dimanche 13 février 2022

Liberté-Vérité-Unité – Chronique du 14 février

Bonjour-bonjour

 

Hier, le long cheminement des convoyeurs de la liberté vers Paris a donné lieu à des émouvantes manifestations de solidarité : des ex-gilets-jaunes qui se congratulent en se retrouvant dans les mêmes véhicules ; des manifestants venus spontanément sur le bord de la route pour acclamer et soutenir matériellement ceux qui se sont embarqués. 

Voyez cette image qui a retenu, parmi bien d’autres, mon attention : 

 

 

Lisons la pancarte à l’avant du camion : « Peuple souverain » : ça à n’en pas douter c’est la revendication Gilet-Jaune. En suite « Liberté-Vérité » : ça ce sont les anti-pass : liberté ça signifie suppression des mesures sanitaires liberticides ; vérité, ça veut dire: arrêter l’« enfumage » du gouvernement qui diffuse des fausses informations sur la pandémie. Et puis, ultime revendication : « Unité ». S’agit-t-il de l’unité « politique » ? Ou de la convergence des luttes ?

Hé bien, justement pas (ou pas seulement). Lisons les propos (rapportés ici) d’Astrid, 53 ans, entrepreneure venue de Compiègne (Oise), qui est l’une des convoyeuse : « Le pouvoir d'achat, ce n'est pas vraiment la question aujourd'hui. Bien sûr, l'essence augmente, tout augmente… Mais ce qui est surtout important c'est de dire non à ce passe liberticide et à la division. ». Au fond le problème des convoyeurs c’est qu’ils ont non pas une mais deux revendications.

Est-ce sûr ? Les observateurs, des journalistes « embedded » avec les véhicules du convoi de la liberté, le signalent : ce qui comble les manifestants c’est la communauté des ronds-points retrouvée ; ce sont aussi les acclamations et le soutien populaire au long de leur longue marche.

C’est l’unité du peuple qui est l’objet des rassemblements : les convoyeurs n’ont donc pas, comme nous le disions par erreur plus haut deux revendications mais trois. Et la principale aujourd’hui, c'est  la troisième : il faut « refaire du lien ».

Encore une préoccupation inaudible dans la campagne électorale actuelle.

samedi 12 février 2022

Les mots du week-end – Chronique du 13 février

Bonjour-bonjour

 

Encore un dimanche qui succède à encore un samedi, avec son lot de news plus ou moins ressassées, au point qu’on dirait que les salles de rédactions se sont vidées – tous les journalistes sont partis au ski – et qu’on ressort les magnétos de la semaine passée (à moins que ce ne soient ceux de la précédente). Autant dire qu'il n'y a plus du tout d'information, celle-ci n'existant qu'en fonction de sa nouveauté (1)

Pourtant quelques mots surnagent, des expressions qu’on a certes répétées jusqu’à les user, mais qu’on n’a entendus que cette semaine. Comme « Crédit social » – « Ça va bien se passer madame » – « Campagne Tefal »...

Seulement cette semaine ? C’est sûr ?

Crédit social : il s’agit d’un système de contrôle des citoyens chinois mis en place par le régime et fonctionnant par une surveillance de tous les instants et de chaque personne grâce à des procédés high-techs; la docilité des citoyens chinois contrôlée à cette occasion donne lieu à des récompenses (=crédit) ou à des pénalités. Transposée de Chine à la France on retrouve cette expression chez des antivax qui pensent que la pandémie n’est qu’un prétexte pour fliquer les citoyens. Et c’est bien cette semaine que les futurs convoyeurs l’ont employée pour expliquer les raisons de leur mobilisation.

- « Ça va bien se passer madame » : cette interjection ne vient pas d’un gynécologue brandissant un spéculum, mais de Gérald Darmanin accusant Apolline de Malherbe, qui le pilonnait de questions mettant en cause ses capacités à assurer la sécurité en France, de faire du journalisme à la CNEWS. Outrée Apolline de Malherbe a crié au sexisme et a été suivie par de nombreuses femmes. L’affaire est en cours, ce qui nous permettra de savoir si Gérald Darmanin est lui aussi un politicien « téflon ». 

