vendredi 7 novembre 2025

En France, tout finit par un banquet – Chronique du 8 novembre

Bonjour-bonjour

 

À Rennes, un banquet organisé par « Le canon français », association soupçonnée d'être d’extrême droite, fait polémique. 

Les organisateurs se défendent : « Cela va être une immense ripaille, on va faire la fête comme jamais et tant pis pour les anti-fête. » Dans leur dernière vidéo publiée sur les réseaux, les fondateurs du Canon français ont le sourire. Malgré la polémique et les menaces, leur banquet aura bien lieu ce week-end aux portes de Rennes avec 2.400 convives qui se goinfreront de cochonnaille et de fromage tout en trinquant et en chantant du Sardou et du Aznavour à tue-tête » – Avec vente de béret basque sur place  (Lire ici)

 


Banquet de 2400 personnes – Près de Rennes

 

Fondé pendant le Covid en 2021, Le Canon français est une société créée à l’origine pour soutenir un vigneron de Touraine et le patrimoine, en organisant des banquets géants : au menu, plus d’un kilo de nourriture par personne – de la charcuterie locale, de la viande, fromages, dessert local et cinq bouteilles de vin pour 8 convives (quand même). Le tout pour 80 euros.

Accusés d’entretenir des relations douteuses avec l’extrême-droite, on pense alors aux apéros « pinard et saucisson » d’il y a quelques années, explicitement organisés pour dénoncer les tabous musulmans.

Quand on saura que les opposants de gauche ont prévu un fest-noz et un banquet solidaire ce vendredi soir à Bruz une commune voisine de Rennes en guise de contre-manifestation, on aura tout compris. 

… Compris qu’en France on ne dira désormais plus que « tout finit par des chansons » (Beaumarchais), mais qu’en revanche un banquet est la manifestation de la solidarité.

En témoigne la dernière case rituelle des albums d’Astérix : 

 

 

Curieuse façon de manifester la solidarité du groupe, n’est-ce pas ?

Quoique ce soit l’occasion de se rappeler que selon Freud (dans Totem et tabou) les hommes de la préhistoire consommaient lors du banquet totémique les reste du corps du Patriarche qu’ils venaient d’assassiner collectivement.

Au minimum les banquets solidaires (républicains ou autres) sont des occasions de manifester leur solidarité face aux adversaires de leur groupe.

Une solidarité de la complicité ?

jeudi 6 novembre 2025

Emmanuel Kant contre ChatGPT – Chronique du 7 novembre

Bonjour-bonjour

 

Il y a des combats qu’il faut sans cesse mener : ainsi du combat pour le triomphe et la diffusion des Lumières – celles de la raison qui assure la liberté et l’indépendance de la pensée. On croirait que ce combat doive être livré sur un seul front, celui du mensonge et des « fakenews » -- en américain comme si nous autres français n’étions pas concernés….

- Hé bien, pas du tout. Nous avons à lutter contre l’invasion des « chabots » (= robots conversationnels alimentés par une IA générative) qui fabriquent sur mesure de la « pensée » qui vient se substituer à notre propre pensée. D’où l’affaissement des connaissances chez les étudiants ; d’où le remplacement de certains employés par des machines.

Or, prétendre penser ainsi à notre place c’est frapper au cœur l'émancipation apportée par les Lumières, ainsi que Kant l’a très bien dit, dans un bref essai intitulé Qu’est-ce que les Lumières ?

Lisons les premières lignes du texte : « Qu'est-ce que les Lumières ? La sortie de l'homme de sa Minorité, dont il est lui-même responsable. Minorité, c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui, minorité dont il est lui-même responsable, puisque la cause en réside non dans un défaut de l'entendement, mais dans un manque de décision et de courage de s'en servir sans la direction d'autrui. Sapere aude (=ose savoir) ! Aie le courage de te servir de ton propre entendement. Voilà la devise des lumières. »

Cette leçon est donc une leçon de morale : il faut mobiliser sa volonté pour développer notre entendement par l’exercice et l’apprentissage. Mais en quoi consiste exactement cette carence qui fait de nous des petits enfants alors que nous pouvons – et devons – nous comporter en adultes reponsables ?

« Si j'ai un livre /poursuit Kant/, qui me tient lieu d'entendement, un directeur, qui me tient lieu de conscience, un médecin, qui décide pour moi de mon régime, etc..., je n'ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. Je n'ai pas besoin de penser, pourvu que je puisse payer ; d'autres se chargeront bien de ce travail ennuyeux. » 

Remplacer une pensée personnelle, un savoir acquis par l’effort consistant non seulement à le rechercher, mais à refaire le cheminement qui l’a édifié, par une donnée fournie, « clés en main » qu’il n’y a plus qu’à recopier : tel est le service que recherchent ces paresseux. Et c’est là qu’on retrouve ChatGPT. Car invariablement le-dit « chat » termine son exposé par cette formule « Souhaites-tu que je t’en fasse une version rédigée complète, comme un petit exposé de 2 à 3 pages (avec transitions et style fluide, prêt à présenter ou à remettre) ? » C’est une invitation à « pomper » un exercice d’apprentissage sans même avoir à se donner le mal de comprendre ce que contient la fiche fournie en vue d’un exposé.

