dimanche 7 janvier 2024

Pauvre Elisabeth ! – Chronique du 8 janvier



Bonjour-bonjour

 

Vous l’avez deviné : l’apitoiement présent dans ce titre évoque le sort d’Elisabeth Borne, supposée congédiée dès que les inondations du Pas-de-Calais seront maitrisées.

A l’heure où j’écris ces lignes, rien n’est fait – du moins rien n’est dit – et même les spéculateurs professionnels en sont à écrire des billets remplis de points d’interrogation. Inutile de le dire, je n’en sais pas plus qu’eux, sauf que moi, je peux me contenter d’évoquer mes états d’âme.

Je vois madame Borne comme une fonctionnaire supérieure hyper-compétente, mais dénuée de volonté politique personnelle. Je ne veux surtout pas dire qu’elle soit dénuée d’un horizon de valeurs qui la rattache à un courant de pensées politiques (sans doute de gauche). Mais je crois qu’elle n’a pas d’ambition politique personnelle qui mettrait la préservation de son pouvoir dans la balance dès lors qu’il s’agit de prendre des décisions importantes.

De ce fait je vois madame Borne comme dévouée à sa fonction beaucoup plus que bien d’autres premiers ministres avant elle. En tout cas les noms qui circulent pour son remplacement proviennent de milieux où l’ambition personnelle n’est pas un tabou : après tout, qu’y aurait-il de honteux à chercher sa réussite propre si elle passe par le succès d’une mission de service public ?

Rien de honteux dans la mesure où chacun le sait, si on s’engage en politique avec l’ambition exclusive de servir son pays, on risque de rester éternellement dans l’ombre, un peu comme l’ami de la prima donna qui s’efface au profit des amants qui captent toute la lumière.

Madame Borne n’a sûrement pas d’états d’âme quant à son sort personnel, sinon elle n’aurait pas accepté cette charge. Mais elle doit quand même penser qu’elle a d’autres missions à remplir dans sa fonction de première ministre – mission qu’on ne lui permettra pas d’accomplir, sans doute faute d’incarner une force politique significative.

samedi 6 janvier 2024

La fast fashion a tout envahi – Chronique du 7 janvier

Bonjour-bonjour

 

Cet article est consacré aux « Boites à livres », ces endroits où des gens déposent les livres dont ils ne veulent plus préférant les donner plutôt que de les jeter.

En voici un extrait : « On ne jette pas les livres. Nous les revendons de plus en plus, mais aussi, donc nous les partageons. Il est intéressant de noter que même les Tracts Gallimard, vous savez, ces brefs essais, imprimés sur du papier recyclé et vendus moins de 4 euros, se retrouvent dans ces boîtes à livres. Ils sont moins chers et moins épais qu’un magazine, oui, mais ce sont des livres. Et donc, on ne les jette pas. Il y a quelque chose de presque anthropologique là-dedans. » (Extrait du Podcast d’Anne Rosenger)

 

Toutefois, regardez cette photo :



- J’ai réalisé cette photo en août 2022 chez Emmaüs à Reims. Il s’agit d’un container à déchets où les donateurs d’Emmaüs sont priés de déposer les livres qu’ils apportent et qui sont systématiquement rejetés. En bonne position un volume de l’Encyclopaedia Universalis, qui était entouré des autres volumes constituant une série complète.

Sans parler des ouvrages qui environnent ces volumes de l’Encyclopédie, et en rappelant les fantasmes de culture qui dans les années 70 ont accompagné le développement de cet ouvrage (on allait jusqu’à s’endetter pour l’acquérir), on relativise fortement le constat optimiste du Podcast cité aujourd’hui. Non, les gens ne respectent plus les livres, ils les jettent parce qu’on ne peut plus les donner : plus personne n’en veut. Même Emmaüs n’en veut plus, c’est encombrant et ça ne se vend pas.

 

- Songeant qu’autrefois on aimait transmettre en héritage nos bibliothèques, j’en viens à me demander « Et vous, qu’aimeriez-vous transmettre à vos descendants ? »

Pas votre smartphone bien qu’il soit votre objet chéri, celui sur lequel vos mains ont déposé le plus d’ADN : qui donc voudrait d’un pareil héritage ? Vous-mêmes allez le jeter dans quelques années, voire même dans quelques mois pour le remplacer par un appareil de nouvelle génération. Les modèles anciens se revendent certes, mais « reconditionnés » pour faire croire qu’il s’agit d’un objet doué d’une nouvelle vie. Pourriez-vous donner en héritage un meuble, bureau, table de cuisine, fauteuil ? Ils seraient dans le logement de vos enfants en compétition avec les meubles Ikéa jugés mieux adapté et de meilleure apparence. 

