jeudi 7 mars 2024

Femmes, You can do it ! – Chronique du 8 mars

Bonjour-bonjour

 

Aujourd’hui, 8 mars, la journée internationale du droit des femmes appelle les femmes à mobiliser leur potentiel d’énergie pour que l’application des droits reconnus aux humains en général leur soit appliqué rigoureusement. Car, on l’a vu encore récemment avec les élus réfractaires à l’inscription dans la Constitution du droit à l’IVG, certains refusent de changer quoi que ce soit à l’ordre social habituel en raison de l’inutilité de cette démarche. On argue en effet que tous les droits de l’homme étant reconnus applicables aux femmes, il n’y aurait rien de plus à réclamer… sauf qu’ils ne le sont pas tous, ou pas complètement.

Durant le siècle passé les femmes ont su montrer sur le terrain leur compétence pour être à égalité avec les hommes. En particulier chez les Américains après Pearl Harbour : on raconte l’histoire d’une femme nommée Rosie qui travaille comme riveteuse dans une usine d’aviation et qui proclame que, grâce à son travail, les américains gagneront la guerre permettant à son petit-ami de revenir du front. We can do it ! proclame le slogan. 

Une image montre Rosie exhibant ses muscles sur une affiche exhumée il y a peu pour soutenir la lutte des femmes. (1)


Paraphrasant la maxime marxiste, nous dirons : « La libération des femmes sera l’œuvre des femmes elles-mêmes ». 

Keep quiet, messieurs !

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(1) a) Il est vrai que la campagne de mobilisation des femmes était encore lourdement patriarcale :

 

 

 

b) Par ailleurs, contrairement à l’interprétation imaginée par des gens mal informés Rosie ne fait pas un bras d’honneur. Pour quelques détails de plus, voir ici

c) Enfin il existe une chanson datant de 1943 célébrant cette héroïne. A écouter ici.

mercredi 6 mars 2024

La valeur et la norme – Chronique du 7 mars

Bonjour-bonjour

 

La polémique autour des abus sexuels dans le milieu du cinéma est à peine audible tant les victimes sont bruyantes. Pourtant certaines voix, dont celle de Fanny Ardent persistent à se faire entendre : non Gérard Depardieu ne peut avoir été violent avec des femmes, seule la justice pourrait à condition d’en apporter la preuve démentir capable cette certitude.

Propos bénins mais entendus de façon généralisante par Marilou Berry, fille de Richard Berry, dont le nom a été dénoncé pour pédophilie et inceste. Voici ce qu’elle a déclaré à propos de Fanny ardent : « Je sais qu'elle fait partie d'une génération où la norme, c'était de fermer sa gueule, voire d'accepter de coucher pour obtenir un rôle. Et puis, c'est difficile d'admettre qu'on appartient à ce système » Marilou Berry, elle, incarne une génération qui refuse le silence et la passivité face aux accusations d'abus sexuels, appelant à une remise en question profonde des mentalités. (Lu ici)

Autrement dit, le refus des violences sexuelles dépend non d’une valeur ni d’une loi, mais du respect ou du refus d’une règle admise comme norme – et qui peut bien sûr changer avec le temps.

- Que dirait la valeur mise en cause ici ? Kant répond avec la seconde formulation de l’impératif catégorique : « Agis de telle sorte que tu traites toujours l'humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen » (1) Il est clair que la sexualité ne saurait déroger à cette loi, qui consiste à toujours considérer autrui comme un sujet libre, quand bien même on l’utiliserait comme objet dans un rapport sexuel (2).

- On voit le chemin qui sépare la valeur de la norme qui suppose un simple accord sur des règles et qui ne tire son autorité que de là : « Ce qu’il faut faire, c’est ce sur quoi nous sommes d’accord » Donc si on estime « normal » que des starlettes soient violées par des producteurs, à condition que cela soit « rétribué » par l’octroi d’un rôle dans un film – hé bien, que cela soit ainsi.

