dimanche 7 juillet 2024

Y a-t-il un capitaine dans le bateau ? – Chronique du 8 juillet

Bonjour-bonjour

 

Les élections, c’est comme ça : ça passe ou ça casse. Ici ça a cassé, mais demain ?

Petit rappel de la campagne du RN : leurs candidats n’étaient pas tous « bien propre sur eux » comme le prétendait l’éventuel futur premier ministre. Des candidats racistes, antisémites, voire même porteurs d’insignes nazis ont été débusqués chez eux et tout cela a gâché la fête. Alors que J. Bardella saluait les résultats en affirmant : « Ce soir tout commence ! », Philippe Olivier (conseiller de Marine Le Pen) plus prudent se contentait de relever que « L’avenir nous appartient » – affirmation tout à fait gratuite.

--> Le progrès du RN est aussi son échec. A quoi bon 80 députés de plus quand il en fallait plus de 150 ?


Reste quand même le plus important : qui va gouverner la France à partir d’aujourd’hui ? Avec quel programme ? Ces questions sont terrifiantes chez nous qui n’avons pas la culture du compromis, alors qu’elle est posée et résolue constitutionnellement chez nos voisins allemands.

Un exemple ? Hier soir, en postillonnant dans le micro, J-L Mélenchon demandait pour son parti et le poste de 1er ministre et l’application du programme de LFI – tout le programme : voilà les négociations et le compromis renvoyé aux oubliettes. Il est sûr qu’avec des principes comme ceux-là on n’est pas prêts d’avoir un nouveau gouvernement. Que nous faudrait-il pour y parvenir ? Qu’il y ait un capitaine dans le bateau ? C’est sûr, mais depuis le Bounty on sait comment ça finit ces histoires-là.




samedi 6 juillet 2024

L’amour en plus – Chronique du 7 juillet

Bonjour-bonjour

 

La baisse du taux de natalité en Thaïlande et dans de nombreux autres pays d’Asie du sud-est est un phénomène dont les conséquences désastreuses appellent les responsables politique à trouver rapidement des remèdes.

Le ministre de la Santé publique, Cholnan Srikaew, a déclaré que le gouvernement thaïlandais ferait de la hausse du taux de natalité une priorité de l’agenda national.

« Toutefois, il devra peut-être recourir à des mesures désespérées pour aider les couples à trouver l’amour, ce qui est également considéré comme une priorité urgente. » (Lu ici)

 

L’amour serait donc l’effet de mesures politiques ? Les autorités politiques thaïlandaises ont en effet annoncé qu’elles allaient, pour aider les célibataires à trouver l'amour, prendre 3 mesures :

1) Équilibrer le temps consacré à la vie professionnelle et à la vie privée, afin de permettre aux couples d’avoir la même la vie sociale que les célibataires déliés des contraintes liées à la tradition familiale.

2) Rendre plus facile la rencontre de gens également désireux de former un couple. Pour cela, le gouvernement préconise d’investir dans le développement d’outils de mise en relation des couples et veut travailler avec les développeurs de plateformes pour encourager les célibataires à accéder aux outils qui leur permettent de se rencontrer.

3) Accéder à un meilleur salaire : il est important d’aider les célibataires à améliorer leurs compétences au travail, ce qui peut faire progresser leur carrière et augmenter leurs revenus. Les jeunes thaïlandais sont en effet très attentifs à l’écart de revenus avec leur partenaire et souhaitent pour cela avoir un salaire confortable.

 

On le voit : les thaïlandais sont des gens assez peu romantiques qui considèrent le sentiment amoureux comme secondaire par rapports à des avantages strictement individuels et égocentrés. Ainsi, l’amour c’est ce qui vient pardessus le marché quand toutes les exigences de l’individu sont déjà satisfaites. Alors certes, des témoignages rapportés dans l’article cité ici montrent que certains jeunes sont tombés amoureux préalablement à toute évaluation de la situation - mais alors ils ont renoncé à former un couple en raison d’une situation jugée défavorable.

