samedi 7 janvier 2023

Une nature sans mystère – Chronique du 8 janvier

Bonjour-bonjour

 

Les physiciens sont des gens bizarres : quand leurs expériences donnent le résultat prévu, ils sont déçus. Comme si l’échec de leurs théories était un Graal espéré et jamais atteint.

- Ça a été le cas pour deux « anomalies » observées mais dissipées récemment suite à un réexamen des résultats (lire ici) : les théories classiques de la physique des particules ne sont toujours pas en défaut malgré les multiples expériences qui fouillent le cœur de la matière.

- Pourquoi cette déception ? Pourquoi ne pas se dire « Voilà : on a atteint le but de nos recherches, nous savons tout des lois les plus intimes de la matière. Il n’y a plus rien à chercher » ? 

Hé bien, les chercheurs sont des gens qui ont le désir obsessionnel de déchiffrer les énigmes – encore faut-il qu’il y en ait. Une nature sans mystère condamnerait leurs recherches au néant. 

Mais ils auraient tort de se désespérer : car si leurs théories marchent si bien, c’est grâce à une hypothèse que rien n’est venu corroborer jusqu’à présent : celle de l’existence de la matière noire, dont personne ne sait en quoi elle consiste, sinon 1° qu’à la différences des autres particules elle échappe à nos investigations ; et 2° qu’on ne peut absolument rien comprendre à nos mesures sans l’hypothèse de son existence. 

Oui : quelque chose « cloche » : mais quoi ? Pour le savoir les physiciens recherchent d’autres indices montrant que, quelque part ailleurs, quelque chose d’autre échapperait à notre physique actuelle.

 

- Certains jubileront au contraire devant ces échecs répétés : la nature n’a-t-elle pas des mystères, devant les quels notre intelligence doit capituler ? Certes, nous avons été très loin en maitrisant les secrets des particules grâce à la physique quantique et à ses phénomènes qui mettent à mal notre rationalité (tels que la superposition d’état ou l’intrication de particules). Mais il y avait encore des mesures à passer à la moulinette de nos équations. 

Et c’est ça qu’on recherche désespérément aujourd’hui.

vendredi 6 janvier 2023

La galette à une place – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

Lorsqu’on est seul, à quel moment se sent-on le plus seul ? Ne serait-ce pas lors du partage de la galette des rois ?

 

- En effet : voici revenue l’épiphanie et sa traditionnelle galette des rois que l’on partage en famille ou avec des amis, selon un rituel bien rôdé, le petit dernier sous la table pour guider la distribution des parts : l’innocence est convoquée pour que l’attribution de la fève soit bien l’effet du hasard… voire même du destin. 

 

Cette année on trouve des galettes des rois à la taille … d’une personne, la fève restant bien sûr incluse :

 


« Tout le plaisir d'une bonne galette des rois d'artisan dans une version individuelle très gourmande. Avec en plus la certitude d'avoir la fève. » peut-on lire ici.

--> Créer un semblant de confraternité avec une galette qui permet de simuler la présence de la famille traditionnelle : on devine quelle détresse se cache derrière ce subterfuge. Imaginez l’homme ou la femme esseulé qui à la fin de son repas sort cette galette, la cache sous une serviette pour l’attribuer… au seul convive présent. Quel est donc ce roi qui ne règne sur personne, parce qu'il est un roi solitaire? Quelle souffrance de solitude faut-il imaginer pour comprendre qu’on puisse se livrer à ce stratagème – et y croire. 

 

C’est l’occasion de sonder la souffrance de la solitude : à quel moment est-elle la plus forte ? Quand on se lance dans une entreprise nouvelle sans que quiconque suive nos pas ?

- Peut-être mais ce n’était pas l’avis de Schopenhauer : "chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi", disait-il (1)

- De son côté, revenant au partage du repas, Kant disait qu’à ce moment l’essentiel n’est pas ce qu’on mange, mais avec qui on mange : car un repas est fait pour échanger des propos agréables et édifiants (2). Encore faut-il avoir des commensaux.

- Quant au Chat, sa philosophie reste éminemment relativiste :

 

 

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(1) « …chacun fuira, supportera ou chérira la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi. Car c'est là que le mesquin sent toute sa mesquinerie, et le grand esprit, toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pèse à sa vraie valeur ». Schopenhauer - Le Monde comme volonté et comme représentation.