--> Car on a aussi entendu cette semaine l’expression :

Campagne Tefal : dans la poêle Tefal, rien n’attache : les aliments peuvent bien brûler dans la poêle, il suffit d’un coup d’éponge et hop ! tout est propre, comme si de rien n’était. Bien sûr on pense à Éric Zemmour dont les contrevérités et les distorsions qu'il inflige à l’histoire lui sont jetés à la face - et qui les répète, le sourire aux lèvres, comme si la fermeté de son ton suffisait à en garantir l’authenticité. Il est en effet un candidat Tefal, parce que les sondages favorables lui resteront acquis.

Oui, ce sont bien les mots du w-e

Quels seront les mots du w-e prochain ?

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(1) On aura reconnu la théorie de l'information due à Shannon pour qui la quantité d'information contenue dans un message est inversement proportionnelle à sa probabilité (voir ici). Une information déjà connue n'en est donc plus une et les chaînes d'information "en boucle" n'informent plus du tout.

vendredi 11 février 2022

No futur – Chronique du 12 février

Bonjour-bonjour

 

La vie meilleure, c’est tout de suite ou c’est jamais. Pourquoi ? Parce qu’on ne croit plus à l’avenir : plus de fin de l’histoire – Plus de société sans classe – Plus de paradis... Les philosophies de l’histoire genre Hegel ou Marx n’intéressent plus personne, vu que les bouleversements techniques et sociaux de la seconde moitié du 20ème siècle ont montré que pas une de ces théories n’avait été capable d’anticiper ni d’expliquer le cheminement de l’« histoire ». D’ailleurs celle-ci est désormais reléguée au rang de discipline universitaire qui ne concerne plus que des chercheurs enfermés dans leur spécialité – à moins qu’on ne baptise de ce nom les légendes nationales, tout juste bonnes à endormir les petits enfants et les citoyens à l’affût de rêves tricolores.

Et avec quelles conséquences ? 

Les citoyens attendent des politiques qu’ils améliorent leur vie actuelle et non celle des générations futures. Il reste bien quelques écolos pour penser à la planète que nous lèguerons à nos enfants et nos petits-enfants. Mais le prix du carburant à la pompe en fin de semaine, c’est cela qui compte et c’est pour cela qu’on va se battre. 

En conséquence, la vie politique se cantonne à la période qui sépare une élection de la suivante. En France cela dure le temps d’un quinquennat, soit cinq ans. Non seulement les citoyens brident l’action politique en la limitant à celle qui obtient des résultats tout de suite ; mais encore – mais surtout – elle fait du clientélisme le modèle universel de la vue démocratique. Le peuple est le « client » de ses élus, entendez qu’il veut des avantages personnels quoiqu’il en coute à la nation toute entière et quels que soient les inconvénients pour les autres catégories de la population. 

Après nous le déluge ! comme disait la Pompadour.

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N.B. La campagne électorale ne dément pas cette vision de la vie politique française avec les meetings de fabien Roussel le candidat communiste et son « roussellement » économique. Voir ici

jeudi 10 février 2022

Une cloison étanche entre vie publique et vie privée – Chronique du 11 février

Bonjour-bonjour

 

Les humoristes contemporains s’en désolent : on ne peut plus rien dire ! C’est ainsi que des messages échangés entre policiers britanniques et mis sur le compte de la plaisanterie par leurs auteurs sont l’objets d’instructions disciplinaires. Il faut dire qu’ils comportaient des allusions directes à des viols, des termes homophobes ou racistes ou des références au camp d'extermination nazi d'Auschwitz (lire ici).

Cressida Dick, la cheffe des policiers londoniens incriminés ici a remis sa démission au maire de la ville, tandis que Boris Johnson la remerciait en ces termes : « Dame Cressida a servi son pays avec beaucoup de dévouement et de distinction pendant de nombreuses décennies ».

 

En lisant  ces lignes on peut sursauter : si les collègues de « Dame Cressida » ont eu, dans leurs messages privés, des propos déplacés, était-ce à la cheffe de la police de juger des comportements hors service de ses collègues ? 

Allons jusqu’au bout du raisonnement : si ces messages étaient fautifs, ils n’avaient pour autant pas de rapport direct avec le fonctionnement des services de police, jugé irréprochable au plus haut niveau. Dès lors, qu’ils soient jugés par les tribunaux, qu’ils soient critiqués par l’opinion publique : tant qu’on voudra. Mais s’ils n’impactent pas leur service, on peut de ce point de vue les ignorer.


