samedi 7 mai 2022

Alors cette bombe, ça vient ? – Chronique du 8 mai

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui on célèbre la victoire sur les nazis : gerbes aux monuments, flon-flon militaires, femmes tondues, tout y passe.

Dessin de Wolinski


Tout pareil ? N’aurions-nous rien appris, rien découvert depuis ?

Si : la guerre ; celle qui, justement, est revenue récemment, avec ses bombardements et ses tranchées. On réinvente Verdun maintenant !

What else ? 

– Bon sang, mais c’est bien sûr : la Bombe ! Celle que ni Staline, ni Mao n’ont osé utiliser. Ce que Gideon Rose, l'ex-rédacteur en chef de Foreign Affairs a dit : « Si l'arme nucléaire était une bonne option, Poutine l'aurait déjà utilisée ! » Rappelant que « même des "sociopathes" comme Staline et Mao n'ont pas appuyé sur le bouton rouge ». (Lu ici)

 

Ce que personne n’a fait en plus de 70 ans, un homme comme Poutine le ferait-il ?

- Notons que ce qui a assuré la paix durant toutes ces années existe toujours, à savoir l’équilibre de la terreur. Les russes montrent avec une fierté puérile les missiles terrifiants qui leur permettraient de vitrifier l’occident, mais ils ne peuvent oublier que, quoiqu’il en soit, ils seraient détruits en retour exactement de la même façon. 

- Ensuite, à qui vendraient-ils leur gaz, une fois anéantis les pays qui le leur achète ? Les Chinois et les Indiens le pourraient, mais eux-mêmes seraient forcément ruinés par une telle issue : plus de dollars ni d’euros à mettre dans leur tire-lire !

Hitler, Staline, Mao, et aujourd’hui Poutine : tous sociopathes ? Peut-être, et alors ?  Un sociopathe, c’est quelqu’un qui a aussi des buts, des dogmes, une idéologie – bref : quelque chose qu’il veut imposer aux autres, même à n’importe quel prix. Mais pour cela il lui faut dominer et non éradiquer. La bombe A : éradiquer, elle fait ; mais elle ne sait faire que ça. Il faudrait plutôt une arme qui supprime les cerveaux, pour les remplacer aussitôt par une petite machine contrôlable à distance. C’est ça que tous les dictateurs ont voulu comme l’a bien montré Orwell avec ses télécrans, sa novlangue, son quart d’heure de la haine, etc...

Une bombe qui lave les cerveaux en somme. Mais ça n’existe pas encore – Sinon Zuckerberg l’aurait déjà inventée.

vendredi 6 mai 2022

Promenons-nous dans les bois.... – Chronique du 7 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Imaginez : vous êtes en train de marcher dans les sous-bois à la recherche du muguet de ce début mai. Tout à coup, un frémissement dans les buissons : vous sursautez, craignant d’avoir dérangé un animal peut-être dangereux, comme une laie avec ses marcassins. Et là, tout à coup, vous vous trouvez face à ... un loup !

 

C’est la panique qui vous saisit, comme si, remontant d’un lointain passé, la chèvre de monsieur Seguin et le petit Chaperon-rouge réunis s’étaient trouvés devant vous. Toute une imagerie venue du fond de l’histoire, avec les hurlements nocturnes de la meute et ses cadavres à demi dévorés dans le givre du petit matin venaient de surgir de votre mémoire – une mémoire biologique, venue du fond de l’espèce.