 

« Moi d’abord, nous après » : et si c’était aussi notre philosophie de l’amour ?

vendredi 5 juillet 2024

C’est la fête des bisous – Chronique du 6 juillet

Bonjour-bonjour

 

Je reçois ce mail de la part d’un site de cartes d’anniversaire virtuelles : « Aujourd'hui, c'est la Journée internationale du bisou ! Quoi de mieux qu'une Dromacarte pour envoyer un bisou virtuel à ceux que vous aimez ? Que ce soit un bisou tendre pour un enfant, un bisou rigolo pour un ami, ou un gros poutou pour votre moitié, les Dromacartes sont toujours là pour transmettre vos émotions et réduire les distances. Et en plus, elles sont encore et toujours gratuites! »

L’importance du baiser a-t-elle besoin d’être solennisée, par une journée internationale ? On en doute quand on sait que Victor Hugo le célébrait déjà dans sa correspondance à Juliette Drouet. Jugez plutôt : « Vous avez raison. Il faut s’aimer, et puis il faut se le dire, et puis il faut se l’écrire, et puis il faut se baiser sur la bouche, sur les yeux et ailleurs. » (Victor Hugo, à Juliette Drouet, le 7 mars 1833)

Il est vrai pourtant que célébrer officiellement le baiser est nécessaire, car on le croit naturel alors qu’il n'est que culturel ; il suffit de lire l’énumération des preuves d’amour dans la lettre ci-dessus : le sentiment amoureux passe par la parole, puis par la plume, ensuite par les lèvres et enfin seulement par la bouche. Sans le rappel à la tradition on risquerait de passer à côté.


J’ai par le passé consacré une série de textes au baiser : on les lira ici au cas où on en aurait envie. Mais, qu’en est-il aujourd’hui ? Bien des choses ont changé en matière baiser. En particulier le covid qui a amené la faculté de médecine à nous le déconseiller, estimant à 50 millions le nombre de bactéries échangées durant un baiser sur la bouche (« french kiss »).

Et vous savez quoi ? L’habitude du bisou qui avait disparue durant toute cette période n’est toujours pas revenue. Finis les bisous claqués le matin à la machine à café sur la joue de la collègue. Remplacé par un vague salut de la tête : cette façon de se saluer sans aucune saveur parait être une véritable régression.

Quoique… Beaucoup de femmes se disent soulagées par la disparition de cette habitude du baiser qu’elles étaient obligées de subir par civilité alors qu’elles n’en avaient nulle envie : voilà, messieurs comment on apprécie votre galanterie.

jeudi 4 juillet 2024

Éloge de l’impuissance – Chronique du 5 juillet

Bonjour-bonjour

 

Vous savez quoi ? Les dernières nouvelles venues de France réjouissent les Marchés financiers.

Oui, vous avez bien lu : cette menace d’une assemblée ingouvernable telle qu’elle se profile à travers les projections est (plutôt) bien accueillie par les places financières.

 


(Capture d’écran de BFM hier jeudi 4 juillet)

 

- Comment comprendre ce mouvement ? Déjà, notons que, faute d’un retour au précédent gouvernement, l’immobilité parait en l'occurence être le moindre mal. Car les marchés sont tétanisés par la crainte d'une France qui irait à la dérive, de déficit en déficit, livrée aux étrangleurs du FMI. Une France devenue une nouvelle Grèce.

Ce que le RN ou le NFP nous infligeraient, un agglomérat de partis défraichis nous l’éviterait donc ? Certes ils seraient incapables de faire autre chose que d’expédier les affaires courantes – mais alors finis les impôts astronomiques, finis les emprunts dispendieux.

Oui, mais ne risquent-ils pas de déchainer la colère de la rue qui attend de ces élections un renouveau des aides sociales ? Certes. Mais, vu de Wall Street ce sont là des broutilles.

