Le prix du PQ va augmenter considérablement, parce que là il y a un gros déficit de papier", qui entraine un sur-stockage de cet article.

La future pénurie de pâte à papier occasionnée de façon directe par la guerre d’Ukraine ne suffirait pas à expliquer cette ruée sur cet article si on ne faisait pas appel à la précédente pénurie enregistrée en mars-avril 2020. Rappelez-vous : nous étions en plein dans le Grand Confinement, et on voyait les consommateurs sortir des Hypermarchés le Caddie débordant de rouleaux de PQ. (Lire ici et )

 

 

Vu ici

On rigolait bien alors en imaginant qu’à rester bloqué à la maison on verrait les petits et les gros besoins augmenter de façon exponentielle – « Le covid, ça fait bien ch*** » rigolait-on alors. Seulement voilà : on rit moins aujourd’hui dans cette ambiance de guerre, alors que la pénurie prend des aspects plus dramatiques.  Car ce n’est pas seulement la pénurie de 2020 qui remonte ainsi dans nos mémoires : pour les plus âgés le souvenir de la faim et du froid durant la seconde guerre mondiale y sont restés ancrés – et voilà qu’aujourd’hui, 70 ans plus tard, l’actualité réactive ces souvenirs, allant jusqu’à évoquer l'instauration des tickets de rationnement disparus depuis 1949.

 

- Michel-Édouard a raison de parler des angoissés du PQ : car la pénurie commence dans notre cerveau, dans des circuits neuronaux établis de longue date, peut-être même par notre lointaine filiation avec nos ancêtres chasseurs-cueilleurs, il y a 15000 ans. 

15000 ans : il y a des souvenirs tenaces. Bien sûr, ce n’était pas alors de PQ qu’on manquait, mais de cuisses de bisons tués à la chasse et d’airelles récoltées alentour. Mais que cela ne nous trouble pas : les besoins sont socio-historiques, tout le monde le sait.

dimanche 3 avril 2022

Perdre, oui – mais comme une femme ! – Chronique du 4 avril

Bonjour-bonjour

 

Pour un homme de ma génération, étudiant des années 60, Valérie Pécresse incarne ces étudiantes un peu pincées, un peu pimbêches, mais qui, avec le temps, deviennent finalement plutôt sympathiques.

Son dernier meeting la montre en tout cas se mettant à nu (moralement j’entends) dans un effort de sincérité plutôt sympathique. Faisant allusion à son meeting raté du Zénith, elle déclare : « J'ai voulu faire un discours comme un homme avec des mots puissants, des mots d'hommes », ce qui a signé son échec. « J'ai décidé depuis de faire cette campagne de manière totalement différente, de manière libérée et a cappella » (Lire ici)

 

A cappella : j’aime cette expression, qui évoque le refus de la claque qui braille des slogans pour rythmer le meeting ; et libérée du modèle imposé par les hommes : bye-bye, la clique à Ciotti !

Et en se présentant comme une femme, à quoi ressemble Valérie Pécresse ?  Écoutons-la :  « Vous m'avez vu gagner. Vous m'avez vu trébucher. Vous m'avez vu me relever. Vous avez découvert ma résistance. Ma vérité. Je ne lâche rien. Ce courage, je veux le mettre à votre service ». La candidate Pécresse est une résistante. Non pas comme on le dit de façon méprisante « un brav’ petit soldat » : ça, c’est répugnant de condescendance. Mais courageuse, habituée à tomber et à se relever, sachant que le plus important c’est d’arriver même si c’est au terme d’une longue marche.

 

Dans les années 80 on se demandait comment les femmes allaient assumer les rôles dirigeants vers lesquels elles cheminaient – notre imagination les voyant tantôt comme des super-women – telles que les décrit la chanson de Michel Sardou (1) ; et tantôt comme des ménagères de moins de 50 ans, faisant face à l’adversité avec leur patience et leur ténacité. La femme qui se remet au travail 5 jours après avoir accouché, comme Rachida Dati. Dans tout cela l’essentiel était de cadrer encore et toujours avec l’image de « La Femme ». 

Aujourd’hui les choses ont bien changé : tout le monde se moque de savoir si le prochain Président sera ou non une Présidente ; ce qui compte c’est de savoir quelle politique il/elle va impulser dans le pays. Croyez-vous qu’on s’intéresse au fait que Marine Le Pen soit une femme ? Elle adore ses chats – bon, et alors ? Moi aussi j’aime mon chat et bien d’autres mecs alentour.

Oui, l’erreur de Valérie Pécresse c’est de se croire obligée de signaler que c’est en femme qu’elle candidate à la Présidence : car aujourd’hui ça n’a plus aucune importance.

- C’est ça le triomphe du féminisme. Et l’oublier, c’est ça l’erreur de certaines femme.