Vous protestez, disant que jamais on n’a conçu le viol comme normal et autorisé selon une règle. Soit. Mais changeons le nom – parlons par exemple de « Promotion canapé » et le tour est joué.


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(1) Les trois formulation de l'impératif catégorique sont : « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée par ta volonté en une loi universelle ; agis de telle sorte que tu traites toujours l'humanité en toi-même et en autrui comme une fin et jamais comme un moyen ; agis comme si tu étais à la fois législateur et sujet dans la république des volontés ... » Kant – Métaphysique des mœurs 

(2) Kant va jusqu’à utiliser cette règle pour condamner la masturbation qui consiste à se prendre soi-même comme un pur objet de jouissance.

mardi 5 mars 2024

Vive la liberté, bordel ! – Chronique du 6 mars

Bonjour-bonjour

 

Le Président Milei termine ses discours par l’exclamation : « ¡ Viva la libertad carajo ! », soit en français : « Vive la liberté, bordel ! ». C’est ainsi que le président Macron a reçu de lui un maillon de foot de l’équipe Boca junior agrémenté de la fameuse formule

 

 

Ceci nous rappelle notre propre révolution quand Hébert prêtant sa plume au Père Duchêne, journal lu sur les places publiques, commençait ses récit par « Foutre ! »

Comme le précise la BnF, « Ce style truculent séduisait alors le lectorat du petit peuple dont le père Duchesne se veut le porte-parole. Les jurons à connotation sexuelle comme « foutre » et « bougre » transgressent les codes de la morale établie et libèrent le peuple de l'emprise de la culture de l'élite. »

Les jurons les plus crus sont donc un moyen de libérer les citoyens du carcan de respect imposé par la classe des élites au pouvoir : libération qui est recherchée par le Président argentin avec cet augmentatif final.

Mais enfin, ajouter « Bordel ! » à la fin d’une phrase n’est pas strictement révolutionnaire. Qu’on se rappelle le film des années 1980 « et la tendresse ?... bordel ! »

 


Ici, il s’agit un peu de la même chose : créer une déflagration en mettant bord à bord le langage édulcoré avec la violence du parler faubourien. 

Le président argentin cumule la référence historique avec la rhétorique contemporaine.


Très fort – Bordel !

lundi 4 mars 2024

Y a un truc ! – Chronique du 5 mars

Bonjour-bonjour

 

Hier les représentants de la Nation se sont réunis en Congrès à Versailles :

902 parlementaires présents 

780 voix pour

72 contre

Soit à peine 8% d’opposants. Et tout ça dans le calme, loin des vociférations stériles auxquelles nous ont habitués les élus de cette législature.

 

- On se prend à songer : Comment est-ce possible ? Y a sûrement un truc. 

Et quand on répond que c’est possible parce qu’il s’agit du droit des femmes, du risque pour elles de perdre ce droit à la maitrise de leur corps qu’elles possèdent depuis 50 ans, on reste incrédule.

 


Pourtant c’est vrai : tout ce qui touche au droit des femmes est devenu sacré. On l’a vérifié récemment avec ces agressions sexuelles qui sont devenues insupportables même dans le milieu du cinéma où elles existent depuis que le ciné existe, – on comprend que, oui : il a fallu une cause sacrée et ce sont les femmes (plutôt que LA femme) qui sont devenues l’objet de cette considération.

 

--> Le respect, c’est bien cela qui explique cette soudaine unanimité. Et dans les multiples sens pris par cette idée.

- D’abord le respect au sens moral : ce « sentiment d’infériorité de chacun devant une valeur qu’il ressent comme supérieure » (pour paraphraser Kant) explique bien pourquoi personne ne souhaite paraitre sacrilège au point de le bafouer. Même les abuseurs ne disent plus « Oui, c’est vrai, j’ai troussé la mignonne. Et alors ? »

- Mais aussi le respect pris au sens de ce qui tient à distance, comme lorsqu’on dit qu’une arme « tient en respect » un agresseur. Et là, on est sorti du contexte moral, pour entrer dans celui du rapport de forces.