En tout cas je le redis : en France, la politique, c’est fini. Plus de prudence devant les programmes, les idéologies, les personnages clivants. Rien qu’une seule exigence : « Dis-moi combien pour le SMIC, combien le litre de carburant – et les alloc’ ? »

Vous ne me croyez pas ? Regardez plutôt comment les réactions populaires évoluent durant cette semaine secouée par la peur de l’extrême droite jugée fascisante et raciste. Avons-nous vu des vagues de manifestants hurlant leur dégoût du FN, ou leur haine du libéralisme ? Le peuple de France n’est pas au rendez-vous des grands projets, des idéologies millénaristes ni même des espérances dans des lendemains qui chantent. Ce que veut le peuple, ce sont « des sous » - là, maintenant, tout de suite – et qu’importe dans quelle gamelle ce sera servi.

Alors, vous comprenez bien que, vu de Wall Street, un gouvernement qui aurait perdu la clef du tiroir-caisse parait être une très bonne alternative.

mercredi 3 juillet 2024

Travailler plus pour gagner pas plus. - Chronique du 4 juillet

Bonjour-bonjour

 

Notre actualité défile à toute vitesse : alors que les principales revendications concernant le pouvoir d’achat paraissent reléguées au second plan et remplacées par la naissance d’un hypothétique « Front républicain » suivi d’en « gouvernement de coalition », à l’étranger le problème de l’emploi et des salaires a été tranché en toute tranquillité par le gouvernement . 

- Il s’agit de la Grèce dont le gouvernement a trouvé la solution du pouvoir d'achat : depuis le lundi 1er juillet il a décidé d’instaurer une semaine de 6 jours. 

C’est-à-dire : la semaine de travail, normalement de 40 heures, passe ainsi à 48 heures. Seuls les salariés de la restauration et du tourisme ne sont pas concernés par la loi.

Le Premier ministre Kyriákos Mitsotákis a assuré que la mesure était « favorable aux travailleurs » et « profondément orientée vers la croissance ». Elle est notamment censée permettre une meilleure rémunération aux employés qui font des heures supplémentaires, mais aussi contrer le problème du travail non déclaré. (Lu ici)

 

Cette situation peut-elle s’exporter en France où la réduction du temps de travail est la revendication universelle, associée comme on le sait à une augmentation des salaires : travailler moins pour gagner plus

Il est vrai que les économistes se crêpent le chignon pour savoir si une telle mesure serait « pour- » ou « contre-» productive. Mais posée ainsi cette question relève d’une approche dénuée de toute sensibilité morale : supposé que le meurtre de mon voisin soit bénéfique à la société entière, serait-il licite de le faire passer de vie à trépas ? Faire travailler plus ceux qui triment déjà pour un salaire de misère serait-il licite si ça servait globalement à améliorer l’état économique de la société ?

Il est vrai que la chose s’est vue un peu partout, mais elle a toujours été le fait d’un pouvoir autocratique. Pourquoi ? Revenons un instant en Grèce et à sa mesure faisant passer de 40 à 48 heures le temps de travail hebdomadaire. Pour être justifiée cette mesure devrait résoudre le problème de la pauvreté. Est-ce le cas ?

Admettons qu’il soit nécessaire de produire plus pour avoir plus à partager. Mais la loi du partage sera-t-elle améliorée pour autant ? Avant de produire d’avantage, les Grecs qui s’épuisent déjà avec des salaires de misère voudraient en être sûrs. Or, selon un responsable syndical, « Le 1er ministre sait que la majorité des Grecs, avec un salaire mensuel moyen de 900 euros, ne peut survivre que jusqu’au 20 du mois. Cette dernière mesure barbare ne résoudra pas le problème fondamental de la pénurie de main-d’œuvre » (Art. cité). 

Une leçon d’économie pour les nuls dit à peu près ceci : si vous voulez avoir une plus grosse part du gâteau, vous avez le choix : ou bien vous le faites plus gros ; ou bien vous changez la personne qui le partage.



N’est-ce pas ce que les électeurs voudraient bien pouvoir faire en France ?

mardi 2 juillet 2024

Gaaaarde à vous ! – Chronique du 3 juillet

Bonjour-bonjour

 

Fin du suspens. Nous avons le privilège de vous présenter le futur uniforme scolaire (alias : « la tenue unique ») qui va être porté par les écoliers rémois à la rentrée prochaine.