(2) « Manger seul (solipsismus convictorii) est malsain pour un philosophe. » Kant – Anthropologie du point de vue pragmatique (Didactique anthropologique – Livre III, Du bien physique et moral suprême) 

jeudi 5 janvier 2023

Allez-vous-en : c’est notre territoire – Chronique du 6 janvier

 

 


Mission Artémis

Bonjour-bonjour,

 

A qui appartient la Lune ? À personne ? À ceux qui vont se poser dessus et y fonder une base occupée par des astronautes-cosmonautes-taïkonautes ? Et qu’est-ce que ça voudrait dire ? Quelle propriété peut-on revendiquer dans ce cas ?

C’est Bill Nelson, l’actuel patron de la NASA qui agite la sonnette d’alarme : « La Chine pourrait s'emparer d'une partie de la Lune sous prétexte de recherches scientifiques. » Cette alarme vient en partie de la découverte de la présence abondante d’hélium-3 dans le sol lunaire, mais en revanche très rare sur la terre. Précision : l’hélium-3 est un « carburant » indispensable dans la fusion nucléaire, donc dans la production espérée inépuisable d’énergie. (Sur tout cela : lire ici)

Bon – Revenons donc à nos questions initiales :

            *  A l’origine (durant les grandes découvertes en particulier), il suffisait aux explorateurs de prendre pied sur un territoire nouveau et de le déclarer possession de leur souverain. C’est ainsi que Pedro Álvares Cabral prit possession du Brésil : Rousseau s’en moque dans le discours sur l’inégalité, ajoutant que le seul titre de propriété possible est celui du premier occupant par le travail.

            * Une base scientifique serait donc, par le travail qu’elle suppose une propriété de l’État qui l’a financée et donc la Chine pourrait très bien revendiquer la souveraineté sur la portion de sol qu’elle exploite.

            * Jusqu’où irait cette propriété ? Pour l’essentiel, la propriété est un droit de souveraineté sur un domaine, ce qui signifie que personne ne peut en revendiquer une partie.

 

On devine que la Chine est particulièrement suspectée au vu de sa conduite dans la mer de Chine où elle s’empare par tous les moyens qu’on lui tolère de nouveaux territoires y compris de ceux qui, bien sûr, sont déjà soumis à une autre souveraineté. Mais quel État, ayant consenti les efforts nécessaires pour s’implanter à la surface de la Lune et y installer des unités de production accepterait de partager avec d’autres États ?

Autrement dit, les mines d’hélium-3, qu’elles soient chinoises, américaines, russes ou européennes, ne seront pas plus partagées que ne le furent les mines d’or du Pérou.

mercredi 4 janvier 2023

La baguette à trois euros – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

« Attendez-vous à savoir » (comme disait Geneviève Tabouis) que la baguette de pain va passer à 3 euros, seule façon de défendre nos boulangeries, dont l’existence est menacée par l’augmentation du prix de l’énergie.

Cette nouvelle, ce sont les boulangers eux-mêmes qui l’on diffusée, après avoir dénoncé l’augmentation exceptionnelle de leurs fournitures dont l’électricité. Seuls les derniers boulangers utilisant un four à bois sembleraient à l’abris, mais eux, la baguette à 3 euros, ils pratiquent déjà.



 Alors voilà – on nous dit : « Bientôt plus de boulangerie pour acheter vos viennoiseries et votre pain-du-jour » et nous trouvons cela bouleversant. Pourtant les poissonneries ont disparu depuis très longtemps ainsi que les stations-service : on n’en a pas été bouleversé pour autant. Y aurait-il donc quelque chose de spécial que symboliseraient les boulangeries ?

-  On sait que la disparition du boulanger dans nos communes marque souvent la disparition du dernier commerce de détail : la boulangerie est dernier rempart contre la désertification de nos villages. Il même arrive parfois que la mairie dépositaire des locaux de la boulangerie en fasse prêt gratuit à l’artisan qui viendrait s’y installer pour y fabriquer à nouveau le pain frais que réclame la population.

- Mais surtout, derrière la disparition des boulangeries il y a la peur de la raréfaction du pain. Le manque de pain a été jalonné au cours de l’histoire par des émeutes populaires (1). La disparition du pain, principal aliment disponible,  a été au cours de notre histoire synonyme de famine, et cette peur de l’estomac vide a laissé une trace dans notre mémoire collective, quand bien même le pain serait devenu aujourd’hui un aliment moins important.