Hum-hum... Ne suis-je pas en train de bénir des salopards indignes d’être des policiers ? De tels propos ne disqualifient-ils pas ces personnes pour remplir une telle mission ?

... On se doute qu’en rédigeant ces lignes j’ai autre chose en tête. Il s’agit bien sûr du comportement de Kurt Zouma, ce joueur de football tristement célèbre pour avoir maltraité ses chats (on le voit shootant dans l’un d’entre eux : footballeur jusqu’à la maison). Comportement scandaleux et choquant surtout que le monsieur a cru amusant de filmer ça et de le diffuser sur ses réseaux – trop fun pour ne pas être partagé.

- Si on peut penser, comme on l’a suggéré plus haut, qu’être homophobe ou misogyne n’empêche pas d’être un bon flic, pourquoi le fait d’avoir maltraité son chat serait-il incompatible avec le fait de marquer des buts en championnat ? (D’autant que d’autres joueurs qui ont tabassé leur femme continuent quant à eux de jouer chaque dimanche). 

Notre époque a détruit la cloison étanche qui séparait la vie publique de la vie privée : c’est un signe des temps soumis à la domination des « réseaux sociaux ».

--> Qu’est-ce qui le justifie ? Voilà la bonne question.

mercredi 9 février 2022

Les convoyeurs arrivent – Chronique du 10 février

Bonjour-bonjour

 

Après les Gilets jaunes, les convoyeurs de la liberté. 

Qui sont-ils ? Des gens issus du « peuple de France », qui, de Zemmour à Mélenchon, se sont regroupés en convois au volant de leur camion ou de leur voiture. 

Que veulent-ils ? Faire « flipper un peu le pouvoir » et le faire reculer sur les mesures sanitaires tout en obtenant au passage un meilleur pouvoir d’achat. 

Comment vont-ils agir ? En bloquant Paris durant 4 jours comme Ottawa  l’est depuis 15. Pour ça ils se sont embarqués, qui dans son camion, qui dans son camping-car, qui dans sa voiture, chacun depuis sa province pour converger vers Paris avec 4 jours de vivres et une réserve de carburant suffisante. 

Qui est leur porte-parole ? Un père de famille barbu qui porte une casquette en permanence. Ancien coach en développement personnel, il a stoppé son activité lors de la crise du Covid-19 et vient de monter un atelier de menuiserie. Il a pour pseudo « Rémi Monde » et il est suivi par plus de 15 000 personnes sur Facebook et tout autant sur Telegram. 

 

 


Rémi Monde

Rémi Monde rappelle que le convoi doit rester "pacifique", qu'il est "apolitique" et qu'il appartient "au peuple de France". Pour Rémi Monde, "il vaut mieux faire ça une fois que de multiplier des samedis pendant X années" (Lu ici)

- Est-ce tout ? Pas exactement parce que ce mouvement n'est pas sans racines: il vise à bloquer les grandes villes comme l’ont fait les Gilets-jaunes. Et il prétend aussi défendre la liberté mise en cause par les mesures sanitaires, comme les manifestants anti-pass de l’été dernier.

Et puis surtout, le pouvoir qui n’avait vu venir ni les Gilets-jaunes ni les anti-pass, voit venir ces convoyeurs avec une lucidité inquiète : ces mouvements populaires sont comme les virus, ils mutent très rapidement et se développent là où on ne les attendait pas. 

- Reste que ce mouvement va peut-être faire « pschitt » : après tout les autorités sont en train de desserrer l’étreinte des mesures sanitaires, et pour ce qui est des revendications politiques, les élections présidentielles et législatives arrivent dans deux mois. 