Voter contre l’inscription dans la constitution ne signifiait donc pas « Je souhaite qu’on puisse supprimer le droit à l’IVG » mais seulement « Personne ne souhaite remettre ce droit en cause, donc ce vote est sans objet » Excuse jugée hypocrite qui est là simplement pour éviter de subir des calamités électorales. 

Car, ne pas courir le risque de perdre les prochaines élections, voilà qui fait l’unanimité.

dimanche 3 mars 2024

Le pire n’est pas certain, il n’est que très probable – Chronique du 4 mars

 


Bonjour-bonjour

 


Roulez tambours, résonnez trompettes ! En ce jour la France va inscrire la liberté garantie pour les femmes de pratiquer l’IVG dans la Constitution ! La fan zone du Trocadéro va voir des grappes entières de citoyens enivrés de joie s’agglutiner devant l’écran géant retransmettant l’évènement depuis Versailles.

- En effet, le Congrès va voter aujourd'hui l’inscription dans la Constitution de la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption de grossesse.

Je vous laisse apprécier la subtilité de la formulation (cf. note infra) pour m’interroger sur les critiques que cette modification de la constitution entraine et qui reposent pour l’essentiel sur le fait que ce droit, pratiqué selon les règles partout en France, n’est pas menacé aujourd’hui. A quoi bon graver dans le marbre constitutionnel ce droit qui est parfaitement reconnu aujourd’hui ? 

On connait la réponse : les femmes savent que leurs droits sont fragiles et que la volonté politique peut les en priver : on voit des pays où ces droits étaient accordés revenir à des dispositions très restrictives : les Etats-Unis en sont la preuve.

Il semblerait que pour les femmes la sécurité n’existe pas : elles ont adopté la formule « Le pire n’est pas certain, mais il est très probable ». Parlera-t-on de catastrophisme dans le cas qui nous interroge ?

Il n’est que de voir l’enthousiasme citoyen accompagnant cette modification de la Constitution pour ne pas douter du sérieux de ce sujet.

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Note sur la formulation du droit inclus aujourd’hui dans la Constitution

Ni droit créance, ni droit liberté, mais entre les deux :

* « Le droit à » ou « droit créance » qui se présente comme « la prétention légitime à obtenir [de la collectivité] les interventions requises pour que soit possible l'exercice de la liberté ainsi que certaines prestations » par exemple droit au travail, droit à l'instruction, droit à l'assistance

* « Droit de » : il s’agit du « droit liberté » : les libertés sont « opposables à l'État, mais non exigible de lui » ce qui fait que ce droit peut rester totalement virtuel. 

* La formule retenue aujourd’hui est située entre les deux : « la liberté garantie à la femme d’avoir recours à une interruption de grossesse » : si la liberté est garantie, ce ne peut être que par l’État, et donc exigible de lui.

samedi 2 mars 2024

Entre le secret et l’indicible – Chronique du 3 mars

Bonjour-bonjour

 

En furetant dans les news-Google, je tombe sur ça par hasard : « J’ai attendu 44 ans pour avoir mon premier orgasme vaginal » texte où une femme raconte comment ce n’est qu’à 44 ans qu’elle a rencontré un homme capable de lui faire éprouver l’orgasme vaginal, déclic qui lui a permis ensuite d’atteindre les mêmes sensations avec son sextoy habituel. Je vous laisse découvrir les péripéties de cette aventure ici, et je me tourne vers cette étrange habitude qu’ont les gens de faire des confessions intimes sur Internet livrant sans pudeur les méandres les plus profonds de leur Intimité à des inconnus.

Notre époque pourtant si soucieuse de préserver les libertés individuelles est totalement tolérante avec la publication des secrets de la vie privée. 