Serait-il possible que nos réactions collectives soient ainsi pilotées par des faits historiques qui auraient creusé un sillon peu visible mais profond aujourd’hui encore ?

… Comme la haine des violences policières rappelant les dragonnades de Louis XIV ? Ou l’obligation de travailler plus longtemps avant le départ en retraite évoquant l’imposition des corvées médiévales ?

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(1) Qu’on se rappelle la « guerre des farines » dont nous parlions il y a peu – ici même.

mardi 3 janvier 2023

La Chine comme une cage ouverte – Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

La Chine est comme la cage de l’oiseau dont la porte serait désormais ouverte : le serin effrayé regarde les alentours craignant une mauvaise surprise s’il consent à sortir. Un régime autoritaire comme l’est celui de Xi Jinping semblait ne pouvoir revenir complètement sur ses décisions sans y perdre à la fois la face et l’autorité.

Et pourtant c’est vrai. Alors, devant les hôpitaux embouteillés et les cercueils qui s’amoncellent à la porte des crématoires, les citoyens chinois pensent qu’il s’agit d’une manœuvre destinée à leur faire sentir combien les mesures de confinements étaient judicieuse ; et que bientôt la fermeture du pays allait reprendre sous la menace d’un effondrement dû au déchainement de la pandémie. Il n’en fut rien et aujourd’hui c’est le gouvernement chinois qui s’offusque des contrôles opérés dans les pays étrangers pour leurs citoyens librement lâchés dans la nature. (Lire ici)

Comment comprendre un tel revirement ? Peur de la contestation populaire venue de gens fous de colère ? Peut-être ; mais en politique aucune décision n’a jamais qu’un seul sens et l’ambiguïté est la règle la plus constante. Il ne faut donc pas oublier une chose : la « politique zéro covid » était en train de ruiner le pays, mettant en jeu à la fois les revenus des dirigeants et leur position même. Les usines fermées ou menacées de l’être du jour au lendemain ; des travailleurs susceptibles de manquer faute d’autorisation ; des contrats qui se perdaient au profit de pays plus laxistes en matière sanitaire – il ne faut pas croire que les autocrates chinois ne le savaient pas : leur volonté de ne jamais plier a été moins forte que celle de conserver leur fortune et leur pouvoir. Après, les innombrables morts du fait d’un déconfinement brutal et sans mesures d’accompagnement, voilà qui les indiffère. D’autant que les chinois eux-mêmes applaudissent ces mesures, quand bien même ils iraient en même temps enterrer la grand-mère.

lundi 2 janvier 2023

Expliquez-moi, docteur Clito… – Bulletin du 3 janvier

À partir de cette année, le Docteur Clito, le sexologue bien connu viendra faire, ici même, une communication – strictement scientifique – sur la sexualité humaine.

 

- Dites-moi, docteur Clito, pourquoi les femmes peuvent-elles être fécondées sans éprouver un plaisir sexuel ?

- Vous avez raison de poser cette question, cher ami, mais vous pourriez aussi bien demander pourquoi, réciproquement, elles peuvent jouir sans être fécondées ? Car c’est ça qui situe le problème sur le plan scientifique : au jeu de l’évolution quelle stratégie a été gagnante dans l’évolution de la physiologie des rapports sexuels ?

--> En effet, vous avez sans doute lu autrefois que Schopenhauer considérait le plaisir sexuel comme un piège disposé par la nature pour obliger les individus à se reproduire alors qu’ils n’en avaient nul besoin. Ce serait un peu comme le nectar de la fleur qui ne joue aucun rôle direct dans la reproduction de la plante, mais qui sert à attirer les insectes pollinisateurs. 

Or, il parait qu'effectivement, au début de leur évolution,  certaines  espèces animales aient connu le plaisir sexuel comme déclencheur de l’ovulation :  c’est du moins ce qu’on peut lire dans l’article cité plus bas (1).

Si cela est confirmé alors il y a deux questions :

    * d’abord, pourquoi une telle réorganisation de la physiologie sexuelle chez la femme ?

    * Ensuite, comment se fait-il que la procréation reste malgré tout présente ? Car, comme vous le remarquez la femme n’a nul besoin d’être fécondée pour éprouver du plaisir. 


L’évolution de l’ovulation renvoie à une modification hormonale, pour laquelle on n’a aucune véritable explication. En tout cas, ce qu’on doit observer, c’est que l’espèce n’a pas périclité à la suite de cette mutation, ni chez l’homme, ni chez les singes qui ont connu le même phénomène.