- Pourtant c’est avéré, la presse en parle, photo à l’appui : « La préfecture de la Marne vient de confirmer qu’un loup a été pris en photo le lundi 4 avril sur la commune de Pévy, située à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Reims. » (Lu ici)

Faut-il croire à une mémoire biologique, comme celle qui alerte les poules quand un leurre en forme de rapace planant au-dessus d’elles déclenche la panique dans le poulailler ? Ou bien suffit-il des comptines apprises en maternelles ? (1)

D’une manière comme d’une autre, cette peur viscérale du loup s’articule sur un rejet de la nature sauvage, cantonnée dans un milieu dont nous voulons être séparés par une cloison étanche. Or, ce que des écologistes pratiquent depuis un certain temps, c’est le retour d’une vie où la nature sauvage est étroitement associée à la nature domestiquée – voire même en fait totalement partie, chacune prospérant grâce à l’autre, un peu comme nous l’enseigne la permaculture. C’est ainsi qu’on nous présente le loup ou l’ours des Pyrénées qui pourraient côtoyer les troupeaux de brebis, sachant que grâce à des précautions simples on limitera à quelques animaux les proies dévorées par ces prédateurs : la part du feu en quelque sorte, grâce à laquelle la nature retrouvera son équilibre. Car les prédateurs sont nécessaires à une bonne harmonie du milieu comme le montre l’exemple du Parc de Yellowstone en Californie dont les végétaux étaient détruits par une prolifération des caprins, dont le pullulement fut arrêté grâce à la réintroduction des loups : depuis la végétation a retrouvé son équilibre naturel.

 

... Se pourrait-il que des prédateurs de ce genre soient nécessaires en politique aussi pour stimuler la vie démocratique en lui permettant de voir les abimes qui la bornent aux extrémités qu’elle côtoie sans les voir ? Les Zemmour qui rôdent toujours dans nos bois suscitant des tremblements démocratiques seraient-ils utiles à la république ?

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(1) Comme celle-ci.

jeudi 5 mai 2022

L’union de la gauche : « Ici est la force » – Chronique du 6 mai

Bonjour-bonjour

 

Après EELV et le PC, voici que le PS entérine l’entrée dans la « Nouvelle union populaire » propulsée par les Insoumis, sous la direction de Jean-Luc Mélenchon.

On va s’étonner que les partis en question aient pu s’entendre sur un programme si contradictoire avec leur buts principaux. On dira que la soif du pouvoir fait avaler aux élus sortants des couleuvres bien longues et bien grasses. Oui – mais on ferait mieux d’observer que l’union de la gauche déjà a été réalisée dans les urnes le 24 avril sur le nom de Mélenchon.

On a évacué ce fait en disant que c’était là un vote utile : c’est insuffisant ; le parti des Insoumis a quant à lui réclamé qu’on considère ce vote comme un vote d’adhésion : c’est trop. L’analyse la plus proche de la réalité objective, c’est à Jean-Luc Mélenchon qu’on la doit « Nous disons à tous ceux qui n’ont pas voulu l’entendre : ici est la force. » (Lu ici)

 

C’est vrai, et c’est même ce qu’on savait depuis le 24 avril. Reste qu’on ne sait pas exactement sur quel projet cette union s’est faite lors du 1er tour des présidentielles. Car si le projet des Insoumis n’avait pas rallié selon les sondages une majorité assez large pour qualifier Mélenchon pour le second tour, il n'en reste pas moins que les votants qui l'ont choisi cherchent une ligne politique que seule la gauche peut porter... Oui mais laquelle ?

Je dirais bien qu’il s’agit de réaliser une plus grande justice sociale, mais en disant cela je m’expose à des ambiguïtés redoutables. Car François Hollande qui devait lutter en 2012 contre la crise des dettes souveraines a décidé par esprit de justice de faire payer plus d’impôts à tout le monde, du plus riche au plus pauvre. On voit où en est le PS après cet exploit.

mercredi 4 mai 2022

Une faille de sécurité – Chronique du 6 mai

Bonjour-bonjour

 

Une supposition : vous êtes prisonnier et vous voulez vous évader ? Quoi de plus naturel. Mais comment faire ? 

Suivez donc la méthode de ce multirécidiviste de la cavale, détenu jusqu’à hier dans la prison de Valence (Drôme). (Lire l'article)

            1° D’abord, attendez que les équipes pénitentiaires organisent pour les détenus une sortie au zoo. Je sais vous n’y croyez pas, mais c’est vrai : après tout, les détenus ont bien droit à un peu de détente.