Le secret justement que vaut-il de nos jours ?  Qui donc se soucie de le préserver ?

- Les confesseurs qui mettent en avant le secret de la confession. Mais plus personne ne vient les voir – et quand ça arrive, personne ne leur demande de trahir ce qu’ils viennent d’entendre. Pourtant le secret de la confession est une vertu puisqu’il résulte de la communication directe du pécheur avec Dieu en la personne de son missionnaire. 

- Les médecins qui, comme les confesseurs, font du secret médical la condition de l’authenticité de leurs échanges professionnels avec leurs patients. Le secret n’est plus ici une vertu morale mais une condition technique de l’exercice de leur profession.

- Les banquiers dont on dirait que, plus encore que les médecins, le secret gardé sur les informations qu’ils détiennent est la condition sine qua non de leur existence professionnelle. A la fin de la Seconde Guerre Mondiale, l’importance prise par les banques suisses est venue de ce secret qu’elles ont su préserver plus que toute autre. Aujourd’hui, les paradis fiscaux fonctionnent sur la même base : il a fallu des enquêtes menées avec des moyens formidables pour arriver à arracher de l’anonymat certains des clients de ces paradis, aux iles Caïman ou à Panama.

 

Et le philosophe, qu’a-t-il donc à ajouter ? 

- Que le secret de l’intimité repose sur une connaissance de soi sans laquelle il serait sans objet. 

- Et ensuite qu’un langage approprié et compréhensible par autrui est requis, ce qui, selon Wittgenstein n’est pas du tout évident.

Car il peut se faire que ce secret au tréfonds de mon âme me soit inaccessible, ce que Freud a tenté de démontrer. Et ensuite, que dire ce secret en confession échoue faute de langage approprié. – Mais pour s’en persuader, il suffit de retourner à la découverte de l’orgasme vaginal par notre jeune exploratrice du 7ème ciel : parvient-elle à nous en donner une description complète ? Comment moi, qui suis un homme, pourrais-je deviner ce qu’elle a ressenti à la lecture de ses paroles ? Si une telle chose était possible, ça se saurait.

Et dans ce cas, peut-on parler de secret là où règne l’indicible ?

vendredi 1 mars 2024

Violence : attribut du sapiens – Chronique du 2 mars

Bonjour-bonjour

 

Les féministes et les hommes de bonne volonté le disent : il faut découpler l’amour de la violence, de sorte que, certes vous risquez d’avoir le cœur brisé parce que quelqu’un a cessé de vous aimer – mais non pas parce que quelqu’un vous a tapé dessus. (Lire ici)

La question est donc de savoir comment agir pour effectuer ce découplage, par l’éducation ou par le clivage des sexes comme un nouvel ordre moral puritain le voudrait ?

 

- Mais cette approche reste imprécise : les neurosciences ont quelque chose de plus à nous apprendre. On lira ici ce passionnant article qui fait le point sur la structure du cerveau chez l’homme mais aussi chez le rat. On y parle de l’identification entre le centre de l’agressivité et celui de la sexualité, qui ne se distingue que selon l’intensité de la stimulation, induisant soit un comportement de séduction, soit un comportement d’agressivité.

Comment faire pour contrôler cette bascule entre sexualité et violence ? Le rôle de l’éducation est primordial, sachant que cela intervient aussi dans l’histoire personnelle : « Certains gènes s’activent en fonction de notre expérience (…). Une personne ayant vécu des abus sexuels durant l’enfance aura plus de risques d’activer les groupes de gènes qui la feront passer à l’acte. »

Faut-il voir dans l’évolution de notre cerveau un facteur aggravant de violence ?

Sans doute : « L’expansion du cortex (…) pourrait conduire, dans notre espèce, à des capacités inégalées de violence. « Cette face sombre » serait en quelque sorte le prix à payer pour la complexification de notre cerveau et de nos sociétés. »

La violence serait donc un dommage collatéral de l’évolution de l’espèce humaine.