Par contre, si la pénétration sexuelle reste malgré tout bien présente, c’est qu’elle serait elle-même liée à un désir spécifique qui apparaitrait au cours du rapport. La physiologie du clitoris, organe plus complexe qu’il n’y parait, pourrait bien expliquer ce besoin. 


- Sinon, il reste possible d’évoquer un « désir d’enfant » qui viendrait éclairer un  procréation qui serait sans cela à l’aveugle.

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(1) L’orgasme féminin aurait été autrefois lié à l’ovulation, et donc indispensable à la reproduction. Au cours de l’évolution, sa fonction se serait modifiée, pour ne devenir qu’une source de plaisir. Lors de l’acte sexuel, certains animaux, comme le chat ou le lapin, libèrent une poussée d’hormones, un phénomène semblable (sur le plan physiologique en tout cas) à l’orgasme. Cette poussée est un signal envoyé aux ovaires pour qu’ils libèrent leurs ovules. D’autres mammifères en revanche, comme l’humain et le singe, ont une ovulation dite « spontanée ». (Lu ici)

dimanche 1 janvier 2023

L’âge de la falsification – Chronique du 2 janvier

Bonjour-bonjour

 

Que retenir ce matin qui puisse servir de repère dans l’actualité de ce début d’année ? Quelle est cette info qui s’inscrit dans une continuité pour faire sens, mais qui montre aussi une nouvelle direction qui institue une rupture significative ?

 

- Tout compte fait j’ai retenu celle-ci : « Vaisselle réutilisable dans les fast-food à partir de ce dimanche » (lu ici)

Désormais votre McDo devra vous servir dans des boites réutilisables, donc susceptibles de passer au lave-vaisselle : c’est d’ailleurs tout ce qui importe et fait souci aux exploitants : « C'est forcément une contrainte supplémentaire » déplorent-ils.

On peut estimer que tout ça c’est « peanut » par rapport aux tombereaux d’objets jetables, emballages, et autres gobelets des machines à café consommés chaque jour – surtout si on ajoute à tout cela le nombre de bouteilles d’eau jetables consommées également chaque jour. Mais si les enseignes de fastfood s’y mettent c’est quand même une rupture.

 

- En quoi cette rupture consiste-t-elle ? 

C’est que l’on est entrain tout doucement de détricoter les mécanismes mis en place par la société de consommation pour accélérer la consommation de tout ce qui peut se vendre.

La consommation se définit par un usage qui détruit le consommable : le morceau de pain est consommé lorsqu’il finit dans un estomac : sa fonction nutritive est concomitante avec sa métabolisation. 

- Bien sûr tout ce que l’on utilise n’est pas intégralement consommé : si la confiture est mangée, le pot en verre reste encore réutilisable – du moins tant qu’il n’est pas cassé. Or, s’il est vrai que « Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse », ça peut quand même demander un bout de temps.

- Notre société du « tout jetable » a su remplacer le réutilisable par sa destruction grâce à l’obsolescence programmée ; certes ce n’est pas nouveau et le procédé est déjà dénoncé en 1880 par Paul Lafargue dans son pamphlet de « Le droit à la paresse » (1). Mais voilà qu’aujourd’hui on veut faire le chemin en sens inverse : des consignes pour récupérer nos pots de confiture ? Oui, et tant pis si ça prive l’industrie d’une production lucrative : on mettra ces usines à la fabrication de pots de yaourts recyclable.

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(1) Paul Lafargue est à ma connaissance le premier à dénoncer la société de consommation comme celle qui a mis en place « l’âge de la falsification » 

Tous les écoliers devraient avoir appris par cœur ce texte de Lafargue : « Dans nos départements lainiers, on effiloche les chiffons souillés et à demi pourris, on en fait des draps dits de "renaissance", qui durent ce que durent les promesses électorales ; à Lyon, au lieu de laisser à la fibre soyeuse sa simplicité et sa souplesse naturelle, on la surcharge de sels minéraux qui, en lui ajoutant du poids, la rendent friable et de peu d'usage. Tous nos produits sont adultérés pour en faciliter l'écoulement et en abréger l'existence. Notre époque sera appelée l'"âge de la falsification", comme les premières époques de l'humanité ont reçu les noms d'"âge de pierre", d'"âge de bronze", du caractère de leur production. » (Paul Lafargue – Droit à la paresse 1880 – à télécharger ici)