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(1) Femme des années 80s par Michel Sardou à écouter ici.

samedi 2 avril 2022

Anaphore, quand tu nous tiens ! – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

En politique il est vain de mettre la loupe sur la forme des discours quand c’est le fond qui importe. Pourtant me voilà titillé par l’usage de l’anaphore dans les discours de campagne présidentielle, tel que le célèbre « Moi Président » de François Hollande ; ou hier, le « C’est injuste ! » répété en alternance avec « « Je ne me résoudrai jamais » durant le meeting d’Emmanuel Macron. (Lire ici)

Cette répétition d’un même mot, ou d’une même phrase facilement repérable avec Hollande, progressivement plus espacé dans le discours du meeting de Macron ne devrait pas surprendre : l’anaphore, qui est souvent utilisée à des fins poétique, l’est également pour renforcer un discours, et on en a une preuve avec le célèbre « I have a dream » de Martin Luther King, ou Charles de Gaulle répétant cinq fois « Paris » dans son discours de 1944 « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! » Oui, toutes ces formules seraient oubliées depuis longtemps si elles n’avaient été portées jusqu’à nous par l’énergie de l’anaphore.

 

Maintenant, rien ne nous empêche d’être intelligent en même temps que cultivé : car l’anaphore macronienne ne porte pas sur n’importe quel mot ; il s’agit de justice (« C’est injuste ! ») et d’indignation (« Je ne me résoudrai jamais »). On le constate : ce qu’Emmanuel Macron veut souligner ainsi c’est son engagement pour des valeurs humanistes, des valeurs « de gauche », terrain sur lequel on ne l’a que très peu vu durant le dernier quinquennat (au point que la formule hollandienne « Président des très riches » lui soit restée collée durant 5 ans). Qu’un Président sortant faisant son bilan soit à ce point indigné par des injustices qu’il n’a su éradiquer, mais qu’il souligne son engagement à les supprimer donne à penser qu’il s’agit là de forces colossales qu’il reste pourtant déterminé à détruire.

 

Bon... Mais avec tout ça, qu’attendons-nous pour nous servir de l’anaphore dès qu’on veut obtenir un résultat incertain ? 

Allez-y les gamins ! « Maman, pour Pâques, je veux une cloche en chocolat : le chocolat, bon pour la santé ; le chocolat, réservé aux fins becs. Oui, le chocolat c’est la fête. ». 

vendredi 1 avril 2022

A quoi « bon » la guerre ? – Chronique du 2 avril

Bonjour-bonjour

 

La guerre est un fait brut qui impose le silence à tous ceux qui, depuis leur salon ou un plateau de la télévision, prétendent savoir ce qu’elle signifie. Inutile donc de se tordre les mains en pleurant sur l’humanité qui ne changera jamais ; ni sur les civilisations qui n’accoucheront jamais d’autre chose que de la barbarie. 

Mais ne peut-on avec les méthodes scientifiques disponibles la considérer comme un objet d’étude comme un autre, susceptible de délivrer une connaissance rigoureuse ?

Sans me risquer à résumer des résultats encore en devenir, esquissons quelques hypothèses à soumettre à l’investigation scientifique.

            1) La guerre est une nécessité pour souder les sociétés et pour aider les hommes à se dépasser.

Si on définit la guerre comme un conflit armé avec effusion de sang entre deux groupes humains, il est clair que ce dernier point condamne la connaissance à se limiter à la période historique, là où l’écrit conserve des traces de ces affrontements entre sociétés, nations, etc. Selon ces traces (stèles égyptiennes, poèmes de l’Iliade, etc.) la guerre est non seulement décrite mais encore glorifiée comme acte héroïque. C’est même là que se situe sa principale fonction : pas de héros sans guerre.

            2) Mais la guerre prise de façon plus objective parait également accompagner l’histoire : si la guerre est consubstantielle à l’humanité, ce n’est pas en raison d’une quelconque nécessité génétique, mais parce qu’elle est nécessaire à son évolution historique. Écoutons Karl Marx « La violence est l’accoucheuse de toute vieille société grosse d’une société nouvelle. Elle est elle-même une potentialité économique. » (1)

En évoquant la violence, Marx évoque aussi nécessairement la guerre ; toutefois notons qu’il introduit une remarque importante : selon lui, la guerre est « une potentialité économique ». Ce qui veut dire qu’elle est une des conditions du développement économique, comme le sont les forces productives ou les rapports de production. 

            3) Autant dire que la guerre remplit une fonction historique puisque la lutte des classes est précisément le moteur de l’histoire. Ce qui veut dire qu’à terme, le développement de l’humanité pourrait s’accomplir désormais sans ces violences. Telle est la société sans classe pensée par Marx – une utopie ? soit, mais comment savons-nous qu’une utopie ne se réalisera jamais ?  

o-o-o

Jusqu’où doit nous mener cette hypothèse ? Jusqu’à croire que, si la guerre est un jour obsolète, alors la violence le sera aussi conformément à la pensé de Marx ? Mais ce dont parle Marx, c’est de la violence sociale, exercée au sein du groupe humain et à l’encontre des représentants de classes. Rien ne dit par contre qu’il n’y aura plus de chagrin n’amour ni de crimes passionnels. (1)

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(1) Karl Marx – Le Capital, Livre 1, chap. 23

(2) Avez-vous remarqué ? Il n’y a plus aujourd’hui de « crimes passionnels » mais seulement des « féminicides »