On a compris – et nous sommes restés dans la trajectoire de Kant qui conclue ce passage : « Que la grande majorité des hommes (y compris le sexe faible tout entier) tienne aussi pour très dangereux ce pas en avant vers leur majorité, outre que c'est une chose pénible, c'est ce à quoi s'emploient fort bien les tuteurs qui, très aimablement, ont pris sur eux d'exercer une haute direction sur l'humanité. »

Un dernier point : on a cru naïvement que la domination des machines sur l’homme serait machinée par des dictateurs machiavéliques. Il n’en est rien : ces « tuteurs » dont parle Kant n’ont pas à se donner du mal pour nous maintenir dans cet état de sujétion. Il suffit qu’ils nous fournissent une bonne connexion, et le plaisir de la paresse et de la lâcheté (pour parler comme Kant) suffiront à faire de nous des animaux de troupeaux.




mercredi 5 novembre 2025

Mot de passe : 3rm7T#u7WF@2-e)V – Chronique du 6 novembre

Bonjour-bonjour

 

Un humoriste bien connu l’affirme dans une récente chronique sur France Inter : au Louvre, il n’y avait pas de faille de sécurité… parce qu’il n’y avait pas de sécurité du tout.

Et d’ironiser sur les caméras de surveillance qui, quand elles sont installées, filment les parquets, mais aussi les mots de passe :  le mot de passe, au Louvre, pour accéder aux serveurs de vidéosurveillance du Louvre, était « Louvre ». Notre humoriste insinue alors que là-bas, les gens ont aussi des téléphones portables, des Nokia 3310, qui ont comme code PIN 1234 (rigolez pas : c’est aussi le mien). Et puis, généralisant : « l’Élysée, ça doit être Élysée, le code nucléaire qu’a Macron, j’imagine que c’est « guerre »

Moi, je croyais naïvement que les mots de passe étaient faits pour empêcher les hackers de pénétrer votre ordinateur et de vous permettre en revanche de l’utiliser sans souci. Seulement, les gens du Louvre l’ont montré : le mot de passe est souvent impossible à mémoriser et pour l’utiliser en début de journée pour ouvrir l’ordi, faute de l'avoir en mémoire il faut avoir un carnet où il est répertorié – et où il peut être vu et copié par un faussaire bien installé.

Nous autres, boomers, nous connaissons tous ces sites qui nous demandent avec insistance notre « mot de passe » et qui nous refusent l’accès parce que, pour une mystérieuse raison, ce qu’on vient d’inscrire péniblement ne convient pas. Commence alors un long périple au terme du quel on devrait acquérir un nouveau sésame, lequel, bien entendu est également refusé – on ne sait pourquoi.

Que faire alors, si on ne veut pas être ridicule comme les « gens du Louvre » ?

Utiliser son empreinte digitale ?

 


Encore faut-il que la machine soit pourvue d’un capteur ad-hoc. Et puis, si l’on veut avoir une sécurité correcte, comment varier les mots de passe selon les applications ? Prendre une photos à chaque fois différente, issue de diverses parties de notre corps ? Et si possible de parties intimes pour ne pas être piratable trop facilement ?

Hé-hé… Ça risque d’être finalement assez chaud, ça….

mardi 4 novembre 2025

Je compute, donc je suis – Chronique du 5 novembre

Bonjour-bonjour

 

Ce matin toute une volée d’articles (entre autres celui-ci) sur la conscience des robots conversationnels. Déjà illustré par « Her », le film d’anticipation, où un homme tombe follement amoureux d’un assistant de son ordinateur, les « conversations » entretenues avec chatGPT et autres chabots ont fait croire à certains que derrière leur écran se cachait un être conscient comme vous et moi.

Là-dessus, Mustafa Suleyman, le PDG de Microsoft AI, met en garde contre cette idée : « Une limite infranchissable empêchera l’intelligence artificielle d’avoir une conscience ». 

Et pourquoi ? « On parle d’IA faisant preuve de « lucidité » ou mobilisant un raisonnement similaire à celui d’un humain. Est-ce à dire que les IA sont bien sur le chemin de la conscience ? » Or les machines n’ont aucune expérience de la douleur – expérience qui constitue une séparation essentielle entre le vivant et l’artificiel. 