            2° Une fois arrivé, demandez à aller au petit coin. Avoir besoin d’aller faire pipi, ça n’a rien de louche.

            3° Une fois arrivé aux cabinets, échappez-vous – comment ? Lisons l'article référencé : « le détenu se serait vraisemblablement échappé par une autre porte que celle gardée par les agents de l’administration pénitentiaire » 

Oui, voyez-vous : il y a des W.C. avec plusieurs portes et on ne peut raisonnablement espérer que les gardiens des prisonniers aient étudié en détail les lieux d’aisance.

Ça peut paraitre incroyable, mais on sait que les logiciels les mieux sécurisés ont des failles de sécurité à la pelle : en prison aussi ça existe.

mardi 3 mai 2022

Le droit à l’I.V.G est-il prescriptible ? – Chronique du 4 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Le droit est du domaine de la souveraineté du peuple, et c’est pour cette raison que toute décision légale est susceptible d’être supprimée. Ce qu’une loi a fait, une autre loi peut le défaire. Raison pour laquelle l’interdiction de la peine capitale en France a été inscrite dans la Constitution, non pas qu’on ne puisse la rétablir, mais simplement pour rendre cette décision un peu plus difficile.

- Ce qui nous intéresse dans la menace de voir la Cour Suprême américaine rendre à chaque État le droit d’interdire l’IVG sur son territoire, ce sont les raisons par lesquelles elle justifie ce choix.

Lisons : « Nous estimons que Roe v. Wade (nom de l’arrêt de 1973 sur l’avortement, ndlr) doit être annulé », est-il écrit dans ce document, qui estime également que cette loi sur l'avortement était « infondée dès le début », et que le sujet de l’IVG est « une question morale profonde ». « La Constitution n'interdit pas aux citoyens de chaque État de réglementer ou d'interdire l’avortement », selon Samuel Alito (1). « La conclusion inéluctable est que le droit à l'avortement n'est pas profondément enraciné dans l'histoire et les traditions de la Nation », a-t-il ajouté, ajoutant que le droit à l’avortement n’est « protégé par aucune disposition de la Constitution ». (Lire ici)

Autrement dit, cette révocation, qui est légale du fait de la toute-puissance de la Cour, est également motivée par le fait que seule la morale (et sans doute la religion), peut statuer dans le domaine de l’interruption volontaire de grossesse. La seule objection qui semble-t-il pourrait s’opposer à cette décision étant qu'on puisse dire que l’avortement soit « profondément enraciné dans l'histoire et les traditions de la Nation » - ce qui n’est pas le cas (appel aux Pères fondateurs).

Les femmes américaines vont sans doute démontrer que cet enracinement n'a pas lieu d'être évoqué et que l'histoire du peuple américain se construit aujourd'hui même sur des bases autres que celles qui ont été prévues par les fondateurs de la Nation. 


Néanmoins, tout cela nous pose (à nous citoyens français) une question extrêmement difficile : celle de savoir qu’est-ce qui dans notre constitution peut être modifié, et qu’est-ce qui, du fait de l’Histoire (avec un grand « H ») est consubstantiel à notre Nation ?  Pour reprendre l’exemple cité en commençant, nul doute que le rétablissement de la peine capitale soit possible, pour autant que le Congrès le décide. Par contre, imaginez qu’un projet de rétablissement de la monarchie soit proposé au même Congrès, peut-on dire qu’il serait légitime d’en débattre ? Et qu’est-ce qui nous en empêcherait ?

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(1) Samuel Alito est le juge conservateur rédacteur de l’avant-projet de la Cour Suprême.

lundi 2 mai 2022

De la violence – Chronique du 3 mai

Bonjour-bonjour

 

En présence de l’accusation de « violences sur personne chargée d’une mission de service public » portée contre la jeune femme qui a agressé un pompier chargé d’éteindre un incendie durant la manifestation du 1er mai, voici quelques réflexions qui me paraissent utiles.