 


Plus modestement il s’agit en réalité d’un test qui durera pendant deux ans, auprès des 850 élèves de cinq écoles de l’agglomération : « Nous avons pour objectif de réduire les inégalités, et d’améliorer la cohésion entre les élèves », a redit Arnaud Robinet, maire de Reims, lors de cette présentation.

Bien. Pas de quoi en faire une chronique de la qualité de celle-ci.

C’est ce que moi aussi je pensais avant de regarder de plus près cette photo, découvrant alors l’écusson qui orne chacun de ces vêtements – voici ce qu’on y voit :

 

 

La devise républicaine « Liberté – Égalité – Fraternité » qui entoure un champ de fleurs de lys où l’on déchiffre immédiatement un symbole de la royauté (raison pour laquelle d’ailleurs il figure dans le blason de la « ville des sacres »).

Dans la période actuelle où nous sentons fortement les remugles rappelant que les antiques périodes ne sont pas si mortes, on ne peut s’empêcher de penser que des royalistes attardés, des religieux intégristes et tout ce que la France compte encore comme partisans de la soumission à un chef charismatique sont entrain de reprendre vie. Moyennant quoi, il ne serait pas si étonnant qu’on fasse de nos gentils bambins les porte-drapeaux de partis extrémistes.

On dira que je perds les pédales et que je me laisse entrainer dans des fantasmes alarmistes.

Soit. Mais il n’empêche : ce cauchemar pourrait bien être partagé par nombre de français pour les quels il est un joli rêve et non une hallucination morbide.

lundi 1 juillet 2024

Le doigt d’honneur protégé par la liberté d’expression – Chronique du 2 juillet

Bonjour-bonjour

 

Lu aujourd'hui cet article: un citoyen américain a remporté mercredi 26 juillet un procès contre la police de l’État du Vermont, qui lui a versé 175 000 dollars de dédommagement. 

- Voici l’histoire : le 9 février 2018, Gregory Bombard est au volant de son véhicule quand un officier de police lui demande de s’arrêter. Après plusieurs minutes de contrôle, il fait un doigt d’honneur au policier. Il est alors arrêté pour trouble à l’ordre public et détenu pendant une heure. 

- Et la suite : En 2021 deux agences chargées de la protection des libertés civiles accusent l’officier de police de "contrôle routier inutile" et "d’arrestation de représailles". 

Selon elles, en faisant ce doigt d’honneur, Gregory Bombard aurait simplement fait usage de sa liberté d’expression, protégé par le premier amendement de la Constitution des États-Unis et l’automobiliste a été relaxé avec 175000 dollars d’indemnités.

 

- Que dit le premier amendement ? Ceci Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation de torts dont il se plaint.

 

- Quel est le geste pour le quel cet amendement a dans ce cas été évoqué ? Celui-ci :

 

 

- Selon une avocate de l’ACLU du Vermont « La police doit respecter les droits de chacun en vertu du Premier Amendement, même pour des choses qu’elle considère comme offensantes ou insultantes. »

Le langage des signes a ceci de particulier qu’il comporte une marge d’interprétation rendant sa compréhension variable selon les individus. Toutefois, on ne peut éviter de comprendre le « doigt d’honneur » comme un geste obscène. Wikipédia à qui n’échappe aucune référence attribue à la culture gréco-romaine cette interprétation : « Le majeur dressé autour des autres doigts baissés évoque un phallus et le reste de la main, un scrotum ». Traduit en termes non symboliques, ce geste signifierait donc : « Je te le mets bien profond »

C’est donc cette affirmation qui est protégée par le 1er amendement de la constitution des Etats-Unis d’Amérique, et que tout citoyen américain est libre de signifier à un représentant des forces de l’ordre.

 

Puisqu’en cette période de bouleversement politiques le renouvellement de notre Constitution est à l'ordre du jour, je suggère que le droit au doigt d’honneur y soit inscrit.