A moins qu’ils ne soient des anarchistes qui rêvent d’un monde meilleur ?

mardi 8 février 2022

Victoire en football = paix civile – Chronique du 9 février

Bonjour-bonjour

 

Vous vous souvenez de vos cours d’histoire ancienne ? Durant les jeux olympiques les Cités grecques concluaient une trêve le temps que se déroulent les compétitions sportives. Eh bien aujourd’hui le football fait encore plus fort : « Au Sénégal le retour des « Lions de la Téranga » (équipe de foot victorieuse de la Coupe d’Afrique des Nations de football) met sur pause les conflits politiques, puisque le chef de l'État Macky Sall a convié lundi toute la classe politique à célébrer l'arrivée des champions à l'aéroport de la capitale. » (Lire ici)

 

Des gens, qui se seraient étripés par miliciens interposés, ont laissé les couteaux au vestiaire pour fraterniser avec les Lions de la Téranga. Extraordinaire pouvoir de cette compétition où le football devient une sorte de bien commun, constituant alors un lien aussi fort qu’une religion dont les cérémonies seraient célébrées dans le sanctuaire des stades.

Je sais bien que ce pouvoir pacificateur peut se renverser en guerre ouverte, comme en 1979 entre le Honduras et le Salvador. Mais outre qu’elle ne dura que « 100 heures » (1), elle ne fait que rappeler que la paix civile se paye souvent au prix d’un conflit avec l’extérieur.

Dira-t-on que le bilan positif de la concorde autour des footballeurs est insignifiant puis qu’elle se paye au prix de la haine envers les pays adversaires ? Mais la paix civile n’est pas rien et penser que onze joueurs suffisent pour qu’un peuple, s’identifiant à eux, fusionne à nouveau, et que ce qui les unit alors devienne plus fort que la haine qui les opposait relève du miracle. On a connu ça, nous, quand la victoire de 1998 vit la France « Black-Blancs-Beurs » fraterniser sur les Champs-Élysées. Et même certains n’hésitaient pas alors à crier « Zidane-Président ! »

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(1) Cette guerre est en effet appelée aussi la Guerre de 100 heures, ce qui minimise sont importance – lisez ici.

lundi 7 février 2022

Un monde sans Europe ? – Chronique du 8 février

Bonjour-bonjour

 

Depuis le jour de ma naissance, 80 années se sont écoulées, et j’ai vu disparaitre bon nombre de choses, de gens et de pays. L’URSS : disparue – en même temps que la RDA. Le Général de Gaulle : mort... Mais aussi : le vélo Solex n’est plus qu’un lointain souvenir avec la Seccotine, le 45 tours et... la classe ouvrière.

- Avec ça, je croyais avoir tout vu. Et voilà que Luca de Meo, l’homme providentiel qui sauve Renault de la ruine l’annonce : Renault sera tout électrique d’ici 2030. Comme dans le même temps on va en finir avec la production d’électricité carbonée – donc issue de centrales aux hydrocarbures – je dois m’en convaincre : je vois en ce moment disparaitre le pétrole, non par épuisement des ressources mais par l’abandon de cette source d’énergie. Il y a moins de vingt ans, on annonçait comme une apocalypse le moment où le dernier baril de pétrole serait extrait du dernier puit encore en activité ; mais non : on va fermer des puits avant de les avoir tout à fait asséchés.

- Alors, ça y est ? L’inventaire est terminé ? Avons-nous admis comme une évidence l’impermanence universelle des choses et des êtres ? Regardons mieux là, plus près – tout près de nous. Vous ne voyez pas quelque chose qui vacille et dont la lueur faiblit ? Une chose dont on se mettrait à douter au point qu’on ne saurait même plus la définir, quelque chose de fragile dont les frontières ne sont plus assurées ? Oui, vous y êtes : c’est de l’Europe dont je veux parler.

 

Souvenons-nous : c’était en 1919, Paul Valéry publiait un ouvrage intitulé La crise de l’esprit (1) où il écrivait : « Nous autres civilisations nous savons maintenant que nous sommes mortelles ». Et il ajoutait : « L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent asiatique, ou bien l’Europe restera-t-elle ce qu’elle paraît, c’est-à-dire : la partie précieuse de l’univers terrestre, la perle de la sphère, le cerveau d’un vaste corps ? » Oui, c’était il y a juste un siècle et aujourd’hui, nous nous interrogeons exactement comme lui : l’Europe coincée entre les États-Unis et les puissances orientales a-t-elle un avenir ?

Et d’ailleurs, nous, qui sommes-nous ? Une force démocratique à l’échelle d’un continent ou 450 millions de consommateurs ?

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(1) La crise de l’esprit, en ligne ici