            - La première concerne la violence « légitime ». Car, oui, elle existe et elle est le monopole de l’État, comme l’affirme Max Weber (Le savant et le politique – 1919) : « Un État est une communauté humaine qui revendique le monopole de l'usage légitime de la force physique sur un territoire donné »

            - Cette conception a été validée et utilisée jusqu’à nos jours. On notera que Max Weber énonce un fait, (l'Etat "revendique" cette légitimité) et non un droit. Toutefois ce fait prend appui sur une théorie : disons de la quelle il s'agit.

Il s'agit une conception « contractualiste » de l’État (telle que formulée par Hobbes) : lorsque les individus acceptent de confier leur volonté à une force supérieure en échange de la sécurité, à savoir l’État, celui-ci peut faire usage de la violence contre ceux qui la mettrait en danger. 

En conséquence, la violence est un pouvoir régalien ce qui signifie que toute autre violence sera nécessairement illégitime. (Sur tout cela, voir ici)

            - On comprend alors que la situation dans la quelle l’acte condamné du 1er mai été commis soit déterminante. Car la jeune femme s’en est prise au pompier qui tentait d’éteindre un feu allumé par des manifestants qui entendaient lutter ainsi contre l’État et ses supposés abus. S’il s’agit bien d’un acte politique, celui-ci consiste à contester la légitimité de l’État et donc celle de ses pouvoirs régaliens. Il se situe dans une perspective qui est soit anarchiste (1), soit marxiste (2).

o-o-o

Suis-je entrain de défendre la violence contre les pompiers ? Certainement pas, mais il ne faut pas se tromper d’ennemi : il ne s’agit pas de dénoncer des voyous ni des casseurs (selon ce qu’on dit, cette dame serait une partisane (peut être radicalisée) des gilet-jaunes). Elle est du côté de ceux qui incendient les commissariats et non de ceux qui pillent les magasins.

A minima mon message du jour sera que ces deux actes n’ont pas le même contenu.

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(1) Pour les anarchistes seuls les individus peuvent lutter pour leur propre sécurité.

(2) Lutte des classes. Selon Marx l’État est l’instrument politique par lequel la classe dominant assure sa domination grâce à la police et à l’armée. Il suppose donc une société divisée en classes.

dimanche 1 mai 2022

Quand l’actualité ronronne – Chronique du 2 mai 2022

Bonjour-bonjour

 

Quand chaque matin je prends des nouvelles de la nuit, mon chat me rejoint et colle son museau sur l’écran – est-ce pour découvrir avec moi ce qui se passe dans le monde ? 

Les photos qui s’affichent ce matin sur l’écran sont des images des violences contre les pompiers perpétrées hier 1er mai à Paris. Mais mon chat s’en fiche complètement : ce qui l’intéresse c’est bien sûr le déplacement du pointeur de la souris. 

 

Le philosophe s’éveille alors : chacun vit dans son propre monde, même si nous sommes tous plongés dans la même réalité. Ainsi quand une jeune fille agresse un pompier venu éteindre un incendie allumé par ses camarades manifestants, on comprend que nous sommes dans un monde de violences et à l’écoute de ces évènements qui en portent la marque. Et pendant ce temps-là, mon chat, guidé par son instinct de chasseur surveille tout ce qui bouge, le plus infime indice de vie, quand bien même il serait silencieux. Le pointeur de la souris qui se déplace de façon bizarre excite son attention : ces traces sont pour lui la réalité même. Pour mon chat ni image, ni symbole : tout est réel.

On sait que certains animaux sont capables de se reconnaitre dans un miroir : les singes en particulier profitent de se voir pour se curer les dents. Mais justement : aucun symbole ici, aucune fiction. Leur reflet est une réalité pleine, comme le serait la pomme ou la banane déposées devant la porte de leur cage.

Les hommes ont-ils eux aussi la capacité de percevoir la réalité de la même façon tout au premier degré ? Certains artistes le font : je pense en particulier aux peintres. Maurice Denis le disait ainsi : « Se rappeler qu’un tableau – avant d´être un cheval de bataille, une femme nue, ou une quelconque anecdote – est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » (Manifeste du « néo-traditionalisme » – 1890)