D’où cette observation : « Pour distinguer fondamentalement la véritable conscience d’une simulation d’une expérience consciente, le patron de Microsoft AI a déclaré que « notre expérience physique de la douleur est quelque chose qui nous rend très tristes et nous fait nous sentir très mal, mais l’IA ne ressent pas de tristesse lorsqu’elle éprouve de la « douleur » ». (Article cité)

Le même poursuit : « C’est une distinction très, très importante. Il s’agit en réalité simplement de créer la perception, le récit apparent de l’expérience, de soi-même et de la conscience, mais ce n’est pas ce que l’on vit réellement. Techniquement, vous le savez, car nous pouvons voir ce que fait le modèle », a-t-il ajouté. Ce n’est qu’illusion et apparence, en somme. »

Oui, vous avez bien lu : « Ce n’est qu’illusion et apparence » : la conscience artificielle ne verra pas le jour, ni aujourd’hui, ni demain.

 

Le philosophe cartésien se frotte le menton en disant « Hum-hum ». Reprenant la formule osée en titre « Je compute, donc je suis », il s’énerve un peu. 

- Car, qui donc a dit que le ressenti de la douleur était la condition de la conscience ? Descartes ? Bien sûr que non. C’est Nietzsche qui soutient que la conscience est un produit secondairement apparu lorsque l’être vivant et souffrant s’est réfugié dans la société où le besoin de communication était lié à l’urgence de la survie. Là, les machine ressentantes, si elles existaient pourraient devenir des consciences. 

- Mais le philosophe cartésien – et Husserlien – l’assure : toute conscience est une conscience potentiellement réflexive, elle porte en elle-même implicitement l’expérience du « je » vivant ces sensations, et nul ressenti, que partagent d’ailleurs les animaux ne peut y mener.

lundi 3 novembre 2025

Mobilisation générale pour sauver le vignoble bordelais – Chronique du 4 novembre

Bonjour-bonjour

 

Un titre accroche mon regard ce matin : « C’est comme la fermeture des mines dans le Nord : pourquoi le vignoble bordelais est en danger » 

Et ce qui suit est à la hauteur de l’alarme : « Le plus grand vignoble de France est en souffrance, victime de surproduction et de sous-consommation. Deux suicides de viticulteurs sont venus rappeler l’urgence de la situation et obligent à repenser l’avenir. » peut-on lire. 

Écoutez la suite : « Surproduction, à court de trésorerie, les vins de Bordeaux se vendent mal et à des prix incompatibles avec leurs coûts de production. Au risque d’une cascade de faillites. » (Lire ici)

--> Comment en est-on arrivé là ? On le saura plus tard. L’heure est à l’urgence du sauvetage. Et vous l’avez déjà deviné, chers amis, celui-ci passe par votre consommation. Oui, ne comptez pas sur les pays étrangers pour éponger la surproduction de vin du bordelais. C’est au buveur français de picoler, en choisissant le vin de Bordeaux, breuvage qui, historiquement, a toujours accompagné les bons moments de la vie.

 


Buveur de vin dans les vignes – École flamande, 18ème siècle

 

Aujourd’hui, 4 novembre, j’attends que les nouvelles venues du pays du Père Noël nous réconfortent :

- Père Noël : Ohé ! les lutins dites-moi, où en sont les commandes ?

- Le Lutin postier : Il se passe des choses bizarres, Papa Noël.

- Quoi donc ? On nous réclame de partout la poupée de Schein ? Celle qui a des trous partout ?

- Non, Papa Noël. Ça c’est vrai que ça chauffe, mais on peut encore y faire face. Voilà que les lettres qui nous parviennent demandent presque toutes … des bouteilles de vin !

- Quoi ? Ce n’est pas pour les petits enfants tout de même ?

- Mais si, Papa Noël ! C’est un vrais raz-de-marée : tous les petits enfants demandent des bouteilles de Vin de Bordeaux ; ils disent que c’est pour sauver la France et qu’ils sont prêt à remplacer leur Coca-Colas par du Saint Émilion.

- Je refuse, les petits enfants ne doivent pas boire d’alcool ! 

- Attends, Papa Noël : ils disent tous que c’est une question d’éducation, que leurs arrière grands-parents ont bu du Bordeaux dans leurs biberons et qu’après il étaient tout joyeux et même qu’en vieillissant ils avaient un gros nez rouge du meilleur effet – comme toi, Papa Noël.

- Mais enfin, tu n’es qu’un idiot, Lutin Postier : l’alcool est mauvais pour la santé et je ne veux pas que ces petits enfants tombent malades avant l’âge.