Mais surtout, qu’avons-nous à faire avec ces témoignages du passé ? Autrefois on croyait qu’ils bénéficiaient d’un surcroit de puissance et d’efficacité issues de l’usage de plusieurs générations. Mais aujourd’hui, tout cela n’a plus lieu d’être : la fast fashion ne concerne pas seulement le vêtement : elle concerne aussi notre environnement hightech, mais aussi nos appartements, nos loisirs, nos moyens de déplacement. Nos objets n’ont plus le temps de vieillir.

Et nous-mêmes ? 

vendredi 5 janvier 2024

Vague de froid en Laponie – Chronique du 6 janvier

Bonjour-bonjour

 

Oui, vous avez bien lu, chers amis : sortez les doudounes, il y a une vague de froid en Laponie ! Ça alors ! Habituellement en Laponie en janvier, il fait très froid. Mais aujourd’hui, « Il fait vraiment très très froid », ainsi que le déclare Cécile Christin, une Française propriétaire d'une entreprise de chiens de traîneau en Laponie suédoise, ajoutant avoir eu « jusqu'à - 40°C » durant la journée de jeudi. (Lu ici)

Bien sûr cette « vague de froid » nous concerne également, signifiant qu’il va falloir nous adapter à cette circonstance climatique tout à fait ordinaire en hiver, par exemple en enfilant plein de pulls les uns sur les autres.


--> Ainsi, cet épisode nous le rappelle : en matière de climat il est plus facile de s’adapter que de changer quoi que ce soit. C’est vrai quand on suit le cours habituel des saisons ; c’est vrai aussi lorsque le dérèglement s’installe suite à notre orgie de CO2.

Occasion de le rappeler : depuis les années 70 (voire même selon certaines sources depuis les années 50) les spécialistes prévoient le réchauffement et le dérèglement du climat, mais ils pronostiquent qu’il est déjà trop tard (en 1953 !) pour y changer quoi que ce soit ; reste à nous adapter dès que possible, ce que nous faisons maintenant assez naïvement en repeignant les chaussées en blanc et en plantant des arbres un peu partout où il y a de la place.


- Faudrait-il donc renoncer à arrêter le dérèglement pour concentrer nos efforts sur l’adaptation – partout où elle est possible – à ces changements ? Vérités ou intox ?

On nous dira qu’il faut faire les deux. C’est malin ! Mais comment croire qu’il faut rouler en électrique et couper le compteur quand nous quittons la maison, alors même qu’on sait que ça ne sert à rien, et que bientôt des millions d’hommes et de femmes assoiffés par la sécheresse et affamés par la désertification des sols vont déferler sur nos côtes. 

Que ferons-nous ? Les laisserons-nous se noyer dans la mer, au mépris de nos valeurs les plus élémentaires, ou bien nous préparerons-nous à les accueillir dans des conditions valables et pour eux et pour nous ?

Et si c’était ça le défi à relever ?

jeudi 4 janvier 2024

Bénis soient les évêques bretons – Chronique du 5 janvier

Bonjour-bonjour

 

La sophistique ecclésiastique est sans limites. Voici que des évêque bretons inventent le couple à une place. Oui, vous avez bien lu : alors que nous croyions naïvement qu’un couple c’était 1+1, les évêques en question décident de ne prendre dans leur bénédiction que des personnes seules, bien que représentant un couple – homosexuel en l'occurence.

Vous avez du mal à suivre ? Ça ne m’étonne pas. Lisons ensemble « Des évêques de la Province ecclésiastique de Rennes demandent, dans un document adressé aux prêtres et diacres de leurs diocèses de ne pas bénir les membres de couples de même sexe ensemble ». En revanche, « il est opportun de bénir de façon spontanée, individuellement, chacune des deux personnes formant un couple, quelle que soit son orientation sexuelle », indiquent-ils. (Voir ici)

Il y aurait donc deux formes de bénédictions : l’une réfléchie, ciblant des êtres spécifiques, choisis pour bénéficier de la bénédiction en raison de certaines caractéristiques (on a vu l’Église bénir des pécheurs et leur bateau, des coureurs cyclistes et leurs vélos, des pompiers et leurs voitures, etc). Et puis il y a la bénédiction spontanée, individuelle, au hasard de la rencontre « Tiens, ce monsieur qui passe près de moi, je le bénirais bien »

 

Je parlais plus haut de la sophistique des raisonnements ecclésiastiques ; il y a pourtant une vision très libérale de l’homosexualité à côté de la quelle il ne faut pas passer.

L’idée des évêques bretons, c’est que les homosexuels ne le sont que lorsqu’ils sont deux – et qu’ils copulent, forcément. Plus précisément ce qui est rejeté (implicitement bien sûr) c’est l'existence d'une « essence de l’homosexualité » qui ferait d’un homme ou d’une femme des gens à part, qu’ils soient en couple ou bien qu’ils soient seuls : ça ne changerait rien, vu que l’homosexualité ne serait pas seulement qui se passe quand ces gens font l’amour, mais c’est ce qui existerait au tréfonds de leur âme. 

Oui, pour ces prêtres bénir un homosexuel signifie qu’il n’y a pas d’âmes homosexuelles.

Et vous voudriez encore vous indigner après cela ?

mercredi 3 janvier 2024

Pour en finir avec la société de consommation – Chronique du 4 janvier

Bonjour-bonjour

 

Depuis les années 68, la lutte contre la société de consommation est engagée : il faut croire qu’elle a la vie dure, parce qu’aujourd’hui plus que jamais ce combat doit être réactivé. Nous participerons à cet effort de temps à autre, à commencer par aujourd’hui.

 

1/ Ne plus laver ses vêtements : « L’une des pires choses que l'on puisse faire à un vêtement, en termes de durabilité, c'est de le laver. Il peut se déchirer, rétrécir et perdre sa couleur », explique à la BBC Mark Sumner, maître conférencier spécialisé dans la mode durable.

En 2019, la créatrice de mode Stella McCartney déclarait en interview : « Ma règle de base, c'est que si votre vêtement n'a pas absolument besoin d'être lavé, ne le nettoyez pas. Je ne change pas de soutien-gorge tous les jours et je ne mets pas mes affaires à la machine à laver après les avoir portées une fois seulement. »

Pourquoi lave-t-on ses vêtements ? Parce qu’ils sont sales ? Pas seulement, puisque comme le dit ce texte on les met à la machine alors qu’ils ont été portés moins de 24 heures.

C’est ainsi qu’on lave ses vêtements pour des raisons d’odeurs : ils ont concentré la transpiration. 

- Pour éviter le lavage, plusieurs alternatives existent. Chelsea Harry, une cliente de Wool & Prince explique : « La nuit, j'aère mes vêtements. Pour les hauts, je vaporise un peu de vinaigre ou de vodka au niveau des aisselles. Et le lendemain, je les remets !». Bryan Szabo, organisateur de l'Indigo Invitational, opte lui pour des « bains de soleil » : il profite du beau temps pour exposer ses vêtements aux rayons UV.

Certes, Mark Sumner met en garde : « Il reste tout de même important de laver ses vêtements pour des raisons médicales et d'hygiène. Pour les personnes souffrant d'eczéma par exemple, la multiplication des bactéries naturelles de la peau à l'intérieur des vêtements pourrait entraîner des irritations. » (A consulter ici)

--> Bref, lavez mais seulement en cas de raison médicalement valable.

 

2/ Évitez de vous laver : on peut aussi éviter de se laver, ou du moins se laver avec modération et sans utiliser les produits de l’industrie cosmétique. Consultez ce site pour pratiquer l’hygiène de nos aïeux du 13ème siècle.

 

3/ Ne jetez rien : dans votre cuisine recyclez toutes vos épluchures. En cas de manque d’imagination, consultez le Frigomagic qui vous expliquera et vous donnera des exemples : chips d’épluchures de carottes, cake aux épluchures de légumes, chutney d’épluchures de fruits.

 

À suivre.

mardi 2 janvier 2024

Séisme au Japon : les dieux s’amusent – Chronique du 3 janvier

Bonjour-bonjour

 

Le séisme qui vient de secouer le Japon impressionne. Pas tant par sa mesure technique (7,6 sur l’échelle de Richter), que par ces terribles images qui nous en viennent :

 

 

 

Sur cette image trois maisons côte à côte : l’une intacte ; une autre en débris ; enfin, une troisième qui a gardé sa forme mais qui a glissé et se retrouve penchée – Et c’est cette dernière qui impressionne le plus. Car on sent comme une force extraordinaire capable transformer nos immeubles en objet dérisoire, comme un jouet qu’un enfant aurait jeté là sans y penser.