- On voit bien que tu ne les as pas écoutés. Ils disent que leurs parents leur ont expliqué que dans le vin de Bordeau, ce n’est pas de l’alcool ordinaire. C’est un nectar magique qui fortifie le corps et soulage l’esprit de ses soucis.

C’est exactement comme le breuvage que tu donnes à tes rennes le soir de Noël.

dimanche 2 novembre 2025

Pédopornographie : chez Platon déjà... - Chronique du 3 novembre

Bonjour-bonjour

 

« Elle fait la taille d'une petite fille d'un an. Très réaliste par ses traits, mais aussi son corps, pourvu de tous les attributs physiques. Cette poupée était vendue /par Shein/ il y a encore quelques jours sur son site et présentée comme un jouet sexuel. Pas de doute pour la répression des fraudes qui dénoncent dans un communiqué le caractère pédopornographique /donc criminel/ » (Communiqué lu ici)

Cette information est accompagnée de l’image d’une poupée en effet vendue par correspondance et supposée assouvir les fantasmes de pédocriminels

 


Bien sûr on reste stupéfait devant cette horreur : comment a-t-on pu fabriquer et mettre en vente ce qui évoque (et permet la reproduction) d’un crime abominable ?

Mais je suis coincé par une idée douloureuse : les responsables de l’implantation des magasins Shein-France le répètent à qui veut les entendre : le concept de cette plateforme est de mette en fabrication puis en vente uniquement ce que leurs clients potentiels réclament. Il y a donc eu des gens, assez nombreux pour être entendus et constituer un espoir de profit, pour demander qu’on leur fournisse cet objet correspondant (on le suppose) à leurs fantasmes.

Ça ne disculpe pas le magasin, mais ça éclaire d’un jour plus vif la situation.

 

- J’irai plus loin. Si notre indignation est massive elle ne peut s’affranchir d’affronter la situation où un adulte profite en toute légalité d’un adolescent prépubère pour satisfaire sa libido. Il s’agit de la relation pédérastique pratiquée dans la Grèce ancienne et scientifiquement décrite dans ce dictionnaire en ligne. On y voit comment les érastes (hommes à la recherche de jeunes garçons à séduire) parviennent à approcher et à enlever l’éromène qu’il convoitent. Ceux-ci ne sont certes pas des petits enfants mais des pré-adolescents (reconnaissables par le fait qu’ils sont imberbes) avec qui la relation sexuelle est très explicitement impliquée. Tous les profs de philo, qui ont fait lire à leurs élèves le Banquet de Platon (discours de Pausanias) ont rencontré le problème d’avoir à expliquer pourquoi le professeur est censé avoir des relations sexuelles avec ses jeunes élèves.

samedi 1 novembre 2025

Du CO2 à plein poumons – Chronique du 2 novembre

Bonjour-bonjour

 

Certains, soucieux de délivrer la planète de son principal prédateur, s’en réjouiront : la science est catégorique, l'espèce humaine va disparaître.

Evelyne Heyer, professeure d'anthropologie génétique au Muséum national d'histoire naturelle l’a rappelé « C'est la règle de l'évolution : toutes les espèces disparaissent /…/ Dans l'extraordinaire saga des lignées humaines, il y a déjà eu des extinctions, dont la plus récente : l'homme de Néandertal » 

Toutefois, « le moteur de l'évolution reste le hasard » /… et/ l'espèce humaine continuera peut-être d'évoluer au fil des millions d'années à venir, peut être vers une forme évoluée de l'humain. (Lu ici)

--> De fait, il n'y a que deux possibilités : soit une crise majeure où un phénomène extérieure nous extermine dans une fulgurante catastrophe ; soit notre « espèce fine » s'éteindra pour laisser place à d'autres espèces « fines ».

Que penser de cette alternative ? Imaginez-vous qu’en effet, dans quelques temps, de jolis animaux gambaderont dans de belles forêts, et des truites sauteront dans de belles petites rivières, sans qu’aucun produit chimique, aucun bulldozer ne viennent les débusquer ni les empoisonner.

 


- A moins que… Oui, imaginez ce que serait la nouvelle espèce humaine « fine » pour reprendre le terme de l’anthropologue. Cette nouvelle espèce humaine sera mieux adaptée à l’environnement – oui, mais quel environnement ? Celui que nous sommes en train de saccager ? Ou bien un autre, entièrement créé par des artefacts humains ? Imaginez qu’après avoir inventé l’homme augmenté, nous ayons inventé la nature augmentée ? Avec des arbres, des oiseaux, des animaux à quatre pattes dont la caractéristique principale serait leur aptitude à survivre dans une nature définitivement polluée, tirant leur substance d’un air vicié et d’une terre empoisonnée ?

Avec des hommes devenus capables de vivre à condition de respirer du CO2 à plein poumons.