On a beau faire, la science peut tout nous expliquer, rien ne peut empêcher qu’on ressente ces secousses comme l’acte d’un dieu ou d’un génie doué d’une force surhumaine, qui s’amuserait à agiter le sol dans tous les sens, juste pour montrer sa force – un peu comme nous nous amusons à donner un coup de pied dans une fourmilière.

C’est cette comparaison qui nous donne la clef de la sidération provoquée par ces images : c’est l’écart entre nous et les fourmis qui nous donne l’échelle de la démesure qui nous sépare de ce Génie farceur.

lundi 1 janvier 2024

Champ/contre-champ – Chronique du 2 janvier

Bonjour-bonjour

 

Les années passent, les affaires de violences faites aux femmes restent. Ainsi du cas de Gérard Depardieu, à qui une quinzaine de viols sont imputés. Le Chef de l’État a donné un bruyant sauf-conduit à l’acteur au nom de son talent et de son œuvre dont la France peut être fière (et on sait que le Président est à l’affût de tout ce qui peut nous rendre fiers)

Cette affaire et la polémique qui l’accompagnent recycle une fois de plus des thèmes usés jusqu’à la corde, mais qui produisent toujours des effets : 

- Ainsi Bernard Werber pour qui soutenir Gérard Depardieu c’est « oublier les victimes et le sort de milliers de femmes dans le monde qui souffrent d’un état de fait trop longtemps admis ». Autrement dit en absolvant Depardieu, j’absous les violeurs de tout poil qui sévissent impunément de par le monde.

- Également, refuser que l’art puisse absoudre les crimes des artistes, comme le laissait supposer le chef de l’État (cf. ci-dessus). « Au nom de l’art, certaines voix s’élèvent pour défendre Gérard Depardieu, insinuant que son talent devrait le soustraire à toute critique, et même l’excuser pour ses comportements intolérables. » (Tribune publiée le 31 décembre dans Libération)

- Réciproquement, les crimes commis par l’artiste devraient condamner son œuvre : largement débattue dans l’affaire Polanski, cette question a été remise sur le tapis par France-Télévision qui refuse désormais de diffuser des films où figure l’acteur dans un rôle principal.

- Enfin, et c’est là-dessus que j’insisterai, ce qui frappe, c’est l’étrange impunité dont a joui Gérard Depardieu lors de ses agressions sexuelles dont certaines étaient de notoriété publique, voire même commises en présence des techniciens du plateau. On a expliqué cette impunité par le pouvoir dont disposait alors la star ; un peu comme Harvey Weinstein, du temps où tout le monde savait quel traitement était réservé aux femmes qui acceptaient d’aller « discuter leur contrat dans sa chambre d’hôtel ».

Alors, peur du pouvoir ? Ou plutôt admiration sans borne pour le talent ? 

- Le silence des témoins et peut-être aussi celui des victimes viendrait peut-être aussi d’un aveuglement : s’il est commis à l’encontre de personnes supposées consentantes, ou qui sont par leur statut confinée dans le rôle d’objet de convoitise, alors le viol n’existe même pas. La faute – à supposer qu’elle existe – ne serait qu’une simple exagération : une bourrade amicale dans l’épaule « Gégé, tu exagères ! »

- Et si la faute pouvait exister même quand elle n’a pas été voulue, ni ressentie comme telle par celui qui l’a commise ?  Si elle existait quand même dans la vie des femmes dont l’intimité a été violée ? Si c’était cela qui lors du déclenchement de ces affaires donnait l’illusion que la faute était rétrospective, comme si l’innocence d’hier devenait tout à coup la faute d’aujourd’hui ?  

Je veux bien croire que ces violenteurs ont bonne conscience et que les accusations dont ils sont à présent l’objet ne produisent chez eux que de l’étonnement. Ce sont pourtant des gens qui connaissent bien les techniques du cinéma, en particulier celle du champ/contre-champ : on filme une personne face à une autre, et puis on retourne la caméra pour filmer l’autre. Imaginons alors la star qui devant tout le monde fourre sa grosse patte dans la culotte de script-girl ; et puis en caméra subjective voyons cette main s’enfoncer dans l’intimité de cette femme.